Anecdote vécue (ce matin à 8h30). Je vais chercher mes élèves dans la cour (une classe de sixième). On se dit bonjour ; un garçon, dans le rang, me félicite sur ma veste – je le trouve un peu familier, d’autant plus que la rentrée est encore toute proche : à surveiller. Mais surtout : son visage ne me dit rien du tout. Un nouveau ? (C’est peut-être pour ça aussi, et même d’autant plus, que je le trouve trop familier.) Ou bien un petit rigolo qui s’amuse à se ranger avec ses copains d’une autre classe ? À surveiller décidément. Je lui demande s’il vient d’arriver, il me répond non non – le fait est qu’il ne doit pas comprendre. On arrive en cours, je vais profiter de l’appel pour me souvenir de son nom. Arrivé à la fin de l’appel, je ne l’ai pas repéré : il a dû rejoindre sa vraie classe – mais j’ai peut-être mal regardé. Ou bien il est retourné à l’intérieur de mon imagination, ça arrive souvent. Et puis, finalement, au fond à droite, mais oui, c’est lui ; bien sûr que c’est lui. Attitude parfaitement correcte, bonne participation : je le remets très bien. Dans la cour, il était méconnaissable : il n’avait pas son masque.
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mercredi 15 septembre 2021
vendredi 30 juin 2017
mais qui m'a breveté ça ?
En jetant un premier coup d’œil sur le sujet de français du brevet je me dis que l'antistructuralisme en vogue depuis une dizaine d'années est à peu près aussi intelligent que son contraire mal digéré des décennies précédentes.
jeudi 4 février 2016
Simplifions-nous la vie en réformant l'orthographe, ce sera plus simple.
La réforme de l'orthographe, vieux marronnier des cours d'école, est le nouveau sujet à la mode. Allons-y donc.
L'orthographe française présente des aberrations. L'autre jour, Ulysse brandissant devant mes élèves de sixième son épée aiguë, j'avais bien du mal à défendre le tréma sur un e qui n'est jamais que la marque du féminin. Personnellement je trouve qu'il irait mieux au u, je le reconnais volontiers.
Par ailleurs, l'orthographe est un facteur de discrimination sociale. C'est vrai. Il faut réformer ça. On va donc autoriser de nouvelles orthographes, sans bien sûr interdire les anciennes, heureusement. Il y a encore des élèves qui écrivent événement, je me vois mal les pénaliser. On va donc organiser la coexistence de deux orthographes. Une sorte de vivre-ensemble orthographique, quoi. Il y aura l'orthographe des lettrés anciens, et l'orthographe des plus ou moins lettrés modernes. On aura soin de choisir soigneusement entre le nénuphar et le nénufar selon la personne à qui on l'offre. Le choix même de l'orthographe d'un mot aura désormais un sens. Qui sait, peut-être même un sens politique. Il faudra enseigner tout ça aux jeunes générations. C'est sûr que ça va nous simplifier le travail.

samedi 10 octobre 2015
vendredi 26 juin 2015
les incompétences du SIEC
Je serai quand même bientôt tout à fait mort enfin.
Oui, je rouvre Malone meurt mais là c'est surtout que je corrige le brevet et que j'apprécie à sa juste valeur l'organisation de sa correction par le SIEC, le service incompétent de l'éducation pour la correction des examens. Même que j'y retourne lundi, corriger. Une première dans le genre.
jeudi 11 juin 2015
vendredi 8 mai 2015
Thérèse Raquin en Livre de Poche : mauvaises notes
Quant aux « classiques »,
comme on appelle un peu vite ces livres dont le succès semble résister au
temps, il n’y a plus guère que dans les classes qu’on les lit encore, à en
croire les éditeurs – c’est ce que je me dis en sortant d’un Thérèse Raquin
chez Le Livre de Poche, collection Les Classiques de Poche (c’est écrit dessus) ;
édition que je ne conseillerai pas au lecteur qui, n’ayant pas encore lu Thérèse
Raquin, serait tenté de l’y découvrir. Les notes y sont nombreuses, on vous
y explique par exemple le sens d’« impudence » ou d’« implacable ».
Bon. Mais faut-il vraiment que, sous prétexte que l’édition s’adresse à des
élèves (ce qu’elle pouvait faire en l’annonçant plus clairement en couverture),
faut-il absolument priver ces jeunes gens du plaisir de découvrir l’histoire
par eux-mêmes ? Les deux événements majeurs du récit (disons : le
dénouement de la première moitié et le dénouement final) sont carrément
annoncés, sans la moindre précaution, dans les notes. Histoire de bien rappeler
à nos jeunes lecteurs que s’ils lisent, c’est parce que l’école les y oblige ;
pas du tout parce qu’ils pourraient trouver, pourquoi pas, du plaisir à cette
lecture. Spoiler, comme on dit aujourd’hui. Gâcheur, en français, c’est
parlant aussi. En revanche, alors que tout du long de Thérèse Raquin
court la métaphore obsessionnelle de l’enterré vivant – c’est tout le drame de
Thérèse –, même lorsque, concernant un autre personnage, on tombe sur cette
phrase :
« Ses sensations ressemblaient
à celles d’un homme tombé en léthargie qu’on enterrerait et qui, bâillonné par
les liens de sa chair, entendrait sur sa tête le bruit sourd des pelletées de
sable. »
jamais n’est fait le rapprochement
avec la Mort d’Olivier Bécaille, cette nouvelle de Zola où l’enterré
vivant n’est pas là simplement à titre métaphorique. Et pourtant, pour rester
en pédagogie de la littérature, c’est une nouvelle très accessible au jeune
élève qui serait curieux de prolonger sa découverte de Zola.
Allez, une petite image de Walking
Dead en illustration parce que les amateurs de cette série savent
particulièrement bien ce que Spoiler veut dire et que des morts qui
marchent c’est un peu la même chose que des enterrés vivants, sauf que c’est
exactement le contraire – quoi.
dimanche 1 mars 2015
Qui est Jérémie Lefebvre ?
J'avoue que je n'en sais rien. Le bonhomme pourtant mérite l'attention, qui se fend sur le site de Libération d'un article intitulé le premier jour de sixième et où je peux lire :
"A partir de maintenant il n’a plus de classe, donc plus de bureau, il est invité à transporter le contenu de ses tiroirs jusqu’à la scoliose. En guise de maître ou de maîtresse, on lui attribue une dizaine de professeurs nerveusement détruits. Parmi eux, un tiers aime les élèves dans la désolation, un tiers s’en fout, un tiers les déteste ouvertement. Aucun d’entre eux n’a reçu la moindre formation à l’art d’enseigner."
