vendredi 29 décembre 2017

découvertes et rencontres présentent un caractère fortuit

La chaleur, quoique sensible, à cette heure matinale, ne suffit pas à communiquer aux insectes leur frénésie continuelle, le vol coloré, parabolique des criquets couleur de pierre, qui deviennent invisibles lorsqu'ils se posent et replient leurs ailes membraneuses, rouges ou azurées, le tapage des cigales, les mouches, de grands papillons sombres aux lunules d'ivoire (des Silènes ou des Sylvandres), les gros coléoptères dont on trouve les carcasses disjointes, la tête cornue, les beaux élytres luisants, dans des tas de sciure, à proximité, les hyménoptères. Ma mère, me dit-on, au réveil, est à la citerne. J'y cours, tombe en arrêt devant un gros insecte engourdi, sur le gravier mouillé, m'en saisis et le lui montre. D'une tape énergique sur les doigts, elle me le fait lâcher et la journée qui s'annonçait sous de fastes auspices – l'aménité de l'air, la créature striée de jaune et de noir – s'enténèbre d'un coup. Je perds ma trouvaille et, pendant un bref instant, me demande si je ne me serais pas mépris sur le compte de la bonne fée qui m'accompagne, me comble et me console depuis toujours. Une marâtre, qui cachait merveilleusement son jeu, vient de tomber le masque, en ce premier matin, près de la citerne. C'est pourquoi il n'y a pas de frelon dans la boîte en carton, non plus qu'un certain nombre de choses que je trouve à mon goût. Les unes m'ont provisoirement échappé, les autres se montrent rebelles à la conservation. J'ai ménagé le vide qui accueillera les premières lorsque leur chemin aura croisé le mien. Un trait constant de cette époque, c'est que, en l'absence de notice explicative, découvertes et rencontres présentent un caractère fortuit. Il importe d'être vigilant, toujours prêt. Tout peut arriver.


« Découvertes et rencontres présentent un caractère fortuit. Il importe d'être vigilant, toujours prêt. Tout peut arriver. » C'est encore mon impression. C'est vrai aussi que pour ma part je n'ai jamais trouvé de notice explicative.

jeudi 28 décembre 2017

écrivains

Ecrivaine, le mot, ça passe pas. J'aime pas. Et en fait, si je creuse un peu la question, je me rends compte que c'est parce que écrivain, j'aime pas non plus. (Du coup je remercie qu'on ait attiré mon attention là-dessus.) Ils sont cons, ces mots. Ils disent un être (entendez l'infinitif du verbe être), alors qu'écrire c'est un faire. On se fiche pas mal de qui il y a derrière (on devrait). Revendiquer un tel statut, c'est déjà vouloir sa statue. Gloriole. Poudre aux yeux pour compenser l'impossibilité d'en vivre – financièrement parlant, car on peut très bien vivre de quelque chose qui ne rapporte rien. Ou dans quelque chose qui ne rapporte rien, ne chipotons pas. Bref. Un instant je rêve qu'on le dise, tous, des gens qui ont leur nom sur des livres publiés : non, arrêtons les conneries, on n'est pas « écrivains ».
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mercredi 27 décembre 2017

perdre les visages

« Il était sur le point, sous l'accumulation de formes de champignons à l'extérieur et à l'intérieur de sa tête, de perdre les visages des autres, des gens, des humains, ce qui autrefois avait été pour lui la chose suprême, le « tiers visible ». Sa femme, depuis longtemps séparée de lui, me raconta qu'elle l'avait rencontré une fois dans la forêt ; il avait d'abord regardé ce qu'elle tenait dans ses mains. – Et c'était ? – Une oronge, une amanite des Césars, une amanita caesara, couleur jaune d’œuf, impossible d'avoir un jaune plus lumineux dans une enveloppe immaculée comme un blanc d’œuf, un vrai délice des dieux. – Quoi ? Elle aussi était devenue folle ? – Oui, exceptionnellement, par jeu, pour peut-être reconquérir le fou en chef. – Et alors ? – Il leva les yeux de l'oronge pour la regarder bien en face, elle, sa femme. Mais il ne la reconnut pas, l'admirant seulement, comme étrangère, davantage à cause de ce qu'elle avait trouvé qu'en raison de sa beauté. »

