vendredi 27 novembre 2020

Un billet en catastrophes

Je voulais écrire un billet sur Catastrophes, le nouveau livre de Pierre Barrault, judicieusement publié en pleine fermeture des librairies pour justifier son titre, et au moment où j’enfourchais ma plume, voilà qu’on sonne à ma porte. Je vais ouvrir et je me trouve nez à nez avec le sosie de François Berléand. « Ah c’est vous ! Vous tombez bien, lui dis-je, justement je m’apprêtais à écrire un billet sur Catastrophes, le nouveau livre de Pierre Barrault, judicieusement publié en pleine fermeture des librairies pour justifier son titre ; vous allez sans doute pouvoir m’aider : vous n’êtes pas sans savoir que vous y jouez un rôle important. » Il me regarde sans l’air de comprendre ce que je dis et je trouve qu’en effet il le fait très bien, l’air de ne pas comprendre ce que je dis. Et tandis que la pensée me traverse que peut-être ce n’est pas le bon sosie de François Berléand, il en a sans doute plusieurs, ou que peut-être même il s’agit de François Berléand en personne, lequel est probablement le sosie de ses sosies, voici que le sosie de François Berléand demande à consulter ma baignoire. « C’est à propos de la catastrophe ultraviolette », précise-t-il. Mais ça, évidemment, je l’avais déjà compris.



lundi 23 novembre 2020

Les singes rouges à Télématin

Grand merci à Olivier L’Hostis de la librairie l’Esperluète à Chartres pour ses mots sur mes Singes rouges. C’était samedi matin sur Télématin.



dimanche 22 novembre 2020

Fake news ?

On n’aurait jamais dû engager Donald Trump pour jouer le rôle du président des États-Unis dans cette mauvaise série. Depuis que la première saison a fait un bide et que les producteurs n’ont pas renouvelé son contrat, il croit qu’il a vraiment été président pendant quatre ans !



samedi 21 novembre 2020

Le sens du calendrier

J’ai pris mon temps à lire le sens du calendrier. C’est le nouveau livre de Nathalie Léger-Cresson, il vient de paraître aux éditions Des Femmes Antoinette Fouque ; il y en a comme ça quelques-uns, des livres qui choisissent un drôle de moment pour paraître. Celui-ci a pourtant le sens du temps, le sens du calendrier, le temps y est matière, matière à se refaire soi-même. Car le sens du calendrier est un livre d’amour, et l’amour a à voir avec le temps. La durée d’une vie en couple, vingt ans. Combien de temps pour que la plaie se referme, après la déchirure qui y met un terme ? Le sens du calendrier y répond, en douceur. Car c’est un livre très doux. Une conversation (avec parfois même une très jolie sous-conversation – je sais, je donne à ce mot un sens un peu différent de celui de Sarraute, pas grave). Tiens, je l’ouvre au hasard :


À force de regarder les toits sans toi, on voit glisser une tête de monstre de l’autre côté d’un faîte, des mains sortir d’un conduit de cheminée en terre cuite – là justement, elles s’agitent.


J’ai froid.


C’est le défaut du hamac, dès qu’il fait frisquet tu dois t’emmitoufler parce que le froid s’insinue par tous les côtés.

Il faut du bois pour la cheminée.

Au Mexique, une seule fois en quatre ans j’ai eu froid. Parce que j’avais de la fièvre, la dengue. Un plaisir d’avoir froid, un luxe de sortir un pull de l’armoire. Toutes les nuits le ventilateur de plafond tournait au-dessus du lit, sauf en février où il fallait déplier une légère couverture multicolore et fermer la fenêtre.

J’aimais voir les fleurs rouges du bougainvillier dans la nuit noire, éclairées par les lumières de la chambre.

