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mardi 23 janvier 2024

Contre la littérature politique

- Beaucoup d’intentions, assez peu de crimes.

- D’un côté l’intention (politique), de l’autre le crime (littéraire). Non seulement la partition est classique mais elle écrabouille tout ; pourtant elle est active.

- Il faudrait qu’au terme d’une négociation, d’un compromis social et romanesque, le partage soit égal : 50 % de politique, 50 % de littérature. Si trop de politique, le littéraire s’avachit ; si trop de littérature, le politique se dissipe.

- Ou alors (…)


Jette au feu. L’or, l’argent, le bronze, l’étain.

Comme l’illustre Boiteux, jette au feu.

Les métaux de toutes sortes, jette.

Les médailles, les pierres fines, les albums de famille, jette aussi.

Comme le divin Bancal, accomplis les gestes.

Pose l’enclume, écrase.

Saisis le marteau, frappe.


Cher Redresseur de Torts,

L’heure de ta retraite enfin sonne. Ta crinière savamment dérangée se clairsème, et tu n’oses plus défaire le deuxième bouton de ta chemise blanche à mille euros. Ton noble destrier est à la peine. Ta dernière croisade, soldée par une guerre civile sans fin, a peut-être été celle de trop. Hélas je ne pourrai pas me réjouir de voir ton visage s’effacer des écrans et ta voix libérer les ondes.


tu as un accent épouvantable

tu peux traduire ?

Je déteste quand on fait comme si l’autre comprenait toutes les langues étrangères

spécialement l’anglais

soi-disant langue mondiale de l’époque


Première anecdote : un ami qui sortait récemment d’une salle de théâtre où l’on venait de jouer Samuel Beckett me raconte qu’il a surpris la discussion de deux spectatrices dont l’une, manifestement agacée, disait à l’autre : « oh moi un écrivain qui s’intéresse aux mots comme ça, je trouve ça suspect ». La phrase fait sourire, en même temps qu’elle dit beaucoup de l’air d’un temps, le nôtre, où la littérarité, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, n’a pas bonne presse.


Bubor Schnulff se sentait un peu perdu, et, comme il ne voulait pas se faire remarquer au milieu de la foule, il emboîta le pas d’un groupe d’une centaine de personnes qui avançaient en direction de la place du Théâtre.

Il tombait une pluie très fine dont on ne voyait pas les gouttes, la température avait baissé. Sans frissonner, Schnulff rentra la tête dans les épaules. Il regrettait de ne pas avoir de cache-nez autour du cou.

En dehors de considérations météorologiques – l’automne précoce, la brouillasse, la chute du thermomètre – et vestimentaires – sa tenue d’ouvrier le protégeait mal –, Schnulff ne remuait pas de pensées très précises.

Il suivait le cortège.


Nathalie Quintane, Louisa Yousfi, Pierre Alferi, Leslie Kaplan, Tanguy Viel, Antoine Volodine, Contre la littérature politique, La fabrique éditions, 2024



lundi 20 novembre 2017

retour de Pure Fiction

Voilà, la Maison de Pure Fiction, c'est terminé ; retour à la réalité. Tout de même, quelques images pour vous montrer combien cette résidence d'écrivain est bien nommée, toutes prises dans les abords immédiats. En effet j'ai évidemment passé l'essentiel de mon temps à écrire, on en reparlera, et à lire aussi, notamment Tanguy Viel, que je découvre seulement avec son Article 353 du Code Pénal, émouvant et a posteriori troublant justement parce qu'émouvant ; Marie Cosnay avec son très beau Aquerò qui revisite la grotte où la fille l'a vue, et Isabelle Desesquelles, qui sait terminer son roman d'amour juste avant qu'il ne commence, car Un jour on fera l'amour, c'est beau comme un film d'hier ou de demain.