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mercredi 16 septembre 2015

un cube en verre



C’est bien le ventre de la ville, maman.
Faut bien que je sois de quelque part, que je plante ma tente, un arbre, mes rêves, mes illusions, mes graines, que sais-je !

(Voix de la censure : n’importe quoi)

Un cube en verre, voilà ce que je suis devenu avec en son centre, disposés en étoile, trois-cent soixante yeux exactement qui brassent le panorama sans que j’aie besoin de bouger. Des yeux comme des tentacules qui touchent, absorbent et qui renvoient mes villes communes et opposées, P et B, les initiales qui signent le texte, des images qui en jaillissent, parenthèses et crochets, et qui ouvrent des mondes.
Aller à mi-chemin je pourrais. M’asseoir près d’un volcan de Clermont et mater les étoiles, les étoles, les châles, elle en portait bien cette vieille frileuse.

(Voix de l’autocensure, répète la censure)






lundi 2 février 2015

ma langue-serpent


Et dans ma chambre aussi, ailleurs aussi, quelle qu’en ait été l’époque, j’ai toujours voulu dire ma langue, cette chose âpre et sèche qui réclame toujours un peu plus de liquide sinon à enfler dans ma bouche et à tenir toute la place dans mes bronches. Serpent qui me revient et qui mord désormais quand je ne le noie pas de vin ou d’alcool. Serpent d’estomac, nourri des restes du côlon, qu’en sais-je, et quelle importance cela a-t-il d’ailleurs, sinon à signifier que j’attends ma dose de pluie, bouche ouverte, et que de radioactivité elle se remplisse, qu’elle racle la colère, y mette le fuir jusqu’à devenir indépendante d’elle-même, de moi.

Catherine Ysmal, A vous tous, je rends la couronne, Quidam, 2014, p. 16-17.


mercredi 5 juin 2013

quoi lire, quoi


Le Matricule des Anges, c’est ce mensuel qui consacre son dossier de juin à Marcel Cohen, l’un des plus importants parmi nos auteurs confirmés, et qui parmi ses pages publie un très bel article sur Irène, Nestor et la vérité de Catherine Ysmal, « un livre surtout qui signe la naissance d’un véritable écrivain ». Voilà.

mardi 9 avril 2013

les mots impossibles d’Irène et de Nestor


Quand l’histoire d’un couple qui ne se comprend plus ne se raconte pas mais se donne à voir autant qu’à lire par pans entiers de discours intérieurs auquel l’autre jamais n’aura accès c’est la tragédie du langage qui se joue et ne peut se dire autrement qu’avec les mots impossibles que nous avons en partage
et qui depuis quelques jours se réunissent sous la forme d’un livre de  Catherine Ysmal intitulé Irène, Nestor et la vérité et publié grâce au flair d’un cher Quidam, lisez plutôt, et lisez tout.

dimanche 7 avril 2013

Quoi faire Irène du dictionnaire ?


C’est après cette soirée-là que ça a commencé véritablement. Enfin qu’il y a eu un autre commencement dans ma vie. Encore un, ou une autre fin, et puisqu’il faut dater, disons seulement que c’est du lendemain de cette soirée que date cette histoire.
Une histoire de dictionnaire qui était à moi et pas à elle et qu’elle n’avait jamais touché jusque-là, du moins je l’avais cru.
Il était rangé sur le buffet. Je le cherchais pour vérifier un mot. Ça m’a toujours semblé important d’avoir la certitude des mots, parce qu’il n’y a de vérité que dans la définition et qu’elle est décidée par ceux qui ont réfléchi.
Il était à moi après tout ce dictionnaire et impossible de le retrouver ce matin-là., j’en avais pourtant besoin tout de suite. Aussi pour lui parler d’elle, de sa mélancolie, de sa bile noire qui la poussait à la tristesse, ce qui n’avait pas de lien avec ce qui se passait entre nous.
Plus de dictionnaire. J’ai cherché un temps, couru à brides abattues du bahut à la cheminée, j’ai grimpé quatre à quatre l’escalier jusqu’à la chambre, j’ai cherché encore un peu près de mon fauteuil, sous les journaux. Je lui ai demandé ce qu’elle en avait fait, ce qu’elle pouvait bien aller y voir. Alors qu’elle n’y voyait rien.
Elle est allée me le chercher, dehors, sur le perron, près d’une chaise où elle s’asseyait tous les jours, au moins quelques minutes, avant ma sieste.
Là, devant moi, maintenant, la brique de poussière et de feuilles, la couverture humide, molle, les pages cornées en plus, mon dictionnaire foutu. Je déteste ce genre d’intrusions physiques entre les mots. Elle me regarde, perplexe, qui ne sait que penser, autrement dit. « Les mots ne sont pas qu’à toi », dit-elle à se contorsionner devant moi, les mains pétrissant les mains et puis l’une sur son front, le grattant, l’index maintenant sur sa bouche, c’est propre, comme ceux qui ont besoin de se mouiller le doigt pour faire tourner les pages.
Le dictionnaire est sur la table. Le partage me le rend étranger, inapte à la rencontre. J’ai l’impression qu’il est plus abîmé, habité d’Irène, confisqué en partie. Alors, c’est de l’émotion, mauvais par conséquent pour moi. Je voudrais ces mots à moi, à moi seul, des mots fixes, pas ceux qui bougent dans sa bouche.
Pas ceux qu’elle remue et tripatouille, qu’elle lance sans bien savoir où ils vont, peu soucieuse du sérieux qui les grève, comme s’il nous était possible de les connaître ensemble et de les utiliser dans une communauté d’union. Quoi d’union ? D’où me vient cette idée ? Voilà, je me débats comme elle. Filant des mots, non les mots ne filent pas, c’est elle qui croit qu’ils filent, elle la compliquée. Moi, la phrase je la construis, j’y pense, elle a du sens, c’est simple. Celle-là met les mots les uns à la suite des autres et elle attend. Enfin… si elle faisait un tout petit peu l’effort de construire, je comprendrais, tout, tout ce qu’elle dit parce qu’il y aurait une direction. Une majuscule et un point, un commencement et une fin.
Maintenant, elle prend le dictionnaire mais pour quoi faire ? Quoi faire Irène du dictionnaire ? Je demande. Ce n’est pas une question. Je recommence : quoi faire du dictionnaire, Irène, sans tes lunettes, les petits caractères et le latin que tu soulignes, l’histoire du mot ?
 