Des années comme ça.




vendredi 20 novembre 2020

Les Singes dès le matin

Je ne sais pas bien à quelle heure on pouvait entendre, sur l’autre rive du fleuve, les cris des singes rouges, mais il paraît à que c’est à 7h42 que, demain samedi, on pourra entendre Olivier L’Hostis, libraire à l’Esperluète à Chartres, évoquer les Singes rouges, qui depuis Livres Hebdo ont déjà eu les honneurs du Matricule des Anges, de l’Humanité et de nombreux blogs ; regardez : tout est là.




mercredi 18 novembre 2020

vendredi 13 novembre 2020

Les vieux et la vie

Ce serait bien d’arrêter de dire que les vieux sont « fragiles », ou « vulnérables ». S’ils étaient si fragiles, ils ne seraient pas vieux, ils seraient morts. Et comme précisément ils sont en vie (j’aime bien ce mot, « vieux », ça commence comme « vie » ; c’est la vie qui se prolonge, la vie qui dure), ce serait bien de les laisser en profiter, de la vie.

jeudi 12 novembre 2020

Notes sur les noms de la langue (33)

Étymologiquement parlant, la virgule est une petite verge, qu’on fourre un peu partout dans la phrase, mais pas n’importe où quand même.




samedi 31 octobre 2020

Macron et les singes rouges

Mon agent, Emmanuel Macron (je l’avais engagé à l’occasion de la publication d’Élise et Lise, pour ceux qui auraient oublié), a décidé que les librairies devaient rester fermées, les excluant de facto des commerces dit de « première nécessité ». Ça me pose question. Comment en effet expliquer les relations entre cette décision et la promotion de mon nouveau livre, les Singes rouges, dont il est chargé. La lecture des Singes rouges ne serait-elle pas de « première nécessité » ? (suis-je logiquement amené à me demander). Or il se trouve que la question se pose dans le livre même. En effet, pourquoi donner à lire au public les souvenirs de ma mère ? La question n’a cessé de me poursuivre tout au long de son écriture, au point de réécrire le livre entier en y laissant des traces de la première version, mû par cette seule conviction, confirmée par des tiers : oui, il faut donner ces souvenirs à lire. Ils me dépassent, ils dépassent ma mère.

Ils dépassent aussi Emmanuel Macron, bien sûr. D’ailleurs les librairies sont fermées mais on peut quand même y passer commande.

vendredi 30 octobre 2020

Commerces de première nécessité

Les librairies ne sont toujours pas concernées. Un signal fort envoyé par le gouvernement. Ne lisez pas, ça pourrait vous faire réfléchir.

Ici un article du Huffingtonpost, ici un autre de Livres Hebdo, pour les abonnés.

jeudi 22 octobre 2020

Aujourd'hui, les Singes rouges

Aujourd’hui chez Quidam paraît Les singes rouges. C’est mon nouveau livre – et mon septième chez Quidam, ce qui n’est pas rien.

J’ai pris l’habitude de dire que mes livres parlent d’identité. En fait, je dis ça parce qu’a posteriori je me rends compte qu’ils parlent d’identité. Mais jusqu’à présent, je parlais d’identité sans parler d’origines. Mes origines sans doute étaient trop floues pour devenir un sujet. Et puis quand même.

J’ai une mère. Elle est d’ailleurs. Je connais, depuis toujours, ses souvenirs extraordinaires. Ses souvenirs d’ailleurs (il y a un s à ailleurs, ça tombe bien, il y en a plusieurs). Récemment, j’ai ressenti l’urgence de les écrire. Avec le pressentiment, qui est peut-être juste une présomption, qu’ils parleront. Qu’ils parleront à tous les gens d’ailleurs. À tous les gens qui ont été des petites filles. Ou bien qui en ont eu. Ou qui en ont connu. On est tous des gens d’ailleurs.


