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mercredi 26 octobre 2022

le bâtiment chancelant de la parole

Rima tire sur du vide. elle en défait les nœuds transparents. les boucles inapparentes mais bel et bien existantes se dénouent, sous la forme de frisures enroulées comme la mémoire d’un prisonnier. habitant le sang et courant sous les doigts, habillant le regard de leurs intrigues aux embrouilles millimétrées et rouges, les nœuds jamais ne s’arrêtent. intrigants sanguinaires et escrocs facétieux du réel, ils remplissent de leur puissance chaque geste peuplé de l’instant. habités et parcourus par diverses et discrètes amnésies afin de supporter le spectacle non écrit qui se déroule dans leurs nuées. ce n’est pas comique. c’est une ironie tragique, jaune et noire et rouge. beaucoup de noir. c’est le noir du pauvre se fondant dans la couleur de l’asphalte. Rima déroule ses accumulations pour ouvrir l’entendement sur les hauteurs domestiques. c’est alors qu’elle lie connaissance avec un aujourd’hui tout simple, nu. il la regarde. elle vient tout juste de l’éplucher. c’est en lui qu’elle rencontre le bâtiment chancelant de la parole.

Marie Rousset, les Carrés de Rima, éditions de l’Attente, 2021.




dimanche 15 septembre 2013

un vêtement politique original et oralement reconnaissable


La société est désireuse d’étoffer ses offres de services cependant la parole publique est en fripes. Elle s’habille low cost.
L’expression générale mange mou comme les enfants ou les vieux et forcément, la suite logique de ce régime quotidien c’est qu’elle ne peut plus mâcher ni mordre quoi que ce soit de solide.
 
 
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Elle ingurgite des pensées liquides qu’elle répand sur son entourage. Sa cuisine ne régale personne. Elle est confectionnée par l’habitude, à l’image de ces femmes qui voient un banjo dans une casserole, avec une envie terrible d’en jouer et de dire une bonne fois pour toutes Non je ne sais pas cuisiner. Je n’ai jamais su le faire et en plus je n’aime pas le faire. J’arrête aujourd’hui cette mascarade. Je vais marcher. Sur la route je n’aime pas les bois. Les arbres se taisent et je veux parler avec quelqu’un.
 
Je file pour tisser ensuite mon vêtement social et ma politique, en observant ceux des autres pour apercevoir les miens.
Un fil, des fils discutent, ils s’enroulent entre eux, ils s’entrecroisent et très vite un filet est obtenu qui mettra les mots en cage comme des papillons. Ils seront pris au piège des fils, tissés jusqu’à la confection d’un vêtement politique original et
 
 
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oralement reconnaissable.
 
Marie Rousset, Conversation avec les plis, éditions de l’Attente, 2013, p. 48-49.
 
 
http://www.editionsdelattente.com/site/www/images/livre/couverture/139.jpg