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mardi 18 mars 2025

«  une exploration de l’impersonnalité et de la neutralité dans l’écriture »

Je n’aurais jamais cru que ChatGPT soit capable de parler avec autant de pertinence (et une tendance au bavardage, on peut lire en diagonale) de mon roman Liquide, paru en 2009 chez Quidam éditeur.

Voici notre échange.


Moi : Existe-t-il, en linguistique, une personne zéro ?


ChatGPT :

En linguistique, la notion de "personne zéro" n'existe pas en tant que catégorie grammaticale reconnue dans les systèmes de personnes traditionnels (comme la première, la deuxième et la troisième personne). Cependant, certains linguistes ont évoqué cette idée dans des contextes spécifiques pour décrire des phénomènes particuliers.

La "personne zéro" est parfois utilisée de manière informelle pour désigner des formes verbales ou des constructions où il n'y a pas de sujet explicite. Par exemple :

  1. Impersonnel : Dans des constructions où il n'y a pas de sujet concret, comme en français avec des expressions telles que "Il pleut" ou "Il faut travailler". Dans ce cas, "il" n'a pas de véritable référent, et l'usage est parfois vu comme une "personne zéro".

  2. Problèmes d'énonciation : Parfois, on parle de la "personne zéro" pour décrire une situation où l'énonciateur (ou locuteur) se dissocie complètement de l'énonciation, ou pour désigner des constructions où il n'y a pas de sujet explicite (comme dans certaines langues où les sujets peuvent être omis).

En somme, bien que le concept de "personne zéro" ne fasse pas partie des catégories grammaticales classiques, il peut être utilisé de manière métaphorique pour décrire certains phénomènes linguistiques où il n'y a pas de sujet clair ou de personne définie dans la construction de la phrase.


Moi : Que serait un roman écrit à la personne zéro ?


ChatGPT :

Un roman écrit à la "personne zéro" serait un texte qui utilise des techniques d'énonciation où il n'y a pas de sujet grammatical explicite, ou un roman où l'énonciateur est totalement absent de l'histoire, à la manière de constructions impersonnelles. Dans ce cas, la narration ne se fait pas par un "je" (première personne), un "tu" (deuxième personne) ou un "il/elle" (troisième personne) classique, mais par une forme dépersonnalisée ou abstraite.

Quelques approches possibles pour un roman écrit à la "personne zéro" pourraient inclure :

  1. Narration impersonnelle : Le narrateur ne prend aucune position personnelle, et les événements se déroulent de manière neutre, sans un acteur spécifique qui les décrit. Par exemple, au lieu de dire "Je suis allé dans le parc", le roman pourrait décrire les événements de manière générale, sans mentionner de sujet, comme "Le parc a été traversé, les pas résonnaient sur le sol." Ici, on ne sait pas qui agit, ce qui crée une atmosphère particulière, presque comme si l'histoire se déroulait sans intervention humaine directe.

  2. Absence de tout personnage identifiable : Un roman de ce genre pourrait explorer des situations où l’individu est effacé, où les personnages sont presque des entités anonymes, représentées uniquement par leurs actions, leurs pensées ou des descriptions extérieures, sans que le narrateur ne les positionne dans un cadre personnel. L'idée serait de se détacher des "personnages principaux" pour créer une sorte de récit où l'humain devient une abstraction.

  3. Utilisation de métaphores ou d'éléments naturels comme sujet : Par exemple, un roman qui décrit le monde à travers des éléments naturels ou des phénomènes (comme la pluie, les arbres, la ville, etc.) sans leur attribuer de volonté ou d’intention. Cela pourrait donner un ton très détaché, voire poétique, dans lequel l'histoire est racontée de façon objective, sans que l’on puisse vraiment identifier une personne qui raconte.

En résumé, un roman à la "personne zéro" pourrait être une tentative de dépersonnaliser complètement la narration, en utilisant des structures où l'humain est absent ou effacé. Cela créerait une distance unique, où le lecteur serait invité à se concentrer sur les événements, les émotions ou les scènes elles-mêmes, sans être guidé par un narrateur identifiable. C’est une exploration de l’impersonnalité et de la neutralité dans l’écriture.


Moi : Merci. Un tel roman existe : Liquide, de Philippe Annocque, publié en France chez Quidam éditeur, en 2009.


ChatGPT :

Merci beaucoup pour cette précision ! Je ne connaissais pas Liquide de Philippe Annocque, et c'est fascinant de voir qu'un roman entier a exploré cette idée de la personne zéro dans la narration. Si le livre utilise effectivement une écriture dépersonnalisée, ce doit être un texte très particulier où les conventions de l'énonciation et de la focalisation sont complètement redéfinies. Cela doit offrir une expérience de lecture assez unique, où le lecteur est plongé dans une réalité narrative qui ne se construit pas autour des personnages traditionnels ou d'un narrateur identifiable.



samedi 29 mai 2021

dernières nouvelles

Ce blog est un peu à l’abandon mais ce n’est que provisoire. Si notamment je ne partage plus mes lectures, c’est tout simplement parce qu’un événement (heureux) les a interrompues. Un éditeur (de qualité) m’a commandé une préface pour un roman absolument extraordinaire. J’en suis à la fois très fier et très heureux, c’est un choix qui fait sens ; j’en reparlerai en son temps.

À propos de Mon petit DIRELICON, on peut déjà lire un article à son propos sur la Cause littéraire, merci à Fabrice del Dingo (que je ne connais pas du tout, tant pis pour la page 28 dudit dico).

