dimanche 5 juillet 2020

Ce qui tombe

- Tu tombes ?

- On tombe toujours

- Alors on tombe ensemble ?

- En parallèle

- En parallèle… on ne se rencontre jamais

- On est côte à côte

- En chute libre ?

- A la même vitesse

- Mais… on communique ?

- Par des chemins couverts

- Et… on se croise ?

- Pas dans la réalité

- La réalité… c’est la vérité ?

-


Cati Roman et Fabien Drouet sont deux enfants marqués par la gravité. Ursula Caruel dessine leur chute. Ça s’appelle Ce qui tombe et c’est chez Gros Texte.



samedi 4 juillet 2020

Notes sur les noms de la langue (16)

On croit que le singulier existe en grammaire, mais il faut croire que rien n’est vraiment singulier,

car l’absence de marque du singulier

est la marque de l’absence du singulier.



vendredi 3 juillet 2020

Notes sur les noms de la langue (15)

Le présent n’existe pas : ses terminaisons n’indiquent que la personne. Pas de présent. Pas de cadeau.



jeudi 2 juillet 2020

Tu comprends mon insistance ?

L’insistance de l’insecte à vouloir passer à travers la vitre tient à deux perceptions concomitantes et contradictoires. La lumière affirme l’espace libre, le choc affirme l’inverse, que confirme la possibilité de marcher à même cette surface invisible. Je marche dessus et en même temps elle n’existe pas à ma vue. Je marche sur quelque chose qui n’existe pas mais qui existe puisque je marche dessus. Je ne vois pas quelque chose qui existe mais qui n’existe pas puisque je ne le vois pas. Je ne vois pas quelque chose qui n’existe pas mais qui existe puisque je marche dessus. Je marche sur quelque chose qui existe mais qui n’existe pas puisque je ne le vois pas. Je ne vois pas quelque chose qui n’existe pas mais qui existe puisque je marche dessus. Je marche sur quelque chose qui existe mais qui n’existe pas puisque je ne le vois pas. Je ne vois pas quelque chose qui n’existe pas mais qui existe puisque je marche dessus. Je marche sur quelque chose qui existe mais qui n’existe pas puisque je ne le vois pas. Je ne vois pas quelque chose qui n’existe pas mais qui existe puisque je marche dessus. Je marche sur quelque chose qui existe mais qui n’existe pas puisque je ne le vois pas. Je ne vois pas quelque chose qui n’existe pas mais qui existe puisque je marche dessus. Je marche sur quelque chose qui existe mais qui n’existe pas puisque je ne le vois pas. Tu comprends l’insistance de l’insecte ? Tu comprends mon insistance ?



mercredi 1 juillet 2020

Notes sur les noms de la langue (14)

Parfois le passé composé se décompose et d’aucuns le prennent pour un présent : je suis mort.


mardi 30 juin 2020

Regarde : c'est le nouveau livre de Pascale Petit


Pascale Petit a écrit un nouveau livre. J’ai lu tous les autres, je crois. J’ai envie d’écrire un billet dessus, pour vous en donner une idée, mais avec ses mots à elle. Je vais choisir une phrase par page en commençant par la première et à un moment je sentirai que j’aurai fini ce billet. (On parle de « billet » pour les articles d’un blog comme pour les lettres d’amour – ça tombe bien, vous allez voir.) (Vous pouvez aussi avoir envie d’écrire un véritable article sur ce livre ; Bruno Fern en a écrit un avec ses mots à lui : c’est ici.) Voici mon billet.

Regarde, je dors et je n’ai pas eu le temps d’ôter mes vêtements. Regarde bien, il n’y a pas que l’arc et le carquois avec des flèches. Regarde, je suis allongée sur ce divan. Regarde, je suis pâle, mon cœur bat vite, j’ai peur, on le comprend : tu es mon futur et ne le sais pas. Regarde, je sais déplacer les objets, c’est une des premières choses que j’ai apprises. Et nous devenons minuscules parce que nous sommes loin l’un de l’autre. Regarde, je viens de me réveiller au milieu de la nuit. Regarde, je regarde quelque chose qui est à côté de quelque chose que tu regardes en tournant lentement les pages d’un livre sans les lire. Je n’entends rien prouver. Je me demande si les belles rencontres relèvent du rêve ou de l’histoire parallèle. Les précipités de mélancolie sont au point. Tu brilles (ton absence). Les boiseries sont tourmentées. C’est ma chanson préférée pour voix assez seule. Invente-moi une machine, j’ai envie d’une machine. J’ai déjà fait le sacrifice du velours comme une héroïne qui quitte le passé. Que dois-je comprendre quand tu me dis que sur quatre cents roses, tu en as sauvé sept ?

