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mercredi 15 septembre 2021

Mon quotidien fantastique

Anecdote vécue (ce matin à 8h30). Je vais chercher mes élèves dans la cour (une classe de sixième). On se dit bonjour ; un garçon, dans le rang, me félicite sur ma veste – je le trouve un peu familier, d’autant plus que la rentrée est encore toute proche : à surveiller. Mais surtout : son visage ne me dit rien du tout. Un nouveau ? (C’est peut-être pour ça aussi, et même d’autant plus, que je le trouve trop familier.) Ou bien un petit rigolo qui s’amuse à se ranger avec ses copains d’une autre classe ? À surveiller décidément. Je lui demande s’il vient d’arriver, il me répond non non – le fait est qu’il ne doit pas comprendre. On arrive en cours, je vais profiter de l’appel pour me souvenir de son nom. Arrivé à la fin de l’appel, je ne l’ai pas repéré : il a dû rejoindre sa vraie classe – mais j’ai peut-être mal regardé. Ou bien il est retourné à l’intérieur de mon imagination, ça arrive souvent. Et puis, finalement, au fond à droite, mais oui, c’est lui ; bien sûr que c’est lui. Attitude parfaitement correcte, bonne participation : je le remets très bien. Dans la cour, il était méconnaissable : il n’avait pas son masque.



vendredi 30 juin 2017

mais qui m'a breveté ça ?

En jetant un premier coup d’œil sur le sujet de français du brevet je me dis que l'antistructuralisme en vogue depuis une dizaine d'années est à peu près aussi intelligent que son contraire mal digéré des décennies précédentes.

jeudi 4 février 2016

Simplifions-nous la vie en réformant l'orthographe, ce sera plus simple.

La réforme de l'orthographe, vieux marronnier des cours d'école, est le nouveau sujet à la mode. Allons-y donc.
L'orthographe française présente des aberrations. L'autre jour, Ulysse brandissant devant mes élèves de sixième son épée aiguë, j'avais bien du mal à défendre le tréma sur un e qui n'est jamais que la marque du féminin. Personnellement je trouve qu'il irait mieux au u, je le reconnais volontiers.
Par ailleurs, l'orthographe est un facteur de discrimination sociale. C'est vrai. Il faut réformer ça. On va donc autoriser de nouvelles orthographes, sans bien sûr interdire les anciennes, heureusement. Il y a encore des élèves qui écrivent événement, je me vois mal les pénaliser. On va donc organiser la coexistence de deux orthographes. Une sorte de vivre-ensemble orthographique, quoi. Il y aura l'orthographe des lettrés anciens, et l'orthographe des plus ou moins lettrés modernes. On aura soin de choisir soigneusement entre le nénuphar et le nénufar selon la personne à qui on l'offre. Le choix même de l'orthographe d'un mot aura désormais un sens. Qui sait, peut-être même un sens politique. Il faudra enseigner tout ça aux jeunes générations. C'est sûr que ça va nous simplifier le travail.
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vendredi 26 juin 2015

les incompétences du SIEC

Je serai quand même bientôt tout à fait mort enfin.


Oui, je rouvre Malone meurt mais là c'est surtout que je corrige le brevet et que j'apprécie à sa juste valeur l'organisation de sa correction par le SIEC, le service incompétent de l'éducation pour la correction des examens. Même que j'y retourne lundi, corriger. Une première dans le genre.



vendredi 8 mai 2015

Thérèse Raquin en Livre de Poche : mauvaises notes



Quant aux « classiques », comme on appelle un peu vite ces livres dont le succès semble résister au temps, il n’y a plus guère que dans les classes qu’on les lit encore, à en croire les éditeurs – c’est ce que je me dis en sortant d’un Thérèse Raquin chez Le Livre de Poche, collection Les Classiques de Poche (c’est écrit dessus) ; édition que je ne conseillerai pas au lecteur qui, n’ayant pas encore lu Thérèse Raquin, serait tenté de l’y découvrir. Les notes y sont nombreuses, on vous y explique par exemple le sens d’« impudence » ou d’« implacable ». Bon. Mais faut-il vraiment que, sous prétexte que l’édition s’adresse à des élèves (ce qu’elle pouvait faire en l’annonçant plus clairement en couverture), faut-il absolument priver ces jeunes gens du plaisir de découvrir l’histoire par eux-mêmes ? Les deux événements majeurs du récit (disons : le dénouement de la première moitié et le dénouement final) sont carrément annoncés, sans la moindre précaution, dans les notes. Histoire de bien rappeler à nos jeunes lecteurs que s’ils lisent, c’est parce que l’école les y oblige ; pas du tout parce qu’ils pourraient trouver, pourquoi pas, du plaisir à cette lecture. Spoiler, comme on dit aujourd’hui. Gâcheur, en français, c’est parlant aussi. En revanche, alors que tout du long de Thérèse Raquin court la métaphore obsessionnelle de l’enterré vivant – c’est tout le drame de Thérèse –, même lorsque, concernant un autre personnage, on tombe sur cette phrase :
« Ses sensations ressemblaient à celles d’un homme tombé en léthargie qu’on enterrerait et qui, bâillonné par les liens de sa chair, entendrait sur sa tête le bruit sourd des pelletées de sable. »
jamais n’est fait le rapprochement avec la Mort d’Olivier Bécaille, cette nouvelle de Zola où l’enterré vivant n’est pas là simplement à titre métaphorique. Et pourtant, pour rester en pédagogie de la littérature, c’est une nouvelle très accessible au jeune élève qui serait curieux de prolonger sa découverte de Zola.


Allez, une petite image de Walking Dead en illustration parce que les amateurs de cette série savent particulièrement bien ce que Spoiler veut dire et que des morts qui marchent c’est un peu la même chose que des enterrés vivants, sauf que c’est exactement le contraire – quoi.

dimanche 1 mars 2015

Qui est Jérémie Lefebvre ?