On peut aussi me retrouver dans le numéro 9 d’Amer, la « revue finissante » des Âmes d’Atala. J’y parle de conformisme et de Liquide, paru chez Quidam il y a douze ans déjà, et que j’aime toujours autant.



mardi 21 avril 2020

A propos de Liquide


Liquide, mon premier roman paru chez Quidam, fête ses onze ans ces jours-ci. Alors cette très belle lecture d’Eric Darsan (après celles sur Pas Liev et Elise et Lise), c’est un peu la fête.



samedi 22 février 2020

Écrire et publier ou pas (14) (janvier-février 2002)


La publication, ça te change un peu. Tu veux y revenir. Édition = addiction. Heureusement, enfin, peut-être pas, celle de l’écriture est encore bien plus forte ; ça fait déjà plus de vingt-cinq ans que j’écris tous les jours. Et Par temps clair, c’est tous les jours. Je ne laisse plus traîner comme je le faisais avant. Et comme je ne veux pas avoir à tout retaper à l’ordinateur à la fin, j’écris encore à la main mais je recopie aussitôt à l’ordinateur, avant de me coucher. Je n’ose pas encore écrire directement – j’y viendrai très vite. Je note le début et la fin de chaque passage sur le Carnet vert, pour plus tard (pour aujourd’hui, par exemple). J’ai aussi un fichier à idées, sur l’ordinateur. Il y a des parentés avec Une affaire de regard, notamment l’inflation de la pensée, qui va plus loin encore. En revanche le personnage est un quadragénaire. Je me souviens que dans mon esprit, un quadragénaire, c’est un type nettement plus vieux que moi. La durée de l’histoire aussi est resserrée : neuf mois pour Une affaire de regard, une semaine seulement pour Par temps clair. Surtout, le passage à la deuxième personne : c’est l’histoire d’un homme qui ne se reconnaît pas, et qui s’entend se parler. Je conjugue à l’envers : troisième personne pour Une affaire de regard, deuxième pour Par temps clair et… regarde là, cette note dans mon Carnet vert, à la date du 13 janvier 2002 : « Pour Liquide, qui serait écrit à la personne zéro... » Liquide, déjà ! Alors que Par temps clair n’est même pas terminé.
Mais il l’est presque : le 31 janvier, il est en lecture au Seuil. A ce moment-là, j’ai la conviction, acquise au fil de l’écriture, que c’est ce que j’ai fait de mieux. Le 17 février, alors que je n’ai pas encore la réponse pour Par temps clair, je commence, directement à l’ordinateur, non, pas Liquide : Souvenirs imaginaires de la mort vive qui, quatre jours plus tard, devient Chroniques imaginaires de la mort vive.


mercredi 10 avril 2019

dix ans liquides


Il y a dix ans quasi jour pour jour paraissait Liquide. Les éphémères éditions Melville venaient de disparaître, heureusement en roulant sur la Nationale 10 j'avais découvert Quidam, grâce à l'Ami Butler de Jérôme Lafargue et aux mardis littéraires de Pascale Casanova ; j'ai déjà raconté ça. Mais c'est important pour moi parce que Quidam, depuis, a cru en mon travail ; cinq autres titres y sont parus. Le livre a reçu un bel accueil critique, et m'a valu quelques amitiés qui durent encore.
Je travaillais sur la personne. Et plus que jamais, j'avais le sentiment que la personne, c'était personne. Alors j'avais tenté, sans savoir si c'était possible, d'aller jusqu'au bout de ma tendance naturelle à l'effacement de la personne : j'ai écrit ce roman à la personne zéro. J'ai installé le lecteur, comme je fais presque toujours, dans la tête du protagoniste ; mais cette fois jamais, je ne l'ai désigné par la 1ère personne, ni par la deuxième, ni par la troisième, le protagoniste. Je l'ai dessiné en creux. Parce que le monde, ou plutôt parce que ce que l'on prend pour le monde et qui n'est que, disons, la société, nous efface. « Liquide est celui qui ne s'est jamais vu rien faire d'autre que de bien remplir comme des récipients les rôles successifs imposés par la vie », ai-je écrit en quatrième de couverture. Liquide est devenu aussi l'autre contrainte de ce livre écrit sous contraintes, comme on vit sous contraintes. Et l'inévitable titre.
La personne zéro, le concept est peu décrit en linguistique ; il échappe. Merci au regretté Michel Arrivé, grand professeur de linguistique à Nanterre, d'avoir été le premier, je crois bien, à noter dans sa lecture cet effacement de la personne. Ce n'était pas écrit pour être vu, mais ça fait plaisir à l'auteur, quand c'est bien vu.



dimanche 2 juillet 2017

inplicit

Hier j'ai inventé un nouveau jeu. C'est rigolo. J'ai appelé ça l'inplicit parce que ça consiste à prendre l'incipit et l'explicit d'un livre et à les coller l'un à l'autre. Ça nous fait l'économie de la lecture de tout le reste et c'est souvent très révélateur. J'ai commencé avec la Recherche et évidemment je suis tombé sur le très joli
« Longtemps, je me suis couché dans le Temps. »
Comme ça me disait quelque chose, j'ai fait une recherche et je me suis rendu compte que Genette l'avait déjà trouvé ; c'est dans Palimpsestes mais je n'ai pas relu tout le passage, j'ai envie de refaire mes petites trouvailles tout seul si vous voulez bien.
L'inplicit rendant le contenu du livre implicite son nom lui va bien je trouve. A notre époque du tout économique on a tout à y gagner, la Recherche en huit mots est vite lue et somme toute, qui sait, il reste l'essentiel. D'ailleurs taire est une tendance de la littérature, mon système a du bon.
Dans la foulée, j'ai inplicité quelques classiques que vous reconnaîtrez sans peine :