La page dédiée aux Singes rouges sur le site de Quidam.




samedi 17 octobre 2020

Sa phrase comme un plan-séquence

Cela fait des années maintenant, depuis la publication d’Hoffmann à Tokyo en 2007, que je suis la phrase de Didier da Silva, comme un sentier dans la forêt, l’auteur est bien nommé ; il a ses détours et ses surprises. C’est un fil surprenant qui se surprend à prendre conscience de lui-même lorsque paraît en 2014 l’Ironie du sort, rappelez-vous, où ce fil prend d’ailleurs un temps la forme d’une corde en référence, celle d’Hitchcock, premier vrai-faux plan séquence évoqué par notre auteur qui, Louange et épuisement d’un joursans fin le confirmera l’année suivante, est aussi cinéphile. Or au cinéma, c’est bien le plan-séquence qui fait le fil – et parfois carrément même le film. Le Dormeur est un film de Pascal Aubier, un court-métrage oublié, tourné durant l’été 1974, que Didier découvre par hasard, et qui aussitôt le réjouit. Le Dormeur est aussi un poème pas du tout oublié quand il est du val, Arthur Rimbaud n’était pas cinéaste, son sonnet est bien pourtant déjà un plan-séquence. C’est lui qui inspire Pascal Aubier quand il découvre la Louma, invention de Jean-Louis Lavalou et Alain Masseron, et qui permet Pascal, Didier nous le raconte mais pas seulement, de réaliser le plan-séquence écrit par Arthur. Regardez le film, c’est court et beau comme un sonnet ; lisez le livre, c’est beau et sinueux comme un plan-séquence : beau et sinueux comme la phrase même de Didier da Silva.

Le Dormeur vient de paraître aux éditions Marest.





jeudi 8 octobre 2020

Notes sur les noms de la langue (32)

Mais point d’interrogation à la fin de la phrase signifie étrangement qu’il y en a bien une.




dimanche 4 octobre 2020

Lecture

Je me réjouis de n’avoir encore jamais lu Marguerite Duras et de découvrir seulement maintenant, sans occasion particulière, que Moderato cantabile est un très beau récit, qui ne prétend pas dire ce qu’on ne sait pas.



mardi 29 septembre 2020

Notes sur les noms de la langue (30)

Au commencement était le verbe, mais il a fallu le conjuguer pour qu’apparaisse la première personne : je suis là.




lundi 28 septembre 2020

Notes sur les noms de la langue (29)

En revanche la deuxième personne du pluriel peut être la deuxième du pluriel, si je vous parle à tous. Mais si je te parle à toi en te mettant dans le même paquet qu’eux, ce « vous » mérite-t-il encore d’être appelé « deuxième personne du pluriel » ?




jeudi 24 septembre 2020

Coucou perte

Tiens, lis ça, et mets-y le rythme qu’il faut. C’est la page 80 de Coupe courte, ou de Coucou perte, de Julien d’Abrigeon, récemment paru aux éditions LansKine. 




mercredi 23 septembre 2020

Notes sur les noms de la langue (28)

Qu’est-ce donc que cette « première personne du pluriel » ? Ce n’est pas parce que je ne suis pas tout seul que je suis plusieurs.




mardi 22 septembre 2020

lundi 21 septembre 2020

Entre grolars

Zoologiques est un recueil de conversations qui vient de paraître chez Fata Morgana sous la plume d’Eric Chevillard – sans doute l’a-t-il empruntée à l’un des deux perroquets qui y conversent : ils y sont les seuls oiseaux. Monsieur et Madame (ou plutôt « Elle » et « Lui ») partagent le même enclos / la même cage / le même vivarium et y sont bien sûr de la même espèce, à l’exception notable toutefois de Monsieur Grizzly et de Madame Ourse polaire, dont je vous livre ci-dessous un échantillon de la conversation, on comprendra pourquoi :


LUI – Bon, déjà une chose acquise : nous ne déjeunerons pas ensemble. On fait chambre à part aussi ?

ELLE (un peu gênée) – Hm… il se trouve que nous sommes génétiquement compatibles. La chose a été prouvée… il y a même eu quelques naissances.