J'avoue que je n'en sais rien. Le bonhomme pourtant mérite l'attention, qui se fend sur le site de Libération d'un article intitulé le premier jour de sixième et où je peux lire :
"A partir de maintenant il n’a plus de classe, donc plus de bureau, il est invité à transporter le contenu de ses tiroirs jusqu’à la scoliose. En guise de maître ou de maîtresse, on lui attribue une dizaine de professeurs nerveusement détruits. Parmi eux, un tiers aime les élèves dans la désolation, un tiers s’en fout, un tiers les déteste ouvertement. Aucun d’entre eux n’a reçu la moindre formation à l’art d’enseigner."
"On étudie Eugénie Grandet en quatrième. L’élève de treize ans le mieux disposé du monde retiendra de l’œuvre «descriptions trop chiantes, histoire trop pourrie», et si Balzac ne l’a pas écœuré à jamais des lettres, Racine s’en chargera l’année prochaine avec Athalie."
"Les programmes d’Histoire sont dispensés par tranches de dates et de définitions sans lien entre elles : encorbellement, assignats, génocide, 5 mai 1789, 23 août 1572, 18 brumaire an VIII, à savoir par cœur et à oublier juste après l’interro."
"Les langues vivantes sont enseignées comme si elles étaient mortes."
J'en passe et des meilleures, comme dirait sûrement Jérémie qui, vous l'aurez compris, n'est pas à un cliché près, même si celui-ci n'a strictement plus rien à voir avec la réalité depuis des lustres. Le plus drôle, au terme de ces jérémiades stéréotypées, c'est quand même la signature de l'article : "Jérémie Lefebvre, écrivain auteur-compositeur." Je ne pense pas au prénom, le calembour facile que je découvre avec vous ci-dessus est involontaire, promis, mais à la nécessaire mention "écrivain auteur-compositeur", laquelle à mes yeux supposerait davantage d'honnêteté intellectuelle (par exemple se renseigner) et surtout une certaine originalité dans la pensée. Reconnaissons toutefois à Jérémie Lefebvre le talent de choisir des sujets fédérateurs : nul doute que notre prophète aura ses adeptes.
Je m'arrête ici, non que je nie en bloc les difficultés diverses que peuvent rencontrer les élèves de 6e et les inquiétudes légitimes de leurs parents (j'ai été les deux), mais parce que justement demain c'est la rentrée et que j'ai encore un peu de travail, pour non pour aplanir ces difficultés mais pour aider mes élèves à les surmonter.
(Et pour changer de mon identité habituelle, je vais signer "Un professeur principal de 6e, tiens.)







vendredi 27 juin 2014

la grammaire au brevet 2014, un divorce confirmé

J’annonçais il y a un an jour pour jour le divorce officiel entre la grammaire et l’épreuve de français du brevet, c’est une affaire confirmée. Le texte de Charlotte Delbo (saluons quand même l’effort notable pour sortir un peu des sentiers battus – non sans regretter l’absence d’un vrai paratexte introductif qui aurait permis d’éviter quelques hors sujet en rédaction) n’a inspiré aux concepteurs encore une fois qu’une seule et malheureuse question de grammaire : la 5b (il y en avait 8) :
« J’avais toujours pensé que nous tomberions ensemble », identifiez le temps du verbe tomber et justifiez son emploi.
Le conditionnel présent (réponse attendue mais on admettra aussi la seule mention du conditionnel sans précision supplémentaire) est en effet un temps de l’indicatif, ça ne fait aucun doute à mes yeux mais force est de constater que beaucoup de mes collègues le présentent encore comme un mode, j’espère que ça n’aura pas troublé les plus sérieux de nos élèves (car celui qui aura juste répondu « présent » en considérant qu’on ne lui demandait pas le mode n’aura pas le demi-point).
Le demi-point suivant portait donc sur l’interprétation de ce conditionnel – et bien sûr c’est là que les choses deviennent intéressantes : quand la question de grammaire est au service de l’interprétation. « J’avais toujours pensé que nous tomberions ensemble », avec cette subordination à une principale au plus-que-parfait, aucun doute possible, le conditionnel a valeur de futur dans le passé. Bravo. Sauf que. Sauf que la phrase reproduite dans la question est tronquée, Charlotte Delbo a écrit : « J’avais toujours pensé que nous tomberions ensemble, si nous tombions. » Cette hypothétique finale évidemment change la donne. On est dans le cas, tout à fait passionnant à condition d’être loin du collège, d’une syllepse des valeurs temporelle et modale du conditionnel : le système hypothétique justifie le conditionnel aussi bien que la concordance des temps. Passionnant, non ? Entre d’autres termes, le candidat qui parle d’hypothèse mérite autant son demi-point que son camarade qui a reconnu un futur du passé. Et voilà comment la question de grammaire est annulée – sauf à savoir reconnaître un conditionnel par sa terminaison.
Concernant l’évaluation de la maîtrise des outils de la langue, comme on dit aujourd’hui, ce sera tout. Vous me direz qu’il y a la réécriture, remplacer une deuxième personne du singulier par une troisième du pluriel : « Je sais que tu es brave, je sais que tu sauras vivre sans moi. Il faut que tu vives, toi. » Je ne commenterai pas la longueur de l’exercice (4 points quand même, 0,5 par changement correct effectué), mais faites-le, observez le résultat. L’intérêt ne me paraît pas évident. (J’ai la faiblesse de penser que la réécriture est un exercice d’orthographe qui doit faire sens, qui doit faire réfléchir à la forme choisie par l’auteur. D’accord, ce n’est pas toujours facile à trouver.)
Il nous reste la dictée. C’est un peu comme l’an dernier : il faut montrer qu’on est exigeant sur l’orthographe. Du coup on a encore un texte difficile. Piégeux, même. Bien trop, à mon avis. Mais comme il faut bien que les élèves réussissent, on va faire des tolérances. Le candidat qui aura écrit  « Toutes confidences, tous contacts exigent un déplacement. Et il y a les distributions d’armes, de journaux, de postes émetteurs, de matériels de sabotages. Ce qui explique la nécessité d’une armée d’agents de liaisons qui tourne à travers la France comme des chevaux de manèges » aura la même note que celui qui aura procédé à des accords moins étonnants. Dans des cas pareils, si on ne veut pas pénaliser la majorité des candidats, qu’au moins on bonifie ceux qui pratiquent les accords les plus conformes au sens du texte.
Enfin, tout ça ne concerne que les élèves qui ne sont pas officiellement reconnus comme dyslexiques. Car ceux-là, à moins de souffrir d’une dysorthographie profonde, n’ont pas grand-chose à craindre de leur dictée à choix multiple. Sur un paquet de 39 copies, les deux dyslexiques avérés ont obtenu respectivement 6 sur 6 et 5,5 sur 6. Il y avait sans doute bien d’autres candidats dont les difficultés spécifiques auraient justifié au minimum le même traitement, mais certaines familles n’ont pas forcément conscience de la nécessité d’une prise en charge, et d’autres préfèrent aider leurs enfants à surmonter les difficultés plutôt que de les aplatir devant eux.

jeudi 26 juin 2014

les élèves aussi se ramassent à la pelle


 
La pelle, c’est comme ça qu’aujourd’hui on devrait appeler l’appel. L’appel, c’est cette possibilité donnée aux familles de recourir à une instance extérieure au collège (ou au lycée) lorsque l’avis du conseil de classe ne correspond pas avec leur souhait. Ça devrait concerner des cas limites, cas de conscience comme il y en a tant d’élèves aux résultats tout justes pour lesquels forcément on s’inquiète. Aujourd’hui ça ne les concerne plus guère, ceux-là on leur souhaite juste bonne chance, il y en aura pour savoir la saisir. Aujourd’hui l’appel, en fin de 3e, ça concerne plutôt des élèves dont les moyennes tournent entre 5 et 8 sur 20 en français, maths, anglais, histoire-géo… ; dont les parents n’imaginent rien d’autre que le passage au sacro-saint lycée, où ils envoient leurs chérubins se ramasser ; on en a mal au cœur pour eux. Il faut dire qu’au prix de revient d’un redoublement – depuis que l’orientation vers une voie professionnelle est devenue un gros mot –, la commission d’appel est une source non négligeable d’économie. Alors on se console en se rappelant tel autre, parti en BEP après une 3e techno alors que le conseil de classe accordait le lycée général, dont on a appris des années plus tard qu’il terminait avec succès son école d’ingénieur ; pourtant ce n’était pas gagné, grand dyslexique, mais on se souvient, ah mais oui : celui-là il travaillait vraiment dur.
(Encore un billet sans grand rapport avec la littérature – mais en cette saison j’ai du mal à faire comme si je n’étais pas aussi professeur.)