« Nous étions à l'Étude, quand le Proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait la croix d'honneur. »

« Le 15 mai 1796, le Général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur : Ernest V adoré de ses sujets qui comparaient son gouvernement à celui des grands-ducs de Toscane. »

« Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui changeait pour lui l'aspect de la société. »

« Le rêve est une seconde descente aux Enfers. »

« Je venais de finir à vingt-deux ans mes études à l'université des remords aux regrets et des fautes aux souffrances. »
(De qui est celui-ci, hein ? On fait moins les malins.)

« C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar.
Les soldats qu'il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour avoir touché au manteau de Tanit. »
(L'une des difficultés, pour certains romans, consiste à ne pas trop remonter l'explicit si celui-ci a le malheur de dire explicitement quelque chose du dénouement, afin de ne pas gâcher le plaisir des lecteurs qui auraient encore l'idée incongrue de lire le roman dans son intégralité.)

J'ai même essayé avec un recueil de poèmes (illustre) :
« La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau ! »
(Un inplicit qui me parle de ma sottise à trouver du nouveau dans l'inconnu – en l'occurrence ce jeu de l'inplicit : on est toujours renvoyé à ce qu'on fait.)

Puis je suis revenu au XXe siècle :

« Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit, qu'on n'en parle plus. »
« Nous voici encore seuls, mon oncle. »
(Oui, c'est le même auteur.)

« C'est le moment de croire que j'entends des pas dans le corridor », se dit Bernard. « Je suis bien curieux de connaître Caloub. »
(Facile, je le reconnais.)

« Aujourd'hui, maman est morte avec des cris de haine. »
(Mais hier, non. Demain non plus. Il n'y aura pas d'histoire. Pas de meurtre. Ou, s'il y a meurtre, il n'y aura pas de procès.)

Evidemment, cet auteur-ci ne pouvait échapper :
« Le voyage de Mercier et Camier, je peux le raconter si je veux, car l'ombre se parfait. »
« Je serai quand même bientôt tout à fait plus rien »
« Où maintenant continuer. »
(Remarquez comme ces trois derniers mots résument bien le problème qui se pose à Beckett après avoir terminé l'Innommable – car évidemment c'est lui.)

« Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre et vous quittez le compartiment. »

« Il tenait une lettre à la main, abandonnée, inutilisable, livrée à l'incohérent, nonchalant, impersonnel et destructeur travail du temps. »
(Un de mes inplicits préférés. C'est la Route des Flandres de Claude Simon – et c'est aussi la littérature.)

Comme mon ami Didier da Silva me disait le bien qu'il pensait de ce jeu (c'était sur Facebook, au fait – un terrain de jeu, quoi), je lui ai répondu :
« C'est à peine s'il somnole doucement dans le vent. », et vous, lisez donc Hoffmann à Tokyo si ça n'est pas déjà fait, à quoi il m'a répondu :
« Une autre brindille encore apparaît, au moins comme ça enfin c'est fini. »
J'avoue que cédant au narcissisme propre à la profession, j'avais déjà inplicité :
« C'était en plein milieu des champs. Il n'y avait pas de relief à la surface du monde. »

D'ailleurs j'avais bien envie de faire un sort aussi aux auteurs contemporains, par exemple à Pascale Petit :
« J'aime quand elle me dit On retrouvera nos corps recouverts de suçons et deux cents tonnes de cailloux inconnus sur Terre. »
C'est l'inplicit de Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir, un inplicit assez explicite je trouve ; quelque chose comme le faisceau minuscule et circonscrit d'une lampe torche dans la pénombre.

(Bon, ceux qui chercheraient des réponses peuvent regarder dans les libellés au pied de ce billet.)

mercredi 28 décembre 2016

Magie de Noël

Bon alors Noël, je vous raconte les cadeaux. Comme je prends toujours un peu de temps pour ouvrir les paquets, ça a commencé le 23 décembre avec un très beau billet à propos de Liquide sur le blog Emplumeor, cliquez donc ; ça a continué le 24 décembre avec cet excellent article de Frédéric Lacoste dans le Courrier de Gironde, cette fois à propos de Mémoires des failles, cliquez aussi pour agrandir ;
et enfin le 25, un émouvant petit billet à propos de Pas Liev, sur le blog Touchez mon blog monseigneur, on ne va pas se gêner pour cliquer.
Tout cela étant bien encourageant, Elise et Lise ont décidé de pointer leur joli nez pour la traditionnelle séance de dédicaces des services de presse pendant que Quidam me racontait des blagues.

