mercredi 29 avril 2020

Trois ductions de Kubla Khan dans la revue Catastrophes, 2e partie


Ceci n’est pas une nouvelle à chute mais juste une bonne nouvelle qui tombe bien par ces temps confinés : la deuxième partie de mes Trois ductions de Kubla Khan est en ligne dans la revue Catastrophes. On y lira notamment comment je propose de traduire autre chose que le sens – pour voir ce que ça lui fait, au sens.




mardi 28 avril 2020

Nouvelles très brèves (57) (et très à chute)


Pendant plus de cinquante ans, elle avait rempli son office sans se faire remarquer de personne. Ce ne fut que dans sa chute qu’elle prit enfin tout son sens, la tuile.




lundi 27 avril 2020

Nouvelles très brèves (56) (et très à chute)


C’était une petite goutte étonnée. Elle tombait des nues.





Au pays des poules aux œufs d’or


Je viens de terminer la lecture d’Au pays des poules aux œufs d’or, le nouveau livre d’Eugène Savitzkaya, paru aux éditions de Minuit juste avant le confinement, comme Monotobio d’Eric Chevillard. Encore un livre qu’il ne faut vraiment pas rater. C’est le septième, je crois, que je lis de son auteur (qui en a publié vraiment beaucoup, c’est vrai), et c’est peut-être celui que je préfère. C’est un conte qui ne raconte presque rien et qui dit presque tout, qui crée devant nous un pays qui est vraiment celui du titre, que l’on traverse à la suite d’un couple d’amoureux improbables, une renarde et un héron, sans doute parce que l’amour est toujours improbable, autant qu’il est évident. Chaque page est une merveille. Tiens je vous en lis une au hasard, vraiment :



dimanche 26 avril 2020

samedi 25 avril 2020

vendredi 24 avril 2020

jeudi 23 avril 2020

Nouvelles très brèves (52) (et très à chute)


C’était son destin sans doute de s’en approcher dangereusement au point de s’y brûler les ailes, pourtant ce n’est qu’un papillon de nuit qui tomba au pied du réverbère.





mercredi 22 avril 2020

Nouvelles très brèves (51) (et très à chute)


Il l’avait cherché pendant toute sa vie. Il n’y croyait et n’y pensait plus du tout lorsqu’un jour, enfin, complètement par hasard, en rangeant ses affaires, il tomba dessus. Mais avec le temps, il ne savait plus ce que c’était et il n’en eut pas l’usage.





mardi 21 avril 2020

Nouvelles très brèves (50) (et très à chute)


C’est son engagement politique qui lui fit perdre la tête – laquelle comme beaucoup d’autres roula dans le panier.




A propos de Liquide


Liquide, mon premier roman paru chez Quidam, fête ses onze ans ces jours-ci. Alors cette très belle lecture d’Eric Darsan (après celles sur Pas Liev et Elise et Lise), c’est un peu la fête.



lundi 20 avril 2020

Nouvelles très brèves (49) (et très à chute)


Elle aurait dû se méfier de la fin, la fillette à la jolie bobine, quand à travers la porte elle entendit : « … la bobinette cherra. »




dimanche 19 avril 2020

Nouvelles très brèves (48) (et très à chute)

Tous ses vaccins étaient à jour pourtant. Elle n’aurait jamais cru que, encore une fois, elle tomberait amoureuse.




samedi 18 avril 2020

Nouvelles très brèves (47) (et très à chute)

Soudain il eut l’impression terrible qu’il tombait. Heureusement…
… c’était un rêêêve !






Mauvais œil


Je viens de terminer la lecture de Mauvais œil, de Marie Van Moere, aux éditions les Arènes. C’est un roman noir et corse, ou corse et noir. Un de ces romans dont il ne faut pas raconter l’histoire. L’attention portée aux personnages y est essentielle, ils sont nombreux, et nombreux aussi à venir au premier plan, à leur tour, en focalisation interne. A chacun sa morale, clairement, crûment. Il y a dans cette égalité de traitement des personnages quelque chose qui me touche beaucoup. Je n’en dirai pas davantage, sauf qu’il est à lire, et que la photo qui l’illustre n’a rien de corse : c’est la vue de la table où ce roman a été écrit et où je me suis assis moi-même, pour mettre la dernière main à Seule la nuit tombe dans ses bras (et même commencer celui qui paraîtra en octobre si le virus veut bien) : autrement dit en résidence à la Maison De Pure Fiction.