Commentaires

Comment il s'appelait, déjà, le petit Chose ?
Feuilles vivantes, feuilles mortes : les cours de récré voient leurs marées se succéder, tandis que les gardiens de phares changent moins souvent. Il paraît que la profession est en perdition : un chatel remplace, ici et là, une tour.
Commentaire n°1 posté par Dominique Hasselmann le 26/06/2010 à 09h30
Mais Chose, bien sûr ! Chose coûte de l'argent à l'Etat ; on ne va pas le traîner trop longtemps à l'école. Qu'il aille donc vite à l'Université, il y coûtera beaucoup moins cher (et une fois là, ses échecs successifs retarderont d'autant son entrée dans les statistiques du chômage ; c'est tout bénef).
Réponse de PhA le 26/06/2010 à 19h36
Nous avions un professeur, à l'époque, qui nous répétait à l'envie : "L'agriculture a besoin de bras!". Je rectifierais aujourd'hui, puisque vous parlez de "petits" chrétiens : "L'Eglise a besoin de prêtres!" Non, mais sérieusement... qu'attendez-vous? Le latin n'est plus nécessaire! :)
Commentaire n°2 posté par Depluloin le 26/06/2010 à 10h32
Ce que j'attends ? Voyons voir... La retraite ? Non, je n'y compte guère. Les vacances, tiens ; je ne cracherais pas dessus ! (Bon, faudra quand même que j'emporte un peu du programme de 5e à potasser ; puisque je vais me retrouver avec trois niveaux, comme à mes débuts...)
Réponse de PhA le 26/06/2010 à 19h40
En général, sous les feuilles, se nourrit le terreau. Salutaire décomposition végétale, abrupt mensonge social ?
Commentaire n°3 posté par Gilbert Pinna, le blog graphique le 26/06/2010 à 13h45
Hélas, j'imagine celles-ci à même le bitume.
Réponse de PhA le 26/06/2010 à 20h38
Patience, Philippe, patience... La Multinationale façonne déjà les programmes de certaines filières - et ses futurs petits soldats dans le même temps -, bientôt Elle aura un système scolaire intégré, de la crèche (pratique pour les executives mothers) à l'embauche. La Multinationale puisera ainsi en son sein ses compétences (oh ! l'honni mot !), du standardiste au comptable (important, ça le comptable !), du manutentionnaire au publicitaire (essentiel, ça, le publicitaire).
Votre sacerdoce assassiné, vos illusions perdues comme autant de feuilles mortes pourrissantes, vous pourrez alors vous consacrer à vos liquidités et autres hublotages, sous statut d'auto-entrepreneurs.
Commentaire n°4 posté par r1 (poète et haïkuiste (maudit)) le 26/06/2010 à 20h08
Hélas... (mais je suis indécrottable : je compte bien défendre encore un certain temps l'Education nationale - contre son ministère, entre autres).
Réponse de PhA le 26/06/2010 à 20h41
Il va sans dire que je vous y encourage vivement...
Commentaire n°5 posté par r1 (redevenu lui-même) le 26/06/2010 à 20h45
Eh oui : défendre la littérature, c'est aussi enseigner la lecture !
Réponse de PhA le 26/06/2010 à 21h01
J'ai toujours pensé qu'au lieu d'ouvrir à tire-larigot des ateliers d'écriture on ferait mieux de créer des ateliers de lecture...
Commentaire n°6 posté par Pascale le 26/06/2010 à 23h41
Et on peut aussi faire passer l'un par l'autre.
Réponse de PhA le 27/06/2010 à 09h35
Oui, absolument, je pense qu'on apprend à écrire d'abord en lisant.
Commentaire n°7 posté par Pascale le 27/06/2010 à 09h37
Sans doute (même si je fais partie des quelques originaux qui ont appris à lire en écrivant - mais faites ce que je dis, pas ce que je fais).
Réponse de PhA le 27/06/2010 à 09h41
Et moi des originaux qui lisent plus qu'ils n'écrivent :-).
Commentaire n°8 posté par Pascale le 27/06/2010 à 09h43
J'aurais dit "qui lisent comme ils respirent".
Réponse de PhA le 27/06/2010 à 09h47
C'est en effet ce que l'éditeur de ma nouvelle a mis dans ma vertigineuse biographie (ha ha ha)!
Commentaire n°9 posté par Pascale le 27/06/2010 à 09h50
Ah, tu vois ; et je n'étais pas allé vérifier.
Réponse de PhA le 27/06/2010 à 10h11
Il y a belle lurette que je n'ai posé mon séant sur le banc d'une école mais qu'attend-on pour intéresser d'abord les gamins par des textes qui présenteraient nos grands auteurs sous un jour plus charnel, plus simple, s'amusant avec les mots - même un peu crus? (puisqu'aujourd'hui n'importe qui est un enc....!!) Bon, passez-moi votre ministre!!
Commentaire n°10 posté par Depluloin le 27/06/2010 à 12h27
Il y a bien longtemps qu'on n'attend plus rien, chacun fait comme il le sent (manquerait plus qu'on me dise quoi faire !) (J'aurais bien aimé vous voir sur les bancs de la classe...)
Réponse de PhA le 27/06/2010 à 12h32
@ Philippe : Facile j'étais au fond! ... Quand j'étais là, pas chez le Surgé! :))
Commentaire n°11 posté par Depluloin le 27/06/2010 à 13h33
J'étais à côté de Dominique et on se disputait le radiateur l'hiver !
(petite par contre, j'étais devant car on nous classait par ordre alphabétique et j'aimais, puis ça m'a vite passé).
Commentaire n°12 posté par Pascale le 27/06/2010 à 19h32
Le radiateur ? Toi, j'aurais cru que c'était la fenêtre.
Réponse de PhA le 27/06/2010 à 19h45
Les deux. Je suis une fille du soleil, et l'hiver j'ai toujours froid. Ils installaient TOUJOURS le radiateur sous la fenêtre. Pourquoi ? Je n'ai jamais compris (perte d'énergie) mais ça m'arrangeait : la rêverie au chaud, c'était un luxe - quand je ne dormais pas étudiante, car on se relayait pour prendre les cours au carbone puisqu'on travaillait de nuit pour avoir un pécule. On avait juste le temps de quitter le poste à 7h pour être présente à 8 ! Le cyclo à fond les manettes et chacune notre tour. Quand j'y pense, on en a bavé mais que de bons souvenirs...
Commentaire n°13 posté par Pascale le 27/06/2010 à 19h54
ça va souvent ensemble, il faut croire.
Réponse de PhA le 27/06/2010 à 22h26
je pense à un extrait de Septentrion de Calaferte que je lis souvent à mes élèves en début d'année (où il est question du bonheur de se retirer dans les chiottes de l'usine pour y lire tranquille, le pantalon en boule sur les chevilles), quant au redoublement bien d'accord avec toi...
Commentaire n°14 posté par Juliette Mézenc le 29/06/2010 à 16h13
 