"On étudie Eugénie Grandet en quatrième. L’élève de treize ans le mieux disposé du monde retiendra de l’œuvre «descriptions trop chiantes, histoire trop pourrie», et si Balzac ne l’a pas écœuré à jamais des lettres, Racine s’en chargera l’année prochaine avec Athalie."
"Les programmes d’Histoire sont dispensés par tranches de dates et de définitions sans lien entre elles : encorbellement, assignats, génocide, 5 mai 1789, 23 août 1572, 18 brumaire an VIII, à savoir par cœur et à oublier juste après l’interro."
"Les langues vivantes sont enseignées comme si elles étaient mortes."
J'en passe et des meilleures, comme dirait sûrement Jérémie qui, vous l'aurez compris, n'est pas à un cliché près, même si celui-ci n'a strictement plus rien à voir avec la réalité depuis des lustres. Le plus drôle, au terme de ces jérémiades stéréotypées, c'est quand même la signature de l'article : "Jérémie Lefebvre, écrivain auteur-compositeur." Je ne pense pas au prénom, le calembour facile que je découvre avec vous ci-dessus est involontaire, promis, mais à la nécessaire mention "écrivain auteur-compositeur", laquelle à mes yeux supposerait davantage d'honnêteté intellectuelle (par exemple se renseigner) et surtout une certaine originalité dans la pensée. Reconnaissons toutefois à Jérémie Lefebvre le talent de choisir des sujets fédérateurs : nul doute que notre prophète aura ses adeptes.
Je m'arrête ici, non que je nie en bloc les difficultés diverses que peuvent rencontrer les élèves de 6e et les inquiétudes légitimes de leurs parents (j'ai été les deux), mais parce que justement demain c'est la rentrée et que j'ai encore un peu de travail, pour non pour aplanir ces difficultés mais pour aider mes élèves à les surmonter.
(Et pour changer de mon identité habituelle, je vais signer "Un professeur principal de 6e, tiens.)
vendredi 27 juin 2014
la grammaire au brevet 2014, un divorce confirmé
J’annonçais il y a un an jour pour jour le divorce officiel entre la grammaire et l’épreuve de français du brevet,
c’est une affaire confirmée. Le texte de Charlotte Delbo (saluons
quand même l’effort notable pour sortir un peu des sentiers battus – non
sans regretter l’absence d’un vrai paratexte introductif
qui aurait permis d’éviter quelques hors sujet en rédaction) n’a
inspiré aux concepteurs encore une fois qu’une seule et malheureuse
question de grammaire : la 5b (il y en avait
8) :
« J’avais toujours pensé que nous tomberions ensemble », identifiez le temps du verbe tomber et
justifiez son emploi.
Le
conditionnel présent (réponse attendue mais on admettra aussi la seule
mention du conditionnel sans précision supplémentaire)
est en effet un temps de l’indicatif, ça ne fait aucun doute à mes
yeux mais force est de constater que beaucoup de mes collègues le
présentent encore comme un mode, j’espère que ça n’aura pas
troublé les plus sérieux de nos élèves (car celui qui aura juste
répondu « présent » en considérant qu’on ne lui demandait pas le mode
n’aura pas le demi-point).
Le
demi-point suivant portait donc sur l’interprétation de ce conditionnel
– et bien sûr c’est là que les choses deviennent
intéressantes : quand la question de grammaire est au service de
l’interprétation. « J’avais toujours pensé que nous tomberions
ensemble », avec cette subordination à une
principale au plus-que-parfait, aucun doute possible, le
conditionnel a valeur de futur dans le passé. Bravo. Sauf que. Sauf que
la phrase reproduite dans la question est tronquée, Charlotte
Delbo a écrit : « J’avais toujours pensé que nous tomberions
ensemble, si nous tombions. » Cette hypothétique finale évidemment
change la donne. On est dans le cas, tout à fait
passionnant à condition d’être loin du collège, d’une syllepse des
valeurs temporelle et modale du conditionnel : le système hypothétique
justifie le conditionnel aussi bien que la
concordance des temps. Passionnant, non ? Entre d’autres termes, le
candidat qui parle d’hypothèse mérite autant son demi-point que son
camarade qui a reconnu un futur du passé. Et voilà
comment la question de grammaire est annulée – sauf à savoir
reconnaître un conditionnel par sa terminaison.
Concernant
l’évaluation de la maîtrise des outils de la langue, comme on dit
aujourd’hui, ce sera tout. Vous me direz qu’il y a
la réécriture, remplacer une deuxième personne du singulier par une
troisième du pluriel : « Je sais que tu es brave, je sais que tu sauras
vivre sans moi. Il faut que tu vives,
toi. » Je ne commenterai pas la longueur de l’exercice (4 points
quand même, 0,5 par changement correct effectué), mais faites-le,
observez le résultat. L’intérêt ne me paraît pas évident.
(J’ai la faiblesse de penser que la réécriture est un exercice
d’orthographe qui doit faire sens, qui doit faire réfléchir à la forme
choisie par l’auteur. D’accord, ce n’est pas toujours facile
à trouver.)
Il
nous reste la dictée. C’est un peu comme l’an dernier : il faut montrer
qu’on est exigeant sur l’orthographe. Du coup on
a encore un texte difficile. Piégeux, même. Bien trop, à mon avis.
Mais comme il faut bien que les élèves réussissent, on va faire des
tolérances. Le candidat qui aura écrit « Toutes
confidences, tous contacts exigent un déplacement. Et il y a les
distributions d’armes, de journaux, de postes émetteurs, de matériels de
sabotages. Ce qui explique la nécessité d’une armée
d’agents de liaisons qui tourne à travers la France comme des
chevaux de manèges » aura la même note que celui qui aura procédé à des
accords moins étonnants. Dans des cas pareils, si on ne
veut pas pénaliser la majorité des candidats, qu’au moins on bonifie
ceux qui pratiquent les accords les plus conformes au sens du texte.
Enfin,
tout ça ne concerne que les élèves qui ne sont pas officiellement
reconnus comme dyslexiques. Car ceux-là, à moins de
souffrir d’une dysorthographie profonde, n’ont pas grand-chose à
craindre de leur dictée à choix multiple. Sur un paquet de 39 copies,
les deux dyslexiques avérés ont obtenu respectivement 6 sur
6 et 5,5 sur 6. Il y avait sans doute bien d’autres candidats dont
les difficultés spécifiques auraient justifié au minimum le même
traitement, mais certaines familles n’ont pas forcément
conscience de la nécessité d’une prise en charge, et d’autres
préfèrent aider leurs enfants à surmonter les difficultés plutôt que de
les aplatir devant eux.
jeudi 26 juin 2014
les élèves aussi se ramassent à la pelle
La
pelle, c’est comme ça qu’aujourd’hui on devrait appeler l’appel.