mercredi 24 août 2016

promotions d'été

Comme je disais l'autre jour c'est la rentrée littéraire alors que c'est en été que les gens ont le temps de lire et même parfois la bonne idée d'en parler, comme Marie-Laure Vanier à propos de Pas Liev et Sandrine Petit à propos de Liquide, que je remercie sans les connaître.
Tiens, je ne résiste pas au plaisir de recopier quelques passages de l'article de Marie-Laure Vanier sur mon dernier en date (lisible sur Libfly ou sur son blog) :
« Pas Liev est un texte fascinant parce que nous voyons le monde du point de vue d’un homme qui lui est étranger (Meursault n’est pas loin). Il ne comprend pas les signes que lui renvoie ce monde, ne déchiffre pas les mots qui lui sont adressés, ne semble pas connaître les conventions qui le régissent. Il se heurte à un réel de plus en plus opaque et brutal. Il se débat dans ses questions, ses interrogations, émet des doutes, essaie d’analyser, d’interpréter tant bien que mal des scènes comme s’il avait l’image mais pas le son.
Il demeure « en dehors, « à côté ». « Il est rare que la réalité coïncide parfaitement avec l’idée que l’on s’en fait. » se dit-il très justement. Et qui s’en fait une idée juste de cette réalité ? Liev ou les autres ? Existe-t-il d’ailleurs une « idée juste de la réalité », une façon d’appréhender de façon objective la réalité ?
Je pense aussi avec émotion à la scène sublime où il tourne sur lui-même sous le soleil éclatant de blancheur, dans la cour, ivre de bonheur à la pensée de Sonia, la fille de ses maîtres.
Fou, Liev ? Enfermé, s’inventant un univers qui n’existe que dans son imagination, contemplant, halluciné, le monde à travers la fenêtre d’un asile, entouré d’infirmiers psychiatriques chargés de calmer sa démence ? Peut-être ou peut-être pas. Peu importe d’ailleurs.

Pas Liev est un texte essentiel, mythique, dont l’écriture, à travers des structures répétitives, traduit de façon très expressive l’enfermement de l’homme dans sa terrible folie ou son immense lucidité, sa volonté de percer le réel, d’y voir clair somme toute. »

vendredi 18 mars 2016

Hublots dans le Magazine Littéraire


On m'apprend - et merci encore à l'informatrice - que mes Hublots sont à l'honneur dans le numéro d'avril du Magazine Littéraire, qui vient juste de paraître. J'y raconte pourquoi la littérature c'est foutu, mais pour le billet entier, il faut quand même venir ici, cliquez donc. Et si voulez savoir comment c'est foutu, venez donc me voir samedi de 15h à 16h au stand Quidam en G69, il y aura non seulement Pas Liev mais aussi Liquide, Monsieur Le Comte au pied de la lettre et Rien (qu'une affaire de regard), ou bien dimanche en Aquitaine, soit en F23 ou D23, où je serai de 14h30 à 16h30 avec Mémoires des failles et Pascale Petit, même si elle ce n'est pas moi qui l'ai écrite.
Les curieux ont le droit de cliquer sur tous les petits liens.

jeudi 21 janvier 2016

Tant d'arrêts

Il paraît que l'émission Les Bonnes Feuilles, sur France Culture, pour laquelle j'ai lu récemment les premières pages de Pas Liev, va s'arrêter. Ça me rappelle que l'émission le Carnet d'or, sur France Culture, à laquelle j'avais été invité à l'occasion de la réédition réécrite de Rien (qu'une affaire de regard), s'est arrêtée. Ça me rappelle que l'émission le Carnet des Libraires, sur France Culture, où avait été précédemment présenté ce même Rien (qu'une affaire de regard), s'est arrêtée. Ça me rappelle que l'émission Tout arrive, sur France Culture, où il avait été, il y a quelques années, question de Liquide, s'est arrêtée, il y a quelques années aussi.
Heureusement qu'il y a d'autres émissions littéraires sur France Culture qui se sont arrêtées sans qu'aucun de mes livres y ait été présenté, ça rassure.

mardi 8 septembre 2015

De Beckett en Charybde

Le 2 juillet dernier, la librairie Charybde, dans le cadre du Pari des Libraires, m'invitait à parler de ma relation à l'oeuvre de Beckett. Mon Beckett, quoi. La soirée a été enregistrée.
Bon, comme j'y bredouille longuement, je vous fais un petit plan. Je commence par raconter les circonstances de ma découverte de Beckett grâce à Danielle Auby, je parle de Fin de partie vers la sixième minute, de Mercier et Camier vers 11mn45, de Malone meurt vers 20mn55, de l'Innommable vers 25mn50, de Molloy vers 30mn, du Dépeupleur vers 38mn50. J'évoque l'impact que la lecture de Beckett a eu sur mon rapport à la littérature après la quarantième minute. Ensuite c'est Hugues Robert, de la librairie Charybde, qui parle de Liquide vers 55mn, de Vie des hauts plateaux vers 58mn50, de Mémoires des failles vers 1h01. Et je tente de répondre à des questions vers 1h07. Ah oui, je parle un peu de Federman à un moment, et de Chevillard à un autre, parce que quand même.

