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lundi 27 juin 2022

Les Chevals morts d’Antoine Mouton

C’est un extrait des Chevals morts, d’Antoine Mouton, qui vient de (re)paraître aux éditions La Contre Allée ; il faut que vous lisiez ça :



je veux que nous soyons comme ce couple que j’ai vu dans le métro l’autre jour

ils étaient assis côte à côte

elle s’est levée la première il est resté assis

il a posé la main sur le siège où elle était assise et il l’a caressé avant de la rejoindre

et en le caressant il a eu ce sourire

ce sourire fait que les chevals morts restent loin



je veux être comme cet homme, que la chaleur de ton cul soit la chose la plus précieuse du monde

la chaleur que ton cul diffuse aux objets sur lesquels tu t’assois, qu’elle soit toujours divine absolument

même si ton corps est loin de moi même si tu t’es levée avant moi, je serai là pour sentir la chaleur de ton cul là pour la retenir là pour en jouir et que mon sourire soit l’épouvantail le plus obscène du monde contre la course des chevals morts sur la lande




vendredi 27 avril 2018

père repère


Débarqué est le nouveau livre de Jacques Josse qui vient de paraître aux éditions de la Contre Allée. « Débarqué » dit en un mot l'état de cet homme qui, pour raison de santé, n'a jamais pu s'embarquer comme son capitaine de père, breton bien sûr, et qui n'a pu voyager que dans ses rêves et dans les livres. Cela quand il ne n'était pas occupé à gagner sa vie et celle de sa famille en remettant le courant à ses voisins qui le perdait sans cesse – électricien qu'il était devenu dans le hameau un peu perdu qu'ils habitaient. De ce hameau on croise aussi les habitants qui, eux, trop souvent, croisent la mort. La mort bien sûr parce que le temps passe, on sent grandir le jeune Jacques, oui c'est lui qui raconte, Jacques Josse, qui évoque plutôt qu'il ne raconte la figure paternelle ; mais quand même la mort est là un peu plus présente qu'ailleurs, c'est comme ça quand les vies ne sont pas faciles. Celle du père non plus ne l'est pas, mince et frêle silhouette de héros hanté par le haut mal, régulièrement terrassé par ses crises et s'accrochant à la terre, solidaire de tous malgré tout, solide quand même en fait, on s'en rend compte peu à peu, car il dure, droit comme un phare dans la tempête, comme le repère qu'il ne cesse d'être même quand il a cessé d'être.



dimanche 21 mai 2017

douceur du chômage

je touche le chômage il est doux souple, un peu poilu
d'autres l'ont glabre et rugueux
je prépare mon corps pour la phrase dite
chômage et je hurle

chômage plus fort personne n'entend je promets de hurler de mieux en mieux je ne suis pas en mesure de promettre mais personne n'entend je promets à l'espace je suis un chômeur monstrueux je crache sur le travail

mon cœur est un piano fermé à clef dit la jeune fille quelle musique entendre alors quel air aimer ?
le désir était là quelqu'un l'a détourné
les techniques ont caché les outils j'ai appris à m'en servir mais pas pourquoi je m'en servais


Antoine Mouton, Chômage monstre, éditions La Contre-allée, 2017, p. 64-LXV.


mercredi 25 novembre 2015

Marco Pantani a débranché la prise



Les champions sportifs ne sont pas seulement des champions sportifs. Ils deviennent, dans un imaginaire qui n’est pas seulement collectif, quelque chose qui n’existe pas. Des héros. Epiques, tragiques ; les deux parfois. Jacques Josse en fait l’expérience en retraçant la trajectoire de son Marco Pantani. Je dis « son » car chaque amateur de cyclisme a sa propre représentation de chaque coureur. Mais pour tous, Pantani a indiscutablement été le meilleur grimpeur de son temps, le « pur grimpeur ». Et celui qui a gagné le dernier Tour de France avant Armstrong, autrement dit avant que je me désintéresse du cyclisme. Le « pur grimpeur » est sans doute de tous les cyclistes, de tous les sportifs peut-être, le plus propre à incarner notre désir d’héroïsme. Il monte, et il est seul. Dès lors, le simple récit factuel de son ascension prend des airs d’épopée. Il ne pèse presque rien. Il est fragile, en fait. « Il tombe souvent », dit-on de lui, et à lire cela à rebours on a l’impression que la chute est son destin. Car il n’y a qu’un sommet pour le grimpeur, le dernier : ce Tour de France 1998 qu’il remportera et après lequel tout n’est qu’une tragique descente. Emporté par une pente qu’il dévale en moins de six ans, jusqu’à la mort, overdose de cocaïne. Un vrai gâchis. Quelle tragédie n’est pas l’histoire d’un gâchis.

Marco Pantani a débranché la prise, et Jacques Josse a raconté comment, et c’est paru aux éditions La Contre Allée.


lundi 23 novembre 2015

Bertina tire le fil



Reprise de nos émissions littéraires. Le Salon de l’Autre Livre n’a duré que l’après-midi d’un 13 novembre, mais j’ai quand même eu le temps d’y faire quelques emplettes. Des lions comme des danseuses, d’Arno Bertina, paru cette année aux éditions La Contre Allée, est une fiction audacieusement prophétique puisqu’elle se passe l’an prochain notamment. L’auteur tire un fil et comme dans cet album de Oui-Oui dont la lecture avait traumatisé ma dernière année de maternelle c’est le pull entier qui se détricote, rendez-vous compte : l’Europe devient gratuite ! Cela grâce au roi d’un village du pays bamiléké, au Cameroun, lequel a l’idée d’intenter une procédure contre le Musée du quai Branly afin d’en obtenir la gratuité pour ses concitoyens, qui ne vont pas quand même pas payer pour voir les œuvres de leurs propres ancêtres (œuvres que décrit le titre, avec cette grâce propre à tous les titres Bertinaïens). C’est une fable, d’où sa brièveté, son humour aussi, et c’est aussi une vraie question, à l’heure où des pays en proie au pillage de leur patrimoine se trouvent amenés à demander qu’on conserve en Europe, au moins pendant un temps, les œuvres d’art volées et saisies par la douane.