L’appel, c’est cette possibilité donnée aux
familles de recourir à une instance extérieure au collège (ou au
lycée) lorsque l’avis du conseil de classe ne correspond pas avec leur
souhait. Ça devrait concerner des cas limites, cas de
conscience comme il y en a tant d’élèves aux résultats tout justes
pour lesquels forcément on s’inquiète. Aujourd’hui ça ne les concerne
plus guère, ceux-là on leur souhaite juste bonne chance,
il y en aura pour savoir la saisir. Aujourd’hui l’appel, en fin de
3e, ça concerne plutôt des élèves dont les moyennes tournent entre 5 et 8
sur 20 en français, maths, anglais,
histoire-géo… ; dont les parents n’imaginent rien d’autre que le
passage au sacro-saint lycée, où ils envoient leurs chérubins se
ramasser ; on en a mal au cœur pour eux. Il faut dire
qu’au prix de revient d’un redoublement – depuis que l’orientation
vers une voie professionnelle est devenue un gros mot –, la commission d’appel
est une source non négligeable
d’économie. Alors on se console en se rappelant tel autre, parti en
BEP après une 3e techno alors que le conseil de classe accordait le
lycée général, dont on a appris des années plus tard qu’il
terminait avec succès son école d’ingénieur ; pourtant ce n’était
pas gagné, grand dyslexique, mais on se souvient, ah mais oui : celui-là
il travaillait vraiment dur.
(Encore un billet sans grand rapport avec la littérature – mais en cette saison j’ai du mal à faire comme si je
n’étais pas aussi professeur.)
Commentaires
vendredi 10 janvier 2014
Les idées modernes d’Antoine Compagnon
Antoine Compagnon a des idées pour l’école. Accessoirement, il en a aussi sur les
femmes : par exemple, concernant le métier d’enseignant,
« la
féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser, c’est
d’ailleurs ce qui est en train de se passer pour la
magistrature. C’est inéluctable. Un métier féminin reste encore
souvent un emploi d’appoint dans un couple. L’enseignement est choisi
par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du
temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien
s’occuper de leurs enfants. »
Mes collègues, très majoritairement des femmes en effet, apprécieront. L’une d’elles a d’ailleurs déjà répondu,
inutile que j’en rajoute. Ou alors juste un peu, pour le plaisir. Parce
que, à la décharge de
notre bon Compagnon, il y a quand même bien une relation entre la
féminisation de ce métier et son déclassement, qui personnellement m’a
toujours paru évidente : le déclassement du travail
féminin dans une société encore sexuellement inégalitaire se traduit
très logiquement par le déclassement d’un métier quand celui-ci se
féminise.
Mais hop, on n’est plus à un petit hysteron-proteron près quand on enseigne au Collège de France.
Allons,
ne soyons pas injustes et ne nous focalisons pas sur ce détail somme
toute anecdotique : ce n’était pas le sujet de
l’interview. Voici que l’on demande à notre professeur de Collège
(de France, hein) « Quelles réformes proposez-vous concernant le statut
des enseignants, en pleine discussion au
ministère ? » C’est qu’il en a, des idées :
« Mais,
concernant le collège, qu’y a-t-il de dégradant pour un professeur de
français d’enseigner aussi
l’histoire ? » Certes, personnellement, le professeur de français de
collège que je suis ne verrait rien de dégradant à enseigner
l’Histoire. L’Histoire, en revanche, pourrait sans
doute trouver à y redire. Un cours sur les champignons, pourquoi
pas. Sans blague, je m’y connais mieux que mon pharmacien. Je pourrais
aussi, pourquoi pas, donner quelques conseils de natation
aux grands débutants. Mais l’Histoire, ma foi, j’ai trop d’estime
pour mes collègues d’Histoire pour au pied levé prétendre les remplacer.
Bien sûr, je fais l’imbécile. Il suffirait de former les enseignants pour ça. Ça se fait d’ailleurs dans d’autres pays. Ça se
faisait aussi en France, d’ailleurs. On appelait ça les PEGC : professeurs d’enseignement général de collège. En 1969.
jeudi 27 juin 2013
L’épreuve de français du brevet fait ses adieux à la grammaire.
Alors voilà : ce matin c’était l’épreuve de français du DNB (Diplôme National du Brevet)
2013 parce qu’on ne dit plus Brevet des Collèges depuis le Paléocène et BEPC depuis le Jurassique. D’ailleurs cette épreuve a fait peau neuve, nous autres
professeurs bien sûr le savions bien mais tout de même, ce sujet-ci est le premier de cette nouvelle mouture.
Dans l’Académie de Versailles, il s’agissait d’un extrait du Soleil des Scorta de Laurent
Gaudé qui va bientôt faire concurrence à Maupassant – un
extrait du même roman était tombé me semble-t-il en 2006. Mais enfin
après tout le texte n’est pas si mal ; vous le
trouverez vite sur le Net s’il n’y est déjà, j’ai la flemme de
scanner. Bien sûr on pourrait chipoter sur la pertinence de l’emploi
d’un subjonctif après « espérer » dans un sujet de
brevet : « espérant, dans des rêves étranges, que tout là-bas soit
différent » – c’est mon mauvais esprit qui souligne ; en effet les
personnages « sont entrés
dans la baie de New York », ce qui accessoirement justifie la
première question que d’aucuns trouveront peut-être un peu trop
géographique : De quel continent
s’agit-il ?