vendredi 17 avril 2020

Nouvelles très brèves (46) (et très à chute)


Isaac réfléchit beaucoup à la question et parvint à démontrer que la trajectoire de la Lune autour de la Terre n’était ni plus ni moins qu’une chute libre.




jeudi 16 avril 2020

Nouvelles très brèves (45) (et très à chute)


C’est parce qu’il avait la juste intuition que la vitesse d’un objet ne dépend pas de sa masse que Galilée conçut cette boîte à chute.




mercredi 15 avril 2020

mardi 14 avril 2020

Nouvelles très brèves (43) (et très à chute)


Toutes ces journées, ces semaines, ces mois confinés ensemble ! Ça devait mal finir. La seule question qu’on se posait encore, c’était lequel des deux renoncerait, pour son malheur, à la défenestration de l’autre.




lundi 13 avril 2020

dimanche 12 avril 2020

Nouvelles très brèves (41) (et très à chute)


Il descendit au cellier. Partout, plein, plein de pommes. Rien que des pommes. L’une d’elle qu’il n’avait pas vue roula sous son pied, il perdit l’équilibre, sa tête heurta la rampe de l’escalier.




samedi 11 avril 2020

Nouvelles très brèves (40) (et très à chute)


Ils n’avaient rien en commun. Ils n’étaient pas destinés à se rencontrer. Il ne se serait sans doute jamais rien passé entre eux si, au moment où l’un sortait tête nue de chez lui, à une quinzaine de mètres au-dessus, l’autre n’avait lâché sa fiente en plein vol.




vendredi 10 avril 2020

Nouvelles très brèves (39) (et très à chute)


Sa trajectoire était magnifique. Tous les regards étaient rivés sur lui. On y crut jusqu’au bout, mais il percuta quand même notre belle planète.





jeudi 9 avril 2020

Nouvelles très brèves (38) (et très à chute)


Sa trajectoire était magnifique. Tous les regards étaient rivés sur lui. On y crut jusqu’au bout, mais il retomba quand même à côté du panier.




mercredi 8 avril 2020

Nouvelles très brèves (37) (et très à chute)


Son regard par hasard tomba dessus, et lui aussi tout entier tomba, amoureux forcément, de sa chute de rein.



mardi 7 avril 2020

Nouvelles très brèves (36) (et très à chute)


« Depuis quatre mille ans il tombait dans l’abîme… »
Et tandis qu’il déclamait ainsi, assis auprès d’elle, elle, agacée, l’écume aux lèvres, se disait qu’elle aussi, hein, sans en faire un poème et depuis bien plus de quatre mille ans – comme d’ailleurs la plupart des cascades.





lundi 6 avril 2020

je mourrai deux fois ou alors pas du tout


Bizarre qu’August se soit pas encore montré, dit la Tante. C’est parce qu’il a plus qu’un bras, dit le Luis, il dort encore, dit l’Otto, il se ressert un peu de bière, l’est né fatigué çui-là. Ce serait pourtant son anniversaire aujourd’hui, dit la Tante. Ça nous arrive à tous une fois l’an, dit la Silvia. Comment quelqu’un né en janvier peut s’appeler August, ça je comprends pas, dit le Luis, il secoue la tête. Allez remets-moi un piccolo. Il se frotte la bouche du dos de la main et sort les cigares Rössli de la poche de sa veste de ski bleue avec le bouquetin sur la manche. Peut-être qu’il mourra en août, dit l’Alexi. L’a bien raison notre friseur pour une fois, dit la Silvia, c’est quand qu’on meurt qu’est important, pas quand on est né, elle souffle la fumée de sa cigarette, verse du schnaps dans son café-goutte et le vide cul sec, ce qui compte c’est là où la note s’arrête, pas vrai, c’est dans le néant que réside le sortilège, ou bien c’est pas vrai. Je suis né à l’heure qui n’existe pas, dit l’Otto, il regarde la Tante, elle va lui chercher une nouvelle bouteille de bière, revualà l’autre qui nous remet ça, dit l’Alexi, attention les motos, les bobards qu’on va pas entendre. La Tante pose une bouteille devant l’Otto et le sert. Elle apporte un piccolo au Luis. Oh ça tu peux faire l’étonné mais c’est vrai, je suis né exactement au moment du changement d’heure, dit l’Otto, ça existait pas encore trouffion, dit l’Alexi, ah, on te tient par les cornes hein, Barbarossa. Il rit, regarde la Silvia. Il peut rire tranquille le friseur, c’est Otto le roi au bonnet d’âne qui le dit, dit l’Otto, il lève le doigt, mais stop avant qu’il meure de rire notre grand barbier, qu’il sache que j’étais en Autriche quand je suis venu au monde, eh bien t’aurais pu y rester, dit le Luis, mp mp, il lève son piccolo, salute, et boit cul sec. Né à l’heure qui n’existe pas, dit l’Otto, deux fois je suis né ou alors pas du tout, et de conséquent je mourrai deux fois ou alors pas du tout. L’Alexi secoue la tête et balaie l’air de la main.