LUI – De magnifiques petits oursons ?

ELLE – Des grolars.

LUI – Des gros lards… !?

ELLE – Grolars, des grolars… C’est un mot-valise anglais… a suitcase word… la compression de grizzly et de polar bear… grr… olar… grolar… des grolars.

LUI – En français, ça fait gros lards.

ELLE – Qu’on le veuille ou non. On entend gros lards.

LUI – Nous sommes des ours français, par le fait. Nos petits seront appelés gros lards. Ils seront des objets de risée. On se moquera d’eux. Avons-nous le droit de leur infliger ça ?


Voilà. Ou plutôt, nous voilà, nous voici, Eric Chevillard et moi, dans le même enclos : celui des écrivains qui prennent le grolar comme sujet (rappelez-vous mes Notes sur les noms de la nature). C’est le début d’une nouvelle communauté littéraire. Nul doute que nous sommes prêts à faire des petits.



lundi 14 septembre 2020

Notes sur les noms de la langue (25)

Si synonyme n’a guère de synonymes, force est de constater que son antonyme antonyme est le synonyme de contraire.




dimanche 13 septembre 2020

Kree

Donc j’ai lu Kree, de Manuela Draeger. Il est paru au début de l’année 2020, il fait partie de ces livres qui ont encore plus de chances que les autres d’être oubliés. Ce serait dommage. Ce serait d’autant plus dommage pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas encore l’œuvre d’Antoine Volodine. Kree en est une nouvelle entrée très accessible, notamment parce que c’est clairement un roman, et qu’on y a clairement un personnage principal, Kree Toronto, dont on suit les vies (et là quand même permettez-moi de glisser un pluriel discret). C’est une jeune femme, l’une des plus badass de tout le post-exotisme. Je ne raconte pas n’importe quoi en disant que c’est aussi un roman d’amour et d’amitié, et aussi un roman politique. Tout ça, c’est vrai, mais ne vous y trompez pas : je l’écris juste pour racoler le lecteur. Ça ne vous dit pas pourquoi je ne voulais pas qu’il s’arrête à la fin. Ça ne vous dit pas pourquoi j’aime tout ce qu’écrit Volodine. Je n’essaierai pas. Il est plus facile d’ouvrir le livre au hasard, tiens, voilà, page 232, et d’en recopier quelques lignes, juste histoire de brouiller un peu tout ce que je viens de dire.

« Un jour il a l’impression que dans le voisinage immédiat s’est formé un deuxième œuf et, six à sept semaines plus tard, il sent un très doux contact entre eux deux. L’échange dure, d’abord avec des intermittences, puis en continu. C’est Smoura Tigrit. Elle sait son nom. Elle en est fière, d’après elle c’est un nom d’origine ybüre, et le nombre de survivants ybürs est infime. Griz Uttikuma objecte que le nombre de survivants des autres peuples est infime, lui aussi, quel que soit le peuple. Ce constat lugubre les fait rire. Sur des plaisanteries noires de ce genre se noue leur amitié. »

Kree, comme les autres publications de Manuela Draeger qui ne sont pas destinées à la jeunesse, est paru aux éditions de l’Olivier.




jeudi 10 septembre 2020

lundi 7 septembre 2020

dimanche 6 septembre 2020

Un masque pour Raphaël

« Les personnages sont légèrement masqués pour laisser sa place à la littérature, mais oui c’est presque tout à fait eux » (Carla, Justine et les autres). C’est Paris-Match qui cite Raphaël Enthoven parlant de son dernier premier roman. Si vous voulez faire de la littérature, mettez un masque à vos personnages, et le tour est joué. C’est quand même pas compliqué. (Nos dirigeants aussi sont certainement de grands littérateurs.)