Je me suis arrêté à la page 30, et je crois que j’ai fini d’écrire ce billet avec ces mots qui ne sont pas de moi. J’ai juste oublié de vous dire que son titre est l’Audace et qu’il est publié chez Nous.



samedi 20 juin 2020

Avec les Barbares


Voilà, j’ai terminé la lecture des Barbares, de Jacques Abeille. Ça m’a pris du temps. Bien sûr c’est un assez gros roman, mais la raison est ailleurs. Quand on chemine en bonne compagnie – ça pourrait être un résumé du roman « chevaucher en bonne compagnie » –, on n’a pas envie que ça s’arrête. Le Professeur non plus – narrateur des Barbares –, il n’avait pas envie que ça s’arrête. Et pourtant tout s’arrête : les quêtes, les livres et la vie. Mais les livres au moins ont cette chance de renaître : lire les Barbares, c’est aussi relire les Jardins statuaires, dont celui-ci n’est pas seulement la suite. Les Jardins statuaires y sont devenus un livre, le Professeur en sera le traducteur, un livre dans un autre livre donc, dont la lecture est une invitation, autoritaire et douce, à prendre la route pour voir ce qu’il en est, maintenant que le temps a passé. Ce qu’il en est ? Une œuvre qui compte parmi ce que la littérature d’imagination peut nous offrir de plus beau.




mardi 16 juin 2020

mardi 9 juin 2020

Notes sur les noms de la langue (2)


L’adjectif « qualificatif » qui suit « adjectif » dans l’expression « adjectif qualificatif » est plutôt un adjectif relationnel.




lundi 8 juin 2020

mercredi 3 juin 2020

Nouvelles très brèves (84) (et très à chute)


Bien sûr c’est l’histoire d’une chute. Bien sûr il y joue le premier rôle. Mais on a quand même un peu de mal à imaginer comment, surtout de sa hauteur, il puisse se faire mal, le serpent.




mardi 2 juin 2020

Nouvelles très brèves (83) (et très à chute)


Ce n’était pas ce qu’elle aurait voulu, mais c’était sans doute son destin : elle avait beau chercher toutes les issues possibles, à chaque fois, cette nouvelle tombait mal.




lundi 1 juin 2020

Nouvelles très brèves (82) (et très à chute)


Et tandis qu’il laissait retomber doucement ce couvercle de WC qui n’en finissait pas de retomber, il eut l’idée d’introduire un peu de suspense dans son genre littéraire favori : il appellerait cela « la nouvelle à frein de chute ».




samedi 30 mai 2020

Nouvelles très brèves (81) (et très à chute)


En consultant Tripadvisor, il apprit que The Fox Inn, The Old Bell and Crown, The Lion at Clanville, The George Inn Restaurant, The Crown Inn et The Hare & Hounds étaient les six meilleurs restaurants à Chute. Mais il y en avait bien d’autres dans cette bourgade de l’East Wilshire.




vendredi 29 mai 2020

Nouvelles très brèves (80) (et très à chute)


Comme il avait à cœur de se documenter sur la question, il apprit que parmi tous les viscosimètres existants, les plus précis – à condition toutefois de disposer d’un chronomètre – étaient les viscosimètres à chute de billes.




mercredi 27 mai 2020

Nouvelles très brèves (79) (et très à chute)


– Qu’est-ce que tu lis ?
– Une nouvelle.
– A chute ?
– Je ne sais pas encore, je n’ai pas fini.
– Ça s’appelle comment ?
La Chute de la maison Usher.




mardi 26 mai 2020

Nouvelles très brèves (78) (et très à chute)


Cela lui prit pas mal de temps mais enfin il finit par le comprendre : à la fin d’une nouvelle à chute, l’absence de chute elle-même est une chute.





samedi 23 mai 2020

Nouvelles très brèves (76) (et très à chute)


Il avait fait tant de kilomètres pour voir des outardes. Quelle ne fut pas sa déception en apprenant que c’étaient de vulgaires bernaches qui avaient valu son nom au charmant village québecois de Chute-aux-Outardes, sur la Côte-Nord.