vendredi 10 janvier 2014

Les idées modernes d’Antoine Compagnon

Antoine Compagnon a des idées pour l’école. Accessoirement, il en a aussi sur les femmes : par exemple, concernant le métier d’enseignant,
« la féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser, c’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer pour la magistrature. C’est inéluctable. Un métier ­féminin reste encore souvent un emploi d’appoint dans un couple. L’enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s’occuper de leurs enfants. »
Mes collègues, très majoritairement des femmes en effet, apprécieront. L’une d’elles a d’ailleurs déjà répondu, inutile que j’en rajoute. Ou alors juste un peu, pour le plaisir. Parce que, à la décharge de notre bon Compagnon, il y a quand même bien une relation entre la féminisation de ce métier et son déclassement, qui personnellement m’a toujours paru évidente : le déclassement du travail féminin dans une société encore sexuellement inégalitaire se traduit très logiquement par le déclassement d’un métier quand celui-ci se féminise.
Mais hop, on n’est plus à un petit hysteron-proteron près quand on enseigne au Collège de France.
Allons, ne soyons pas injustes et ne nous focalisons pas sur ce détail somme toute anecdotique : ce n’était pas le sujet de l’interview. Voici que l’on demande à notre professeur de Collège (de France, hein) « Quelles réformes proposez-vous concernant le statut des enseignants, en pleine discussion au ministère ? » C’est qu’il en a, des idées :
« Mais, concernant le collège, qu’y a-t-il de dégradant pour un professeur de français d’enseigner aussi l’histoire ? » Certes, personnellement, le professeur de français de collège que je suis ne verrait rien de dégradant à enseigner l’Histoire. L’Histoire, en revanche, pourrait sans doute trouver à y redire. Un cours sur les champignons, pourquoi pas. Sans blague, je m’y connais mieux que mon pharmacien. Je pourrais aussi, pourquoi pas, donner quelques conseils de natation aux grands débutants. Mais l’Histoire, ma foi, j’ai trop d’estime pour mes collègues d’Histoire pour au pied levé prétendre les remplacer.
Bien sûr, je fais l’imbécile. Il suffirait de former les enseignants pour ça. Ça se fait d’ailleurs dans d’autres pays. Ça se faisait aussi en France, d’ailleurs. On appelait ça les PEGC : professeurs d’enseignement général de collège. En 1969.

jeudi 27 juin 2013

L’épreuve de français du brevet fait ses adieux à la grammaire.

Alors voilà : ce matin c’était l’épreuve de français du DNB (Diplôme National du Brevet) 2013 parce qu’on ne dit plus Brevet des Collèges depuis le Paléocène et BEPC depuis le Jurassique. D’ailleurs cette épreuve a fait peau neuve, nous autres professeurs bien sûr le savions bien mais tout de même, ce sujet-ci est le premier de cette nouvelle mouture.
Dans l’Académie de Versailles, il s’agissait d’un extrait du Soleil des Scorta de Laurent Gaudé qui va bientôt faire concurrence à Maupassant – un extrait du même roman était tombé me semble-t-il en 2006. Mais enfin après tout le texte n’est pas si mal ; vous le trouverez vite sur le Net s’il n’y est déjà, j’ai la flemme de scanner. Bien sûr on pourrait chipoter sur la pertinence de l’emploi d’un subjonctif après « espérer » dans un sujet de brevet : « espérant, dans des rêves étranges, que tout là-bas soit différent » – c’est mon mauvais esprit qui souligne ; en effet les personnages « sont entrés dans la baie de New York », ce qui accessoirement justifie la première question que d’aucuns trouveront peut-être un peu trop géographique : De quel continent s’agit-il ?
Si la géographie fait son entrée discrète dans l’épreuve de français, c’est sans doute pour compenser le départ cette fois-ci officiel de la grammaire. Vous me direz que j’exagère, et vous n’aurez pas tort : il y a quand même une question et demie de grammaire dans ce sujet. Or, une question et demie, c’est carrément le quart du sujet, qui en comporte six – pour plus d’une heure d’épreuve (naguère dans le même temps on en comptait de dix à quinze). Allez, pour le plaisir, je vous les recopie. Alors, question 4 : « Le paquebot se dirigeait lentement vers la petite île d’Ellis Island. La joie de ce jour, don Salvatore, je ne l’oublierai jamais. Nous dansions et criions. » : identifiez les deux temps utilisés et justifiez l’emploi de chacun. Voilà. Justifier l’emploi des temps, c’est souvent intéressant. Ici notamment, celui du futur simple est en relation avec la situation d’énonciation, cette adresse à Don Salvatore… qui ne fait malheureusement l’objet d’aucune autre question ; du coup je me demande bien ce que nos élèves sans aiguillage vont bien pouvoir trouver. Quant à l’emploi de l’imparfait qui l’accompagne, si vous trouvez quelque chose d’intéressant à dire dessus, faites-le moi savoir (car j’ai la faiblesse de penser qu’un sujet doit pousser le candidat à formuler des réponses que lui-même au premier chef trouvera intéressantes). On se rattrapera donc sur la question 5 a : « Miséreux d’Europe au regard affamé. Familles entières ou gamins esseulés. » Quelle remarque grammaticale pouvez-vous faire sur la construction de ces deux phrases ? Avec la b, Quel effet produisent-elles sur le lecteur ?, j’avoue que je n’ai rien à y redire.
Je n’ai rien à redire sauf que c’est tout pour la grammaire. Or vous savez bien qu’après le collège, la grammaire, c’est fini : nos élèves sont supposés la connaître. Comment justifier à leurs yeux la nécessité de l’apprendre s’ils ne sont même plus interrogés dessus au brevet ? D’autant plus que parmi nos élèves les plus méritants, ceux qui ont vraiment du mal en français mais qui s’accrochent parce qu’ils portent en eux le sens de l’effort et le désir de progresser, ces élèves-là trouvaient souvent dans cette approche plus scientifique de la discipline des occasions de réussite d’autant plus productives que le travail personnel et les révisions y étaient particulièrement efficaces.
En limitant les questions à l’interprétation toute littérale du texte, on court le risque d’égarer nos élèves les plus sérieux (sérieux mais pas nécessairement toujours bons lecteurs) tout en confortant les autres dans leur absence de travail : à quoi bon réviser quand on ne sait pas sur quel texte on sera interrogé ? Le message envoyé est clair : les révisions ne servent à rien. Ou plutôt : entraînez-vous donc à la dictée. Parce que la dictée, en revanche (un extrait d’Ellis Island de Georges Perec, assortie d’une recommandation à la noix aux surveillants de salle : noter au tableau le titre et le nom de l’auteur après avoir procédé à la dictée et avant la relecture alors que les mots Ellis Island figurent dans le corps même de la dictée), la dictée, disais-je, est plutôt du genre costaud. On ne s’en tirera qu’en jouant sur le barème et les tolérances (dont heureusement certaines s’imposent). Cette dictée, c’est bien sûr un message pour l’opinion publique : vous voyez, nous restons exigeants sur l’orthographe. Mouais. J’ai un peu de mal avec les généralités sous-jacentes. Sans doute, le niveau général en orthographe baisse. N’empêche, il y a aussi des élèves, très mauvais lecteurs, qui s’en tirent honorablement en orthographe tant que le vocabulaire n’est pas trop complexe, parce qu’ils connaissent quelques règles… de grammaire, et qui se réjouissent quand le prof annonce une dictée (alors que bien sûr d’autres au contraire…).
Bref. L’autre nouveauté, c’est qu’il y a deux sujets de rédaction, dont un d’argumentation. Et ça c’est bien. « Le monde d’aujourd’hui laisse-t-il encore place, selon vous, à un ailleurs qui fasse rêver ? » Comme ce n’est pas à moi d’y répondre je crois que je vais rester ici encore un peu.