Arno Camenisch, Ustrinkata, Quidam 2020, traduit de l’allemand (Suisse) par Camille Luscher.

C’est comme ça qu’on boit et qu’on cause chez la Tante, à l’Helvezia. C’est le dernier soir, après le bistrot il ferme. Tu viens prendre un verre ? Le livre vient juste de sortir, juste avant le confinement. Ce serai bête de ne pas y goûter.




dimanche 5 avril 2020

Nouvelles très brèves (35) (et très à chute)


Ce panneau triangulaire, avec sa falaise au profil effondré, le fascinait. « Et s’il était vraiment prémonitoire ? » se demandait Pierre.




samedi 4 avril 2020

Écrire et publier ou pas (31) (2008)


Tiens puisque ça fait 30 je vais peut-être m’arrêter là, au moins pour le moment. Ce qui suit est trop contemporain pour être raconté. Et puis vous verrez, ça a un sens de s’arrêter là.
En janvier j’envoie Mémoires des failles à Philippe Garnier, qui à l’époque est directeur éditorial chez Denoël. Ce n’est pas que je croie à une possible publication de ce texte, surtout celui-là, chez Denoël, mais j’ai la conviction que Philippe Garnier, lui, peut l’aimer – et aussi qu’il a une chance de connaître déjà mon travail puisque lui aussi a publié chez Melville. Mon père s’est perdu au fond du couloir, un petit livre étrange que j’ai vraiment beaucoup aimé. En effet, le surlendemain ou quelque chose comme ça de mon envoi, il m’écrit que Mémoires des failles le passionne, mais qu’il n’est pas sûr du tout que Denoël puisse quelque chose pour ce texte. Ça se soldera en effet par un repas à deux au restau ; Olivier Rubinstein, qui dirige Denoël à ce moment-là, n’est pas favorable. J’ai du mal avec les patrons, décidément. Mais bon, ça fait plaisir quand même.
C’est l’époque où, roulant sur la Nationale 10 – justement je vais faire reproduire le manuscrit de Liquide – en écoutant France Culture je tombe sur les Mardis littéraires de Pascale Casanova. L’invité n’est pas un auteur mais un éditeur, Pascal Arnaud. Il présente l’Ami Butler de Jérôme Lafargue, qu’il publie chez Quidam. Quidam, je ne connais que de nom. Le gars a l’air passionné. Je me dis que peut-être, je devrais lui envoyer quelque chose. La lecture de l’Ami Butler me le confirme. C’est Monsieur Le Comte au pied de la lettre que je lui envoie. Ce n’est pas un texte facile à publier, mais je ris toujours en le relisant. Et il me ressemble beaucoup. Je ne prends pas garde que le récit fait allusion, vers les premières pages, à « de peu scrupuleux quidams ». Très vite je reçois un clin d’œil de l’éditeur : « N’ayez crainte : le Quidam vous lira très scrupuleusement. » C’est engageant. J’attends un avis ; il ne vient pas.
Je continue, mais assez lentement l’écriture du roman qui à cette époque s’appelle encore juste Liev. Je lis beaucoup. L’idée d’un blog me tente. J’en lis plusieurs très quotidiennement. Le premier, ça a sans doute été les Lignes de fuite de Christine Genin ; j’y ai trouvé beaucoup d’idées de lecture. Didier da Silva et ses Idées heureuses m’y pousse un peu aussi. Bien sûr je lis aussi l’Autofictif de Chevillard, depuis le premier jour. J’ai envie d’y mettre un peu de tout. Aussi bien des avis de lecture, des billets d’humeur, des feuilletons littéraires. C’est pour Hublots, dès 2008, que je commence à concevoir Vie des hauts plateaux, qui plus tard deviendra un livre chez Louise Bottu.
Sans nouvelles de Quidam, je le relance, par acquit de conscience ; je crois que c’est mort. Pas du tout. Il me dit que Monsieur Le Comte lui plaît beaucoup, et qu’il est sûr que j’ai autre chose à lui proposer. Pas fou. Je lui envoie Liquide. Il prend tout, et la suite. On se voit, on discute. Je me souviens que très vite, on parle de littérature, de Raymond Federman, de Céline Minard : des livres que je n’ai pas écrits, qu’il n’a pas publiés.





