vendredi 3 décembre 2021

(Il paraît qu’Olivier H. se promènerait avec le déplaisant P.)

Promenades avec le déplaisant P. est le tout nouveau livre d’Olivier Hervy, tout petit et disponible pour quatre euros seulement aux éditions Denis. C’est un recueil d’aphorismes : c’est écrit sur la couverture. Mais faut-il croire ce qui est écrit sur les couvertures ? En regardant dessous (la couverture), j’ai découvert plutôt un recueil de nouvelles, de micro-nouvelles certes mais de nouvelles quand même. Avec un héros récurrent : le déplaisant P. du titre. Et tout autour, une certes réduite mais néanmoins réelle galerie de personnages, réduits en effet eux aussi à leur initiale à l’exception d’un : le narrateur. Car il y en a un aussi, trop lisse pour ne pas être suspect, trop complaisant avec la déplaisance du déplaisant P. pour que cela ne chatouille pas notre imagination ; il faut de bonnes raisons en effet, de bonnes et fortes raisons soigneusement cachées pour accepter de se promener ainsi pendant 70 pages, autant dire une vie entière, avec un personnage aussi déplaisant que le déplaisant P. Finalement peut-être que Promenades avec le déplaisant P. n’est pas du tout un recueil d’aphorismes sur le déplaisant P. Peut-être est-ce plutôt un roman, voire, qui sait, une autofiction, dont le personnage central n’est pas le déplaisant P. mais bien plutôt celui qui trouve – quoi ? son plaisir, n’ayons pas peur des mots, son plaisir dans la plus déplaisante des compagnies.



mercredi 1 décembre 2021

lundi 29 novembre 2021

Biotope et anatomie de l’homme domestique

Aujourd’hui paraît Biotope et anatomie de l’homme domestique, aux éditions Louise Bottu, comme Vie des hauts plateaux (l’un de mes livres les plus improbables et aussi l’un de mes préférés).

Le titre est un peu long pour une forme aussi brève et qui cultive la forme brève de l’intérieur, mais je l’ai choisi le plus fidèle possible au contenu et il n’en fallait pas moins. J’y traite donc brièvement de l’homme en général, lequel ne mérite en effet pas de développement exagéré, on en a vite fait le tour ; on y lira aussi quelques observations sur les particularités pittoresques de son anatomie souvent multi-usage, ça peut donner des idées pour employer ses heures et ses organes perdus ; le plus gros ou plutôt le moins mince de l’ouvrage est consacré à la maison, car c’est là, figurez-vous, que je l’ai écrit. Je sais bien que vous n’en avez encore fini avec les livres de l’automne et que la rentrée de janvier arrive à grands pas : il vous reste juste la place pour celui-ci.




mercredi 24 novembre 2021

Dimanche on sort, lundi aussi.

Dimanche (qui vient, le 28 novembre), comme c’est un dimanche, je reste au Salon : mais ce sera celui des Essarts-le-roi, rue du 11 novembre ; c’est facile à trouver, et moi aussi : je serai avec les Singes rouges, Mon petit DIRELICON et beaucoup de mes nombreux autres titres qui manquent encore à votre collection. Lundi (qui suit, le 29 novembre), comme c’est un lundi, je retourne au travail : ce sera la parution du mon petit dernier, aux éditions Louise Bottu (qui ont déjà publié ma Vie des hauts plateaux, rappelez-vous) ; ça s’appellera Biotope et anatomie de l’homme domestique, et jamais titre d’un recueil d’aphorismes n’aura été aussi fidèle à son contenu.



Merci à Gaëlle Michelier pour la très belle couverture.

mardi 23 novembre 2021

Brèves animales (62)

On ne le voit pas bien quand il est loin. De près, c’est trop tard : il est lion.




lundi 22 novembre 2021

L’absence de la marque est la marque de l’absence.