dimanche 26 mai 2013

beau comme un socle commun de compétences


Les « socles communs de compétences ». Ça sonne bien, pourtant. C’est beau, vu de l’extérieur. Ça a l’air d’être du solide. On devrait pouvoir bâtir, là-dessus.
Non mais franchement. Quand je pense qu’on a payé des gens pour imaginer un truc pareil. A dégoûter de l’Education Nationale, je vous dis. Je sais bien qu’il existe des boulots encore plus stupides que cette usine à gaz ; mais quand, bien forcé, je me plonge dans celui-ci, j’ai du mal à imaginer ce qu’on pourrait faire de plus inutile encore. Même mon goût pour l’absurde ne m’est d’aucun secours.
Je sais bien que ça ne sert pas à grand-chose de le dire, mais quand même : ça soulage.
http://www.quebecoislibre.org/08/tuyauterie08b.jpg

dimanche 5 mai 2013

un prix d’excellence pour Rachida Dati


Parfois les élus locaux s’essaient à la distribution des prix dans les écoles. Ça sent un peu la troisième République, ça rappelle des souvenirs aux parents, c’est sympathique. Chez nous, par exemple, les enfants ont eu droit à un gros dictionnaire à la sortie du primaire. C’est utile, c’est beau et ça fait un chouette souvenir.
Dans le VIIe arrondissement de Paris aussi, Madame le Maire va encourager de sa présence et d’un beau cadeau littéraire les élèves de 3e et de terminale. Elle va le faire en leur offrant le dernier roman de son écrivain préféré, elle aura ainsi le mérite non seulement d’encourager ces jeunes gens dans leurs études, mais aussi de soutenir la littérature contemporaine, que nos jeunes lecteurs en effet sont en âge de découvrir. Et comme Madame le Maire n’est autre que Rachida Dati, elle leur a choisi Un sentiment plus fort que la peur, le dernier roman de Marc Lévy.
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dimanche 17 février 2013

des traces de l’école dans la représentation de la littérature


A propos de la représentation de la littérature, donc (puisqu’au au fond c’est le premier sujet de ce blog). Vite fait mais quand même. Crise pour la contemporaine. Pas crise de la littérature contemporaine, hein ; crise de sa représentation. Comment en serait-il autrement, quand les critiques laudatives d’un roman (parce qu’un livre, quand c’est de la littérature, c’est un roman) limitent ses critères à la composition (le plan, quoi), l’écriture (en plus, ce livre, il est bien écrit ! (oui, l’écriture, ou le style, c’est un truc en plus, une sorte de cerise sur le gâteau – ce livre en plus il est bien écrit et la Joconde elle est bien peinte)), la psychologie des personnages (qui naturellement échappent à l’auteur pour vivre leur vie sur le papier), et bien sûr l’inscription dans le monde, l’époque, appelez ça comme vous voulez ? Je grossis un peu, mais dans l’ensemble, la critique, c’est souvent, trop souvent ça : une liste plus ou moins longue de critères auxquels le livre est sommé de se conformer. S’il est conforme, c’est bien. On peut tamponner : conforme. Le fait est que le livre conforme est doté d’une qualité indiscutable : il est vendable. Enfin, il n’est pas très vendable non plus, c’est quand même un livre, on n’est pas fou ; mais il est indiscutablement plus vendable que le livre non conforme.
Outre l’aspect strictement commercial de la chose (qui compte pas mal, quand même), il y a d’autres explications à la persistance de ces grilles de lecture dont je secoue en vain les barreaux. D’abord la paresse. (J’ai dit pas dit la presse, hein ; la pAresse.) Il est beaucoup plus facile de vérifier la conformité d’un livre à des critères préexistants que d’aller chercher si par hasard ce livre-là ne serait pas en train d’inventer ses propres critères, pour lesquels le commentateur devrait faire l’effort de trouver des mots de critique qui n’existent pas encore. (Figurez-vous que certains commentateurs le font quand même parfois, les fous.)
Et puis l’école – comme explication à la persistance de ces grilles de lecture. C’est forcément la faute à l’école. L’école nous a montré ce que c’est qu’un bon livre, elle nous en a présenté une liste – pas très longue, d’ailleurs ; c’étaient souvent les mêmes qui revenaient. Et comme on travaillait bien à l’école, on s’en souvient. La psychologie des personnages, l’inscription dans l’époque, la composition, tout ça, c’est des trucs qu’on a appris à l’école, avec les profs de français.
Mais le prof de français, il vous dit attention. Il y a un temps pour l’école, et un temps pour après. A l’école, on est là pour apprendre, pour être formé. Ça ne veut pas dire qu’il ne faudra pas, quand vous en serez sortis, remettre en question tout ce que vous y avez appris. Les livres qu’on vous a fait lire, bien sûr qu’on les a choisis parce qu’ils étaient plutôt bien, mais aussi parce qu’ils étaient bien pour faire un cours dessus. Quand on vous faisait lire Flaubert souvent c’était le bide alors on vous faisait lire Zola (mais maintenant, réessayez donc plutôt Flaubert). Et non, la Peste, c’est pas vraiment un des grands livres du XXe siècle – mais pédagogiquement parlant, il y avait de quoi faire. Enfin bref, l’école, si on y va, c’est pour en sortir. Pensez à changer les mines de vos critériums. (Quand je vois qu’il y a encore des gens, et même des écrivains, qui parlent des « auteurs du Nouveau Roman », ânonnant leurs souvenirs de lycée comme si ça avait encore vraiment un sens, comme s’il y avait vraiment quelque chose en commun, profondément, entre les auteurs qu’on a étiquetés comme ça, au-delà de l’époque, de l’éditeur et, tiens, d’un renouvellement des formes – des critères, donc – renouvellement singulier pour chacun, et plus ou moins abouti aussi sans doute.) Voilà, je vous laisse : c’est la récré – la récréation, profitez-en.
 