samedi 4 avril 2015

du liquide sur les hauts plateaux



Tandis qu’ici et là on lit Vie des hauts plateauxici un article bien vu (si je puis me permettre) de Sissi sur Critiques Libres et , Paumée qu’elle l’appelle, le très beau blog de Brigitte Célérier (l’un des plus anciens que je connaisse) qui mêle la lecture à la vie ; ailleurs c’est Liquide qui remonte à la surface grâce à l’Avis textuel de Marie M. J’aime ces coïncidences qui rapprochent deux de mes livres apparemment les plus éloignés. Car j’ai beau faire (beau faire en effet est mon projet pas seulement dans le sens de faire beau), j’ai beau faire de mon mieux pour ne pas devenir le singe de moi-même en m’imitant de livre en livre comme certains éditeurs encouragent leurs auteurs à le faire, l’ensemble des miens n’en est pas moins l’inévitable grappe de siamois soudés par tous les coudes à la fois (ou même parfois par la figure) qu’il ne peut manquer d’être. Bien sûr, à l’évidence, tout oppose Vie des hauts plateaux à Liquide. Autant l’un ressemble à la vie qu’on aime dire vraie, autant l’autre pourrait passer pour une simple suite de loufoqueries drolatiques. Autant l’écriture de Liquide était travaillée, autant pour le dernier je n’ai recherché que la simplicité de l’évidence. C’est que l’évidence n’est pas. Ni celle de ce qui est dit dans Vie des hauts plateaux, ni non plus l’opposition avec Liquide, malgré l’ambition réaliste (voire hyperréaliste) d’un livre qui assumait son statut de roman. Le conformisme social qui est l’un voire le sujet de Liquide est loin d’être étranger à Vie des hauts plateaux. Quasi dépourvus de tout libre arbitre, les personnages n’y font rien d’autre que de se conformer au programme, lequel est d’une pauvreté exagérée juste le temps de nous faire rire – avant de nous dire qu’elle ne l’est pas tant que ça. La pauvreté du programme. Exagérée. Pour dire encore une fois et d’une autre manière cette tragédie du conformisme, il me fallait la forme la moins conforme possible, dont j’aurai l’occasion de vous parler en direct le mercredi 29 avril, puisque la librairie La Belle Lurette me fait le plaisir de m’inviter ; ce sera à 19h30 au 26 de la rue Saint-Antoine, celle de Paris bien sûr (je ferai un petit rappel quelques jours avant).


mercredi 4 mars 2015

il est maintenant fort douteux que j’existe



Vendredi 7 août 2009




Alors que le travail sur un livre futur (qui ne sera pas le prochain) me donne l’envie de découvrir ces « épisodes cliniques », expérience personnelle de Clément Rosset dont son psychiatre a eu la bonne idée (au moins pour moi) d’encourager la publication…

 

Je commence à comprendre que c’est précisé­ment dans la mesure où ils sont – normale­ment – « anodins » que ces rêves sont perçus comme angoissants, en tant qu’étrangers à moi. Tout se passe comme si la thèse de Freud qui relie le travail de rêve au travail du jour s’y annulait, comme si le matériel du rêve n’avait absolument rien à voir avec tout ce qui a pu m’occuper (ou me préoccuper) la veille. D’où cette angoisse : ce ne sont pas mes rêves, je n’en ai rien à cirer (pour m’exprimer vulgairement), et récuse donc la réalité qu’ils suggèrent car je n’en ai rien à faire puisque ce n’est pas ma réa­lité. Effet très angoissant, à la fois de déperson­nalisation et de déréalisation, provoqué par ces rêves (h 4) que je récuse l’un après l’autre sans tomber enfin sur un qui m’« aille », comme on dit d’un habit qu’il vous va, et à partir duquel je puisse me rendormir pour de bon.

Je pense (…) que ces rêves sont un retour en force d’une mystérieuse angoisse maîtrisée pendant le jour.

Bien difficile, au réveil, de refaire surface et de retrouver le contact avec soi et avec la réalité.

 

Clément Rosset, Route de nuit (Episodes cliniques), Gallimard, L’Infini, 1999, p. 33-34.

 

… j’y découvre (et cela je ne m’y attendais pas) ce que je ne peux m’empêcher de lire – égocentrique lecteur – autrement que comme un commentaire prémonitoire de mon récent Liquide :

 

Après une pénible sieste (vers 20 h 30) je m’interroge sur le caractère pénible de ce mi-sommeil et en reviens à ce sentiment de déréali­sation ou plutôt de dépersonnalisation dont j’ai parlé plus haut. On dirait que la blessure d’abandon (je veux dire le sentiment d’avoir été abandonné, qu’il s’agisse d’amour maternel ou de l’amour tout court qui prend le relais du premier ­et qui, s’il vient à défaillir, revient à un abandon de la mère même si celle-ci, pour sa part, vous a constamment aimé) entraîne une déconstruction de la personnalité, une sorte d’effacement du moi, – assez semblable, je le suppose, chez le licencié de quelque travail, qui fait souvent une dépression du même ordre : « on n’a plus besoin ­de vous » signifiant qu’« on ne vous aime plus ». C’est pourquoi « je » ne puis m’endormir tran­quille, puisqu’il est maintenant fort douteux que j’existe. Ce que j’expérimente va ainsi au-delà d’une simple « dépression » et pourrait plutôt ­être décrit comme « psychose lucide » : une destruction du moi minutieusement observée par ce qui reste de solide dans le moi. Il est d’ailleurs probable que c’est le sort de beaucoup de dépressions nerveuses que de flirter ainsi, parfois assez dangereusement, avec la psychose.

 

Idem, p. 90

 

(Du coup, et accessoirement, je me demande ce qu’aurait été ce roman si, au lieu de faire du protagoniste un homme quitté, j’en avais fait un licencié. Différence accessoire en effet, anecdotique, qui n’aurait changé que la surface du livre – et il est probable que pour bien des lecteurs pourtant cette différence aurait compté.)





