mercredi 29 novembre 2023

mardi 28 novembre 2023

lundi 27 novembre 2023

court toujours (216)

– Tu sais, entre nous, je crois que je suis contre.

– Contre quoi ?

Oui, aussi. Et contre le reste.




dimanche 26 novembre 2023

court toujours (215)

– Et toi, tu en penses quoi ?

– ...

– Tu as bien un avis ?

– Ouais.

– Et alors ?

– Je crois que mon avis ne vaut pas grand-chose.

– Eh bien moi, je pense que...

Je ne suis pas sûr que le tien vaille beaucoup plus, tu sais.




jeudi 23 novembre 2023

mercredi 22 novembre 2023

mon frère linsang



C’est un linsang. Le linsang est l’un des membres les moins connus de l’ordre Carnivora. On l’a longtemps classé parmi les viverridés, avec la genette, les civettes, le fossa, le binturong… Il est aujourd’hui le seul représentant des prionodontidés. C’est mon frère Francis qui m’a parlé le premier de ce très joli petit carnivore asiatique, et vendredi dernier j’ai eu le privilège de rencontrer Géraldine Véron, zoologiste et spécialiste des mammifères, plus particulièrement des félins, qui m’a confirmé la proximité de cette espèce avec les félidés (pour le dire simplement : le linsang est, à l’époque actuelle, le plus proche parent des félins – qui ne soit pas un félin). Je sais que Francis aurait aimé être là – alors il l’était un peu.



lundi 20 novembre 2023

dimanche 19 novembre 2023

lundi 13 novembre 2023

On était le 13 novembre 2015.

Les premiers échos que je reçois sur Pas Liev confirment mon impression. Bien sûr ils sont aussi, plus ou moins, amicaux, mais quand même. Je ne vais pas faire la revue de presse, mais tout de même, quand j’apprends qu’Eric Chevillard va consacrer sa chronique dans le Monde à mon roman, c’est une vraie joie. Chevillard, pour moi, ça compte. J’ai fait allusion à l’incapacité de lire dont j’ai été frappé durant plusieurs années, celles qui ont précédé la publication d’Une affaire de regard, en 2001 ; je parle de « dépression spécialisée », pour simplifier. Tout avait mauvais goût, comme lorsqu’à un malade on propose son plat préféré. Bien sûr c’est la publication qui m’en a sorti – la lecture est vraisemblablement un sujet un peu plus que juste connexe à celui qui m’occupe ici. N’empêche : le livre qui a officialisé dans mon esprit mon retour à la lecture, ce sont les Absences du Capitaine Cook, trouvé sur les rayons de la librairie de Chartres. Flûte ! (juron exprimant chez moi l’admiration stupéfaite) il y a donc aujourd’hui quelque part quelqu’un pour écrire ça ! Donc, Pas Liev, mon meilleur livre à mes yeux, chroniqué dans le Monde par Chevillard, pas question que je boude mon plaisir.

Je me rappelle ce jour, le jour où cet article devait paraître. C’était un vendredi, forcément, et c’était aussi pendant le Salon de l’Autre Livre, à l’Espace Blancs Manteaux. J’y étais allé, j’avais notamment rencontré les éditrices des Grands Champs, avec qui j’avais en projet la publication de Notes sur les noms de la nature. Je crois bien que c’était une belle journée, en tout cas dans mon souvenir il faisait beau ; peut-être bien que c’était juste mon humeur mais c’est comme ça que je m’en souviens. Je me souviens que je suis rentré chez moi de bonne humeur, je me souviens que j’avais passé une bonne journée.

Pas Liev, ça faisait longtemps que je l’attendais. En janvier 1996, j’en avais écrit le résumé dans mon vieux Carnet vert. Vingt ans après, il devenait le roman que je voulais écrire, faire lire, et il était lu, et apprécié, et notamment par l’auteur par lequel j’étais revenu à la lecture.

Je suis arrivé assez tard chez moi. Sur les réseaux sociaux, j’ai compris qu’il se passait quelque chose. Les gens prenaient des nouvelles les uns des autres. J’ai regardé la presse, les titres. On était le 13 novembre 2015.



Bien sûr que oui : j’ai pensé que l’article de Chevillard, personne ou presque ne le lirait. Que la chance, vraiment, etc. Bien sûr que j’ai pensé à moi.



