Aujourd’hui paraît dans la collection « les grands animaux » de Monsieur Toussaint Louverture la nouvelle édition d’Enig Marcheur, de Russell Hoban, dans la mémorable traduction de Nicolas Richard. J’en signe la préface (malgré ce qu’on peut voir sur le site de libraires mal renseignés) et n’en suis pas peu fier !
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jeudi 16 septembre 2021
mardi 5 mars 2013
Enig Marcheur et la langue en morts-sots
Voilà, j’ai donc lu Enig Marcheur, de Russell Hoban, dans la traduction de Nicolas
Richard, il fallait le faire, et dans la superbe édition de Monsieur Toussaint Louverture : l’objet lui-même est une petite merveille. La traduction, oui, il
fallait la faire et le faire puisque le livre n’est pas traduit de l’anglais en français mais du riddleyspeak en parlénigm.
Dans
un futur lointain et post-apocalyptique, le monde entier n’est plus que
débris, et la langue elle-même est en morts-sots.
Ce n’est pas que la dégradation d’une langue parlée par des hommes
revenus à l’âge de fer (c’est cela aussi) ; c’est la contamination dans
le langage lui-même d’une obsession partagée par
tous de la fission. On a oublié les sources des Nergies qui a causé
le Grand Boum, mais on n’a pas oublié qu’il avait été question de
diviser l’indivisible. Dans une nouvelle mythologie des
origines, notre Adam et notre atome ont fusionné en un Adom le
Ptitome, dont le destin est d’être écartelé. Cette 2alité qui hante
l’esprit de chaque homme se retrouve dans la fission de la
langue, une phonétique qui réinvente les racines des mots et double
ainsi les interprétations possibles, comme j’essaie de vous le montrer
par mes exemples de parlénigm, dont au bout de ma
lecture j’ai fini par retenir quelques birbs.
Dans
ce monde – réduit pour nous à un Kent où Canterbury est Cambry – le
pouvoir (très relatif) est détenu par des maris
honnêtis qui, la main dans leurs pantins de bois, tentent de
perpétuer et d’interpréter le Grand Boum, les causes de l’état dans
lequel se trouve le monde. Emplis de la honte de ce qui s’est
passé et d’être condamnés à ne jamais revenir à la hauteur des
ancêtres qui avaient des bateaux dans lésert, ils tentent de redécouvrir
le secret des Nergies. Enig, le narrateur, suit sa route et
son destin – ses sentiments et sa conscience que le hasard n’existe
pas bien davantage que sa raison –, se lie d’amitié sans comprendre
comment avec les chiens qui jusque là dévoraient les
hommes, et devient le premier nouvel écrivain.
La
langue pourrait rebuter mais non, pas du tout : elle est partie
intégrante et essentielle du projet et l’on s’y fait
très vite. Le rôle que lui fait jouer Russell Hoban est essentiel
comme la langue est essentielle à la littérature, et lorsque l’on tombe
sur un passage rédigé en français d’aujourd’hui – qui
précède immédiatement celui que j’ai cité hier
– et que celui-ci est réinterprété à l’aune du parlénigm et des
connaissances lacunaires des personnages, on touche à quelque chose
de vertigineux et d’émouvant – et l’on tire son chapeau au traducteur,
Nico-Larry Char, qui a su nous conduire sur ces routes
improbables.

Commentaires
lundi 4 mars 2013
exégèse du futur
Bon dès que j’ai des buté la lecture j’ai du reco net : Je conné meum pas la 1/2 de ces mots. Céquoi une
Légende ? Comment pro noncer un S max avec ptit t ? »
Bonparley
a dit : « Je peux t’en spliquer le sanciel. Y a des bouts plus faciles à
saizir que d’aurts y a des birbes
on saura jamais pour sur ce que ça gnifie. Cet écrit parle d’une
sort d’imaj ou de dyagamm. Mais que on a pas l’imaj touss qu’on a c’est
l’écri. Probab que cette imaj été une sort descrets parsq
cet écri (je veux pas dire l’écri que tas antre les mains je veux
dire l’écri de l’époc d’entend quest écri tout comme) c’est probab des
screts. Ça cest blip y ficatif cest pas just ce que ça
semblé être cest le sygne et la pyste d’aurt chose. Une Légende c’est l’imaj quest décrite ce qui se gnifie fresq s’effet avec une sort de peintur pelé
fidélité.
