mercredi 26 septembre 2018

Invasion


Celle de la perruche à collier (je crois que c'est elle) dans les grandes villes européennes notamment m'intéresse. Je l'ai repérée à Londres, à Bruxelles, à Barcelone évidemment (elle est y est déjà légion), à Paris, à Cannes, à Rome.
La définition d’une espèce exotique envahissante donnée par le Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer est la suivante :
« Une espèce exotique envahissante est une espèce (animale ou végétale) exotique (allochtone, non indigène) dont l’introduction par l’homme (volontaire ou fortuite) sur un territoire menace les écosystèmes, les habitats ou les espèces indigènes avec des conséquences écologiques, économiques et sanitaires négatives. Le danger de ce type d’espèce est qu’elle accapare une part trop importante des ressources dont les espèces indigènes ont besoin pour survivre, ou qu’elle se nourrisse directement des espèces indigènes. Les espèces exotiques envahissantes sont aujourd’hui considérées comme l’une des plus grande menace pour la biodiversité. »
La France s’est d’ailleurs engagée, à l’occasion du Grenelle de l’Environnement, à lutter contre ces espèces.

Exemples de taxons invasifs (je recopie Wikipédia) :

« Wasmannia auropunctata, la petite fourmi folle qui a envahi la Nouvelle-Calédonie et Tahiti ;
Le champignon Phytophthora infestans sur la culture de pomme de terre en Irlande provoquant la Grande Famine en 1845 ;
Le phylloxéra Viteus vitifoliae sur les vignes européennes à la fin du xixe siècle ;
La méduse Mnemiopsis leidyi en mer Noire ayant considérablement affaibli les ressources halieutiques ;
La moule zébrée qui peut boucher des canalisations, gêner la navigation et diminuer la biodiversité ;
L'étoile de mer dévoreuse de corail (Acanthaster planci) est sujette à des « explosions de populations » qui ruinent les écosystèmes coralliens, parmi les plus riches et les plus fragiles au monde ;
La guêpe commune Vespula vulgaris en Australie, en Nouvelle-Zélande et à Hawai ;
Le frelon asiatique Vespa velutina en France notamment, prédateur d'abeilles et d'autres insectes pollinisateurs ;
L'introduction du Rat noir Rattus rattus et du Rat gris Rattus norvegicus en Europe au Moyen Âge ;
La jacinthe d'eau, diminuant la vie aquatique, faute de lumière, dans les rivières ou les lacs. »

Je constate avec une satisfaction intellectuelle non dénuée d'une certaine affliction que l'on n'y a pas oublié le plus fameux d'entre eux :
« Homo sapiens peut être considéré comme une espèce envahissante du fait d'une démographie incontrôlée, d'impacts significatifs et néfastes sur l'environnement global (flore, faune, climats…) »

Je me souviens que j'ai eu ma plus mauvaise note au bac à l'épreuve écrite de français. Je l'ai attribuée, à l'époque, à une comparaison que je faisais entre l'homme et le lemming, lequel, lorsque sa démographie explose, se lance dans une longue migration qui décime la plus grande part de sa population, ce qui à mes yeux était un peu l'équivalent de la guerre pour l'homme, considérant la guerre comme un comportement naturel dont le rôle est de maintenir la population humaine dans des limites raisonnables. Je me rends compte aujourd'hui que ma mauvaise note était méritée. Évidemment la guerre est un comportement naturel, comme toutes les activités de l'homme qui fait partie de la nature, mais il est clair qu'elle ne sert pas à limiter la démographie puisque, depuis ma mauvaise note au bac français, la population humaine, déjà considérable, a doublé.

lundi 24 septembre 2018

créer un vide

« Un auteur admiré écrivant sur un écrivain qu'il aime crée un vide. Ne pas lire le second, c'est ne pas comprendre tout à fait le premier. L'adolescent sentait bien que les livres appellent les livres dans une fuite en avant sans fin. Autour de lui, personne ne semblait deviner que le lecteur reste toujours en arrière, de plus en plus dépendant, avec une conscience de plus en plus aiguë de ses propres lacunes, et seul au milieu de ces absents illustres. »
Marcel Cohen lui ne nomme pas d'écrivains, du moins pas en tant qu'objets d'admiration, et moi je lui sais gré de ne pas créer trop de vide, trop de vides autour de moi – manière aussi de dire la mienne (admiration). J'achève seulement maintenant la lecture de Détails paru pourtant l'an dernier, mais où est donc passé le temps. Je ne cacherai pas que l'ambition de ce billet est clairement de créer un vide, pour ceux qui n'auraient pas encore lu Marcel Cohen. Son audace immense est quasi invisible. Il écrit sans tout le fatras qui d'ordinaire fait la littérature – même la bonne (de la construction du récit à la métaphore, en passant par tout ce qu'on l'on met trop facilement sous l'adjectif littéraire). Et à chaque instant de ma lecture, je me dis qu'il touche à l'essentiel.
La quatrième de couverture de la collection blanche de Gallimard où sont parus ses Détails le présentent comme l'auteur de « textes brefs, (...) d'une trilogie (...) » etc., suivent les titres concernés (d'ailleurs évoqués ici, cliquez donc). Une présentation somme toute factuelle, comme ses textes revendiquent de l'être. Une présentation qui ne dit pas que Marcel Cohen est peut-être l'écrivain d'aujourd'hui le plus important publié dans ladite collection. Il ne faudrait pas que ça se sache.