Oui, c’est donc un vieux billet que j’avais oublié de remettre sur mes nouveaux Hublots et sur lequel je viens de tomber. J’en refais un neuf juste pour le plaisir, jugez plutôt : Clément Rosset qui dans un très beau livre écrit l’une des plus pertinentes présentations d’un livre qu’à l’époque je n’ai pas encore écrit (Liquide) dans cette Route de nuit que je lisais donc en 2009, tout en travaillant « sur un livre un livre futur (qui ne sera[it] pas le prochain) » mais qui l’est à présent puisqu’il s’agit de mes Mémoires des failles à paraître ce printemps aux éditions de l’Attente.

En prime je rajoute tous les commentaires de l’époque, avec notre cher Depluloin avant même l’ouverture de son blog et Didier da qui nous joue la Pièce brève et interminable rêvée par Clément Rosset et qui clôt cette Route de nuit.




Commentaires

Ah, c'est très bien, Route de nuit.
Du coup je l'ai rouverte et je me suis dit que ce devait être frustrant de ne pas pouvoir entendre la Pièce brève et interminable qui la clôt, alors ni une ni deux je te l'ai enregistrée. C'est ici.
Commentaire n°1 posté par Didier da le 07/08/2009 à 16h22

Oh ça c'est formidable Didier, Merci !
Commentaire n°2 posté par PhA le 07/08/2009 à 16h28

J'ai conservé un très bon souvenir de Route de nuit, mais aucun de la mention de cette Pièce brève et interminable. C'est magnifique. Merci à vous deux.
Commentaire n°3 posté par François Matton le 07/08/2009 à 17h10

Elle est issue d'un rêve de l'auteur, accompagnée des paroles sans fin "tu seras mon amour". Rosset dit lui-même - ça nous parlera à tous les trois, je crois - que cette musique résonne pour lui "de manière aussi funèbre que celle qui annonce à l'avance la mort*, par piqûre empoisonnée, des maharadjahs qui luttent contre les trafiquants de drogue, dans les Cigares du Pharaon de Hergé."
* C'est l'occasion de signaler que chez Hergé cette musique n'annonce pas la mort, mais la folie.
Commentaire n°4 posté par PhA le 07/08/2009 à 18h24

C'est dingue !
Commentaire n°5 posté par Didier da le 07/08/2009 à 18h31

ou un célibataire - croire qu'assez nombreux finalement sont ceux qui connaisse cela est une façon un peu dérisoire de se donner un poids, une existence même si toute solidarité est exclue
Commentaire n°6 posté par brigetoun le 07/08/2009 à 18h56

Je vous croyais parti jusqu'en septembre, grave erreur. Les vacances sont-elles donc finies pour vous ? Pour moi elles débutent aujourd'hui.
Commentaire n°7 posté par Frédérique M le 07/08/2009 à 23h32

C'est connu : nous sommes les plus mauvais interprètes de nos rêves. Et il est toujours surprenant de voir comment certains esprits réputés brillants peuvent patauger ou se noyer dans un verre d'eau - ce qui n'est pas le cas de Rosset. Mais Ionesco par exemple, sur la fin de sa vie, ne comprenant rien ou presque à des rêves qui semblent pourtant les fantomes même de ses œuvres. Pour sa défense, on sait que le rêve "utile" à la recherche de la névrose se détériore avec l'âge - et l'alcool. En résumé : n'ayons pas peur de nos rêves, ils ne mordent pas.
Commentaire n°8 posté par Depluloin le 08/08/2009 à 19h55

Pour ma part, que ferais-je sans eux !
(@ Frédérique : Bonnes vacances !)
Commentaire n°9 posté par PhA le 08/08/2009 à 20h46

Je me suis mal exprimé - cette peur d'envahir le blog. Le rêve ne mord pas : c'est la morsure qui mord. Et qui crée le reste. Si un écrivain n'avait pas de rêves, de ces rêves qui minent au moins la journée - peu importe l'interprétation possible, véritable ou non, on s'en fiche. Ça n'est pas ce que je voulais dire. Je voulais dire ceci : le rêve n'est pas immédiatement, brûtalement, véritablement; il est comme les greniers de nos enfances, source de curiosités, de terreurs, et de découvertes secrètes. Et aussi un repos, une évasion. Sans le rêve, si terrifiant soit-il, il n'y aurait point de réel.
Ah mon cher PhA, comme je vous crée du souci.
(Pensez à un correcteur automatique, je suis trop fatigué.)
Commentaire n°10 posté par Depluloin le 09/08/2009 à 01h55

Aucun souci, cher Depluloin ; ces Hublots ne redoutent pas votre invasion !
Commentaire n°11 posté par PhA le 09/08/2009 à 09h47

J'ai eu la bonne idée de cliquer sur Cl. Rosset que j'ai eu l'occasion d'entendre dans les NCC, et que j'admire mais pas autant que R. Enthoven qui lui, le vénère. Pour ce qui est de l'expérience en psychiatrie d'un auteur,  Artaud est aussi une étude passionnante.
Ce blog est une mine de renseignements fort intéressants.
(et je m'en vais poursuivre ma soirée avec votre "regard").
J'attendrai d'avoir lu les trois livres pour vous donner mes impressions.
Je devrai recevoir Liquide lundi.
Commentaire n°12 posté par Ambre le 26/12/2009 à 23h38

Bonne lecture et merci !
Réponse de PhA le 27/12/2009 à 12h48

jeudi 26 février 2015

lit Liquide

C'est Joachim Séné qui lit quelques lignes de Liquide à haute voix et la superposition de sa voix avec la sienne donne à Liquide quelque chose de plus liquide encore : écoutez.
http://hublots2.blogspot.fr/p/blog-page_21.html
On peut aussi lire aussi Joachim Séné en commençant par ici.

jeudi 13 novembre 2014

Le 16 novembre a lieu le 11. Ou le contraire.