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samedi 5 septembre 2020

Notes sur les noms de la langue (22)

Le lexicographe connaît de nombreux noms communs qui ne le sont pas du tout. Paul Robert était lexicographe. Il se vengeait peut-être d’avoir pour sa part un nom propre très commun.





mercredi 2 septembre 2020

Trois ductions de Kubla Khan dans la revue Catastrophes, 3e et dernière partie

Voilà : la très belle revue de poésie Catastrophes me fait le plaisir et l’honneur de publier mes Trois ductions de Koubla Khan, un texte dont je ne prendrai pas le risque de préciser le genre et qui m’est très cher. Les deux premières parties sont déjà parues ; vous pouvez les (re)lire en cliquant d’abord ici puis là. Et voici donc la troisième et dernière, cliquez donc encore une fois.

mardi 1 septembre 2020

Notes sur les noms de la langue (21)

Parfois, pour « mot », on dit « terme » ; même quand ce n’est pas le mot de la fin. Le mot termine la chose. Sans mot, la chose n’est pas terminée. La terminologie est une fin. « Le mot, c’est la mort sans en avoir l’r », faisait dire Michel Arrivé à l’un de ses personnages. Ce romancier n’était pas linguiste pour rien. Ce linguiste n’était pas romancier pour rien.



samedi 29 août 2020

Les trencadis de Niki de Saint-Phalle et Caroline Deyns

Trencadis est un mot catalan qui désigne « un type de mosaïque à base d'éclats de céramique, typique de l'architecture moderniste catalane. (…) Les architectes catalans Antoni Gaudí et Josep Maria Jujol utilisèrent le trencadis dans de nombreux projets, dont le parc Güell est sans doute le plus célèbre » (oui, quand je ne connais pas quelque chose, je fais comme beaucoup de gens : je regarde Wikipédia). C’est là – dans le parc Güell – que Niki de Saint-Phalle retient ce mot que Caroline Deyns retient à son tour pour en faire le titre du roman qu’elle consacre à sa vie. Et ce titre de roman n’est pas simplement un titre de roman : c’est un titre d’œuvre plastique, évoquant le genre et la technique employée. Un titre programmatique. Autrement dit, bien sûr qu’on peut dire que Trencadis est indiscutablement un roman de Caroline Deyns sur la vie de Niki de Saint-Phalle mais, ce qui me touche particulièrement, c’est que c’est aussi un trencadis sur la vie de Niki de Saint-Phalle. Celle qui écrit a adapté sa façon d’écrire à son sujet, la vie de celle qui crée, qui érige, qui compose les œuvres que nous connaissons. C’est une écriture en mosaïque qui nous retrace, mais par fragments brisés, une vie, un destin de femme et d’artiste, en multipliant les points de vue, en convoquant aussi bien des témoignages directs que des fictions révélatrices, et nous donne ce roman émouvant et beau qui vient tout juste de paraître chez Quidam.



lundi 24 août 2020

Notes sur les noms de la langue (20)

Le vocabulaire est constitués de vocables. Mais on préfère dire « mots ». Qu’est-ce qui motive ce choix ?



mercredi 12 août 2020

Exerce-toi à disparaître.

 croque misère



en fait comme un S, tu sens

tu sens insidieusement une volonté

un être dehors vouloir


v, vouloir entrer pénétrer tes entrailles

juvéniles ou vierges


quelqu'un vouloir

un barbare civilisé ayant parlé

à ta place un S autour de ton cou et tirant


comme le boucher la viande

un étranger prendre maîtrise

de l’intérieur nœud

œuf le tien aujourd'hui la guerre civile


le viol est fini, l’étranger horde

dehors, dehors le pénétrant,

ne plus ne plus


être bouleversé et le souvenir du S

apporte son lot de fantômes

elle accrochée à la chambre froide

viande violée prête-à-manger

intérieur sans jamais trouver centre


cette femme en veut à celui

qui jamais n’a trouvé centre


maison tourne autour d’elle

un mal il veut entrer et poser



C’est de Mathieu Brosseau, c’est tiré de L’exercice de la disparition, paru au Castor Astral au mois de juillet 2020, avec des dessins de Ena Lindenbaur. Quand il n’écrit pas de la poésie, Mathieu Brosseau écrit aussi des romans (mais je ne suis pas certain que ce ne soit pas la même chose), comme Data Transport chez l’Ogre et plus récemment Chaos chez Quidam.