Et puis j’ai fait comme tout le monde : j’ai pris des nouvelles. Il était tard. Je n’en ai pas eu de tout le monde.



Le lendemain, j’ai appris que mon neveu, mon filleul, était à l’hôpital. Une balle lui avait fracassé la mâchoire.

Lui, et sa sœur jumelle, c’est avec eux que j’ai appris à changer une couche. C’est eux qui m’ont appris qu’à partir de quelques mois, les cacas de bébés peuvent être étonnamment conséquents, en terme de volume.

Les personnes qu’on a connues enfants restent toujours un peu des enfants dans notre cœur. En l’occurrence, mon neveu n’était déjà plus du tout un enfant mais un homme, qui a eu la lucidité – la chance aussi, bien sûr – de se lever au bon moment, sa mâchoire à la main, et de fuir au lieu d’attendre, d’arriver dans la rue, de trouver de l’aide. Il semble qu’on n’aide pas spontanément un homme la mâchoire en sang, obligé de la tenir parce qu’elle ne tient plus toute seule, et dans l’impossibilité de parler. À ce moment-là, les gens ne savaient pas encore ce qui était en train de se passer. Merci au jeune couple qui s’est chargé d’appeler les secours et de les attendre avec lui – mais il a su lui-même les retrouver pour les remercier de vive voix.

Quand il a pu. Car on n’a pas tout de suite su s’il pourrait parler de nouveau, ou même s’il pourrait simplement sourire.

Les mots, on les lui avait ôtés de la bouche, à la Kalachnikov.

Une fois, sur l’ardoise qu’on lui avait donnée pour s’exprimer, il a écrit : « Le monde a changé. »

Au moment où j’écris ces lignes, il est rétabli, il va bien, il vit, et je l’en remercie.

Parce que là, écrire et publier ou pas, franchement…



dimanche 12 novembre 2023

fraternité

Et plus sérieusement, puisque nous sommes en France, un pays dont la République est dotée d’une devise que j’aime bien mais dont on a tendance à oublier un peu trop le troisième terme, ne serait-il pas temps d’organiser une marche pour la fraternité ?




court toujours (210)

Et pourquoi les antisémites n’auraient-ils pas le droit de participer à une marche contre l’antisémitisme ? Voilà bien de l’anti-antisémitisme caractérisé.




samedi 11 novembre 2023

Bütow, le 11 Novembre 1918

Cette carte-ci est différente. Enfin, le modèle est le même, mais l’écriture est différente. Elle est d’une taille normale. Il n’y a pas besoin d’un éclairage particulier ni de forcer ses yeux pour la lire. Sur la première ligne, à gauche, il y a écrit :

Bütow, le 11 Novembre 1918

et sur la suivante, à droite :

Mes bien chers Parents,

Bien que je suppose que cette carte ne vous parviendra jamais, je vous l’expédie néanmoins pour vous dire que je suis toujours en bonne santé. Je suis au courant des Le début du mot, en fin de ligne, est surchargé, mais la deuxième moitié au début de la ligne suivante me fait deviner événements heureux qui se déroulent. La censure est encore présente, au moins dans la pensée. Tout est calme ici pour le moment et j’attends avec impatience de prendre le train pour la France. Le train. Quel plaisir ce sera de se revoir ! Et ici il y a une chose tout à fait inhabituelle dans les cartes d’Edmond : il va à la ligne. Maintenant que la guerre est finie, il peut aller à la ligne.

J’ai reçu quelques cartes ces jours-ci et je comprends les ennuis que vous cause votre déménagement. J’ai reçu aussi quelques colis. Nous n’aurons pas le descriptif des colis. C’est fini, les colis numérotés, les colis-gare et les colis-poste. Une nouvelle fois, Edmond va à la ligne.

En attendant le bonheur de vs revoir je vous embrasse tous bien fort.

Votre fils qui vs aime de tout son cœur.

EAnnocque

Voilà. J’ai fini. Peut-être.