dimanche 23 septembre 2018

mardi 18 septembre 2018

La nuit tombe tous les soirs


Alors forcément comme c'est la saison il y a toujours un peu de nouveau à propos de Seule la nuit tombe dans ses bras : pour Laurent Gourlay c'est « le récit ironique et émouvant d’une liaison en équilibre instable entre réalité et fantasme. L’auteur y parle avec talent de l’illusion, des sentiments, de l’absence, de la littérature, du rêve, du quotidien, de sexe aussi, et de tant d’autres choses. Faux roman érotique mais réel plaisir de lecture, un livre à acheter dans la vraie vie » ; un roman « ultra-réaliste » (c'était bien l'une de mes ambitions) dont Anna Valenn cite deux et même trois passages bien différents (avec précisément les changements de registre jusque dans l'écriture par souci de réalisme) ; et une magnifique chronique à écouter de Nikola Delescluse qui a déjà lu tant de mes livres que rien ne lui échappe.

lundi 10 septembre 2018

L'auteur passe aux aveux.


Des questions de lecteurs me parviennent, à propos d'un précédent roman dont je tairai le titre par égard pour les personnes qui ne l'ont pas encore lu – que ceux qui savent veuillent bien garder le silence –, à savoir si le personnage principal se livre réellement ou seulement dans son imagination à cette pratique consistant à fracasser des crânes de jeunes enfants à coups de brique. Bien évidemment je ne répondrai pas à cette question, la littérature garde ses secrets, mais je ne cacherai pas plus longtemps que, dans un souci de réalisme, je n'ai pas hésité à en faire personnellement l'expérience : la description avait tout à y gagner.

(Ce petit billet, à l'instar de mes romans, ne dit pas ce qu'il raconte.)

samedi 8 septembre 2018

Nouvelles très brèves (18)


Robert Dandier passa quatre ans et dix mois sur ce roman dont j'ai oublié le titre et dont Jean-Pierre Bitonnot parcourut en trois minutes et neuf secondes les onze premières pages pour écrire dans un grand quotidien national un article de quatre-cent-trente-et-un caractères que lurent vingt-cinq abonnés, dix-sept acheteurs et un SDF.



vendredi 7 septembre 2018

des échos dans la nuit


J'aime qu'un texte dise plusieurs choses en même temps. Même des choses en apparence contradictoires. Ou incompatibles. Réalisme romantique. Pornographie pudique. Histoire d'amour sans amour avec amour puisque l'amour est une histoire. Et même – car il y a de la perversion chez l'auteur –, prendre plaisir à mal écrire exprès, au moins certains passages, pour que ce soit plus vrai.
« Il y aura donc – en mots, certes, mais quand même – des fellations, des cunnilingus, des pénétrations. Ce qui ne fait pas du roman de Philippe Annocque un livre érotique, loin de là. (…). On pourrait dire que ce roman plus romantique qu'érotique, cette histoire d'un amour qui n'est pas vraiment réalisé mais fait mal quand même, est aussi une réflexion sur la littérature, sur sa capacité à multiplier les mondes » écrit Guillaume Contré dans le Matricule des Anges, numéro de septembre (j'en ai collé une mauvaise photo ici, cliquez donc), et je ne sais pas si j'ai réussi mais c'était exactement mon ambition, convaincu que la fiction vit sa vie dans la nôtre, quoi qu'on y fasse. Car sans cette conviction jamais je n'aurais écrit sur un tel sujet (les rencontres érotiques et /ou amoureuses virtuelles, pour ceux qui n'auraient pas tout suivi).
« Philippe Annocque explore ce sujet casse-gueule avec beaucoup de subtilité, et transforme cette liaison pornographique à distance en une sorte de réflexion grandeur nature sur le pouvoir performatif du langage et la puissance de l'imagination. Un roman bref, un peu cru, addictif, d'une éclatante intelligence », écrit Bernard Quiriny dans Trois Couleurs, la revue du MK2 ; n'en jetez plus, mais si, encore un peu : « Seule la nuit tombe dans ses bras est un livre étrange et inquiétant. C’est évidemment voulu. Philippe Annocque, pour y parvenir, met en place un dispositif particulièrement malin. On le sent rusé, prompt à manier l’ironie, à parodier le roman d’amour, à percer l’identité bancale de cet homme et de cette femme apparemment heureux mais qui n’en restent pas moins accrochés, dans la grande nuit numérique, à cet écran bleuté dont ils ne peuvent plus se séparer et qui s’agite frénétiquement en se zébrant de mots bien réels », cette fois c'est Jacques Josse sur Remue.net, cliquez pour tout lire. Inquiéter, émouvoir, faire rire et faire pleurer, émoustiller les sens et donner à réfléchir ; c'était ma petite ambition. Je suis content.