samedi 8 août 2020

Notes sur les noms de la langue (19)

Les mots qui n’appartiennent pas au vocabulaire ne sont pas des mots. Mais on peut faire comme si c’en était.



vendredi 7 août 2020

Notes sur les noms de la langue (18)

Les mots veulent dire quelque chose. Si toi aussi tu veux dire quelque chose, mets-toi d’accord avec eux.



mercredi 8 juillet 2020

En attendant les singes rouges



Ce blog marquant une petite pause, il est temps d’y annoncer la parution, le 22 octobre, de mon septième titre chez Quidam : les singes rouges. Il me tient particulièrement à cœur, mais il est encore trop tôt pour en dire davantage. En attendant, on peut me lire en format numérique aux éditions Le Nouvel Attila, qui ont eu l’idée d’organiser un concours ouvert à tous pendant le confinement, dont je suis l’un des six lauréats. Ça s’intitule Est-ce le livre en question ?, ça pouvait difficilement s’intituler autrement ; vous verrez. Bel été à tous.


Est-ce le livre en question ?


lundi 6 juillet 2020

Notes sur les noms de la langue (17)

Contrairement au féminin et à la pensée courante, le masculin non plus n’a pas sa place dans la grammaire française,

car l’absence de marque du masculin

est la marque de l’absence du masculin.



dimanche 5 juillet 2020

Ce qui tombe

- Tu tombes ?

- On tombe toujours

- Alors on tombe ensemble ?

- En parallèle

- En parallèle… on ne se rencontre jamais

- On est côte à côte

- En chute libre ?

- A la même vitesse

- Mais… on communique ?

- Par des chemins couverts

- Et… on se croise ?

- Pas dans la réalité

- La réalité… c’est la vérité ?

-


Cati Roman et Fabien Drouet sont deux enfants marqués par la gravité. Ursula Caruel dessine leur chute. Ça s’appelle Ce qui tombe et c’est chez Gros Texte.



samedi 4 juillet 2020

Notes sur les noms de la langue (16)

On croit que le singulier existe en grammaire, mais il faut croire que rien n’est vraiment singulier,

car l’absence de marque du singulier

est la marque de l’absence du singulier.



vendredi 3 juillet 2020

Notes sur les noms de la langue (15)

Le présent n’existe pas : ses terminaisons n’indiquent que la personne. Pas de présent. Pas de cadeau.



jeudi 2 juillet 2020

Tu comprends mon insistance ?

L’insistance de l’insecte à vouloir passer à travers la vitre tient à deux perceptions concomitantes et contradictoires. La lumière affirme l’espace libre, le choc affirme l’inverse, que confirme la possibilité de marcher à même cette surface invisible. Je marche dessus et en même temps elle n’existe pas à ma vue. Je marche sur quelque chose qui n’existe pas mais qui existe puisque je marche dessus. Je ne vois pas quelque chose qui existe mais qui n’existe pas puisque je ne le vois pas. Je ne vois pas quelque chose qui n’existe pas mais qui existe puisque je marche dessus. Je marche sur quelque chose qui existe mais qui n’existe pas puisque je ne le vois pas. Je ne vois pas quelque chose qui n’existe pas mais qui existe puisque je marche dessus. Je marche sur quelque chose qui existe mais qui n’existe pas puisque je ne le vois pas. Je ne vois pas quelque chose qui n’existe pas mais qui existe puisque je marche dessus. Je marche sur quelque chose qui existe mais qui n’existe pas puisque je ne le vois pas. Je ne vois pas quelque chose qui n’existe pas mais qui existe puisque je marche dessus. Je marche sur quelque chose qui existe mais qui n’existe pas puisque je ne le vois pas. Je ne vois pas quelque chose qui n’existe pas mais qui existe puisque je marche dessus. Je marche sur quelque chose qui existe mais qui n’existe pas puisque je ne le vois pas. Tu comprends l’insistance de l’insecte ? Tu comprends mon insistance ?