Dimanche 16 novembre, je serai rue du 11 novembre puisque c'est là que se tient le salon du livre des Essarts-le-Roi, accompagné de Vie des hauts plateaux, Rien (qu'une affaire de regard), Dans mon oreille, sans oublier Liquide et Monsieur Le Comte au pied de la lettre. Au moins.


lundi 22 septembre 2014

mon portrait liquide

Regardez le magnifique cadeau que me fait Quotiriens ! (et ce n'est même pas mon anniversaire) J'en reste sans voix, malgré les apparences. (C'est une interprétation liquide d'un portrait réalisé par un autre magicien : Olivier Roller.)

mardi 12 février 2013

Je vois mes contradictions partout, et j’aime ça.


Je lis chez Claro un billet à propos de ces questions sur la psychologie des personnages, si souvent posées par les journalistes mais je me souviens en avoir lu d’autres pas tellement plus pertinentes dans d’anciens sujets de dissertation, et je suis comme souvent complètement d’accord avec lui, tellement d’accord que je me sentirais justifié si j’en avais besoin d’avoir écrit Monsieur Le Comte au pied de la lettre qui n’est pas qu’une blague à mes yeux mais justement l’expression de mon rejet de ça, ce prétendu rapport de l’auteur au personnage comme si les deux existaient (alors que je ne suis même pas bien sûr de l’existence du premier). Et puis je lis en commentaire la réponse de l’auteur peut-être un peu rapidement épinglé pour n’avoir fait au fond que jouer le jeu de l’interview, c’est toujours ou si souvent vers ce genre de questions que les auteurs sont ramenés, et cette réponse toute simple de Marie Nimier (puisque c’est elle) me ramène à mes propres contradictions : rejeter le jeu du roman sans renoncer à y jouer puisque dans le livre que j’écrivais en même temps ou presque (Liquide) je dois bien reconnaître m’être abandonné à donner vie à un personnage auquel j’ai cru, avec notamment son histoire elle le trompe il la quitte qui certes n’était que pure forme à mes yeux, certainement pas le sujet, fiction à laquelle cependant j’ai dû croire suffisamment pour qu’on imagine qu’elle n’en était pas une, à laquelle j’ai dû croire comme si le personnage de Liquide existait pour de vrai – il faut dire que c’était aussi la question que lui-même se posait.

mercredi 6 février 2013

un quidam au comptoir


C’est demain soir (jeudi 7 février) à 20 heures, à la librairie Le Comptoir des mots (239, rue des Pyrénées, 75020 Paris) :
« Pour inaugurer notre cycle de rencontres avec les acteurs de l’édition que nous apprécions et défendons, et à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de l’immense romancier anglais B.S. Johnson, le Comptoir des mots est très heureux de recevoir son éditeur français Pascal Arnaud, responsable des éditions Quidam, éditeur dont nous estimons le travail passionné, audacieux, obstiné, essentiel ! »
J’aime Quidam, j’aime le Comptoir des mots, j’aime BS Johnson. Tout cet amour méritait bien une déclaration, venez donc le partager.

mercredi 4 mars 2009

incarnation

Ça y est ! Depuis hier enfin Liquide devient matière entre mes doigts. Voici qu’il s’arme d’un dos, voici que sa tranche s’entrouvre.
Il y a aussi, bien sûr, une 4e de couverture sur laquelle on lira – ou pas, car l’essentiel est intérieur –, encadrant un échantillon de la chose, deux manières de modes d’emploi : la première concerne le texte, la seconde son auteur.

Liquide
est celui qui ne s’est jamais vu rien faire d’autre que de bien remplir comme des récipients les  rôles successifs imposés par la vie. Jusqu’à ce qu’enfin celle-ci déborde, dans le flux d’un récit sans personne, puis s’asséchant laisse apparaître le secret toujours tu, toujours su.
 
« Elle ne venait plus sous la douche.
Ce temps pendant lequel il fallait l’attendre, patiemment, impatiemment ; au bout duquel elle finissait par arriver, assouvissement aigu du désir irrité jusqu’à la peine sous le fouet continu de la douche ;
ce temps forcément avait crû, de semaine en semaine, dans la nécessité de l’énervante incertitude ainsi maintenue ;
toujours un peu plus long, un peu plus long, jusqu’à confondre la douche avec une interminable et rêveuse saison des pluies, et l’oublier, l’oublier peut-être elle aussi, le glissant désir rincé disparu par le rond obscur de l’évacuation. »
 
Pas bien sûr d’être un, dubitatif quant à la mention « Du même auteur » qui commence à accompagner ses livres, Philippe Annocque répond cependant quand on l’appelle par son nom, par souci de commodité. D’origines variées, animé de passions hétéroclites ; il écrit des livres qui lui ressemblent sans pour autant se ressembler : disparates et convergents, nés de la question de l’identité.