Si
la géographie fait son entrée discrète dans l’épreuve de français,
c’est sans doute pour compenser le départ cette fois-ci
officiel de la grammaire. Vous me direz que j’exagère, et vous
n’aurez pas tort : il y a quand même une question et demie de grammaire
dans ce sujet. Or, une question et demie, c’est
carrément le quart du sujet, qui en comporte six – pour plus d’une
heure d’épreuve (naguère dans le même temps on en comptait de dix à
quinze). Allez, pour le plaisir, je vous les recopie. Alors,
question 4 : « Le paquebot se dirigeait lentement vers la
petite île d’Ellis Island. La joie de ce jour, don Salvatore, je ne
l’oublierai jamais. Nous dansions et
criions. » : identifiez les deux temps utilisés et justifiez
l’emploi de chacun. Voilà. Justifier l’emploi des temps, c’est
souvent intéressant. Ici notamment, celui du futur
simple est en relation avec la situation d’énonciation, cette
adresse à Don Salvatore… qui ne fait malheureusement l’objet d’aucune
autre question ; du coup je me demande bien ce que nos
élèves sans aiguillage vont bien pouvoir trouver. Quant à l’emploi
de l’imparfait qui l’accompagne, si vous trouvez quelque chose
d’intéressant à dire dessus, faites-le moi savoir (car j’ai la
faiblesse de penser qu’un sujet doit pousser le candidat à formuler
des réponses que lui-même au premier chef trouvera intéressantes). On se
rattrapera donc sur la question 5 a :
« Miséreux d’Europe au regard affamé. Familles entières ou gamins
esseulés. » Quelle remarque grammaticale pouvez-vous faire sur la
construction de ces deux phrases ? Avec la b,
Quel effet produisent-elles sur le lecteur ?, j’avoue que je n’ai rien à y redire.
Je
n’ai rien à redire sauf que c’est tout pour la grammaire. Or vous savez
bien qu’après le collège, la grammaire, c’est
fini : nos élèves sont supposés la connaître. Comment justifier à
leurs yeux la nécessité de l’apprendre s’ils ne sont même plus
interrogés dessus au brevet ? D’autant plus que parmi
nos élèves les plus méritants, ceux qui ont vraiment du mal en
français mais qui s’accrochent parce qu’ils portent en eux le sens de
l’effort et le désir de progresser, ces élèves-là trouvaient
souvent dans cette approche plus scientifique de la discipline des
occasions de réussite d’autant plus productives que le travail personnel
et les révisions y étaient particulièrement
efficaces.
En
limitant les questions à l’interprétation toute littérale du texte, on
court le risque d’égarer nos élèves les plus sérieux
(sérieux mais pas nécessairement toujours bons lecteurs) tout en
confortant les autres dans leur absence de travail : à quoi bon réviser
quand on ne sait pas sur quel texte on sera
interrogé ? Le message envoyé est clair : les révisions ne servent à
rien. Ou plutôt : entraînez-vous donc à la dictée. Parce que la dictée,
en revanche (un extrait
d’Ellis Island de Georges Perec, assortie d’une recommandation à la noix aux surveillants de salle : noter au tableau le titre et le nom de
l’auteur après avoir procédé à la dictée et avant la relecture alors que les mots Ellis Island
figurent dans le corps même de la dictée), la dictée, disais-je, est
plutôt du
genre costaud. On ne s’en tirera qu’en jouant sur le barème et les
tolérances (dont heureusement certaines s’imposent). Cette dictée, c’est
bien sûr un message pour l’opinion publique : vous
voyez, nous restons exigeants sur l’orthographe. Mouais. J’ai un peu
de mal avec les généralités sous-jacentes. Sans doute, le niveau
général en orthographe baisse. N’empêche, il y a aussi des
élèves, très mauvais lecteurs, qui s’en tirent honorablement en
orthographe tant que le vocabulaire n’est pas trop complexe, parce
qu’ils connaissent quelques règles… de grammaire, et qui se
réjouissent quand le prof annonce une dictée (alors que bien sûr
d’autres au contraire…).
Bref. L’autre nouveauté, c’est qu’il y a deux sujets de rédaction, dont un d’argumentation. Et ça c’est bien. « Le
monde d’aujourd’hui laisse-t-il encore place, selon vous, à un ailleurs qui fasse rêver ? » Comme ce n’est pas à moi d’y répondre je crois que je vais rester ici encore un
peu.
dimanche 26 mai 2013
beau comme un socle commun de compétences
Les « socles communs de compétences ». Ça sonne bien, pourtant. C’est beau, vu de l’extérieur. Ça a l’air d’être du
solide. On devrait pouvoir bâtir, là-dessus.
Non
mais franchement. Quand je pense qu’on a payé des gens pour imaginer un
truc pareil. A dégoûter de l’Education Nationale, je
vous dis. Je sais bien qu’il existe des boulots encore plus stupides
que cette usine à gaz ; mais quand, bien forcé, je me plonge dans
celui-ci, j’ai du mal à imaginer ce qu’on pourrait
faire de plus inutile encore. Même mon goût pour l’absurde ne m’est
d’aucun secours.
Je sais bien que ça ne sert pas à grand-chose de le dire, mais quand même : ça soulage.
dimanche 5 mai 2013
un prix d’excellence pour Rachida Dati
Parfois
les élus locaux s’essaient à la distribution des prix dans les écoles.
Ça sent un peu la troisième République, ça
rappelle des souvenirs aux parents, c’est sympathique. Chez nous,
par exemple, les enfants ont eu droit à un gros dictionnaire à la sortie
du primaire. C’est utile, c’est beau et ça fait un
chouette souvenir.
Dans le VIIe arrondissement de Paris aussi, Madame le Maire va encourager de sa présence et d’un beau cadeau littéraire les
élèves de 3e et de terminale. Elle va le faire en leur offrant le dernier roman de son écrivain préféré,
elle aura ainsi le mérite non seulement
d’encourager ces jeunes gens dans leurs études, mais aussi de
soutenir la littérature contemporaine, que nos jeunes lecteurs en effet
sont en âge de découvrir. Et comme Madame le Maire n’est
autre que Rachida Dati, elle leur a choisi Un
sentiment plus fort que la peur, le dernier roman de Marc Lévy.
dimanche 17 février 2013
des traces de l’école dans la représentation de la littérature
A propos de la représentation de la littérature, donc (puisqu’au au fond c’est le premier sujet
de ce blog). Vite fait
mais quand même. Crise pour la contemporaine. Pas crise de la
littérature contemporaine, hein ; crise de sa représentation. Comment en
serait-il autrement, quand les critiques laudatives
d’un roman (parce qu’un livre, quand c’est de la littérature, c’est un
roman) limitent ses critères à la composition (le plan, quoi), l’écriture (en plus, ce livre, il est bien écrit ! (oui, l’écriture, ou le style, c’est un truc en plus,
une sorte de cerise sur le gâteau – ce livre en plus il est bien
écrit et la Joconde elle est bien peinte)), la psychologie des
personnages (qui naturellement échappent à l’auteur
pour vivre leur vie sur le papier), et bien sûr l’inscription dans le
monde, l’époque, appelez ça comme
vous voulez ? Je grossis un peu, mais dans l’ensemble, la critique,
c’est souvent, trop souvent ça : une liste plus ou moins longue de
critères auxquels le livre est sommé de se conformer.
