vendredi 22 mars 2019

Mado

Il ne faut pas se fier au nom de l'auteur : Marc Villemain est une jeune fille amoureuse. J'ai lu Mado, ce très beau roman sur la découverte des sentiments et des sens, et c'est comme ça que je le ressens. (La découverte des sentiments et des sens : la découverte de soi-même.)

mardi 19 mars 2019

Ce matin d'hiver enfumé


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J'ai failli croire que le buisson dans l'arrière-cour avait fleuri :
ce n'était que quelques vieilles feuilles couvertes de neige.

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Ce matin d'hiver enfumé –
ne méprise pas le joyau vert qui brille dans les brindilles
parce que c'est un feu de signalisation.

Charles Reznikoff, La Jérusalem d'or, traduit de l'anglais par André Markowicz, Editions Unes, 2018.




mardi 12 mars 2019

Seule la nuit tombe sur Livre Paris

Vendredi de 14h à 15h je serai en M28 (région Ile-de-France) sur le stand de Quidam avec mon éditeur historique Pascal Arnaud, qui a publié Liquide, Monsieur Le Comte au pied de la lettre, Rien (qu'une affaire de regard), Pas Liev, Elise et Lise et récemment Seule la nuit tombe dans ses bras, parmi des dizaines d'autres merveilles qui ne sont pas signées de mon nom mais que je revendique quand même, car nous sommes tous, sachez-le, les auteurs de tous les auteurs de tous les livres.

lundi 11 mars 2019

Pas question !



d'obtempérer – en ce qui me concerne. En revanche je vous recommande vivement En cuisine avec Kafka, de Tom Gauld, aux éditions 2024.

dimanche 10 mars 2019

Frères sorcières


Parfois un livre est une image miniature de l’œuvre entière à laquelle il appartient. On peut dire ça par exemple des Trois contes de Flaubert. On peut sans doute le dire aussi de Frères sorcières, d'Antoine Volodine. Les entrevoûtes y sont trois aussi, structure la plus simple possible pour ce genre post-exotique commenté dans le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, et déjà illustré de ce côté du monde par Nos animaux préférés d'Antoine Volodine et Avec les moines-soldats de Lutz Bassmann. C'est peut-être aussi, des trois recueils d'entrevoûtes qui nous sont donnés à lire, celui où les écarts de genres et de ton sont les plus importants. La première voix est celle d'Eliane Schubert, au nom presque bien de chez nous, et le lecteur qui n'aurait jamais lu Volodine et commencerait par Frères sorcières ne serait pas complètement dépaysé, me disais-je en lisant cette première entrevoûte (sauf à entrevoir, et c'est sans doute là le discret essentiel, quand parle Eliane Schubert, et à qui). La deuxième entrevoûte est un genre dans le genre, puisqu'il s'agit du texte intégral des « vociférations », théâtre ou magie, magie et théâtre, « cantopéra » présent à l'esprit d'Eliane Schubert tout au long de sa vie, même après que cette comédienne ambulante a été enlevée et... Mais ce billet n'a pas pour propos de vous résumer une histoire. Rappelons seulement que le théâtre, chez Volodine, est à la fois genre et sujet. « Faire théâtre ou mourir », s'intitule la première entrevoûte – et cela aurait dû être le titre du livre entier, nous confie l'auteur. La troisième, et dernière, s'intitule Dura nox, sed nox et n'est constituée que d'une seule longue phrase sans fin. Car tout simplement il n'y a pas de fin à la vie de l'être que l'on y suit, vivant de corps en corps, tantôt femme, tantôt homme, par la magie, depuis le big bang jusqu'à la fin des temps – qui présente quelques ressemblances avec le Soloviei de Terminus radieux, mais non, c'est encore autre chose. En contrepoint de la première entrevoûte, cette dernière est aussi celle où l'humour de Volodine, humour du désastre évidemment, donne sa part la plus grande.
Mince, que ce billet est scolaire, à la relecture, surtout en comparaison avec le livre dont j'essaie de parler. Ce doit être un effet l'approche de la rentrée. Mais s'il peut donner envie de lire Frères sorcières, alors ça vaut peut-être le coup de le poster.



mardi 5 mars 2019

Mon jeune grand-père et compagnie à l'Autre Livre


Au Palais de la femme (94 rue de Charonne dans le XIe, métro Charonne), vendredi, samedi et dimanche prochains, il y a un autre salon du livre, un salon de l'autre livre, avec notamment mes autres livres : Mon jeune grand-père bien sûr, mais sans doute d'autres aussi que peut-être, par extraordinaire, vous n'auriez pas encore. Et vous risquez de m'y croiser, si vous y venez le vendredi ou le samedi.