lundi 3 septembre 2018

Seule la nuit par les hublots


Dix ans de Hublots hier, à ce qu'il paraît. Ça ne nous rajeunit pas, et pas sûr que la visibilité se soit tellement améliorée, pour autrui comme pour soi-même – cet autrui qui est un autre soi-même.
J'ai ouvert un hublot sur Seule la nuit tombe dans ses bras, quand un livre est écrit il faut le vendre, c'est étrange mais c'est comme ça – et c'est ici.
Il faudra que j'y rajoute les recommandations horoscopiques de Nathalie Peyrebonne déguisée en Madame Soleil, il y en a pour tous les signes ou presque, c'est tout frais d'aujourd'hui ; cliquez donc et n'oubliez pas les Poissons.
Mais même si vous êtes Vierge ou Balance, Capricorne ou Gémeaux, venez donc ce mercredi à partir de 19 heures à la librairie Le Monte-en-l'air, 71 rue de Ménilmontant à Paris, on n'attendra pas la tombée de la nuit pour en parler.





dimanche 2 septembre 2018

Albin 2, 2 Albin


Donc Albin à l'école. On l'y traitera d'imposteur pour la raison que le nuage à la moindre occasion pisse et que, semblable aux autres marches, celle où on a manqué s'étaler se répète et se fond dans l'interminable escalier, l'eau n'est plus la même dans le fleuve, le vin dans le verre, Albin soi-même perdu dans l'émoi du monde avec les sensations, le regard, les mots des poètes, Albin soi-même n'est pas soi-même n'est pas Albin.

Originalité, répète le maître et tous les mots qu'on lui a appris et qu'il n'a pas su oublier, mensonge, usurpation, tromperie et fausses apparences, imposture, et veut moralité et deux et deux font quatre.

L'imposte en architecture est la tablette saillante posée sur le pied-droit d'une porte, ou sur un pilier de nef ; en menuiserie c'est la partie supérieure d'une baie de porte ou de fenêtre.

Le mot vient du latin imponere, « placer sur ».

Pour qu'il y ait précipitation, poursuit le maître, il faut à la vapeur d'eau des poussières ou des grains de sel sur lesquels elle se déposera.

Sur quoi se placerait-elle, son imposture, sur qui, qui pourrait-il faire passer pour un autre qui lui-même n'était rien.

Dans les mots des autres, la voix d'Albin, partout où Albin n'est pas, tiens il pleut, dit-il en quittant l'école, la poussière dans l’œil donne à ses larmes un goût de sel, Albin ruisselle et coule, un gai murmure.

Albin saison 2, éditions Louise Bottu, 2017.

Les blogueurs se souviennent qu'Albin était un blog et un un blogueur, et depuis qu'Albin est livre – la bonne surprise que ce me fut en 2013 de le voir édité aux belles éditions Louise Bottu – Albin se confond avec Albin, auteur et livre, et cette confusion aussi est belle, qui dit aussi ce que devrait être notre rapport à la littérature. Albin du coup n'est pas connu, et le citer comme je viens de le faire ci-dessus ne dit pas vraiment ce qu'il dit – mais comment, un peu ; et ce comment devrait suffire à donner envie.
(Avec une couverture signée Patrick Szymanek.)



samedi 1 septembre 2018

Nouvelles très brèves (17)


Ils se rencontrèrent, se marièrent et vécurent heureux, le temps d'avoir beaucoup de petits orphelins.




jeudi 30 août 2018

Peter Handke parle pour nous.


Vous vous attendiez à quelque chose.
Vous vous attendiez peut-être à quelque chose d'autre.
Vous vous attendiez sûrement à une belle histoire.
Vous ne vous attendiez quand même pas à une histoire !
Vous vous attendiez à une certaine ambiance.
Vous vous attendiez à découvrir un autre monde.
En tout cas, vous vous attendiez à quelque chose.
Qui sait ? vous vous êtes peut-être attendus à ceci.
Mais même en ce cas, vous vous attendiez à quelque chose.

Peter Handke, Outrage au public (éditions de l'Arche)

lundi 27 août 2018

délicieusement collant


En cette rentrée littéraire paraît le premier roman d'un jeune auteur dont le protagoniste et narrateur a vraiment le sens de l'amitié, lisez plutôt :




 Amateur compulsif des nougats qui donne au roman son titre, Paul Montès en possède les qualités – notamment celle de coller. Faites un peu connaissance avec son ami Olivier et vous serez en mesure d'apprécier ce talent à sa juste mesure. Qui n'est pas le seul car Paul Montès est en effet par ailleurs le génial initiateur de la pensée collectionniste – outre les nougats, il collectionne aussi les galets.
Ce roman délicieusement collant est signé Paul Béhergé, il s'intitule donc les Nougats et vient de paraître chez Buchet-Chastel.

jeudi 23 août 2018

la nuit d'avant la nuit


Il est zéro heure trente-huit quand je tape ces mots. Quand le matin se lèvera, la nuit pourra tomber dans vos bras. Seule la nuit, diront certains. Même la nuit, diront d'autres.


mardi 21 août 2018

peut-être que non, mais peut-être que si quand même


Tiens j'ai aussi lu C'est moi, le roman de Marion Guillot paru en début d'année aux éditions de Minuit. C'est l'histoire d'un vase qui déborde discrètement. On se demande s'il va vraiment déborder, on se dit que peut-être que non, mais peut-être que si quand même, non, quand même pas, si ? Oh !
Voilà. Mince j'en ai trop dit.



lundi 20 août 2018

– Peut-être ignorez-vous, Monsieur, que dans notre pays on cultive les statues.