S’il est conforme, c’est bien. On peut tamponner : conforme. Le fait
est que le livre conforme
est doté d’une qualité indiscutable : il est vendable. Enfin, il
n’est pas très vendable non plus, c’est quand même un livre, on n’est
pas fou ; mais il est indiscutablement plus
vendable que le livre non conforme.
Outre
l’aspect strictement commercial de la chose (qui compte pas mal, quand
même), il y a d’autres explications à la
persistance de ces grilles de lecture dont je secoue en vain les
barreaux. D’abord la paresse. (J’ai dit pas dit la presse, hein ; la
pAresse.) Il est beaucoup plus facile de vérifier la
conformité d’un livre à des critères préexistants que d’aller
chercher si par hasard ce livre-là ne serait pas en train d’inventer ses
propres critères, pour lesquels le commentateur devrait
faire l’effort de trouver des mots de critique qui n’existent pas
encore. (Figurez-vous que certains commentateurs le font quand même
parfois, les fous.)
Et
puis l’école – comme explication à la persistance de ces grilles de
lecture. C’est forcément la faute à l’école. L’école nous
a montré ce que c’est qu’un bon livre, elle nous en a présenté une
liste – pas très longue, d’ailleurs ; c’étaient souvent les mêmes qui
revenaient. Et comme on travaillait bien à l’école,
on s’en souvient. La psychologie des personnages, l’inscription dans
l’époque, la composition, tout ça, c’est des trucs qu’on a appris à
l’école, avec les profs de français.
Mais
le prof de français, il vous dit attention. Il y a un temps pour
l’école, et un temps pour après. A l’école, on est là pour
apprendre, pour être formé. Ça ne veut pas dire qu’il ne faudra pas,
quand vous en serez sortis, remettre en question tout ce que vous y
avez appris. Les livres qu’on vous a fait lire, bien sûr
qu’on les a choisis parce qu’ils étaient plutôt bien, mais aussi
parce qu’ils étaient bien pour faire un cours dessus. Quand on vous
faisait lire Flaubert souvent c’était le bide alors on vous
faisait lire Zola (mais maintenant, réessayez donc plutôt Flaubert).
Et non, la Peste, c’est pas vraiment un des grands livres du XXe siècle – mais pédagogiquement parlant, il y avait de
quoi faire. Enfin bref, l’école, si on y va, c’est pour en sortir.
Pensez à changer les mines de vos critériums. (Quand je vois qu’il y a
encore des gens, et même des écrivains, qui
parlent des « auteurs du Nouveau Roman », ânonnant leurs souvenirs
de lycée comme si ça avait encore vraiment un sens, comme s’il y avait
vraiment quelque chose en commun, profondément,
entre les auteurs qu’on a étiquetés comme ça, au-delà de l’époque,
de l’éditeur et, tiens, d’un renouvellement des formes – des critères,
donc – renouvellement singulier pour chacun, et plus ou
moins abouti aussi sans doute.) Voilà, je vous laisse : c’est la
récré – la récréation, profitez-en.
mardi 11 décembre 2012
un suicide – en rédaction
« Vous
venez d’avoir 18 ans. Vous avez décidé d’en finir avec la vie. Votre
décision semble irrévocable. Vous décidez dans
un dernier élan de livrer les raisons de votre geste. En dressant
votre autoportrait, vous décrivez tout le dégoût que vous avez de
vous-même. Votre texte retracera quelques événements de votre
vie à l’origine de ce sentiment. »
Oh non, ce n’est pas moi qui donnerais un pareil sujet de rédaction à mes 3e. Mais il paraît qu’un professeur l’a fait, quelque part vers la Charente ; réaction des
familles (de toutes les familles ?), suspension du professeur par sa hiérarchie, battage médiatique.
Je
n’ai pas assisté au cours, je ne sais pas quelles étaient les
intentions du collègue, mais je remarque la réaction des
familles (de toutes les familles ?), et celle de la hiérarchie,
éberluées par l’énormité de la chose. Faire écrire sur un sujet pareil. A
leur âge. Vous vous rendez compte ? Un réflexe
de protection, quoi.
Je
n’ai pas assisté aux cours, je ne sais pas quelles étaient les
intentions du collègue, je n’approuve pas la formulation de
l’intitulé à la deuxième personne, mais je me dis qu’écrire, quand
même, c’est une mise à distance. Dire, c’est souvent une manière de
faire – sans le faire. Surtout dire dans le silence de
l’écriture.
Des
suicides, j’en ai connu ; comme tout le monde au bout d’un certain
temps, j’imagine. Trop. A chaque fois, j’ai eu
l’impression que ça s’était joué à peu de choses, qu’il aurait
sûrement pu en être autrement, que ce n’était pas une fatalité. A chaque
fois aussi, j’ai eu l’impression a posteriori que c’était
accompagné d’un grand silence : que quelque chose n’avait pas réussi
à être dit.
La dernière fois, c’était un élève de 3e ;
gentil, intelligent, un peu trop réservé. C’est le souvenir que je
garde de lui. Il ne se résumait sûrement pas à ces quelques mots.
J’aurais peut-être dû donner un sujet de rédaction sur le suicide, je
n’en saurai jamais rien.
dimanche 14 octobre 2012
Parfois le temps passe et c’est bien.
Dans une autre vie car elles sont nombreuses et peut-être innombrables je suis aussi professeur. Ce métier-là procure parfois
dans l’instant de réels plaisirs – et parfois aussi longtemps après.
Hier je suis allé assister à la projection de trois courts-métrages,
enfin deux courts-métrages et l’alléchant teaser d’un
long, déjà réalisé, très à hauteur d’homme, une proximité vibrante
qui sait ne pas tout dire, un joli sens du décalage aussi. Et voilà que
l’un des deux auteurs, Cyril Guei, c’est mon petit
(façon de parler, hein) Cyril de 3e3 qui déjà ne rêvait que de
planches à l’époque (déjà lointaine, et comme je ne lui enseignais pas
les mathématiques je ne compterai pas non plus les années) et
tremblait de trac pour moi lorsque avec quelques-uns de ses amis
(salut Nadir !) ils étaient gentiment venus voir leur prof en Tartuffe –
que je leur faisais étudier en classe ; car à
Nanterre dans ces années 90 les professeurs ne manquaient pas
d’ambition – et à l’évidence les élèves non plus.
Voilà, il y a des moments comme ça dans la vie où l’on est fier alors qu’on n’y est pour rien. Mais il faut le dire quand
même : tous mes vœux à Cyril Guei et à son complice Roda Show.
jeudi 15 décembre 2011
un soupçon d’exigence
« Nous posons qu’il n’y a pas de littérature exigeante », lis-je tout à
l’heure chez Marie Cosnay.