Russell Hoban, Enig Marcheur, dans l’héroïque traduction de Nicolas Richard, Monsieur
Toussaint Louverture, 2012, p. 158-159.
C’est
un extrait d’une exégèse, dans un futur lointain et post-apocalyptique,
de l’ekphrasis contemporaine d’une fresque
religieuse du XVe siècle. Je ne peux pas en recopier tellement plus
parce que ce serait déjà trop dire. C’est proprement vertigineux.
Commentaires
Quan tou sra ékri su lé murres ah lor on verrat lé piaires lé sie
ments lé krépis qui joues rond o scribbes impa cibles en plain dan le 1000.
Commentaire n°1
posté par
Dominique Hasselmann
le 04/03/2013 à 18h24
Pas vrai qu'il est beau mon mur ?
Réponse de
PhA
le 05/03/2013 à 18h45
Boloss est entré dans le dictionnaire.
Les académiciens eux-même précipitent la chute.
Les académiciens eux-même précipitent la chute.
Commentaire n°2
posté par
Thyone
le 04/03/2013 à 20h42
On peut espérer que même la langue détruite la littérature survivra,
puisqu'elle vit essentiellement de l'impossibilité de dire.
Réponse de
PhA
le 05/03/2013 à 18h47
Entre les lèvres les yeux tanguent et la gorge respire, c'est beau, c'est autre.
Commentaire n°3
posté par
Anastasia
le 04/03/2013 à 21h17
Oui.
Réponse de
PhA
le 05/03/2013 à 18h48
Ce sont des arrachements, ça résiste, ça érafle, c'est mouvant,
étranger, vivant, c'est comme une danse, à l'écart, ou de la peau, ça
pousse, c'est de la musique.
Commentaire n°4
posté par
Anastasia
le 04/03/2013 à 21h31
C'est un livre qui ne devrait pas vous laisser indifférente.
Réponse de
PhA
le 05/03/2013 à 18h49
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Merci pour ce bel article.
Je pense que la jeune génération n'aura aucun mal à lire à cet ouvrage; pour ma part je craindrais l'amig reine (0_0)! Cependant, la lecture faite à haute voix via votre lien est convaincante. Un roman prémonitoire sur le devenir de la langue? Intéressant en tout cas. Merci de nous le faire découvrir.
Ambre, je me permets de vous saluer. Nous avions sympathisé chez Solko, si vous vous rappelez, et nous étions promis des crêpes si nous faisions certaines lectures... Depuis vous avez créé un blogue que j'ai découvert il n'y a pas longtemps (lien chez notre ami Dominique Chaussois dont le nom aujourd'hui serre la gorge).
Solko oui je me souviens, j'avoue avoir été obligée de me limiter pour mes blogs favoris pour ne pas passer mes journées sur Internet.
Des crêpes... liées à la littérature? J'ai la mémoire qui flanche (je parle sérieusement).
Je vous soupçonne d'avoir oublié tout ça :) C'est marrant comme dans les échanges au fil des ans, les souvenirs des uns et des autres ne sont sûrement pas les mêmes, chacun poursuivant sa route, riche de mille birbs :)
Voilà.
Ne vous inquiétez pas je crois que les choix font partie de la vie et il est moultes blogues que je porte dans mon coeur sans les fréquenter assidûment.
Je recherchais où j'avais vu le lien vers votre blogue et me demandais si je perdais la boule puisque dans vos signatures de commentaires vous ne mettez jamais le lien. Ni ici, ni chez Depluloin. En fait c'est dans le corps de votre commentaire chez Philippe Annocque, à propos du pont Firmin. Adresse à laquelle écrivait Edmond, son "jeune grand-père".