C'est à la page 120 de l'Essai sur le fou de champignons, de Peter Handke. Je ne suis pas le fou de champignons. Je ne suis pas le fou de champignons. Je ne suis pas le fou de champignons. Je ne suis pas le fou de champignons. D'ailleurs nous n'avons pas les mêmes champignons. D'ailleurs souvent je ne reconnais pas ses champignons. Et mon histoire avec les champignons est complètement différente de la sienne. Il vient des forêts d'épineux, moi des forêts de feuillus. Rien à voir. D'ailleurs je n'ai jamais eu le projet d'écrire un livre sur les champignons, même s'il se trouve que je l'ai un peu fait quand même.
Des pensées comme ça, un peu stupides comme la plupart des pensées, m'ont traversé à la lecture de ce dernier Essai de Handke. Je n'ai pas lu tous les autres. Je n'ai lu que celui sur la fatigue. Mais c'est à Par une nuit obscure je sortis de ma maison tranquille, que j'ai surtout pensé, par moments. D'ailleurs dans cet Essai sur le fou de champignons on croise le pharmacien de Taxham. Il connaît mieux les champignons que celui que je consultais autrefois. Mais c'est surtout à cause de cette impression de partir. Même si le fou de champignons ne part pas vraiment.

Cet Essai sur le fou de champignons, c'est un livre sur ce qu'on trouve, sur ce qu'on perd. Quoi d'autre ? Oui, lisez-le.

vendredi 22 décembre 2017

Dans la peau

Nous avons refait un livre pauvre. Sauf que nous cette fois ne sommes plus Philippe Agostini et moi, rappelez-vous Les hommes manquent, mais Ursula Caruel et moi (cliquez donc sur les liens, bon sang de bois !). Et c'est tout beau forcément et ça s'appelle Dans la peau et ça ressemble à ça :












mardi 12 décembre 2017

le capital sympathie des papillons

Il y a des gens qui sont discrets et d'autres qui sont réservés et parfois les réservés, comme ils ne posent pas beaucoup de questions, ne sont pas au courant de ce que font les discrets, qui ne s'en vantent pas. Et parfois ça donne lieu à de belles surprises, comme ce livre, le capital sympathie des papillons, écrit par Nadia Porcar et publié aux éditions Isabelle Sauvage. (Les éditions Isabelle Sauvage, c'est bien !) C'est un récit qui est en même temps un portrait, celui d'une petite fille tantôt appelée « je », tantôt appelée « l'oiseau ». Un portrait composé de tout petits tableaux disposés en palindrome, peut-être même qu'on peut les relire à l'envers après les avoir lus à l'endroit, ce sera forcément un peu différent, ce sera forcément un peu différent parce qu'on aura déjà senti la chose horrible qui est racontée, non, qui est simplement dite, au milieu, mais si discrètement, si discrètement que moi je ne veux pas vous en dire plus, sinon que c'est un livre qui fait aimer l'oiseau et l'Est parisien des années soixante-dix, et qui doucement vous émeut.

dimanche 10 décembre 2017

Demande un peu à mon surchien

Mais mon surchien m'empêche de dire trop fort ce que j'en pense.



Alain Finkielkraut sur l'hommage à Johnny: «Les non-souchiens brillaient par leur absence»

vendredi 8 décembre 2017

A tous les airs joués par Vanderhaegue

Je viens de finir à l'instant la lecture d'A tous les airs, le roman de Stéphane Vanderhaeghe paru cet automne chez Quidam. Du même auteur, comme on aime à dire, j'avais déjà lu et aimé Charognards. Pendant la lecture j'ai eu pourtant l'impression de lire complètement autre chose : quelle ressemblance entre cette histoire drôlatique de vieille(s) femme(s) mystérieuse(s) croisée(s) dans un cimetière où enquête un drôle de gendarme passionné de poésie et cet homme seul écrivant son journal cloîtré dans sa maison cernée par les corbeaux de Charognards ? Et puis, à peine le livre refermé, le soupçon subit qu'on m'aurait en réalité fait lire le même roman, mais déguisé sous d'autres atours. Non, pas le même roman : les deux romans sont vraiment très différents ; mais plutôt : le même livre. Le livre sous le roman. Le livre qui donne toute sa valeur au roman qu'il feint d'être. Je dirais : quelque chose sur l'illusion de l'existence. Quelque chose en tout cas qui donne à la présence de Stéphane Vanderhaeghe au catalogue de Quidam une belle signification en profondeur.

mercredi 6 décembre 2017

Toutes les questions sont bonnes.

C'était aujourd'hui le lancement du Prix littéraire des Lycéens, apprentis et stagiaires d'Ile-de-France. Elise et Lise fait partie de la sélection, aux côtés de Vie de ma voisine de Geneviève Brisac, Les gueules rouges de Jean-Michel Dupont et Eddy Vaccaro, Limite d'Antoine Emaz, Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon, face à un public de cinq classes des Yvelines. C'était au Théâtre Montansier à Versailles. C'était sympathique et chaleureux. En fait je me rends compte que j'aime répondre aux questions, notamment les questions des jeunes (mais pas que des jeunes, hein). Toutes les questions sont bonnes. Toutes les questions questionnent vraiment.