mardi 11 décembre 2012

un suicide – en rédaction

« Vous venez d’avoir 18 ans. Vous avez décidé d’en finir avec la vie. Votre décision semble irrévocable. Vous décidez dans un dernier élan de livrer les raisons de votre geste. En dressant votre autoportrait, vous décrivez tout le dégoût que vous avez de vous-même. Votre texte retracera quelques événements de votre vie à l’origine de ce sentiment. »
Oh non, ce n’est pas moi qui donnerais un pareil sujet de rédaction à mes 3e. Mais il paraît qu’un professeur l’a fait, quelque part vers la Charente ; réaction des familles (de toutes les familles ?), suspension du professeur par sa hiérarchie, battage médiatique.
Je n’ai pas assisté au cours, je ne sais pas quelles étaient les intentions du collègue, mais je remarque la réaction des familles (de toutes les familles ?), et celle de la hiérarchie, éberluées par l’énormité de la chose. Faire écrire sur un sujet pareil. A leur âge. Vous vous rendez compte ? Un réflexe de protection, quoi.
Je n’ai pas assisté aux cours, je ne sais pas quelles étaient les intentions du collègue, je n’approuve pas la formulation de l’intitulé à la deuxième personne, mais je me dis qu’écrire, quand même, c’est une mise à distance. Dire, c’est souvent une manière de faire – sans le faire. Surtout dire dans le silence de l’écriture.
Des suicides, j’en ai connu ; comme tout le monde au bout d’un certain temps, j’imagine. Trop. A chaque fois, j’ai eu l’impression que ça s’était joué à peu de choses, qu’il aurait sûrement pu en être autrement, que ce n’était pas une fatalité. A chaque fois aussi, j’ai eu l’impression a posteriori que c’était accompagné d’un grand silence : que quelque chose n’avait pas réussi à être dit.
La dernière fois, c’était un élève de 3; gentil, intelligent, un peu trop réservé. C’est le souvenir que je garde de lui. Il ne se résumait sûrement pas à ces quelques mots. J’aurais peut-être dû donner un sujet de rédaction sur le suicide, je n’en saurai jamais rien.

dimanche 14 octobre 2012

Parfois le temps passe et c’est bien.



Dans une autre vie car elles sont nombreuses et peut-être innombrables je suis aussi professeur. Ce métier-là procure parfois dans l’instant de réels plaisirs – et parfois aussi longtemps après.
Hier je suis allé assister à la projection de trois courts-métrages, enfin deux courts-métrages et l’alléchant teaser d’un long, déjà réalisé, très à hauteur d’homme, une proximité vibrante qui sait ne pas tout dire, un joli sens du décalage aussi. Et voilà que l’un des deux auteurs, Cyril Guei, c’est mon petit (façon de parler, hein) Cyril de 3e3 qui déjà ne rêvait que de planches à l’époque (déjà lointaine, et comme je ne lui enseignais pas les mathématiques je ne compterai pas non plus les années) et tremblait de trac pour moi lorsque avec quelques-uns de ses amis (salut Nadir !) ils étaient gentiment venus voir leur prof en Tartuffe – que je leur faisais étudier en classe ; car à Nanterre dans ces années 90 les professeurs ne manquaient pas d’ambition – et à l’évidence les élèves non plus.
Voilà, il y a des moments comme ça dans la vie où l’on est fier alors qu’on n’y est pour rien. Mais il faut le dire quand même : tous mes vœux à Cyril Guei et à son complice Roda Show.
 

jeudi 15 décembre 2011

un soupçon d’exigence


« Nous posons qu’il n’y a pas de littérature exigeante », lis-je tout à l’heure chez Marie Cosnay. Posons cela en effet. Moi qui me suis pendant longtemps considéré, qui me considère encore comme un tempérament de dilettante, voici qu’avec les années je me vois de plus en plus souvent soupçonné d’exigence, et cela dans les deux activités que j’exerce. Souvent c’est plutôt un compliment, parfois un gentil reproche. Je serais, semble-t-il, un professeur exigeant. De la même manière que je serais – vous ne me ferez pas quitter le conditionnel – un écrivain exigeant. Je n’y crois pas une seconde. Mon exigence très relative de professeur, ce n’est que l’estime accordée a priori à tous les élèves parce que sans ce préalable on ne va pas bien loin. Quant à celle de l’écrivain, je me souviens qu’on m’en a parlé dès la publication de mon premier roman, alors que précisément j’avais pris soin d’écrire pour l’occasion quelque chose de facile à lire et de drôle (c’est d’ailleurs pour ça que la publication en a été si facile), assez éloigné en réalité de mes exigences affirmées de l’époque – qui n’ont au fond jamais vraiment eu d’existence que dans mes intentions. Non, je n’exige rien, et reste convaincu que la lecture de mes livres, comme celle de beaucoup d’auteurs que j’aime, est accessible à qui en a envie. En revanche et dans un autre sens, que la littérature ait pour moi des exigences, je le sens terriblement – au moment d’écrire.