« Pourtant d'autres contrées sont à venir. Il y aura des pays. »
« J'étais entré dans la province des jardins statuaires. »
«  – Peut-être ignorez-vous, Monsieur, que dans notre pays on cultive les statues. »

Je ne vais quand même pas écrire un billet sur les Jardins statuaires, de Jacques Abeille, que vous connaissez forcément. Comment ? Vous n'avez encore jamais lu Jacques Abeille ? Heureux êtes-vous, qui donc allez le découvrir.



dimanche 5 août 2018

en attendant que la nuit tombe

Ces Hublots entrent en pause encore une fois, l'auteur partant en voyage (à ce propos, les Jardins statuaires, de Jacques Abeille, en cours de lecture, quelle merveille !). Le retour se fera avec la parution de Seule la nuit tombe dans ses bras, dont on peut lire les premières lignes et quelques avis sur la page de l'éditeur, ainsi qu'un bel article à son propos sur le site Liminaire de Pierre Ménard, cliquez donc, et qu'on croise déjà dans le numéro de Marie-Claire du mois d'août (ci-dessous l'édito et le dernier paragraphe d'un dossier sur « ce que le numérique a changé à nos rapports amoureux »).







samedi 4 août 2018

vendredi 3 août 2018

Passerage des décombres


Passerage des décombres est un tout petit livre d'Antonin Crenn, il ne doit faire qu'une dizaine de pages tout au plus. Il tient en équilibre comme l'arche d'un pont disparu, comme une plante sauvage des ruines, comme le souvenir d'un amour emporté par le vent. Il est très beau.



jeudi 2 août 2018

Les doubles-fonds de John Herdman


J'ai beaucoup de mal avec les romans thétiques. J'appelle « thétiques » les romans qui vous disent que les choses se sont passées comme ça. Évidemment, quand j'en écris, le plus souvent j'évite que les miens le soient. Ce n'est donc sans doute pas un hasard si je retrouve ce caractère non-thétique dans nombre de romans publiés par Quidam – notamment dans certains qui ne ressemblent pas du tout, par ailleurs, à ce que je fais ; ni ne se ressemblent entre eux non plus ; de l'Ami Butler de Jérôme Lafargue à la Femme d'un homme qui de Nick Barlay ; de Albert Angelo de B.S. Johnson à A tous les airs de Stéphane Vanderhaeghe, en passant par le Cahier d'Alberto de Monique Rivet. C'est aussi le cas de la Confession, de John Herdman, dont je termine la lecture à l'instant. On a l'impression d'y flirter avec le fantastique ; en effet le paysage y est écossais (comme l'auteur) et il y est question de magie, plutôt noire que blanche. Le récit y est l’œuvre d'un nègre ou plutôt d'un écrivain fantôme comme on dit dans cette langue-là, un ghostwriter payé pour écrire l'autobiographie d'un autre – mais cet autre est-il un autre ? ou bien cette autobiographie est-elle une autobiographie ? Les questions se posent, et se composent d'autres questions à l'intérieur d'elles-mêmes. Mais oui, sans aucun doute, tous les arguments sont là pour confirmer cela, mais aussi pour soutenir ceci, pourtant incompossible avec cela. L'indécision aussi bien sûr est la marque du fantastique nous rappelle Todorov (et Jean Berton dans sa postface), sauf qu'ici tout est vraisemblable, le possiblement monstrueux n'est pas surnaturel : on peut tout y croire.




lundi 9 juillet 2018

un autre livre


Denis Diderot, Gustave Flaubert, Henrik Ibsen, Italo Calvino, Pierre Jourde, Céline Minard, d'autres auxquels je ne pense pas, d'autres aussi que je ne connais pas, forcément, ont en commun de ne pas se ressembler. Ni entre eux, ni eux avec eux-mêmes. Une nécessité pousse à chaque fois, ou en tout cas le plus souvent, vers autre chose, une autre forme où être soi-même encore, mais différemment. Ce n'est pas à mes yeux un critère de qualité, mais ça dessine une sorte de vague famille où je me reconnais.
A la rentrée va paraître Seule la nuit tombe dans ses bras. Qu'il soit chez Quidam ne doit pas vous tromper : Quidam est l'éditeur pour lequel la différence formelle qui traverse mon travail fait sens (et je lui en sais gré, j'en ai connu avant lui aux yeux desquels publier des livres aussi disparates en apparence semblait vaguement monstrueux).
Donc à la rentrée prochaine paraîtra Seule la nuit tombe dans ses bras. Les lecteurs de Pas Liev vont être surpris. Mais aussi ceux de Monsieur Le Comte au pied de la lettre, ceux de Vie des hauts plateaux, ceux de Notes sur les noms de la nature, ceux de Mémoires des failles. Sans parler de ceux de Chroniques imaginaires de la mort vive. Mais peut-être que ceux qui les ont tous lus déjà, et les trois ou quatre non cités parce que ça va bien comme ça, peut-être que ces lecteurs-là se diront que finalement si, il fallait s'y attendre, un jour ou l'autre, à ce que je sorte un truc comme ça. Ce jour approche : ce sera le 23 août.
Il y sera question d'identité, du rapport à la réalité, de la relation des mots aux choses. Mais ça on ne le verra qu'après. Ce n'est pas du tout comme ça qu'on résumera le livre.