vendredi 22 mai 2020

Dans le Décalé


Le Décalé est une revue, artistique et maritime, annuelle, dont le premier numéro vient de paraître, que je viens de recevoir. Cliquez donc sur ce lien pour en savoir plus, sinon vous n’aurez qu’un aperçu assez flou des première pages, et d’une sur laquelle figure un texte que j’ai commis. Tout le reste est beau, promis !








jeudi 21 mai 2020

Nouvelles très brèves (75) (et très à chute)


– Et quel sera le cadre de ta prochaine nouvelle ?
– Constantinople.
– Ah oui ? Et pourquoi Constantinople ?
– A cause de la chute.




mercredi 20 mai 2020

Nouvelles très brèves (74) (et très à chute)


Ça ne lui fit pas plaisir d’apprendre en final, après des explications longues et alambiquées, que les mots « ptôse » et « prolapsus » qu’il avait entendu prononcer à son sujet étaient des synonymes de « chute d’organe ».




mardi 19 mai 2020

Nouvelles très brèves (73) (et très à chute)


Il avait beau naviguer sur le vaste dos de la mer, cela ne l’empêcha pas de tomber de Charybde en Scylla.




dimanche 17 mai 2020

vendredi 15 mai 2020

Nouvelles très brèves (70) (et très à chute)


Il hésita longtemps d’abord entre culbute et cataracte, effondrement et décadence ensuite, avalanche et cascade enfin avant de se résoudre, refermant son dictionnaire de synonymes, à une simple chute finale.




Neige silencieuse, neige secrète


Je viens de lire Neige silencieuse, neige secrète de Conrad Aiken (traduit par Joëlle Naïm et publié par La Barque), cette histoire – mais ça n’est pas même une histoire – de ce jeune garçon, Paul, douze ans, qui attache toute son attention à la neige imaginaire qu’il sent monter en lui et au bruit qu’y font les pas du facteur, devant quelle maison il est en train de passer, tandis que les parents s’effraient de voir leur fils quitter secrètement le monde réel. C’est très beau, merveilleusement mystérieux et ça ne peut que parler très vivement à tous ceux pour qui l’art est essentiel.



mardi 12 mai 2020

Nouvelles très brèves (68) (et très à chute)


Et puis un beau matin, quelle ne fut pas sa joie ! Enfin, il était tombé sur un os. Sa carrière de paléontologue allait pouvoir prendre son envol !




lundi 11 mai 2020

Nouvelles très brèves (67) (et très à chute)


Baaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaadaboum !





dimanche 10 mai 2020

Nouvelles très brèves (66) (et très à chute)


Cela faisait des semaines que tout le monde l’attendait, et puis un jour, à peine si on y croyait encore, la nouvelle est tombée : vous venez de la lire.




samedi 9 mai 2020

La mère et l’enfant dans les toilettes du grand magasin


Maintenant essuie-toi les fesses jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien sur le papier
Maintenant mets-toi debout et remonte ta culotte et défroisse ta robe
Sers-toi du papier toilette pour appuyer sur le bouton de la chasse d’eau
Jamais à main nue
Quand tu seras grande tu le feras avec le pied

Ne touche jamais la brosse qui est là par terre
Même si tu as sali la cuvette
Ce n’est pas à toi de le faire
On paie des gens pour faire ça
Les pauvres font ça
Pas toi

Tu vois cet écriteau
Il est en espagnol
C’est pour leur rappeler de se laver les mains après avoir fini leur affaire
On appelle ça l’hygiène
Tu vois il y a un dessin pour ceux qui ne savent pas lire
Il dit que c’est illégal pour eux de quitter les lieux
Sans s’être lavé les mains.


C’est un extrait de My America, de Phyllis Yordan, qui vient de paraître dans le même volume que First nation, aux éditions JOU.



vendredi 8 mai 2020

jeudi 7 mai 2020

Nouvelles très brèves (64) (et très à chute)


Et puis un jour, lui qui était si populaire, qui avait tant d’amis, tant de relations, d’un coup, il disparut. Le plus étrange, c’est que personne ne se demandait où il était passé. Il était juste tombé dans l’oubli.




mercredi 6 mai 2020

Nouvelles très brèves (63) (et très à chute)


Et voilà ! Il se disait bien que s’il continuait ses nouvelles à chute dans cette voie, il risquait de tomber dans le conceptuel.