Commentaires

Nous, nous déposons la littérature exigeante. (c'est déjà plus autoritaire) et nous exigeons la littérature pausante. (Paf!)
Commentaire n°1 posté par Thaddée le 15/12/2011 à 19h49
Ah non, vous ne ferez pas de moi un poseur. (Mais un pauseur, après tout...)
Réponse de PhA le 16/12/2011 à 20h05
Continuez ! C'est impératif, c'est mon axigence de lectrice. (Je ne pouvais plus déposer de commentaire, overblog m'a rétablie dans mes droits, je vais me gêner !)
Commentaire n°2 posté par Françoise Granger le 16/12/2011 à 11h23
J'aime ces impératifs. (Mais qu'aviez-vous donc fait à ce malheureux Overblog pour qu'il vous censure ainsi ?)
Réponse de PhA le 16/12/2011 à 20h06
J'exige une explication! 
Commentaire n°3 posté par Depluloin le 16/12/2011 à 11h30
Je vous prépare une notice.
Réponse de PhA le 16/12/2011 à 20h51
Manquerai-je d'exigence pour avoir adoré Par temps clair?
La clarté de l'écriture n'empêche pas l'exigence de l'écrivain.
Commentaire n°4 posté par Ambre le 16/12/2011 à 15h00
Ah mais l'exigence du lecteur (ou de la lectrice), j'y tiens !
Réponse de PhA le 16/12/2011 à 20h53
Zut j'ai appuyé sur "envoyer" au lieu d'appuer sur ma barre d'espacement (0_0).
Je voulais rajouter qu'il était évident que vous êtes un écrivain exigeant, sinon je ne vous lirais pas. On ne m'appelle pas Modeste:)
Commentaire n°5 posté par Ambre le 16/12/2011 à 15h02
Souvent j'ai l'impression que c'est l'écriture qui exige de moi quelque chose, comme si j'étais plus "exigé" qu'exigeant.
Réponse de PhA le 16/12/2011 à 20h55
Ah ah ah! d'appuYer.
(faudrait que je sois plus exigeante à la relecture...)
Commentaire n°6 posté par Ambre le 16/12/2011 à 15h03
L'exigence ne peut être qu'intérieure - comme certaine cicatrice - quoi que l'on fasse.
Ensuite, le reste est sans doute superficiel, mais peut se voir :  comme une cicatrice aussi, plus apparente alors.
Commentaire n°7 posté par Dominique Hasselmann le 16/12/2011 à 16h03
Ce qui me pousse remonte de si loin que je ne vois plus d'où - et c'est sans doute aussi bien.
Réponse de PhA le 16/12/2011 à 20h57
Il est amusant de voir comment aujourd'hui on se sert des mots mal à propos pour insulter. L'exigence nous est jetée à la figure telle une insulte, oui, alors que c'est une qualité. Il ne faut pas se défendre d'être exigent sinon c'est faire le lit de la paresse (employée dans le sens le plus populaire du terme, c'est-à-dire mal à propos et dans sa négativité), c'est baisser les bras, abandonner et perdre sa place - il serait dès lors trop tard pour se plaindre... car l'exigence s'adresse à une niche, dans tous les secteurs d'activité. Ne pas confondre exigence et élitisme.
Commentaire n°8 posté par Pascale le 16/12/2011 à 17h07
Une insulte, peut-être pas ; mais un doux reproche pour faire passer une pilule un peu amère.
Réponse de PhA le 16/12/2011 à 21h01
Tu es bien gentil avec ton "doux reproche"... moi je l'ai souvent vécu (en tentant de conseiller des livres) comme un méchant et violent reproche. Je ne le prends pas comme toi par contre, n'avalant pas une "pilule amère". Car je trouve logique et normal de ne pas attirer trop de monde sur les chemins de traverse où il faut être curieux et aventureux, ce n'est pas facile ni donné à tout le monde. On le sait, dès le départ que ça va être un pari, que l'on gagne de temps en temps, que l'on perd plus souvent. Mais le peu de monde qu'on a su parfois accrocher est une belle récompense en soi.
Commentaire n°9 posté par Pascale le 16/12/2011 à 22h22
C'est vrai, je l'avoue : je suis gentil.
Réponse de PhA le 17/12/2011 à 14h57
Aîe, attention, être gentil n'a pas bonne presse non plus. Dit sur un certain ton, ça peut signifier "être un peur attardé".
Ne pas confondre l'exigence faite à soi-même et ce qu'on exige, dans la violence, des autres
Commentaire n°10 posté par Zoë Lucider le 17/12/2011 à 20h08
Hé ! Je sais bien ! Le problème c'est que Philippe est gentil.
Réponse de PhA le 17/12/2011 à 20h47
Tout à fait Zoé, et même sans violence. Certains ne sont pas exigents, d'autres le sont, autrement que soi. Il ne faut donc pas être amer, ça ne change rien.
Commentaire n°11 posté par Pascale le 18/12/2011 à 09h49

vendredi 13 mai 2011

Je valide le socle de compétences.

Ça veut dire que je colle des pastilles de couleur (rouge orange jaune vert clair vert) à mes élèves, en face d’items formulés comme ci-dessous :
« Adapter son mode de lecture à la nature du texte proposé et à l’objectif poursuivi. »
« Formuler clairement un propos simple. »
Honnêtement, on ne peut pas dire que ça ne veuille rien dire. Ça veut plutôt à peu près tout dire. Dans cet à peu près tout, il va falloir que je choisisse une signification précise. Je suis bien embêté.
Si j’ai bien compris (mais ça n’est pas certain, que ceux qui ont des lumières sur la question n’hésitent pas à les partager), une fois la compétence acquise, elle est acquise ; pas besoin d’y revenir quand l’élève change de classe. C’est vrai : une compétence acquise dès la 6e, il n’y a pas de raison qu’elle se retrouve seulement en voie d’acquisition en 3e.
Par exemple, un élève de 6e qui sait « repérer les informations à partir des éléments explicites et des éléments implicites nécessaires » dans un extrait de Cendrillon saura forcément, une fois arrivé en 3e, faire la même chose sur un passage des Confessions. La compétence, c’est quelque chose d’absolu. Allez hop, pastille. En aucun cas ça ne saurait être relatif. Pourquoi donc suis-je pris d’un doute ?



Commentaires

Aucun doute à avoir... on doit une confiance aveugle à nos maîtres qui savent ce qui est bon pour nous. Bien juchés qu'ils sont sur leur socle d'incompétence.
Commentaire n°1 posté par Thibault Balahy le 13/05/2011 à 08h12
Prosternons-nous devant notre grand gourou.
Réponse de PhA le 13/05/2011 à 11h09
Luc-Marie Chatel a, semble-t-il, oublié d'enlever sa "pastille" à fond de teint sur le visage.
Il est vrai qu'après douze ans passés chez L'Oréal ce "déconneur" a fini par montrer, une fois nommé dans le gouvernement sous la houlette du principal Sarkozy, l'étendue de ses capacités dans le domaine éducatif : les élèves sont devenus des "clients", les profs des "prescripteurs" et l'institution démocratique un hypermarché de la connaissance standardisée, où seule une certaine carte de fidélité (de marque UMP) permet de franchir rapidement les caisses.
La prise de la pastille est à envisager derechef.
Commentaire n°2 posté par Dominique Hasselmann le 13/05/2011 à 08h37
C'est vrai que depuis qu'il est là, qu'est-ce qu'on se marre !
Réponse de PhA le 13/05/2011 à 11h10
"Formuler clairement un propos simple" : ah, oui, c'est fondamental... le caractère même de la simplicité inhérente au propos exige précisément une formulation qui ne saurait s'épuiser en tant que formulation claire du simple propos (à distinguer radicalement du propos simple, nous y reviendrons). Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de réduire a priori une intention qui, dans un premier temps, n'a pas su trouver, en toute probabilité, une forme d'explicitation que l'on pourrait qualifier de spontanée. Or, précisément...
Commentaire n°3 posté par Gilbert Pinna le 13/05/2011 à 08h53
Voyons voir, Pinna Gilbert, "Formuler clairement un propos simple"... :

Réponse de PhA le 13/05/2011 à 11h12
Je mets touffe! Vous n'auriez pas aussi une pastille pour la toux?
Commentaire n°4 posté par Denis Montebello le 13/05/2011 à 10h46
Une Valda, bien sûr ? Elles sont vertes !
Réponse de PhA le 13/05/2011 à 11h08
Validée la valda!
Commentaire n°5 posté par Denis Montebello le 13/05/2011 à 11h15