Nouvelles très brèves (34) (et très à chute)


C’était peut-être le premier qu’il perdait. Ce ne serait pas le dernier, se dit-il en caressant son crâne.




vendredi 3 avril 2020

Nouvelles très brèves (33) (et très à chute)


Elle ne tenait plus vraiment à lui, et tout jeune qu’il fût, il le sentait bien. Il ne cessait de la taquiner pour accélérer les choses, il se sentait grandir.
Une petite souris officialisa leur séparation.


Day after day


Day after day, day after day,
We stuck, nor breath nor motion ;
As idle as a painted ship
Upon a painted ocean.

Les jours suivaient les jours en une vaine attente.
L’immobile bateau demeurait là, cloué,
Tel une sombre estampe accrochée, permanente,
Un portrait de vaisseau sur la mer englué.

Coleridge 1797, Annocque 1986.

J’en profite pour rappeler que ma relation au poète anglais fait l’objet d’un texte dont la première partie est parue récemment dans la revue Catastrophes, cliquez donc.



jeudi 2 avril 2020

Écrire et publier ou pas (30) (2007)


Il me reste à trouver un nouvel éditeur puisque Melville n’existe plus mais je me souviens que ça me tracasse moins. Je lis beaucoup, et notamment mes contemporains. J’ai noté (notamment) dans le Carnet vert Il y a de de Gabriel Bergounioux (donc j’avais déjà lu Il y a un), Pas Billy the Kid de Julien d’Abrigeon, Océan Pacifique de Hubert Mingarelli, Manière d’entrer dans un cercle & d’en sortir de Pascale Petit, Bleu horizon de Danielle Auby, Déplacements de Marie Cosnay, Faits II de Marcel Cohen, Maîtres et serviteurs de Pierre Michon, Tryphon Tournesol et Isidore Isou d’Emmanuel Rabu, Hoffmann à Tokyo de Didier da Silva… Il n’y a pas là-dedans un livre qui ne soit pas au moins très bon. Le paysage littéraire est mal balisé, c’est vrai, mais le lecteur vraiment curieux peut quand même s’y retrouver.
J’en profite aussi pour réécrire le début de Monsieur Le Comte au pied de la lettre, pour modifier la temporalité dans Liquide, pour écrire un nouveau début à Mémoires des failles. Tant qu’un livre n’est pas publié, il n’est pas terminé. J’écris aussi une nouvelle, une fois n’est pas coutume : Révolution. On peut la lire dans l’édition 2015 de la revue The Black Herald, en français et en anglais, dans la traduction de Rosemary Lloyd. Et puis je termine le premier jet du livre qui devrait ne pas être le prochain à paraître chez Quidam, mais le suivant. Oui, la temporalité est une chose compliquée.






Nouvelles très brèves (32) (et très à chute)


Il était glacé. Il sentait qu’il n’avait plus sa place. Dans une dernière et collective précipitation, il s’écrasa sur mon pare-brise.