(Re)travaillant sur un projet où le mot homme a son importance, me voici de nouveau confronté à sa polysémie (qui en l’occurrence m’est plutôt un problème) : individu de sexe masculin ou être vivant relevant de l’humanité ? On en regretterait de ne pas être né Romain ; en latin au moins les choses étaient clairs : on avait vir/viri pour l’un, homo/hominis pour l’autre. Vir a disparu par excès de brièveté ; l’amuïssement des voyelles finales en passant du latin au français lui aurait ôté presque tout son corps, il n’en serait resté presque rien à se mettre sur la langue ; homo l’a remplacé. On en a gardé viril et virilité. Mais pas seulement. Le latin avait aussi virtus, qui désignait la qualité de l’homme (vir) par excellence, et que l’on traduit couramment par courage. Avec la disparition de vir, virtus a perdu toute sa virilité, mais n’a pas disparu pour autant : il est devenu la trop souvent féminine vertu. Quant au courage, il a lui aussi perdu de son exclusive virilité pour venir se loger dans le cœur, dont il n’est que le dérivé par suffixation (j’aime bien sa collocation avec l’amour, je le reconnais volontiers).

Il y a dans le vocabulaire même de la langue française cette démasculinisation parallèle à celle de la morphologie, dont n’ont pas fait cas les grammairiens – rappelons que la grammaire n’est jamais qu’un discours qui tente de décrire des faits langagiers et que, comme tout discours, il est naturellement défectueux – surtout quand il est décalqué d’une autre langue au système différent (le latin) et tenu d’abord par des hommes qui avaient sans doute du mal à concevoir qu’une langue puisse ne pas faire cas d’un genre qu’ils considéraient comme le leur. Car il n’y a pas non plus de marque du masculin en français (contrairement au latin et à bien d’autres langues). Il y a juste le e, comme marque du féminin. Il n’y a d’ailleurs pas non plus de marque du singulier – mais j’ai l’impression que pour le coup il n’y a que moi que cela intéresse. Pourtant, si je vous propose du fromage, et du vin pour l’accompagner, ni vin ni fromage ne sont, à proprement parler, au singulier, puisqu’ils sont en emploi indénombrable, et que l’indénombrable, par nature, ne connaît pas la catégorie du nombre. Les emplois qui ne connaissent pas la catégorie du genre aussi sont légion, je vous les laisse chercher.

Pour revenir à la langue, quand on veut la décrire (quand on veut faire de la « grammaire »), on ne devrait jamais perdre de vue que les effets de sens n’ont pas tous une forme qui leur est dévouée. L’absence de marque du singulier est la marque de l’absence de singulier en français. L’absence de marque du masculin est la marque de l’absence de masculin en français. Ce devrait être un préalable à toute réflexion grammaticale.

(Tiens, pendant que j’y suis : l’absence de marque du temps présent est la marque de l’absence de présent en français ; et ce que vous avez appris à conjuguer à l’école sous le nom de « présent de l’indicatif » n’est pas du présent : c’est juste de l’indicatif tout court. C’est d’ailleurs pour ça qu’il sert aussi à tous les procès atemporels.)



mercredi 17 novembre 2021

sa pudique délicatesse à ne pas dire

sa pudique délicatesse à ne pas dire

qu’il ne sait plus qui vous êtes

où il vous a rencontré

vous qui semblez si sûr de le connaître

lui ne sait plus

même si le sourire au bord des lèvres

ne trahit pas

puis les yeux perdus

s’apaisent

dans l’apprivoisement



En résidence à la résidence l’Arche où elle a animé des ateliers, recueillis des paroles, Estelle Dumortier a composé Entre les lignes, ce livre de poèmes qui dialoguent avec les photos de Bernard Ciancia, en hommage ou en amour des personnes dont la vie se prolonge. C’est aux éditions La rumeur libre.




dimanche 14 novembre 2021

Quatre extraits de Tu m’aimes-tu ?

 

Un


J’ai voulu partir

sans quitter mon lit

traverser les frontières

en restant ici

abolir les décalages horaires

pour faire du monde

un seul sol

une seule destination


(…)


Deux


Je n’ai rien dormi


Les jours se fondent

en nuits

infinies


Les verres vont

de ma main

à ma bouche


Et l’on entend

un train

dans l’obscurité


Je n’ai rien dormi


(…)


Trois


Vous

aviez pris place

à mes côtés

convive

anonyme

et étranger


Vous m’aviez tendu la main

prononcé un nom

proposé du vin


(…)


Quatre


Quatre murs blancs

brident mes pensées

j’écoute ce lit qui craque

comme le grincement

de ton absence

ici à Montréal


Il me faudra dormir

quelques nuits encore

de ce côté-ci de la flaque

far away from home

far away from you



Samantha Barendson, Tu m’aimes-tu ?, éditions Le chat polaire, 2019.