Posons cela en effet. Moi qui me suis pendant longtemps considéré, qui
me considère encore comme un tempérament de dilettante,
voici qu’avec les années je me vois de plus en plus souvent
soupçonné d’exigence, et cela dans les deux activités que j’exerce.
Souvent c’est plutôt un compliment, parfois un gentil reproche. Je
serais, semble-t-il, un professeur exigeant. De la même manière que je serais – vous ne me ferez pas quitter le conditionnel – un écrivain
exigeant. Je n’y crois
pas une seconde. Mon exigence très relative de professeur, ce n’est que
l’estime accordée a priori à tous les élèves parce que
sans ce préalable on ne va pas bien loin. Quant à celle de
l’écrivain, je me souviens qu’on m’en a parlé dès la publication de mon
premier roman, alors que précisément j’avais pris soin d’écrire
pour l’occasion quelque chose de facile à lire et de drôle (c’est
d’ailleurs pour ça que la publication en a été si facile), assez éloigné
en réalité de mes exigences affirmées de l’époque – qui
n’ont au fond jamais vraiment eu d’existence que dans mes
intentions. Non, je n’exige rien, et reste convaincu que la lecture de
mes livres, comme celle de beaucoup d’auteurs que j’aime, est
accessible à qui en a envie. En revanche et dans un autre sens, que
la littérature ait pour moi des exigences, je le sens terriblement – au
moment d’écrire.
Commentaires
Nous, nous déposons la littérature exigeante. (c'est déjà plus autoritaire) et nous exigeons la littérature pausante. (Paf!)
Ah non, vous ne ferez pas de moi un poseur. (Mais un pauseur, après tout...)
Réponse de
PhA
le 16/12/2011 à 20h05
Continuez ! C'est impératif, c'est mon axigence de lectrice. (Je ne
pouvais plus déposer de commentaire, overblog m'a rétablie dans mes
droits, je vais me gêner !)
Commentaire n°2
posté par
Françoise Granger
le 16/12/2011 à 11h23
J'aime ces impératifs. (Mais qu'aviez-vous donc fait à ce malheureux Overblog pour qu'il vous censure ainsi ?)
Réponse de
PhA
le 16/12/2011 à 20h06
Manquerai-je d'exigence pour avoir adoré Par temps clair?
La clarté de l'écriture n'empêche pas l'exigence de l'écrivain.
La clarté de l'écriture n'empêche pas l'exigence de l'écrivain.
Commentaire n°4
posté par
Ambre
le 16/12/2011 à 15h00
Ah mais l'exigence du lecteur (ou de la lectrice), j'y tiens !
Réponse de
PhA
le 16/12/2011 à 20h53
Zut j'ai appuyé sur "envoyer" au lieu d'appuer sur ma barre d'espacement (0_0).
Je voulais rajouter qu'il était évident que vous êtes un écrivain exigeant, sinon je ne vous lirais pas. On ne m'appelle pas Modeste:)
Je voulais rajouter qu'il était évident que vous êtes un écrivain exigeant, sinon je ne vous lirais pas. On ne m'appelle pas Modeste:)
Commentaire n°5
posté par
Ambre
le 16/12/2011 à 15h02
Souvent j'ai l'impression que c'est l'écriture qui exige de moi quelque chose, comme si j'étais plus "exigé" qu'exigeant.
Réponse de
PhA
le 16/12/2011 à 20h55
Ah ah ah! d'appuYer.
(faudrait que je sois plus exigeante à la relecture...)
(faudrait que je sois plus exigeante à la relecture...)
Commentaire n°6
posté par
Ambre
le 16/12/2011 à 15h03
L'exigence ne peut être qu'intérieure - comme certaine cicatrice - quoi que l'on fasse.
Ensuite, le reste est sans doute superficiel, mais peut se voir : comme une cicatrice aussi, plus apparente alors.
Ensuite, le reste est sans doute superficiel, mais peut se voir : comme une cicatrice aussi, plus apparente alors.
Commentaire n°7
posté par
Dominique Hasselmann
le 16/12/2011 à 16h03
Ce qui me pousse remonte de si loin que je ne vois plus d'où - et c'est sans doute aussi bien.
Réponse de
PhA
le 16/12/2011 à 20h57
Il est amusant de voir comment aujourd'hui on se sert des mots mal à
propos pour insulter. L'exigence nous est jetée à la figure telle une
insulte, oui, alors que c'est une qualité. Il ne
faut pas se défendre d'être exigent sinon c'est faire le lit de la
paresse (employée dans le sens le plus populaire du terme, c'est-à-dire
mal à propos et dans sa négativité), c'est baisser
les bras, abandonner et perdre sa place - il serait dès lors trop
tard pour se plaindre... car l'exigence s'adresse à une niche, dans tous
les secteurs d'activité. Ne pas confondre exigence
et élitisme.
Commentaire n°8
posté par
Pascale
le 16/12/2011 à 17h07
Une insulte, peut-être pas ; mais un doux reproche pour faire passer une pilule un peu amère.
Réponse de
PhA
le 16/12/2011 à 21h01
Tu es bien gentil avec ton "doux reproche"... moi je l'ai souvent
vécu (en tentant de conseiller des livres) comme un méchant et violent
reproche. Je ne le prends pas comme toi par contre,
n'avalant pas une "pilule amère". Car je trouve logique et normal de
ne pas attirer trop de monde sur les chemins de traverse où il faut
être curieux et aventureux, ce n'est
pas facile ni donné à tout le monde. On le sait, dès le départ que
ça va être un pari, que l'on gagne de temps en temps, que l'on perd plus
souvent. Mais le peu de monde qu'on a su parfois
accrocher est une belle récompense en soi.
Commentaire n°9
posté par
Pascale
le 16/12/2011 à 22h22
C'est vrai, je l'avoue : je suis gentil.
Réponse de
PhA
le 17/12/2011 à 14h57
Aîe, attention, être gentil n'a pas bonne presse non plus. Dit sur un certain ton, ça peut signifier "être un peur attardé".
Ne pas confondre l'exigence faite à soi-même et ce qu'on exige, dans la violence, des autres
Ne pas confondre l'exigence faite à soi-même et ce qu'on exige, dans la violence, des autres
Commentaire n°10
posté par
Zoë Lucider
le 17/12/2011 à 20h08
Hé ! Je sais bien ! Le problème c'est que Philippe est gentil.