Mon jeune grand-père, éditions Lunatique, page 186.



vendredi 10 novembre 2023

court toujours (209)

Parfois, pour mieux s’imprégner du contenu, l’élève de 6e se coiffe de son livre ouvert comme il le ferait de sa casquette. Le pouvoir de la littérature est sans limite.




jeudi 9 novembre 2023

vous ratez mieux que moi

Un extrait de la biographie de Kafka par Reiner Stach, qui donne à penser, et à penser encore :

« Kafka voulait encore plus qu’une clôture du texte sur lui-même, il voulait la « conclusion innée », celle qui s’anime déjà tel un fœtus sous la surface de la toute première phrase et qui affirme peu à peu ses contours. Il est permis de se demander si ses projets de roman admettaient bel et bien la possibilité d’une telle unité intérieure, ou, pour poser la question jusqu’au bout, s’ils pouvaient seulement être achevés, s’ils n’étaient pas plutôt condamnés dès l’abord à rester à l’état de fragments. Après tout, cette incapacité éternelle à atteindre le but qu’on s’est fixé n’est pas seulement ce qui affecte, mais aussi ce que décrit, le romancier Franz Kafka ; le jeune « disparu » s’éloigne du côté sûr de la société américaine à mesure même qu’il en rêve ; le tribunal suprême reste invisible aux yeux de l’accusé Josef K. ; les autorités du château, inaccessibles à l’arpenteur. Ne pourrait-on pas imaginer – même si cette idée n’a sûrement jamais effleuré l’esprit de Kafka – qu’une loi secrète ait amené l’auteur à reproduire l’échec de ses héros ? Qu’il ait atteint une unité esthétique supérieure, qu’il se soit justement rapproché de la perfection rêvée en n’achevant pas ses romans ?

Thèse séduisante, notamment parce qu’elle constitue un paradoxe on ne peut plus « kafkaïen » et que l’auteur – s’il avait eu le plaisir d’assister à un séminaire consacré à son œuvre – aurait même pu la trouver à son goût. Sa faiblesse est qu’elle sous-estime le potentiel du roman moderne, qui vit précisément d’une galvanisation mutuelle de la forme et du contenu. Les romans de Beckett sont sans aucun doute des objets achevés qui témoignent d’une grande confiance formelle – et cependant, ils ne parlent de rien d’autre que de fragmentation, de décomposition et de déchéance. Le babillage redondant de ses personnages, les lambeaux de pensées qui s’allument dans leurs cervelles solipsistes avant de s’effilocher et de disparaître sans laisser de trace – tout cela est le fruit d’un art du verbe extrêmement raffiné. Et on ne gagne rien à objecter qu’il ne s’agit plus de romans. Car Beckett tire les conséquences d’une évolution engagée longtemps avant lui dans le roman européen : la perte de cohérence entre perception interne et externe, le travail de sape qui affecte cette unité douteuse qu’on appelle le « moi ». Et dans ce maëlstrom, où faire passer la limite historique au-delà de laquelle le roman cesse d’être roman ? Dans La Faim de Knut Hamsun ? Dans Le Procès de Kafka ? Dans l’Orlando de Virginia Woolf ?

Un roman qui parle d’échec n’est pas forcé d’échouer, et les moyens dont dispose l’auteur pour réfuter ce simplisme psychologique sont, heureusement, infinis. C’était l’évidence même aux yeux de Kafka – et jamais il ne lui vint à l’esprit que sa mystérieuse inaptitude à terminer ne serait-ce qu’un seul de ses trois grands projets pouvait avoir un lien avec leur sujet ou leur structure. »

(J’imagine Kafka lisant Beckett et lui confiant : « vous ratez mieux que moi ».)

(Tiens, je n’avais pas vu que déjà paraît le second tome de cette formidable biographie alors que j’en suis à peine à la moitié du premier.) 


mercredi 8 novembre 2023

avec ou sans stylo

Voici quelques semaines que je n’ai pas posté de vidéo, avec mon stylo. Il faut dire que, quand j’ai commencé, au printemps dernier, je ne savais pas encore ce qu’il adviendrait de ce texte, Avec mon stylo, dont les quinze vidéos postées ne représentent que le début, et de son versant négatif (dont je n’ai rien lu ni rien dit) : Sans son stylo. Or il se trouve que le projet a trouvé son éditeur, premier sur la gamme, et paraîtra en janvier prochain, le onze pour être précis, et cinquantième du catalogue, chez DO – donc. Je n’en dis pas plus pour le moment ; on peut encore, avant que, très probablement, j’en retire certaines, écouter les lectures d’Avec mon stylo, même si ça ne donnera qu’une idée très partielle de l’ensemble. C’est sur Youtube, en cliquant sur le lien.



mardi 7 novembre 2023

court toujours (208)

– Je vais le lire, pour me faire ma propre opinion. Et toi ?

