mercredi 27 mai 2015

Un étonnement républicain



Le sens d’un mot n’est pas fait pour durer : les syllabes qu’il nous faut prononcer pour le dire largement lui survivent. Regarder étonner, autrefois signifiant « frapper par le tonnerre », qui aujourd’hui vaut encore moins que surprendre. On l’emploie encore tous les jours, pourtant, même si son sens est usé jusqu’à la corde.

Ainsi en est-il aussi de républicain, qui devient paraît-il le nouveau nom d’un parti connu notamment pour sa recherche de qui ne veut rien dire : car ne rien dire aux yeux de ses dirigeants serait le meilleur besoin de rassembler ou d’unir (RPR, UMP). On a un peu de mal à saisir la nécessité d’un parti républicain dans un pays où depuis des lustres tout le monde se réclame de la république. Les gars vous êtes tous avec moi l’ennemi n’existe pas. Le fait est que l’observateur peine parfois à distinguer les futurs républicains des actuels socialistes dont certains d’ailleurs changeraient volontiers de nom : le sens d’un mot n’est pas fait pour durer, il n’y a pas de raison que socialiste y fasse exception. Bref.

Si la République était en danger, on comprendrait mieux qu’il faille des républicains pour la défendre. Mais peut-être après tout l’est-elle ? Peut-être est-ce là ce qu’il faut comprendre ? Je ne sais pas si la République est en danger, mais en France, il me semble que la Ve est morte il y a treize ans, sans qu’on se soit chargé en haut lieu de prendre acte de son décès. Qu’un candidat parvienne au second tour alors que l’énorme majorité des votants n’en aurait voulu pour rien au monde, il y a là quelque chose qui choque la raison. Et même la morale. Rappelons tout de même que le père Le Pen n’a pas été fichu de dépasser même 20 % des voix, tant s’en faut, face un candidat aussi impopulaire que Chirac l’était à l’époque. C’est misérable. Misérable et à l’évidence antirépublicain, puisque les électeurs ont été volés d’un vrai second tour : n’importe qui ou presque aurait fait mieux que Le Pen face à Chirac.

Et pourtant, ce résultat antirépublicain n’est dû à aucune fraude ; c’est juste le système qui a fait faillite. Depuis lors, les gouvernements se sont succédé, laissant soigneusement en place les institutions grâce auxquelles ils sont devenus des gouvernements, précisément : on comprend la logique. Mais je ne suis pas bien certain que cette logique soit, à proprement parler, républicaine. Ce système de représentation politique par la personne transforme le vote en l’un de ces jeux télévisés où l’on choisit d’abord qui on élimine. Hollande a été élu grâce à Sarkozy dont on voulait se débarrasser. Certes on peut compter sur l’aveuglement de ce « républicain » pour commettre la bêtise (du point de vue de son clan politique) de se représenter – en tout cas c’est certainement l’espoir nourri en face. A droite comme à droite (on n’ose plus dire à gauche) la question du second tour ne se pose plus : la fille de son père y a sa place réservée ; on pourra alors compter sur le sentiment républicain pour balayer le Front National. L’électeur sera encore privé de son second tour et sommé de voter utile (c’est-à-dire de voter contre ses convictions) au premier tour.

Après quoi pour cinq ans certains continueront donc à se proclamer républicains, sans que ni eux ni les autres ne proposent quoi que ce soit pour améliorer ce mode de scrutin (sans parler du reste des institutions de la défunte Ve République). Personnellement, puisque le système nous incite à voter contre plutôt que de voter pour, je me demande pourquoi on n’instaurerait pas carrément un avant-premier tour où l’on voterait pour éliminer le parti qu’on ne veut pas voir représenté au second tour. Ainsi les républicains sans guillemets se réuniraient contre ce qui leur paraît le plus contraire à la République. Hein ? Pourquoi pas ?


5 commentaires:

  1. J'adore ton "à droite comme à droite". Peu de mots et tout est dit.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. A force on a besoin de moins de mots.

      Supprimer
  2. Le "Parti Républicain, radical et radical-socialiste" représentait la gauche parlementaire dans les débuts de la République.
    Certes, le mode de scrutin est à réformer. Et aussi, cette constitution qui permet le cumul des mandats et qui fait se coïncider dans le temps les législatives et les présidentielles.... Et votre boutade de la fin est pertinente. Certains, comme moi, sont inquiets.
    Cependant non, cher Philippe, on ne m'y reprendra pas à "voter contre" comme j'ai pu le faire il y a treize ans. Je voterai blanc.
    Il semblerait que les peuples grec et espagnol se soient sentis plus en danger que le peuple français. Je ne suis pas sondeur d'opinion, je n'ai aucune qualité pour dire mieux que les autres, cependant, à lire quelquefois les commentaires à certains articles de presse, on est très "étonnés" (frappés de stupeur)..... On peut se demander si "une politique du pire" ne produirait pas in fine un sursaut, enfin....
    Pardon pour la longueur.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Voter contre est une horreur. Pourtant j'ai encore voté au second tour contre en 2012 - et j'avoue que je ne suis déçu de rien - pas plus qu'étonné. J'adorerais avoir l'occasion de voter pour.

      Supprimer
  3. https://www.youtube.com/watch?v=3K2XWikcA2k

    RépondreSupprimer