lundi 12 novembre 2018

Stan Lee m'a imaginé en 1963


Stan Lee m'a imaginé en 1963, un an après Spiderman, un an avant Daredevil, la même année que les X-men. Il m'a donné des super-pouvoirs que je n'ai pas découverts tout de suite et qui me pourrissent un peu la vie depuis que j'en ai pris conscience. C'est à lui aussi évidemment que je dois mes problèmes d'identité. Et sans doute aussi une soif de reconnaissance personnelle qui contrarie parfois mon idéal de justice. Nous sommes sûrement nombreux dans ce cas-là, à nous sentir un peu orphelins ce soir.



dimanche 11 novembre 2018

carte juste centenaire


Mon jeune grand-père, éditions Lunatique, p. 186.

11 novembre 1918. A bientôt Edmond !

jeudi 8 novembre 2018

Un beau jeudi


Le bonheur est parfois une sorte d'attracteur étrange, pour parler comme Lorenz, en tout cas la coïncidence est belle à mes yeux de la sortie de Mon jeune grand-père – on vous attend ce soir dès 19h mais même plus tard pour fêter ça à l'Espace l'Autre Livre, 13 rue de l'Ecole Polytechnique, à Paris – et ce très bel article d'Alain Nicolas dans l'Humanité d'aujourd'hui à propos de Seule la nuit tombe dans ses bras, lisez plutôt, ça n'est pas impossible en cliquant, ou même mieux, achetez l'Huma !



mercredi 7 novembre 2018

Le 7 novembre 2018 Mon cher papa,


Le 7 novembre 2018
Mon cher papa,
J'ai recopié comme j'ai pu toutes les cartes qu'Edmond a écrites à ses parents pendant qu'il était prisonnier en Allemagne, du printemps 1916 jusqu'à la fin de la guerre. Ce n'a pas été toujours facile, comme tu peux t'en douter ; elles sont écrites en tout petit et au crayon à papier effacé par le temps. D'autant plus que je ne connais pas la plupart des personnes citées, et que tu ne peux pas me renseigner tellement davantage puisque Edmond, malheureusement, tu ne l'as pas connu. C'est pour cela d'ailleurs que je me permets de l'appeler Edmond, mon jeune grand-père ; après tout l'âge il a l'âge de mon fils, ton petit-fils. J'ai donc recopié ces cartes comme j'ai pu tout en insérant mes propres réflexions, mes propres doutes, au moment même de l'écriture ; comme ça tu peux lire ce que j'ai lu au moment même où je le découvrais. Il m'a semblé que, en procédant de la sorte, ça devenait un objet littéraire, autant qu'un témoignage historique. Du coup je l'ai proposé à un éditeur, qui en effet a bien voulu le publier. Le livre paraît demain, nous fêterons ça à l'Espace l'Autre Livre, à Paris, 13 rue de l'Ecole Polytechnique, à partir de 19h. Ce serait compliqué pour toi d'être parmi nous mais je sais bien que tu le seras par la pensée. Comme tu as déjà pu le voir, le livre est un bel objet. Et comme dit Edmond dans l'une de ses cartes que mon éditeur cite en couverture, « ce sera un souvenir ». C'est une bonne chose car nous n'en avons pas beaucoup. Je te quitte mon cher papa, en empruntant à ton père sa formule habituelle, qui dit bien ce qu'elle veut dire.
Ton fils qui t'aime de tout son cœur,
Philippe



mardi 30 octobre 2018

Dans Annocque il y a le coq & l'âne.


Dans Annocque il y a le coq & l'âne. Car enfin qu'est-ce que cet auteur qui publie successivement un recueil d'aphorismes poétiques sur les plantes les champignons et les animaux, un roman érotique virtuel, et maintenant un recueil de cartes d'un prisonnier de la première guerre mondiale ? Du même auteur ? Vraiment ?
Évidemment non. Évidemment le même auteur n'est jamais même. Et pourtant si. Et pourtant c'est le même.
Car Notes sur les noms de la nature n'est pas un recueil d'aphorismes poétiques sur les plantes, les champignons et les animaux. Bien sûr il a fallu pas mal de botanique, de mycologie et de zoologie pour l'écrire (parce qu'on écrit avec ce qu'on connaît et que tous les sujets sont bons) et pourtant c'est avant tout un livre sur les mots. Sur les noms, plus précisément. D'ailleurs c'est écrit dans le titre. Quant à Seule la nuit tombe dans ses bras, ce n'est pas, ou en tout cas pas seulement, un roman érotique virtuel, ni seulement un roman d'amour virtuel, ni seulement une évocation sociétale des nouveaux modes de relation à l'ère numérique ou quelque chose comme ça, mais une invitation à s'interroger sur ce que peuvent, ou ne peuvent pas, les mots – mais cette fois-ci, entre les gens.
Et donc le 8 novembre paraîtra aux éditions Lunatique Mon jeune grand-père. Bien sûr, il s'agit des cartes que mon grand-père, tout jeune, écrivait à ses parents pendant sa captivité en Allemagne du printemps 1916 jusqu'à la fin de la guerre, et que j'ai recopiées en donnant à lire en même temps ma propre lecture immédiate. Rien de plus éloigné a priori des deux livres précédents. Et pourtant, en relisant Mon jeune grand-père, j'ai eu la surprise de trouver sous ma plume la même référence à Austin (« how to do things with words ») qu'au début de Seule la nuit tombe dans ses bras – non, je m'en souvenais pas. C'est que Mon jeune grand-père est aussi, à sa manière toute différente, un livre sur les mots. Quand les mots sont tout ce qui reste pour dire « je pense à vous », « je vous embrasse », « je suis vivant ». Pour le dire, sans pouvoir le faire, parce que la vie n'est plus visible, la vie est enfermée. Oui la vie a été sauvée par la captivité, très certainement ; mais la vie a été ôtée par la captivité, très probablement. Mais ça je vous le laisse lire.