dimanche 8 juillet 2018

Nouvelles très brèves (15)


Le 8 juillet la famille Plotin partit en vacances à la Baule où ils prirent douze bains de mer avant de rentrer le 29 juillet à Viry-Chatillon.



vendredi 6 juillet 2018

six pieds devant




Cette joyeuseté-là sort d'une Vie et opinions parue aux éditions Le Quartanier et signée d'un certain Gottfried Gröll dont Christophe Manon a décidé d'assumer l'identité depuis que le texte est joyeusement reparu en 2017 au Dernier Télégramme.


mercredi 4 juillet 2018

Nouvelles très brèves (14)


Hier je me suis sauvé de l'école maternelle. Demain je n'irai pas à mon rendez-vous avec mon conseiller Pôle-Emploi.


mardi 3 juillet 2018

Aux moindres creux de la terre l'eau fait des vasques


Aux moindres creux de la terre l'eau fait des vasques
elle trouve sa vaisselle aux ornières des chemins
d'une feuille morte elle fait sa coupe d'argent
dans un pneu elle a sa table mise
les flaques sont son frac, sa livrée d'apparat
et si l'eau est partout son habit propre
qu'en chaque mare elle a son palais
c'est que se recueillir lui est un luxe et un bien nécessaire

Laurent Albarracin, À, éditions le Réalgar, 2017.
C'est dans la collection l'Orpiment, et illustré par Jean-Pierre Paraggio.


lundi 2 juillet 2018

Nouvelles très brèves (13)


A celle-ci au moins il voulait une fin heureuse. Alors il l'écrivit : « fin heureuse ».



dimanche 1 juillet 2018

la langue ficourche


Pierre Repp Bégayer, exister, écrire, est un essai sur Pierre Repp en Lacan du terrain, tout en étant le récit de l'écriture d'un essai sur Pierre Repp, tout en étant un livre sur Le Golvan lui-même, Le Golvan écrivant sur Pierre Repp et Le Golvan écrivant sur Le Golvan qui peut-être, on ne sait jamais avec la langue, est Pierre Repp aussi ; sans pour tout cela cesser d'être un essai sur Pierre Repp, tout simplement et très agréablement un essai sur Pierre Repp. Vous me suivez ? Je n'ai pourtant la langue ficourche. La langue n'a pas besoin de moi pour être ficourche. Elle l'est par nature. Personnellement j'en suis persuadé, et ravi de voir Pierre Repp en révélateur. Essayez donc de dire quelque chose. Allez ! Vous voyez ? Vous avez dit autre chose.
Pierre Repp Bégayer, exister, écrire, est préfacé par Dany-Robert Dufour et publié aux éditions Sipayat.


vendredi 29 juin 2018

Venez donc, je serai quatre !

Ce n'est pas à proprement parler un événement mais ça en sera un si vous venez demain samedi (à peu près toute la journée avec une pause pour déjeuner quand même) au Cultura de Rambouillet (ZA du Bel Air) où je serai avec Pas Liev, Elise et Lise et mes Notes sur les noms de la nature.
Aucun texte alternatif disponible.

jeudi 28 juin 2018

Nouvelles très brèves (12)


La naissance, cette injonction du monde extérieur à respirer ! À vivre ! Il fit tout pour occulter cet affreux moment, tant et si bien qu'il y parvint.



dimanche 24 juin 2018

"Tu es né pour chanter les Louanges des Chérubins."


Le titre du premier roman d'Anne Karen rime avec son nom, Rouge encore du baiser de la reine, emprunté à Nerval, poète à tout relié, à tout un passé de rêve, et poète qui n'est qu'une porte vers un texte écrit d'« une écriture à l'encre rousse, serrée petite et ronde » et recouverte « par la main de Michel Psellos » (j'avoue avoir dû recourir à l'oracle numérique pour mettre une identité sous ce nom) qu'un certain René Nanak, historien et « membre émérite de l'Institut d'histoire et de civilisation de Byzance au Collège de France » se propose de mettre au clair. Un palimpseste, donc.
La description de l'écriture ci-dessus fait partie d'un avertissement au lecteur sur la nature du texte qu'on va lire, ou plutôt dont on a déjà commencé la lecture puisqu'il est placé après la première des vingt feuilles écrites l'eunuque nain Nicétas, petit et rond comme son écriture (je le vois roux aussi mais est-ce dit?), seul narrateur, dont Michel Psellos est le destinataire chéri. Car tout ici n'est qu'amour. Quelques horreurs traversent bien ce onzième siècle byzantin étonnamment évoqué, mais rarement voix humaine n'aura été aussi incarnée : Nicetas, le nain, l'eunuque qui a passé sa vie à aimer, à s'effacer comme si l'un était l'autre, vit vraiment dans ce texte qui lui donne vie :
« "Tu es un ange du ciel", disait ma nourrice. "Tu es né pour chanter les Louanges des Chérubins." Je ne suis de fait ni un homme ni une femme... »


