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lundi 30 mars 2015

Le mort de l’ascenseur s’était parfumé.



Il faut passer les neuf étages qui précèdent  son palier sans que l’ascenseur ne s’ouvre. C’est ce qu’elle espère à chaque jeudi qui la voit sortir, mais aujourd’hui un voisin au visage horrifié à l’ouverture des portes, une personne paniquée appelant un numéro d’urgence sur son portable, ce serait le summum de la vulgarité s’invitant à rompre le charme de son moment intime et secret en compagnie de l’extraordinaire. Ce pragmatisme du réel gâcherait la communion de ce silence, intense parce qu’abrégée dans la vitesse relative de l’appareil qui les tracte elle et lui sur une distance finalement assez courte. Elle regarde la trappe du fond derrière ses longues jambes. C’est par là qu’on transporte les cercueils. Lui est immense ; au moins un mètre quatre-vingt-dix ; elle n’est pas sûre qu’il rentrerait.
Il est bien habillé, d’une chemise à rayures fines et d’un pantalon de bonne facture au pli impeccable. Une discipline qu’elle affectionne chez les vivants. Au moins, trouvé dans un autre lieu à un autre moment, il ne se ferait pas surprendre dans une tenue dérisoire. Cela lui rappelle qu’elle doit arrêter de dormir dans des pyjamas abîmés, car quand la mort viendra pour elle, ce sera qui sait pour la surprendre en plein sommeil, et bien fait si alors on trouve son corps dans des vêtements négligés. Sa grand-mère l’a assez mise en garde à ce sujet. Promis, jeudi prochain, elle achète une tenue de nuit neuve dans une boutique appropriée et discrète.
Ah ben non, pas un jeudi.

Anna de Sandre, le Parapluie rouge, « Et le jeudi non plus », In 8, 2014, p. 69-70.


vendredi 6 juillet 2012

Lacets


Il imprimait
à son volant
les gestes lents
d’un homme las
 
montait
le bras
pour un virage
 
tirait
à droite
dans un soupir
 
et marmonnait
entre ses dents :
« demain
je n’y reviendrai pas
CREVEZ BORDEL
(et puis tout bas)
sauf la Josée
qui n’a rien dit ».
 
Et il reniflait
dans son coude
frottant son nez
dans la pliure
tandis que la lune
basse et lourde
foutait le feu
à un tronc d’arbre.
 
 
Anna de Sandre, Un régal d’herbes mouillées, Les Carnets du Dessert de Lune, 2012, p. 47-48.
 
https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEh3v6kLeu1OBi-R9D-eDZE2tdWOEQYwClrjd94_bh17qvP-_f2qd7s9WwWdyNSjXJLkO0wkeVfGSejQxJOjbYF3KUBjKs69pcnNoZMKlUL1jMoVwsjUd8JjVzT2u4XBD_7jmlRs7aCw23XY/s1600/Cover+blog.jpg

Commentaires

Ah! J'aime bien ces lacets-là!
Commentaire n°1 posté par Anonyme le 06/07/2012 à 21h53
N'est-ce pas ?
Réponse de PhA le 07/07/2012 à 11h49
Vous ne saviez  plus comment "emmerder Loïs", n'est-ce pas ? Je suis très touchée, merci.
Commentaire n°2 posté par Anna de Sandre le 06/07/2012 à 22h37
Voilà : j'emmerde Loïs et je touche Anna.
Réponse de PhA le 07/07/2012 à 11h51
Très bon recueil en effet !
Commentaire n°3 posté par Dominique Boudou le 06/07/2012 à 22h48
Je trouve aussi. Et bel éditeur.
Réponse de PhA le 07/07/2012 à 11h52
Merci Dominique, tu es chou :)
Commentaire n°4 posté par Anna de Sandre le 07/07/2012 à 17h54