dimanche 13 janvier 2019

Une crise de la représentation


En tant que Français, je ne me sens pas bien représenté par le Président Macron. Il faut dire aussi que c'est une personne. En tant que gauchiste, je ne me sens pas bien représenté par Jean-Luc Mélenchon. Il faut préciser que lui aussi, c'est une personne. En tant que pas content, je ne me sens pas forcément bien représenté par d'autres gens pas contents. Il ne faut pas oublier que ces gens pas contents sont aussi des personnes. En tant qu'écrivain, je ne me sens pas bien représenté par Michel Houellebecq, qui représente pourtant la littérature française contemporaine, même si je n'ai pas bien compris pourquoi. N'oublions pas qu'il est, lui aussi, une personne. En tant que professeur de français, il n'y aura personne pour me représenter à la réunion de parents de jeudi soir prochain, aussi me représenterai-je moi-même, même si j'avoue que j'aurais préféré représenter le lecteur de Chevillard que je suis aussi, à la librairie le Monte-en-l'air, à Ménilmontant, où lui-même représentera en personne l'auteur de l'Explosion de la tortue, puisque après tout c'est lui qui l'a écrit. La représentation, ça ne va pas de soi. La personne non plus. On devrait y réfléchir sérieusement, pas comme moi.


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lundi 7 janvier 2019

Derrière le cirque d'hiver


Ça commence comme une série de portraits, apparemment indépendants les uns des autres, mais de personnes réelles, connues de l'auteur ou juste de vue, ou même seulement croisées, ça laisse les choses se dire d'elle-même car on ne sait pas encore vers où ça va ; le livre qu'on est en train de lire s'écrit en même temps sous les yeux ; il laisse venir ce dont il est vraiment question, mais doucement, tout doucement, car on est jamais sûr de savoir de quoi parle vraiment ce livre qu'on est en train d'écrire, jusqu'à ce que peu à peu, il finisse par le dire, en parlant de cet homme rencogné dans un coin de mur, de cet autre qui a vécu autrefois dans l'appartement où l'on habite, de ce même pas vraiment aïeul connu pour de mauvaises raisons, de cette maison de retraite, de ce mutisme de l'enfance. Ça finit par le dire sans le dire et ça s'appelle Derrière le cirque d'hiver. L'auteur, c'est Xavier Person, l'éditeur Verticales et vraiment c'est très beau.



« Il va pour s'avancer et quelque chose le retient. Sur le quai du métro République, il voudrait progresser mais une force trop grande l'en empêche. Tout ce à quoi il parvient est de rester debout. Il se concentre pour ne pas tomber, son avancée se réduit à son immobilité si fragile et menacée. Ce qu'il désire peut-être, on peut l'imaginer, ce à quoi il aspire serait de se laisser tomber à même le sol, au milieu de la foule : quoi qu'il puisse arriver, s'allonger et dormir, céder au trop grand remuement qui telle une tempête invisible l'assaille. Je le vois si démuni face à cette rafale, il vacille dans son ivresse et que faire sinon chercher à ne pas le perdre de vue quand déjà mon métro s'éloigne ? »

dimanche 6 janvier 2019

Noirs cafés 6


Et avec cette surpopulation galopante il devient immoral de faire plus d'enfants qu'on est soi-même. Deux c'est même déjà trop : ça maintient le nombre, puisqu'on s'y met à deux pour les faire. A la naissance d'un troisième enfant, pour équilibrer, on devrait exécuter l'un des parents. A la naissance d'un quatrième, on devrait exécuter les deux.
Ah non, il y a un truc qui cloche, mathématiquement parlant.