jeudi 14 mai 2015

Antoine Boute a une blague. Moi aussi.



Dans les Morts rigolos non plus, il n’y a pas tromperie sur la marchandise : les Morts y sont vraiment rigolos. D’ailleurs l’incipit vous met d’emblée dans la situation :
« J’ai une blague. »
Alors voilà on pourrait dire ça : c’est l’histoire d’un type qui a une blague à raconter mais en fait non : c’est l’histoire d’un type qui annonce qu’il a une blague à raconter, ce qui modifie la donne dès le départ, transformant le lecteur en « blagué », en attente de la chute de la blague (on le lui rappelle régulièrement, au cas où il serait tenté de l’oublier, qu’il est en attente de la chute de la blague), tandis qu’il lit un livre de plus de 250 pages quand même, ce qui pour un livre est une longueur assez courante mais pour une blague c’est beaucoup ; et pendant le temps que sa blague, suppose-t-on, se met en place, il nous raconte comment de clerc de notaire que fugacement il fut il est devenu organisateur d’enterrements-performances sous formes de scénographies poétiques et comment il est devenu papa en même temps. La blague prend du temps et ne manque pas d’ampleur : il faut devenir papa pour écrire sous la dictée de ses enfants suffisamment grandis mais pas trop quand même l’histoire des Morts rigolos. N’empêche : c’est rigolo. Tout en parlant de la mort (ce qui est une bonne façon de parler de la vie).
Antoine Boute est écrivain, performer et conférencier. (Là je ne me fatigue pas : je recopie la 4e.) Je devine un microcosme dont je ne connais qu’à peine l’existence – la littérature contemporaine n’est pas un milieu mais un truc complètement disparate où bien souvent l’on ne connaît pas l’existence du voisin – et la poésie contemporaine j’ai l’impression que c’est pareil sauf que c’est pire. Du coup j’ai une blague, moi aussi. C’est de faire lire les Morts rigolos à des gens qui n’auraient jamais entendu parler d’Antoine Boute, ni de la collection Les grands soirs (des éditions Les petits matins). Ça doit se trouver. Ce serait une bonne blague. Ce serait une bonne blague pour le lecteur et pour l’auteur, qui ferait bien rigoler tout le monde.


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