mercredi 1 juillet 2020

Notes sur les noms de la langue (14)

Parfois le passé composé se décompose et d’aucuns le prennent pour un présent : je suis mort.


mardi 30 juin 2020

Regarde : c'est le nouveau livre de Pascale Petit


Pascale Petit a écrit un nouveau livre. J’ai lu tous les autres, je crois. J’ai envie d’écrire un billet dessus, pour vous en donner une idée, mais avec ses mots à elle. Je vais choisir une phrase par page en commençant par la première et à un moment je sentirai que j’aurai fini ce billet. (On parle de « billet » pour les articles d’un blog comme pour les lettres d’amour – ça tombe bien, vous allez voir.) (Vous pouvez aussi avoir envie d’écrire un véritable article sur ce livre ; Bruno Fern en a écrit un avec ses mots à lui : c’est ici.) Voici mon billet.

Regarde, je dors et je n’ai pas eu le temps d’ôter mes vêtements. Regarde bien, il n’y a pas que l’arc et le carquois avec des flèches. Regarde, je suis allongée sur ce divan. Regarde, je suis pâle, mon cœur bat vite, j’ai peur, on le comprend : tu es mon futur et ne le sais pas. Regarde, je sais déplacer les objets, c’est une des premières choses que j’ai apprises. Et nous devenons minuscules parce que nous sommes loin l’un de l’autre. Regarde, je viens de me réveiller au milieu de la nuit. Regarde, je regarde quelque chose qui est à côté de quelque chose que tu regardes en tournant lentement les pages d’un livre sans les lire. Je n’entends rien prouver. Je me demande si les belles rencontres relèvent du rêve ou de l’histoire parallèle. Les précipités de mélancolie sont au point. Tu brilles (ton absence). Les boiseries sont tourmentées. C’est ma chanson préférée pour voix assez seule. Invente-moi une machine, j’ai envie d’une machine. J’ai déjà fait le sacrifice du velours comme une héroïne qui quitte le passé. Que dois-je comprendre quand tu me dis que sur quatre cents roses, tu en as sauvé sept ?

Je me suis arrêté à la page 30, et je crois que j’ai fini d’écrire ce billet avec ces mots qui ne sont pas de moi. J’ai juste oublié de vous dire que son titre est l’Audace et qu’il est publié chez Nous.



samedi 20 juin 2020

Avec les Barbares


Voilà, j’ai terminé la lecture des Barbares, de Jacques Abeille. Ça m’a pris du temps. Bien sûr c’est un assez gros roman, mais la raison est ailleurs. Quand on chemine en bonne compagnie – ça pourrait être un résumé du roman « chevaucher en bonne compagnie » –, on n’a pas envie que ça s’arrête. Le Professeur non plus – narrateur des Barbares –, il n’avait pas envie que ça s’arrête. Et pourtant tout s’arrête : les quêtes, les livres et la vie. Mais les livres au moins ont cette chance de renaître : lire les Barbares, c’est aussi relire les Jardins statuaires, dont celui-ci n’est pas seulement la suite. Les Jardins statuaires y sont devenus un livre, le Professeur en sera le traducteur, un livre dans un autre livre donc, dont la lecture est une invitation, autoritaire et douce, à prendre la route pour voir ce qu’il en est, maintenant que le temps a passé. Ce qu’il en est ? Une œuvre qui compte parmi ce que la littérature d’imagination peut nous offrir de plus beau.