jeudi 28 février 2019

Blancheneige et les trois ours


« Blancheneige, qui avait grand-faim et grand-soif, mangea un peu de légumes et de pain dans chaque petite assiette et but une goutte de vin dans chaque petit gobelet, car elle ne voulait pas tout prendre au même. Ensuite, elle était tellement lasse qu'elle se coucha dans un petit lit, mais aucun ne lui allait, l'un était trop long, l'autre trop court, enfin le septième fut à sa taille : elle y resta, se recommanda à Dieu et s'endormit. »
- Monsieur, ça ressemble drôlement à Boucle d'or !
- Oui, c'est vrai. Penses-tu qu'une telle ressemblance puisse être le fruit du hasard ?
- Il y a sûrement un des deux contes qui a copié sur l'autre. Mais lequel ?
- On ne peut pas savoir...
« On ne peut pas savoir » a longtemps été la réponse que je faisais à mes petits élèves de 6e. Et puis une fois, tout en répondant « on ne peut pas savoir », je me suis rendu compte de ma bêtise. Bien sûr que si, on peut savoir. Comment le lit d'un des sept nains pourrait-il être trop long pour Blancheneige ? Et regardez la dernière phrase : 7 = 3 ! : « l'un était trop long, l'autre trop court » et hop on arrive au septième ? Non : au troisième. L'espace de ces quelques lignes, Blancheneige n'est plus dans la maison des sept nains : elle a franchi la frontière poreuse du conte et la voilà qui dort chez les trois ours. Autrement dit, il y a dans la version de Blancheneige rapportée par les frères Grimm une interpolation empruntée à Boucle d'or et les trois ours. A un moment donné, les histoires se ressemblent – une jeune fille perdue qui trouve refuge dans une maison vide – et la ressemblance a ouvert ce portail magique discret qui nous fait passer d'un conte à l'autre.
Tiens, en cherchant rapidement sur Internet si quelqu'un d'autre l'a déjà formulé (je suis bien certain que oui même si je n'ai rien trouvé) je tombe sur un livre jeunesse de Véronique Cauchy intitulé Boucle d'or et les sept nains dont l'argument (vous chercherez sur le Net) et le titre confirment que, au moins par l'intuition, je ne suis pas le premier à passer par là.
(Ce petit billet en réponse à l'ami Pierre avec qui nous échangions deux mots à propos des pantoufles de verre – et non de vair – de Cendrillon, évoquées dans Elise et Lise.)

samedi 23 février 2019

ça s'appelle une chose sérieuse


C'est le journal de Daniel, recueilli dans une communauté survivaliste par Chambray, femme richissime et prête pour l'apocalypse, Chambray dont il doit écrire l'autobiographie, ce pour quoi elle lui a fait mettre une puce pour notamment augmenter ses capacités mémorielles, puce désactivée juste le dimanche. C'est le journal d'un homme qui la plupart du temps n'est plus vraiment lui-même et qui tente de se retrouver dans l'écriture, dans l'écriture du dimanche qui n'est pas celle de la semaine. C'est l'histoire d'un homme augmenté qui préfère les hommes quand il ne l'est pas, qui préfère les hommes sauf Jenny qui est une femme et aussi un animal sauvage, mais qui fait l'amour avec Chambray parce que ça fait partie du programme. C'est l'histoire d'un homme qui ne s'appelle peut-être pas Daniel et qu'on n'est pas obligé de croire puisqu'il n'est plus lui-même. C'est l'histoire de tous les gens qui ne sont plus eux-mêmes mais qui sont quand même et ça s'appelle Une chose sérieuse, c'est signé Gaëlle Obiégly, c'est paru tout récemment aux éditions Verticales et c'est une sacrée découverte.


mardi 19 février 2019

J'ai reçu un service de presse.


J'ai reçu un service de presse. Je ne sais pas pourquoi : je ne suis pas journaliste, et ce que je poste sur ce blog ne ressemble que de très loin à de la critique littéraire. Je n'aime pas tellement recevoir des services de presse. Ça coûte de l'argent à l'éditeur et je préfère choisir mes lectures, puisque je ne suis pas payé pour lire. Bien sûr il y a des auteurs, ou des éditeurs, dont je suis curieux de découvrir la dernière publication. Mais il vaut mieux me demander mon avis à l'avance. Ou au moins, il vaut mieux connaître mes goûts. Ou peut-être, pourquoi pas, avoir lu quelques-uns de mes livres ; on peut toujours rêver. Dans ce livre (je ne nommerai pas l'auteur, qui n'est pour rien dans l'envoi et que je ne connais pas, ni l'éditeur non plus du coup – dont on peut quand même deviner qu'il a de l'argent à gaspiller), je rencontre au hasard des phrases comme celles-ci :
« Je me souviens d'une promenade (...) dans le village, en quête de cigarettes, où nous discutâmes à bâtons rompus, sans témoins. »
« Lorsqu'elle dormait profondément, son côté frondeur disparaissait totalement. »
« C'était drôle à observer. Ils passaient souvent du coq à l'âne, s'écharpaient (…) sur Houellebecq dont le mari de Clarisse, en tant que fin connaisseur du milieu littéraire... »
« Etant matinale, je me retrouvais à préparer des tournées de chocolat chaud et des monceaux de tartines de Nutella. »
Elles ne sont pas complètement calamiteuses, me direz-vous. Non, en effet. Mais les gens qui me connaissent sentiront tout de suite que je ne peux pas aimer ça. Pas du tout. Plus de services de presse SVP, surtout sans mon aval.
(En revanche il faudrait que je trouve un moment pour vous parler d'Une chose sérieuse, de Gaëlle Obiégly, acheté avec mes petits sous dans une belle librairie indépendante ; une sacrément belle découverte.)

mercredi 13 février 2019

N'oublions pas que la nuit tombe


Je me rends compte à l'instant que ce beau billet sur Seule la nuit tombe dans ses bras m'avait échappé. Merci à Nicole Grundlinger !
C'est aussi le moment de rappeler que vendredi à 18h30 je serai à la librairie Scrupule, 26 rue du Faubourg Figuerolles à Montpellier, et le lendemain tout près encore, invité d'honneur avec Olivier Liron à Paroles d'auteur(e)s, à Saint-Clément-de-Rivière, Salle Frédéric Bazille, à 17h30.