Réponse de
PhA
le 17/12/2011 à 20h47
Tout à fait Zoé, et même sans violence. Certains ne sont pas
exigents, d'autres le sont, autrement que soi. Il ne faut donc pas être
amer, ça ne change rien.
Commentaire n°11
posté par
Pascale
le 18/12/2011 à 09h49
vendredi 13 mai 2011
Je valide le socle de compétences.
Ça
veut dire que je colle des pastilles de couleur (rouge orange jaune
vert clair vert) à mes élèves, en face d’items formulés comme
ci-dessous :
« Adapter son mode de lecture à la nature du texte proposé et à l’objectif poursuivi. »
« Formuler clairement un propos simple. »
Honnêtement, on ne peut pas dire que ça ne veuille rien dire. Ça veut plutôt à peu près tout dire. Dans cet à peu près tout, il
va falloir que je choisisse une signification précise. Je suis bien embêté.
Si
j’ai bien compris (mais ça n’est pas certain, que ceux qui ont des
lumières sur la question n’hésitent pas à les partager),
une fois la compétence acquise, elle est acquise ; pas besoin d’y
revenir quand l’élève change de classe. C’est vrai : une compétence
acquise dès la 6e, il n’y a pas de raison qu’elle
se retrouve seulement en voie d’acquisition en 3e.
Par exemple, un élève de 6e qui sait « repérer les informations à partir des éléments explicites et des éléments implicites
nécessaires » dans un extrait de Cendrillon saura forcément, une fois arrivé en 3e, faire la même chose sur un passage des Confessions. La compétence, c’est quelque chose
d’absolu. Allez hop, pastille. En aucun cas ça ne saurait être relatif. Pourquoi donc suis-je pris d’un doute ?
Commentaires
Aucun doute à avoir... on doit une confiance aveugle à nos maîtres
qui savent ce qui est bon pour nous. Bien juchés qu'ils sont sur leur
socle d'incompétence.
Commentaire n°1
posté par
Thibault Balahy
le 13/05/2011 à 08h12
Prosternons-nous devant notre grand gourou.
Réponse de
PhA
le 13/05/2011 à 11h09
Luc-Marie Chatel a, semble-t-il, oublié d'enlever sa "pastille" à fond de teint sur le visage.
Il est vrai qu'après douze ans passés chez L'Oréal ce "déconneur" a fini par montrer, une fois nommé dans le gouvernement sous la houlette du principal Sarkozy, l'étendue de ses capacités dans le domaine éducatif : les élèves sont devenus des "clients", les profs des "prescripteurs" et l'institution démocratique un hypermarché de la connaissance standardisée, où seule une certaine carte de fidélité (de marque UMP) permet de franchir rapidement les caisses.
La prise de la pastille est à envisager derechef.
Il est vrai qu'après douze ans passés chez L'Oréal ce "déconneur" a fini par montrer, une fois nommé dans le gouvernement sous la houlette du principal Sarkozy, l'étendue de ses capacités dans le domaine éducatif : les élèves sont devenus des "clients", les profs des "prescripteurs" et l'institution démocratique un hypermarché de la connaissance standardisée, où seule une certaine carte de fidélité (de marque UMP) permet de franchir rapidement les caisses.
La prise de la pastille est à envisager derechef.
Commentaire n°2
posté par
Dominique Hasselmann
le 13/05/2011 à 08h37
C'est vrai que depuis qu'il est là, qu'est-ce qu'on se marre !
Réponse de
PhA
le 13/05/2011 à 11h10
"Formuler clairement un propos simple" : ah, oui, c'est
fondamental... le caractère même de la simplicité inhérente au propos
exige précisément une formulation qui ne saurait
s'épuiser en tant que formulation claire du simple propos (à distinguer radicalement du propos simple,
nous y reviendrons). Entendons-nous bien, il ne s'agit pas
de réduire a priori une intention qui, dans un premier temps, n'a
pas su trouver, en toute probabilité, une forme d'explicitation que l'on
pourrait qualifier de spontanée. Or,
précisément...
Commentaire n°3
posté par
Gilbert Pinna
le 13/05/2011 à 08h53
Voyons voir, Pinna Gilbert, "Formuler clairement un propos simple"... :
Réponse de
PhA
le 13/05/2011 à 11h12
Je mets touffe! Vous n'auriez pas aussi une pastille pour la toux?
Commentaire n°4
posté par
Denis Montebello
le 13/05/2011 à 10h46
Une Valda, bien sûr ? Elles sont vertes !
Réponse de
PhA
le 13/05/2011 à 11h08
Validée la valda!
Commentaire n°5
posté par
Denis Montebello
le 13/05/2011 à 11h15
Réponse de
PhA
le 13/05/2011 à 11h58
Je peux t'aider à valider ?
Commentaire n°6
posté par
Moons
le 13/05/2011 à 12h17
Et en plus ce sont des pastilles numériques...
Réponse de
PhA
le 13/05/2011 à 13h13
non, ce qui est étrange dans cette histoire, c'est le passage de Cendrilon aux Confessions... de Rousseau? oh la pauvre!
Mais si, rappelez-vous : dans les Confessions Cendrillon
s'appelle Marion et Jean-Jacques l'accuse du vol du ruban qu'il voulait
lui offrir. (Grâce à vous je vais mélanger tous mes cours
!)
Réponse de
PhA
le 13/05/2011 à 13h16
de toute façon tout est clair dans les confessions, non? c'est le but du texte! la transparence.
Tiens, est-ce que Le Ministre devrait lire Rousseau? (au moins pour la politique, ça ne lui ferait pas de mal...)
Tiens, est-ce que Le Ministre devrait lire Rousseau? (au moins pour la politique, ça ne lui ferait pas de mal...)
Précisément, j'ai choisi cet exemple précisément parce que j'ai
l'intention d'en étudier quelques extraits avec mes élèves, afin que
précisément ils apprennent à ne pas toujours prendre la
transparence au sens propre.
Réponse de
PhA
le 13/05/2011 à 13h19
En tout cas, j'aime beaucoup vos petits hublots colorés.
Commentaire n°9
posté par
David Marsac
le 13/05/2011 à 21h02
N'insistez pas, David, c'est le week-end : vous n'aurez pas de pastille !
Le week-end, c'est réservé, par exemple, à la présentation demain soir d'Isabelle, à m'en disloquer, de Christophe Esnault, à la librairie l'Esperluète à Chartres, qu'on se le dise ; et à demain !