lundi 29 octobre 2018

Nouvelles très brèves (22)


Le docteur Emilien Charpot aurait sûrement trouvé le remède à cette maladie, si Colette Levasseur n'avait pas raté le train qu'avait pris par erreur Amédée Charpot, lequel ne l'ayant pas rencontrée ce jour-là n'a pas pu l'épouser dix-huit mois plus tard ni lui faire les six enfants dont le benjamin, le jeune Emilien, se serait sans aucun doute très tôt fait remarquer par son goût pour la médecine. A quoi ma mort aura-t-elle tenu !



jeudi 25 octobre 2018

Martin, le héros et les autres.


Le héros et les autres, c'est l'histoire de Martin, qui ne sait pas comment faire avec les autres, dans toute leur quotidienne opacité, toute leur virilité ordinaire, et qui ne sait pas qui est le héros de sa propre histoire. Le héros prend la forme d'un jeune homme anonyme au cri muet, sur le point de mourir depuis un siècle, sans avoir rien demandé à personne, mais proclamé héros au milieu du square urbain d'une ville qui n'en est pas une, un peu absurde lui aussi ce square urbain à la campagne ; c'est peut-être pour ça que Martin aime ce lieu. Car Martin aime les lieux. Sa principale activité est de les parcourir, de les découvrir, de les faire découvrir. Depuis Passerage des décombres, du même Antonin Crenn, on avait compris que les lieux sont les lieux de la découverte de soi, ou quelque chose comme ça. Le héros et les autres est un bref et beau roman qui poursuit ce chemin. Il vient tout juste de paraître aux éditions Lunatique.



mercredi 24 octobre 2018

Nouvelles très brèves (21)


Sa dernière sensation au moment de mourir fut une vague impression de déjà vu, dont il eut à peine le temps de s'étonner.



lundi 22 octobre 2018

de toutes pièces


Il y a déjà dix ans, j'avais beaucoup aimé Contact, de Cécile Portier, publié dans la trop éphémère collection « Déplacements » des éditions du Seuil. De toutes pièces, récemment paru chez Quidam et que je viens de terminer, me fait encore plus forte impression. Le roman se présente sous la forme d'un journal, celui d'un narrateur anonyme, nommé « curateur » et chargé, sans savoir par qui, de constituer de toutes pièces un cabinet de curiosités. Les moyens financiers sont sans limites, le délai en revanche est bref. « J'aurais dû, bien sûr, refuser. Répondre aux lois du genre et aller vite, c'est antinomique. »
Si la première et immédiate jubilation du lecteur réside dans la constitution du cabinet de curiosités lui-même – vous le faire visiter déflorerait trop le livre et le plaisir est aussi dans la description même desdites curiosités, jubilation contagieuse car elle est aussi celle du narrateur-curateur ; c'est bien au-delà encore que ce récit nous entraîne. Car c'est l'histoire d'un homme qui cède à la tentation d'une illusion. L'anonymat des commanditaires, financièrement tout-puissants et toujours invisibles ; le non-dit qui entoure les motivations de la constitution de ce cabinet de curiosités ; la solitude du curateur dans son hangar perdu au milieu d'une France déshabitée qu'on appellerait volontiers nulle part ; tout cela vient implicitement interroger le lecteur sur le caractère illusoire et artificiel de ce qui prétend donner du sens à notre vie.



jeudi 18 octobre 2018

Répertoire des métiers imaginaires


Dompteur de voix sauvages, Métasophe, Ecorcheur de nuages, Ramasseuse de ricochets, Inquiéteur, Dédeuilleuse, Ramasseur de bonnets, Phonographiste mortuaire, Fromager-parfumeur, Haleiniste, Glossomancienne, Douanier du néant, Chef des baisers, Abyssologue, Remueur de boue...
A l'heure où votre emploi vous attend de l'autre côté de la rue, il est temps d'ouvrir ce Répertoire des métiers imaginaires (je ne les ai pas tous cités, il s'en faut de beaucoup, avec grâce répertoriés par Rémy Leboissetier et ses collaborateurs, parmi lesquels citons Henri Michaux, Fernand Combet, André Hardellet, Alphonse Allais, Tony Duvert, Pierre Dac, Primo Levi, Mark Twain, Marcel Aymé, Erik Satie, Julio Cortazar, Edgar Poe, Georges Perec ou Fred.
C'est aux éditions du Sandre et disponible dans toutes les bonnes librairies, sans parler de Pôle Emploi.