Catherine Ysmal, Irène, Nestor et la vérité, Quidam, 2013, p. 83-85, c’est là que j’en suis, vous pouvez lire un peu par-dessus mon épaule, ça vaut la peine.
marcheur.gif 
 Post-scriptum.

jeudi 7 mars 2013

Quidam en Charybde, 2ème partie


Deuxième partie de la soirée Quidam à la librairie Charybde (allez donc faire un tour à l’occasion au 129 rue de Charenton, à trois pas de la Bastille et deux de la Gare de Lyon) pour écouter cette fois-ci dans l’ordre Pascal Arnaud à propos de B.S. Johnson, histoire d’un éléphant fougueux, de Jonathan Coe ; Michel Volkovitch, traducteur des auteurs grecs du catalogue Quidam (Menis Koumandareas, Ersi Sotiropoulos, Ziranna Zateli) ; Pascal Arnaud de nouveau présentant votre serviteur avant que je ne balbutie quelques mots sur la Persistance du froid de Denis Decourchelle ; Pascal Arnaud à propos de Reinhard Jirgl ; Claro sur Tout passe de Gabriel Josipovici qu’il a traduit pour Quidam ; Hugues Robert (de Charybde) sur Ron Butlin, Paulus Hochgatterer, David M. Thomas ; enfin Pascal Arnaud sur le roman à paraître le 20 de ce mois-ci de Catherine Ysmal, Irène, Nestor et la vérité.
Voilà, tout cela un peu long, mais en réalité c’est beaucoup trop court.


Commentaires

"Car la Persistance du froid est aussi une évocation de ce qu’on ne peut pas exprimer, et ce n’est pas un hasard si le jazzman arrête de jouer, l’actrice se retire, l’anthropologue se noie, et le cosmonaute, premier homme à avoir eu depuis son hublot une vision totale du monde, est réduit au silence… "
"... une évocation de ce qu'on ne peut pas exprimer..."
En effet, c'est un peu le sentiment que j'ai eu en vous écoutant en parler (de votre belle voix grave:)) alors que dans le texte de votre lien vous exprimez très clairement justement ces mots qu'il faudrait aller chercher dans la musique, cette "opacité" qui peut nous toucher dans un texte. Et pour le coup, vous défendez bien cet auteur qui mérite sûrement plus de lecteurs.
Merci pour ce partage vidéo.
Commentaire n°1 posté par Ambre le 07/03/2013 à 22h24
Et merci à vous pour ce beau commentaire.
Réponse de PhA le 10/03/2013 à 12h32
J'ai attentivement suivi ces deux vidéos. Deux constats : 1) je ne me suis pas trop trompée sur les livres que j'ai déjà lus même si ma compréhension n'a pu être que partielle (il faut relire), 2) j'ai envie de lire tous les autres, ce que je ferai.... Très communicative : la passion de l'éditeur pour "ses" auteurs et leurs livres.... Merci encore.
Commentaire n°2 posté par Michèle le 10/03/2013 à 13h17
Ah oui, c'est un authentique passionné.
Réponse de PhA le 10/03/2013 à 13h49