mercredi 13 juin 2018

demande de crédit


Il y a des moments où l'on n'a vraiment pas le temps d'écrire des billets sur les livres qu'on lit et c'est dommage quand ils le méritent. Trouver les mots pour rendre compte c'est pas un truc de rigolo qui prend les choses à la légère. Dire de quoi ça parle ça non car quand ça parle c'est que précisément ça parle aussi d'autre chose. Je pourrais toujours recopier un passage, ça pourrait donner une idée de ce à quoi ça ressemble mais il n'y a pas deux passages pareils alors forcément l'idée serait fausse. C'est un livre sans échantillon fourni. Alors il ne vous reste plus qu'à me faire crédit. C'est un livre fort. Lisez-le. Suites. De Bruno Fern. Aux éditions Louise Bottu.

lundi 11 juin 2018

Il faut le dire quand la nuit tombe.


Voilà. Il y a un moment où il faut bien l'admettre. Un nouveau roman va paraître. Oui, dans le Lot, à l'automne dernier, à la Maison De Pure Fiction, c'était à ça que je travaillais. Il s'appelle Seule la nuit tombe dans ses bras. Non, ce n'est pas très annocquien comme titre. C'est sans doute parce que le roman n'est pas tout à fait de moi. Mais quel est le livre dont on peut dire en toute assurance qu'il est tout à fait de soi ?
Il paraîtra quand même chez Quidam, en tout cas, et à la rentrée dite littéraire qui plus est, le 23 août pour être précis. Il n'est peut-être pas à mettre entre toutes les mains. Mais dans les vôtres, assurément si.


vendredi 8 juin 2018

Double arcane


En attendant des nouvelles davantage de ce monde je pose ici ce Double arcane, dont je n'ai pas envie pour le moment de dire d'où ça sort.



samedi 2 juin 2018

Embauchez plutôt des tardigrades !

« Cent ans ? Une peccadille pour eux. Dessiqués, ils pourraient patienter sans compter jusqu'à ce que les conditions favorables leur donnent le feu vert pour se gorger d'eau et reprendre leur vie active comme si de rien n'était, un sommeil de Belle au bois dormant, le simple baiser d'un matin plus brumisé que les autres, plus appuyé aussi : vingt-quatre heures de mouillette avant de pouvoir reprendre leurs esprits.
Nos entreprises, plutôt que de jeter leurs employés et leurs ouvriers dans les filets du chômage verraient là une occasion en or. Vidangé de son eau, le personnel ne prendrait plus trop de place et ne demanderait pas de soins particuliers si ce n'est de veiller à l'hygrométrie du débarras où il serait remisé. Lorsque la conjoncture s'améliorerait, il suffirait d'organiser un apéritif dînatoire, d'offrir un drink à tout ce petit monde sec pour le remettre d'aplomb avant de l'engager à nouveau, et de conclure le tout par une poignée de main humide. »


… écrit Christine Van Acker dans la Bête à bon dos, récemment paru dans la collection Biophilia des éditions José Corti, et découverte à l'occasion de mon récent séjour en Chapitre Nature. Le tardigrade n'est qu'un des multiples protagonistes de ce bestiaire savant et joueur, et s'il parade en couverture c'est qu'il est à coup sûr, n'en doutez pas, l'avenir de l'homme.


mercredi 30 mai 2018

Nouvelles très brèves (11)


Pierre Andrieux fut embauché aux PTT dès sa sortie de l'école puis il prit sa retraite d'Orange.


dimanche 27 mai 2018

que la route se courbe comme une tige


« Il y a, dit-elle, quelque chose de difficile qui se fait jour. Mes échanges avec cet homme prennent un tour belliqueux. C'est qu'il est fait d'un métal dur ou qu'il a besoin de se garder des chocs, je ne sais pas, en tout cas il faut sans cesse qu'il affirme une suprématie, qu'il pose de l'implacable. C'est comme si on avait usé l'été jusqu'à la corde. Dans quel désert a-t-il relégué la tendresse ? Pourquoi se plaît-il dans ces coupes acérées, ces coupes sombres qu'il opère et dans cette atmosphère raréfiée ? Comprenez-moi, je n'aime pas quand l'accès est trop aisé, quand on me précède sur la route et qu'on m'ouvre grand les chambres et les paradoxes intimes. Mais j'aime que l'alliage se fasse, fluide, évident, et qu'il en résulte des étincelles. Or lui, il barre la route à l'évidence, il semble fait d'un métal pas même rare mais qui n'existe pas ailleurs sur terre. Je m'élance, il répond et soudain quelque chose dans sa réponse fait de moi une silhouette stoppée net. Il m'adresse des mots, en quantité, et de menus cadeaux mais je ne sais pas où il est ni où il me situe. Je ne sais pas si je suis une partenaire, une adversaire, une participante, un jeu ou un enjeu. Suis-je, posée sur sa vie, une plume, volatile, sans poids et sans nécessité ? J'aimerais parfois que la route se courbe comme une tige, comme le dos des enfants dont vous vous occupez.

