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mercredi 21 février 2024

Éveils Éveils Éveils Éveils Éveils Éveils Éveils

Ta vie est un cauchemar ? Réveille-toi avec une page d’Éveils, le nouveau livre de Philippe Jaffeux, aux éditions Jannink.




mardi 16 mai 2023

« Livres » de Jaffeux

Je viens de terminer la lecture d’une entreprise de fascination par déplacement des mots. D’un point de vue technique, on est assez proche de la lettre cryptée (authentique ?) de George Sand à Musset, dans laquelle, en ne lisant qu’une ligne sur deux, une lettre d’amour très chaste se transforme en une invitation très explicite (vous la trouverez facilement sur Internet si vous ne l’avez jamais lue) et dont déjà Sébastien Smirou s’était inspiré en complexifiant la contrainte dans Un temps pour s’étreindre (POL, 2011), mais c’est autre chose encore. Deux pages se font face, portant le même numéro. Sur la page de gauche, une suite ininterrompue de sentences incomplètes : la page est pleine de trous, de blancs. Sur la page de droite, des mots semblent d’abord placés au hasard ; ils sont en réalité placé au hasart. Ils sont situés aux emplacements précis correspondants aux trous de la page de gauche et, de fait, ils complètent aussi par le sens les sentences lacunaires de la page de gauche. Mais sur la page de droite, si on la lit de gauche à droit et de haut en bas comme on a appris à le faire, ce sont de nouvelles sentences, différentes, que ces mots viennent former. Les mots, les expressions de la page de droite sont communs à deux textes différents. L’œil est pris dans un constant va-et-vient qui est une sorte d’exacerbation de celui de la lecture ordinaire, qui nous est devenu naturel. L’écart, que Jaffeux écrit éc-art comme il écrit has-art le hasard avec lequel il travaille, est juste plus grand. Les sentences elle-mêmes prennent sens par la référence à leur propre lecture. Voilà. Ça s’appelle Livres, c’est hypnotique et c’est paru aux edicions Paraules.



mardi 11 avril 2023

De l’abeille au zèbre

Je n’ai pas que le prénom en commun avec Philippe Jaffeux. Je savais déjà qu’il avait des lettres, voici qu’il a aussi des bêtes, des alphabêtes, même, puisque, De l’abeille au zèbre (c’est aussi le titre), 499 d’entre elles sont présentées sur les 26 pages imprimées de son dernier ouvrage, récemment paru à l’Atelier de l’agneau. Certaines sont chères à mon cœur et les coïncidences éditoriales font qu’on aura rarement autant évoqué en poésie le dik-dik, l’amphisbène ou le guacharo des cavernes qu’en ce premier semestre 2023. Chacun chez Jaffeux a sa loge : un énoncé étrange qui détourne, voire retourne ce que l’on dit de lui, dans une sorte de désarticulation de la pensée qui fait réagir la nôtre.



mardi 13 janvier 2015

Courants blancs de Philippe Jaffeux



L’objet est un carré bleu nuit traversé d’un éclair clairement électrique publié aux éditions l’Atelier de l’agneau dans une collection qui ne s’appelle pas tout à fait aphorismes puisque c’est juste aphoris. Et de fait en l’ouvrant on peut penser aussi que Courants blancs est un recueil d’aphorismes qui n’en sont pas tout à fait. L’œil y est tout de suite alerté par la régularité de la longueur des apparents aphorismes, un énoncé d’une ligne à chaque fois mais pas plus sans autre ponctuation que son point final, énoncé multiplié à raison de vingt-six par page ; régularité donc aussi de la longueur des pages, lesquelles sont doublement paginées : la pagination traditionnelle se double d’une pagination réelle : de la page 1 première écrite à la page 70 et dernière le texte respecte la règle comme s’il était tracé à la règle. Et comme un livre est quand même un livre on ne s’étonnera pas que la page 1 soit à la page 5 et la 70 à la 74. C’est qu’il se joue dans Courants blancs quelque chose qui va au-delà de l’aphorisme, une poésie accidentelle qui tient de la tension, ou de la surtension entre des pôles opposés tels les côtés d’un carré : homme, animal, parole, alphabet sont comme les points cardinaux et essentiels qui reviennent inlassablement baliser le champ de ces 1820 unités verbales – je pense aussi à une sorte de vision atomique du langage – dont voici les premières qui vous montreront plus clairement ce que j’essaie de vous dire (car dire, nous dit aussi ce texte, n’est pas nécessairement le moyen de se faire entendre) :

Il se noya dans un cercle lorsqu’il confondit l’eau avec une quinzième lettre solaire.
Les animaux s’arrêtèrent de parler pour donner aux hommes la chance d’obéir à leurs cris.
Il applaudissait ses prières depuis qu’un vide s’était glissé entre ses mains.
La folie enferma ses échecs dans un carré et il réussit à se déplacer en diagonale.

Philippe Jaffeux, Courants blancs, l’Atelier de l’agneau, 2014, p. 5, c’est-à-dire page 1.