Le week-end, c'est réservé, par exemple, à la présentation demain soir d'Isabelle, à m'en disloquer, de Christophe Esnault, à la librairie l'Esperluète à Chartres, qu'on se le dise ; et à demain !
Réponse de
PhA
le 13/05/2011 à 22h59
Et quand valide-t-on le socle d'incompétence du ministre ?
J'ai peur hélas qu'il n'y ait rien de prévu avant 2012.
Réponse de
PhA
le 14/05/2011 à 08h35
"Formuler clairement un propos simple". Ce matin j'ai
failli avaler de travers (et je n'avais pas de pastille valda:)) en
écoutant Finkielkraut. Il a prononcé une phrase absolument
incompréhensible (j'aurai dû la noter) et d'une emphase sans nom!
Vous ne pourriez pas lui donner des cours particuliers (0_0)... de
simplicité, sans pour autant être primaire:)?
Commentaire n°11
posté par
Ambre
le 14/05/2011 à 10h41
Hélas, je ne me trouve pas moi-même toujours assez simple. Ou clair. Ou simple. Ohlala que c'est compliqué !
Réponse de
PhA
le 14/05/2011 à 14h34
Moi, en 6, 5, 4, je me contente d'évaluer. Validation en troisième.
Vert pour tout le monde. J'aime les emmener en voyage, on dicute, on
échange, on parle des empereurs et des constitutions, mais
savoir s'il savent lever le pied gauche ou le pied droit ne
m'intéresse pas. Mais alors pas du tout, tu vois...
Y a-t-il des convaincus ? (Je ne valide qu'en 3e aussi - c'est déjà trop.)
Réponse de
PhA
le 21/05/2011 à 07h01
vendredi 1 avril 2011
une heure de cours dans la journée
Voilà, la semaine est terminée (je parle de la semaine de cours, car après tout « il existe d’autres moyens de gagner sa
vie, même pour les écrivains » – je suis toujours dans Moo Pak, dont je reparlerai).
Mardi, j’ai trouvé l’attention de ma classe de 5e
bien flottante. Pourtant, de 10h30 à 11h30, ce n’est pas un créneau
si difficile. Mais oui ! j’oubliais : le mardi, tous les quinze
jours, ils n’ont que cette malheureuse heure de français dans toute la
journée ; résultat de l’application des
horaires planchers et des professeurs non remplacés – faute de
remplaçants, tout simplement.
Ceux qui pourraient y faire quelque chose ne se sentent guère concernés : leurs enfants n’ont jamais mis les pieds dans une
école publique. (Rappelons toutefois que c’est quand même nos impôts qui paient les enseignants du privé.)
J’aurais dû mettre bien d’autres portraits, notamment celui du ministre du budget, puisque c’est dans ce ministère que se décide
l’essentiel des réformes de l’Education Nationale ; mais j’ai été retenu par l’embarras du choix.
Commentaires
Ce ministre du Budget, petit chiraquien à la voix de contrebasse, et
qui après avoir dit que les débats sur la laïcité et l'islam devaient
"cesser" a déclaré qu'on l'avait mal compris.
Ce Baroin tête à claques, ancien journaliste d'Europe 1, qui s'y connaît aussi bien en prévisions budgétaires que son mentor (je parle de Fillon) en coûts comparés du TGV et de l'avion de l'Etec pour aller le week-end dans son manoir sarthois...
Ces gens qui nous font la leçon tous les jours, mais un jour, on va enfin se décider à fiche à bas leurs portraits, comme du temps de Ceaucescu ?
Nos littérateurs en ronds-de-jambe et audimats incorporés devraient quand même leur lancer quelques boulets rouges, en guise d'avertissement !
Ce Baroin tête à claques, ancien journaliste d'Europe 1, qui s'y connaît aussi bien en prévisions budgétaires que son mentor (je parle de Fillon) en coûts comparés du TGV et de l'avion de l'Etec pour aller le week-end dans son manoir sarthois...
Ces gens qui nous font la leçon tous les jours, mais un jour, on va enfin se décider à fiche à bas leurs portraits, comme du temps de Ceaucescu ?
Nos littérateurs en ronds-de-jambe et audimats incorporés devraient quand même leur lancer quelques boulets rouges, en guise d'avertissement !
Commentaire n°1
posté par
Dominique Hasselmann
le 01/04/2011 à 21h27
En matière de ministres du budget aussi, j'avais l'embarras du choix.
Réponse de
PhA
le 03/04/2011 à 10h16
Ouais, y en a qui on les deux pieds dans le même sabot.
Commentaire n°2
posté par
Moons
le 01/04/2011 à 22h21
Tendons une cordelette invisible sur leur passage.
Réponse de
PhA
le 03/04/2011 à 10h17
C'est bizarre, le Prez avec sa main levée, on dirait qu'il va nous en flanquer une.
Mais non, c'est un salut cordial et chaleureux. Il nous aime.
Réponse de
PhA
le 03/04/2011 à 10h18
Zoë : il veut peut-être baffer les 2 autres ?
Commentaire n°4
posté par
Moons
le 02/04/2011 à 22h23
ça...
Réponse de
PhA
le 03/04/2011 à 10h18
retenu par l('embarras du choix ou pour la compassion envers vos lecteurs!
J'ajoute seulement "du privé sous contrat" - car en soi qu'il y ait d'autres manières d'enseigner qui existent indépendamment de l'Etat ne me paraît pas indécent.
J'ajoute seulement "du privé sous contrat" - car en soi qu'il y ait d'autres manières d'enseigner qui existent indépendamment de l'Etat ne me paraît pas indécent.
Bien sûr, le privé sous contrat. Que le privé soit privé ne me gêne
pas un instant. Je voulais juste rappeler cette bizarrerie souvent
ignorée, et par ailleurs pointer le fait que nos élus
n'étant pas un instant de leur vie concernés par l'Education
Nationale, on peut comprendre qu'ils la considèrent comme une charge
inutile.
Réponse de
PhA
le 03/04/2011 à 10h24
Commentaire n°6
posté par
Dominique Hasselmann
le 03/04/2011 à 10h25
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Feuilles vivantes, feuilles mortes : les cours de récré voient leurs marées se succéder, tandis que les gardiens de phares changent moins souvent. Il paraît que la profession est en perdition : un chatel remplace, ici et là, une tour.
Votre sacerdoce assassiné, vos illusions perdues comme autant de feuilles mortes pourrissantes, vous pourrez alors vous consacrer à vos liquidités et autres hublotages, sous statut d'auto-entrepreneurs.
(petite par contre, j'étais devant car on nous classait par ordre alphabétique et j'aimais, puis ça m'a vite passé).