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vendredi 26 juin 2026

Poème flottant de Sandra Moussempès

Poème flottant


Le livre se noie

le livre a oublié d’être un livre

il parle et se recroqueville sur le lac


un moine voit le livre qui lui ouvre ses ailes

se remet peu à peu d’une question

sur les lacs et les étangs médisants


vous pouvez être japonaise

vous pouvez être une jeune fille morte

vous pouvez voir ses yeux en forme de papillons

vous pouvez vous reposer à côté d’elle


Vous pouvez aussi rebrousser chemin

sur un nénuphar rose



Voilà. Je viens de vous recopier le dernier poème – inédits : il flotte sur la dernière section, « Installations fantômes », de Chambre Obscura, l’anthologie augmentée de Sandra Moussempès récemment parue aux éditions MF, où l’on retrouve aussi, mais diversement placés – ils résonnent autrement – des extraits de ses autres livres (que je n’ai pas tous, pas encore).



samedi 27 février 2021

Cacher le trou avec sa traîne

Sorti du dehors le trou salué en pleine lumière

Esquisse de princesse prise de malaise reçoit le trou en secret


Ce détail de la solitude inséré entre les pages

Un morceau d’intériorité le transforme en silencieux automatique


En ce qui concerne le tableau de cette femme il manque encore des éléments du visage

Un nuage noir coupe une partie de ce portrait dont le modèle est un miroir de trop



p. 60 « Ciseaux & ciel nocturne »



Aujourd’hui je suis contente d’être moi

Buvant une tasse de thé vert

Lisant des poèmes coréens bien traduits

Contrariée par d’autres choses réduites en cendres


La contrariété fait partie du réel m’avait-on dit

J’ai vu pire que la contrariété

Les os d’un revenant dans un bol de nouilles


Le trou noir qui traîne sur le sol

M’envahit comme une tristesse passagère

La fête des arbres est déjà devenue un défilé de mode

« You are so great ! » au milieu de la forêt la mondanité prend le pas sur la pulsation


La mariée finale en robe de dentelle

Est une nonne qui entre en scène et cache le trou avec sa traîne



p. 95 « La maison des phrases liquides »



Ce sont deux extraits de Cassandre à bout portant, de Sandra Moussempès, qui vient de sortir dans la collection Poésie des éditions Flammarion.




jeudi 20 février 2020

j’ai effacé le début de cette phrase


Aujourd’hui j’ai reçu un petit livre, qui ne m’aide en rien à affronter une personne cruelle

Il y a une description méticuleuse d’un homme en train de plonger dans une piscine, d’une femme qui fabrique ses masques de beauté, ils n’habitent nulle part

Deux sœurs vivent l’une pour l’autre, on se fiche de savoir où

Ensuite, la photographie d’une plage qui vient servir de décor symbolique, peut-être le Havre ou Dunkerque

Certaines femmes se crispent à l’idée de tenir un journal intime

Il y aura toujours quelqu’un pour le lire un jour, lui donner une apparence provocante

Les deux sœurs ont décidé de retirer leur vernis à ongle avec du dissolvant, j’ai effacé le début de cette phrase à cause d’une répétition malvenue

Pour moi, la soirée se résume à essayer d’être moi-même, dans une jubilation intérieure, cette histoire de sœurs n’est qu’une diversion

Rien ne se passe comme prévu, j’ignore ce qui s’est produit au cours du voyage, la musique et la lumière s’éteignaient ponctuellement, on me disait qu’il fallait être « cool », pourtant j’étais la seule à danser dans cette fête

Il se passe plusieurs mois avant que je me remémore les grandes lignes du quotidien entre moi et mon âme jumelle, c’est une source intarissable de tristesse

Les deux sœurs doivent ressentir elles aussi des vagues de nostalgie


Sandra Moussempès, Cinéma de l’affect, éditions de l’Attente, 2020, p. 34-35



jeudi 19 mars 2015

agenda



Alors ce soir il y a le lancement officiel de la revue la Moitié du Fourbi chez Atout-Livre,

Demain il y a une soirée consacrée à Sandra Moussempès et Sunny Girls à la librairie Texture,

Samedi à 16 heures Jérôme Lafargue sera En territoire Auriaba et en F80 au stand Quidam du Salon du Livre,

Et je regrette bien de ne pas pouvoir retourner le lendemain sur le même stand Quidam pour le très beau Cahier d’Alberto de Monique Rivet (mais j’en reparlerai).


vendredi 13 février 2015

un désert où croiser Sandra Moussempès



VI



Le jeune homme aux yeux bleus et à la barbe noire s’étant rapproché de la dune, Daria (bis) tremble à l’idée de n’être plus nue hors cadre, hors cadre, hors script, hors champ



Pour envahir le paysage il aurait fallu que le jeune homme creuse un sillon de sable chaud à chaque séquence romanesque



Il a préféré arrêter Daria (bis) sur la route par le moyen des ailes et le réalisateur s’est lui-même ému de la ressemblance entre ces deux-là, le film s’est arrêté sur une mécanique explosive d’objets découpés dans le scénario, ces matières flottaient dans le ciel, ce décor avait coûté cher, ils avaient « tout foutu en l’air », après le flash-back tout était rentré dans l’ordre ensuite tout avait encore explosé dans la vraie vie mais dans le film c’était une pensée de rêve, le patron, sa femme, les invités et les domestiques avaient disparu avant de reprendre place dans le patio



Daria (bis) est devenue psychologue, s’intéresserait aux pratiques spirituelles, après un mariage raté avec un réalisateur célèbre, Daria (bis) nous dit-on sur Wikipédia n’a pas continué le cinéma

Je n’ai jamais su qui était Daria (bis)









Zabriskie point, août 2012





Sandra Moussempès, Sunny girls, Flammarion Poésie, 2015, p. 34-35.



Je me rappelle Zabriskie point même si je ne l’ai pas revu depuis peut-être trente ans. Je me rappelle Zabriskie point parce qu’en août 2012 c’est moi qui y ai pris ces photos où il fait cinquante degrés de chez nous. Le soleil tapait si fort sur les corps nus des dunes que je n’ai pas vu Sandra Moussempès en train d’écrire et pourtant elle n’était sûrement pas loin. Avec un peu moins de soleil je l’aurais peut-être reconnue puisque je l’ai déjà lue .




mercredi 18 septembre 2013

en trois jours tout était réglé par une dure à cuire


Bande son égarée
 
Toute ressemblance avec des personnages de fiction serait fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur
 
– Les psychopathes ont-elles le même style de maris ?
– Les psychopathes sont-elles calmes et remaquillées ?
– Faites entrer les psychopathes
 
Début de réponse dans une atmosphère de vieux téléfilm
 
Les questions sur la main de fer dans le gant de velours sont éliminatoires. Celles sur les princes chamans seront reversées à des comités hallucinatoires permettant le soin des inconscients défaillants, notamment la transposition de toute source négative vers son pendant éthérique.
 
Ensuite viendront les quarante-cinq années de mariage, les chignons laqués puis les détournements de fonds.
 
Tout va très vite, la voix de l’animateur en costume trois pièces, les réponses, les lumières, la séparation des lieux communs, le dossier est vite bouclé, la question subsidiaire/notariale a été supprimée, trop compromettante pour l’épouse qui avait quitté le domicile conjugal bien avant l’intervention des pompiers.
Les maris en vie sont toujours très fervents dans ce style de prime time
En juin tout est allé très vite, en trois jours tout était réglé par une dure à cuire.
 
 
 Sandra Moussempès, Acrobaties dessinées, « Remake », éditions de l’Attente, 2012, p. 55-56.