Que peut-elle savoir des enfants ? Des enfants de Verre ? »

C'est un passage que je viens de découper dans On a brûlé les ruches blanches, de Bénédicte Heim, qui vient de paraître aux éditions Et le bruit de ses talons.



mercredi 16 mai 2018

Chapitre Nature


Nature est le dénominateur commun au festival du Blanc et à mes récentes Notes sur les noms de la nature, qui me valent le plaisir d'être invité à l'édition 2018 dudit festival, Chapitre Nature donc, où je serai présent dès vendredi en fin d'après-midi et tout le week-end, avec lecture de ma pomme le samedi après-midi. Mettez-vous donc au vert ! (Pour se mettre au courant, c'est ici.)

lundi 14 mai 2018

Grève de la faim est-il préférable à Désir d'être en pension ?


Le duo Monomère & Maxiplace appartient à la catégorie des Minizup et Matouvu, petits maigres, gros ventres, clown qui appuie sur le nez de son camarade, tire sur l'élastique de son chapeau.

Quand les dépareillés se démodent (Patron/Secrétaire, Prof/Étudiante), il faut explorer d'autres séductions, une maîtresse récente plus jolie que l'ancienne, un peu plus riche, un amant à qui ne manque aucune dent. La jupe short ne tient pas, même chez les bourgeois monospaces des Yvelines, dont la morale catholique exclut la monoparentalité.



En 2016, la famille Fillon retrouve une France déboussolée, provinciale, en loden. La messe du dimanche ne figure pas dans mon jeu, ni la tête blonde des petits garçons (oreilles dégagées). Les jupettes bleu marine, non plus.

La famille Citoyenne a dispersé ses enfants dans la masse des électeurs : rejetons récalcitrants, filles de la semaine et fils du samedi (la valise dans l'entrée).

Pourquoi le vocabulaire lié au divorce est-il militaire ?

Garde alternée, garde à vue, pension alimentaire...

Grève de la faim est-il préférable à Désir d'être en pension ?

Véronique Pittolo, Monomère & Maxiplace, éditions de l'Attente, 2018.



dimanche 13 mai 2018

Histoires de personnes


Catégorie du verbe. Première deuxième troisième personnes du singulier et du pluriel c'est un peu court.
Potentiellement il existe (vite fait)
- celle qui précède l'existence, celle de personne, celle du verbe quand il est à l'infinitif
- celle de l'univers, celle d'avant la conscience de soi, celle de toutes les tournures verbales dites im- ou plutôt uni-personnelles (ces deux-là que pour simplifier j'appelle « personne zéro » quand je parle de mon roman Liquide)
- celle de la prise de conscience de soi que le français appelle je. Se penser avant de pouvoir se dire car ce je ne prends sens que par confrontation à
- celle de la prise de conscience de l'autre que tu aimes appeler tu. Les deux aussitôt s'additionnent pour former une bulle :
- celle que faute de mieux le français appelle nous mais qu'il ne faut pas confondre avec l'autre nous qui n'est pas encore là, on n'en est encore qu'à l'addition de toi + moi mais c'est déjà beaucoup se disent les amoureux
- celle aussi d'une autre addition : toi + un autre toi + un autre toi... : tout ce vous qui m'entourez mais qu'il ne faut pas confondre avec l'autre vous qui n'est pas encore là car d'abord il faut
- celle qui dit l'autre, celui qui n'est pas dans mon échange, ce troisième à qui il suffit de mettre un s car la langue parfois fait bien les choses et c'est clair qu'il est souvent ils
- celle donc que je viens de dire qu'on appelle la troisième du pluriel et qui est ainsi la seule à peu près convenablement nommée
- celle que le français appelle nous mais qui n'est que l'addition de je + il
- celle que le français appelle nous mais qui n'est que l'addition de je + ils
- celle que le français appelle vous mais qui n'est que l'addition de tu + il
- celle que le français appelle vous mais qui n'est que l'addition de tu + ils
Ce qui nous fait non pas six mais douze. Douze personnes à penser pour penser un peu mieux.

samedi 12 mai 2018

Nouvelles très brèves (8)


Il y en eut un pour émettre l'hypothèse de la présence de pétrole puis un autre pour jeter son gobelet en plastique. (L'instant d'avant une libellule survolait cette forêt du carbonifère.)