Je ne crois pas. Mon opinion ne m’intéresse pas.




lundi 6 novembre 2023

Jos Carbone

Jos Carbone est le premier roman de Jacques Benoit, paru pour la première fois au Québec en 1967 et tout fraîchement réédité aux éditions DO. Jos Carbone ressemble un peu à son héros, Jos Carbone ; c’est peut-être pour ça qu’ils s’appellent pareil. À première vue ils sont tout petits ; Jos fait la taille d’un enfant et Jos celle d’un long conte ou d’un bref roman ; mais il ne faut pas les sous-estimer, ni l’un ni l’autre : ils sont puissants. Avec seulement cinq personnages – c’est un de trop car quatre d’entre eux forment déjà deux couples –, Jacques Benoit nous conte (car on est en effet proche du conte) une histoire faite de passions premières, dans un décor de bois et de marécages. C’est plein de désir, c’est à la fois à la fois doux et cruel, fait d’une sorte de simplicité essentielle, ça ne ressemble à rien de tout ce que j’ai pu lire, et ça laisse son empreinte dans la mémoire, comme les pas de Jos Carbone dans la boue des bois humides.



dimanche 5 novembre 2023

vendredi 3 novembre 2023

jeudi 2 novembre 2023

Le chenil de Laurent Margantin

Si j’avais été éditeur et plein d’argent et que Laurent Margantin m’eût proposé le manuscrit du Chenil, je n’aurais pas hésité un instant à profiter de cette invraisemblable conjonction des astres pour en assumer la publication avec enthousiasme – et il n’y a pas tant de textes dont je pourrais dire ça. C’est un texte qui a tout pour me plaire. Une fois n’est pas coutume, je vais tenter de dire un peu « de quoi ça parle ».

Déjà : ça parle. Ça parle et ça ressasse, avec des phrases dont le terme est sans cesse repoussé, comme s’il n’y avait pas de terme à ce qui est dit. La voix est celle du narrateur, un homme peut-être jeune encore, qui vit avec sa mère – sa mère dont il ne parle jamais en disant « ma mère » mais toujours « la mère » –, une vieille femme qui le maltraite en paroles, tu pues (c’est comme ça, en italiques, que les dialogues sont directement insérés dans le récit), comme en gestes, griffures et coups de poing dans le dos, et contre laquelle jamais il ne se rebiffe, porteur qu’il se sent d’une culpabilité originelle. Et puis il y a les chiens, venus de nulle part, ou d’une autre ville au-delà des plaines, une ville dont personne ne se préoccupe au point qu’on ne sait même plus son nom, à la suite d’une catastrophe probable et indifférente à tous, qui arrivent de plus en nombreux dans la ville du narrateur, effrayant les habitants, des vieux pour la plupart, lesquels se plaignent que le Conseil ne fait rien pour réagir. Et il y a le chenil, sur une colline, dans la forêt à l’est de la ville, resté à l’abandon, où le narrateur, sur ordre du Conseil et sur la volonté de sa mère, doit aller « travailler ».

C’est donc, pour dire vite, un roman, que le Chenil. Le narrateur y vit une vie de cauchemar entrecoupée de cauchemars au sens habituel du terme ; on passe ainsi d’un cauchemar à l’autre, les deux se confondant. Sachant Laurent Margantin grand lecteur de Kafka, sans doute encore plus que moi (il en a aussi traduit bien des pages), je n’ai pu m’empêcher de penser parfois à la Métamorphose pour le rapport à la famille (voire aussi par instant à l’idée même de métamorphose), au Château, au Procès, mais aussi beaucoup au Terrier, voire à Recherches d’un chien. Pourtant c’est encore autre chose qui m’a séduit, quelque chose qui se joue dans la voix, ce ressassement sans fin, qui convie le lecteur à la lecture orale, et dans la fascination qu’exerce la passivité quasi masochiste du protagoniste. Un grand texte, à découvrir aux discrètes éditions Tarmac.