Réponse de PhA le 13/05/2011 à 11h58
Je peux t'aider à valider ?
Commentaire n°6 posté par Moons le 13/05/2011 à 12h17
Et en plus ce sont des pastilles numériques...
Réponse de PhA le 13/05/2011 à 13h13
non, ce qui est étrange dans cette histoire, c'est le passage de Cendrilon aux Confessions... de Rousseau? oh la pauvre!
Commentaire n°7 posté par Aléna le 13/05/2011 à 12h48
Mais si, rappelez-vous : dans les Confessions Cendrillon s'appelle Marion et Jean-Jacques l'accuse du vol du ruban qu'il voulait lui offrir. (Grâce à vous je vais mélanger tous mes cours !)
Réponse de PhA le 13/05/2011 à 13h16
de toute façon tout est clair dans les confessions, non? c'est le but du texte! la transparence.
Tiens, est-ce que Le Ministre devrait lire Rousseau? (au moins pour la politique, ça ne lui ferait pas de mal...)
Commentaire n°8 posté par Aléna le 13/05/2011 à 12h50
Précisément, j'ai choisi cet exemple précisément parce que j'ai l'intention d'en étudier quelques extraits avec mes élèves, afin que précisément ils apprennent à ne pas toujours prendre la transparence au sens propre.
Réponse de PhA le 13/05/2011 à 13h19
En tout cas, j'aime beaucoup vos petits hublots colorés.
Commentaire n°9 posté par David Marsac le 13/05/2011 à 21h02
N'insistez pas, David, c'est le week-end : vous n'aurez pas de pastille !
Le week-end, c'est réservé, par exemple, à la présentation demain soir d'Isabelle, à m'en disloquer, de Christophe Esnault, à la librairie l'Esperluète à Chartres, qu'on se le dise ; et à demain !
Réponse de PhA le 13/05/2011 à 22h59
Et quand valide-t-on le socle d'incompétence du ministre ?
Commentaire n°10 posté par gballand le 14/05/2011 à 07h44
J'ai peur hélas qu'il n'y ait rien de prévu avant 2012.
Réponse de PhA le 14/05/2011 à 08h35
"Formuler clairement un propos simple". Ce matin j'ai failli avaler de travers (et je n'avais pas de pastille valda:)) en écoutant Finkielkraut. Il a prononcé une phrase absolument incompréhensible (j'aurai dû la noter) et d'une emphase sans nom! Vous ne pourriez pas lui donner des cours particuliers (0_0)... de simplicité, sans pour autant être primaire:)?
Commentaire n°11 posté par Ambre le 14/05/2011 à 10h41
Hélas, je ne me trouve pas moi-même toujours assez simple. Ou clair. Ou simple. Ohlala que c'est compliqué !
Réponse de PhA le 14/05/2011 à 14h34
Moi, en 6, 5, 4, je me contente d'évaluer. Validation en troisième. Vert pour tout le monde. J'aime les emmener en voyage, on dicute, on échange, on parle des empereurs et des constitutions, mais savoir s'il savent lever le pied gauche ou le pied droit ne m'intéresse pas. Mais alors pas du tout, tu vois...
Commentaire n°12 posté par Max le 20/05/2011 à 18h37
Y a-t-il des convaincus ? (Je ne valide qu'en 3e aussi - c'est déjà trop.)
Réponse de PhA le 21/05/2011 à 07h01
 

vendredi 1 avril 2011

une heure de cours dans la journée


Voilà, la semaine est terminée (je parle de la semaine de cours, car après tout « il existe d’autres moyens de gagner sa vie, même pour les écrivains » – je suis toujours dans Moo Pak, dont je reparlerai).
Mardi, j’ai trouvé l’attention de ma classe de 5e bien flottante. Pourtant, de 10h30 à 11h30, ce n’est pas un créneau si difficile. Mais oui ! j’oubliais : le mardi, tous les quinze jours, ils n’ont que cette malheureuse heure de français dans toute la journée ; résultat de l’application des horaires planchers et des professeurs non remplacés – faute de remplaçants, tout simplement.
Ceux qui pourraient y faire quelque chose ne se sentent guère concernés : leurs enfants n’ont jamais mis les pieds dans une école publique. (Rappelons toutefois que c’est quand même nos impôts qui paient les enseignants du privé.)
  
J’aurais dû mettre bien d’autres portraits, notamment celui du ministre du budget, puisque c’est dans ce ministère que se décide l’essentiel des réformes de l’Education Nationale ; mais j’ai été retenu par l’embarras du choix.




Commentaires

Ce ministre du Budget, petit chiraquien à la voix de contrebasse, et qui après avoir dit que les débats sur la laïcité et l'islam devaient "cesser" a déclaré qu'on l'avait mal compris.
Ce Baroin tête à claques, ancien journaliste d'Europe 1, qui s'y connaît aussi bien en prévisions budgétaires que son mentor (je parle de Fillon) en coûts comparés du TGV et de l'avion de l'Etec pour aller le week-end dans son manoir sarthois...
Ces gens qui nous font la leçon tous les jours, mais un jour, on va enfin se décider à fiche à bas leurs portraits, comme du temps de Ceaucescu ?
Nos littérateurs en ronds-de-jambe et audimats incorporés devraient quand même leur lancer quelques boulets rouges, en guise d'avertissement !
Commentaire n°1 posté par Dominique Hasselmann le 01/04/2011 à 21h27
En matière de ministres du budget aussi, j'avais l'embarras du choix.
Réponse de PhA le 03/04/2011 à 10h16
Ouais, y en a qui on les deux pieds dans le même sabot.
Commentaire n°2 posté par Moons le 01/04/2011 à 22h21
Tendons une cordelette invisible sur leur passage.
Réponse de PhA le 03/04/2011 à 10h17
C'est bizarre, le Prez avec sa main levée, on dirait qu'il va nous en flanquer une.
Commentaire n°3 posté par Zoë le 02/04/2011 à 22h14
Mais non, c'est un salut cordial et chaleureux. Il nous aime.
Réponse de PhA le 03/04/2011 à 10h18
Zoë : il veut peut-être baffer les 2 autres ?
Commentaire n°4 posté par Moons le 02/04/2011 à 22h23
ça...
Réponse de PhA le 03/04/2011 à 10h18
retenu par l('embarras du choix ou pour la compassion envers vos lecteurs!
J'ajoute seulement "du privé sous contrat" - car en soi qu'il y ait d'autres manières d'enseigner qui existent indépendamment  de l'Etat ne me paraît pas indécent.
Commentaire n°5 posté par Aléna le 03/04/2011 à 09h55
Bien sûr, le privé sous contrat. Que le privé soit privé ne me gêne pas un instant. Je voulais juste rappeler cette bizarrerie souvent ignorée, et par ailleurs pointer le fait que nos élus n'étant pas un instant de leur vie concernés par l'Education Nationale, on peut comprendre qu'ils la considèrent comme une charge inutile.
Réponse de PhA le 03/04/2011 à 10h24
@ Zoë : gardons l'exprssion "le Prez" pour le grand Lester Young !
Commentaire n°6 posté par Dominique Hasselmann le 03/04/2011 à 10h25