vendredi 11 mai 2018

Bienvenue à Clonck

Après Tardigrade à l'Arbre vengeur, rappelez-vous, Clonck et ses dysfonctionnements est le deuxième livre de Pierre Barrault, et je l'aime encore un peu plus que le premier. L'auteur cette fois assume la forme romanesque, pour un propos poussé encore davantage vers le non-sens. Or le roman est un genre qui aime le sens. Le lecteur s'y attend à y lire une histoire, une histoire qu'on ne lit que dans un seul sens car elle est supposée n'en avoir qu'un – parfois le lecteur en voit plusieurs, et alors il se réjouit que le roman soit riche. La déception le guette à Clonck, mais je lui souhaite de savoir jouir de ses déceptions. Car s'il y a bel et bien une histoire dans Clonck – celle d'Aughrim et Podostrog en mission dans la ville de Clonck, chargés d'y retrouver un certain Perstorp –, le sens s'y dérobe. En effet la ville dysfonctionne – on ne pourra pas cette fois reprocher à l'auteur un titre trompeur – et l'histoire est aussi celle de ces dysfonctionnements. Ce sont ces dysfonctionnements, sortes de bugs poétiques cocasses et variés, qui font la matière essentielle de ce livre. Et ce faisant – faisant mine de ne rien dire – ils disent vraiment l'essentiel : l'incapacité du sujet à appréhender le monde. Notre lot commun, en somme.
On attend avec impatience le troisième livre de Pierre Barrault. En attendant, on relit Clonck et ses dysfonctionnements, qui vient de paraître, illustré par Claire Morel, aux éditions Louise Bottu.

Résultat de recherche d'images pour "clonck et ses dysfonctionnements"



mardi 8 mai 2018

dimanche 6 mai 2018

Nouvelles très brèves (6)


Camille Ducast n'eut pas le temps de s'entendre appeler ainsi car malgré les efforts de ses parents il n'y eut pas fécondation.


vendredi 4 mai 2018

"C'est lui, l'inventeur du poème carré."


Je n'ai pas du tout le temps de rédiger un billet mais lisez donc ça, ça parle tout seul. Ce sont deux des 49 poèmes carrés dont un triangulaire d'Emmanuel Venet et c'est publié à La fosse aux ours.


jeudi 3 mai 2018

Nouvelles très brèves (5)


Madame Bertinier a amené la petite Pauline le matin à l'école maternelle des Lutins mais elle n'est pas revenue la chercher à la sortie de l'Ecole Polytechnique.



mercredi 2 mai 2018

Nouvelles très brèves (4)


Band et Brown furent les premiers à atteindre la cime du Kangchenjunga qui n'est pas tellement connu du grand public bien qu'il soit ou parce qu'il n'est que le troisième sommet du monde, et puis ils en redescendirent.



mardi 1 mai 2018

Berlin on/off


Berlin on/off de Julien Syrac est trois fois le monologue intérieur d'un jeune aspirant artiste – trois car il y a trois parties, trois nouvelles si vous voulez, intitulées chacune par leur incipit (« En attendant la poétesse israélienne », « Debout sur le podium », « Le marteau à la main » ; tiens, ça aurait pu en faire un autre, d'incipit, en les collant bout à bout) ; trois fois le monologue intérieur d'un jeune aspirant artiste disais-je qui n'est pas forcément le même, ou peut-être que si peu importe, lequel vasouille dans les milieux underground et berlinois de l'art, poétique ou plastique même combat, à faire l'accompagnateur de poètes, le modèle nu (qui n'avait pas prévu de le faire devant sa colocataire) ou l'apprenti sculpteur (dont l'un des buts et non le moindre est de sortir vivant de cette aventure). Ecrit dans une langue toute bouclée (vous n'êtes pas sûr de comprendre ce que je veux dire ; c'est exprès, pour que vous alliez vérifier par vous-même), sans paragraphes mais bien en bouche (tentez donc la lecture à haute voix, c'est quasi fait pour) ; très caustique et même un peu méchant mais plus tendre en final qu'il n'y paraît de prime abord ; Berlin on/off est aussi le livre le plus drôle que j'ai lu ces derniers mois, ce qui n'est pas la moindre des qualités.



dimanche 29 avril 2018

vendredi 27 avril 2018

père repère


Débarqué est le nouveau livre de Jacques Josse qui vient de paraître aux éditions de la Contre Allée. « Débarqué » dit en un mot l'état de cet homme qui, pour raison de santé, n'a jamais pu s'embarquer comme son capitaine de père, breton bien sûr, et qui n'a pu voyager que dans ses rêves et dans les livres. Cela quand il ne n'était pas occupé à gagner sa vie et celle de sa famille en remettant le courant à ses voisins qui le perdait sans cesse – électricien qu'il était devenu dans le hameau un peu perdu qu'ils habitaient. De ce hameau on croise aussi les habitants qui, eux, trop souvent, croisent la mort. La mort bien sûr parce que le temps passe, on sent grandir le jeune Jacques, oui c'est lui qui raconte, Jacques Josse, qui évoque plutôt qu'il ne raconte la figure paternelle ; mais quand même la mort est là un peu plus présente qu'ailleurs, c'est comme ça quand les vies ne sont pas faciles. Celle du père non plus ne l'est pas, mince et frêle silhouette de héros hanté par le haut mal, régulièrement terrassé par ses crises et s'accrochant à la terre, solidaire de tous malgré tout, solide quand même en fait, on s'en rend compte peu à peu, car il dure, droit comme un phare dans la tempête, comme le repère qu'il ne cesse d'être même quand il a cessé d'être.