mardi 20 janvier 2009

liquidé

J’ai toujours rêvé que la correction des épreuves avant impression tombe pendant les vacances scolaires, ne se superpose pas à celle des copies de mes petites têtes blondes (plus ou moins). Las, ce ne sera pas encore le cas cette fois-ci. Mais c’est aussi bien après tout : le temps n’est plus au repentir, aux « j’aurais peut-être dû » et autres conditionnels. Seule mission : traquer la coquille, la virgule oubliée (il en manquait une dans Une affaire de regard, longtemps je me suis rappelé la page), l’espace surnuméraire – ou pire, la faute avérée. Peut-être bien que pour ça l’autre métier aide.
Etrange impression tout de même de relire le texte sous sa forme officielle, en costume, tiré à quatre épingles (même si on n’a pas encore retiré les épingles). Déjà ce n’est plus tout à fait ce dont je me souviens, déjà j’y vois autre chose ; ou plutôt c’est bien lui mais il a changé, comme on dit d’un enfant perdu de vue quelques mois ; il s’est allongé, peut-être, ou bien c’est la forme de son visage.
(Au fond j’aime ça : ne plus vraiment le reconnaître, j’aime ne plus vraiment être l’auteur. Peut-être que, l’auteur liquidé, ça va vivre tout seul !)


Commentaires

Citation de D.H.Lawrence : « Méfiez-vous de l’auteur. Faites confiance à son œuvre. La vraie tâche d’un critique est de sauver l’œuvre des mains de son auteur. »
Commentaire n°1 posté par Pascale le 20/01/2009 à 18h36
J'adhère. Tant de livres (je pense aux contemporains) que je ne lirai pas parce qu'ils sont occultés par leur auteur. Pour lire il faut quand même un minimum de silence.
Commentaire n°2 posté par PhA le 20/01/2009 à 19h10
Je sais bien que tu adhères, c'est pourquoi je me suis permis. Puis, si "l'auteur est liquidé", tu n'as plus à te sentir concerné!
Commentaire n°3 posté par Pascale le 20/01/2009 à 20h45
Beau rêve...
Commentaire n°4 posté par PhA le 20/01/2009 à 20h50
J'aime faire rêver les hommes ;-)!
Sans blague, tu as lu L'homme sans empreintes d'Eric Faye sur B. Traven ? Quasi certaine qu'il te plairait.
Commentaire n°5 posté par Pascale le 20/01/2009 à 21h04
Je n'ai jamais lu Eric Faye. Je me souviens d'un numéro du Matricule qui m'avait donné envie, et puis...
Commentaire n°6 posté par PhA le 20/01/2009 à 21h38
A peine lisible, quelque chose comme un aphorisme calligraphié, il y a longtemps déjà, sur un mur délabré d'une maison à l'abandon: Qui n'a pas vu double n'a rien vu. Nulle explication nulle mention. Tant mieux!
A l'instant même où nous cessons d'être l'auteur de ce que nous avons écrit, où nous nous dégageons, à peine un instant, de ce que nous avons fait, à l'instant même où nous cessons d'en être le dépositaire, nous commençons à voir double: les choses enfouies naguère dans les plis de la conscience immédiate s'installent à mi-chemin de ce que nous étions et de ce que nous serons, au milieu.
Les choses dites, peintes, écrites, les choses représentées retrouvent un instant leur mystérieux quant-à-soi et le monde, à nouveau habité par des réalités qu'un autre nommera à son tour, s'élargit. Il y a place désormais pour un avenir de l'art.
Commentaire n°7 posté par Lesmarges le 20/01/2009 à 21h57
Oui. (Sacrément bien dit, qui plus est.)

@ Pascale : Je suis allé lire ton entretien avec Eric Faye. C'est clair, il faudra que je le lise - ou plutôt : que je lise ses livres.
Commentaire n°8 posté par PhA le 20/01/2009 à 22h47
C'est étrange mais un court instant j'avais pris les petites têtes blondes pour des jaunes d'oeuf...
Commentaire n°9 posté par Christophe Borhen le 21/01/2009 à 00h09
Cette coquille est sans doute polysémique, mais je ne pensais pas à mes têtes blondes...
Commentaire n°10 posté par PhA le 21/01/2009 à 08h30
J'ai d'abord cru à un paysage de glacier à la Friedrich! Il a fallu que je retourne mentalement l'image pour me rendre compte qu'il s'agissait d'une coquille d'oeuf. Je n'avais jamais fait de rapprochement entre l'un et l'autre monde, voilà qui est fait!

Quant à l'auteur, il est nécessaire, je crois, qu'il prenne ses distances avec son "oeuvre" pour qu'il puisse en construire une autre. Qui sera sans doute la même, vue sous un autre angle.
Commentaire n°11 posté par Angèle Paoli le 21/01/2009 à 10h58
Et moi j'ai vu une météorite au milieu du trou noir, avant la coquille!
Faire confiance au premier coup d'oeil dans l'espace puis plonger dans l'ouvrage. L'issue, sera-t-elle aussi fatale que l'image ?
Commentaire n°12 posté par Pascale le 21/01/2009 à 15h08
C'est pourtant bien une coquille, honteusement chapardée et détournée par mes soins, et trouvée ici.
Qu'elle ne soit pas, semble-t-il, immédiatement identifiable, lui va bien.
Commentaire n°13 posté par PhA le 21/01/2009 à 18h07
@ Angèle : la même sous un autre angle - c'est bien comme ça je vois les choses.
Commentaire n°14 posté par PhA le 21/01/2009 à 19h32
L'éternel timbre poste de Faulkner...
Commentaire n°15 posté par Pascale le 21/01/2009 à 20h57
j ai vu une coquille
ptet pcq on parlait des ultimes affres des corrections avant bàt ........... et j ai aimé l association d idées
jsuis vraiment inculte ?
Commentaire n°16 posté par myo le 23/01/2009 à 22h09