vendredi 25 novembre 2011

en famille


Je n’avais pas encore lu le Son de ma voix de Ron Butlin. Quidam vient de le sortir dans sa toute nouvelle collection In the pocket, de très jolis poche, ou semi-poche ; c’était l’occasion. Dès le début, quand j’ai lu la première phrase, « Tu étais à la fête quand ton père est mort », je me suis senti étrangement en famille. Je ne sais pas si c’est ma pratique de la lecture qui tourne de plus en plus autour de mon nombril, car s’il n’y avait pas l’alcool pour faire office de sujet – alors que personnellement j’ai tendance presque malgré moi à gommer tout ce qui peut ressembler un peu trop à un sujet – l’essentiel du propos : jouer un rôle social, ne plus être soi-même, se donner le change, tout ça écrit à une deuxième personne d’origine secrète ; c’était un peu comme relire un roman dont j’aurais oublié d’être l’auteur.


http://www.decitre.fr/gi/84/9782915018684FS.gif

Commentaires

C'est bien qu'il soit sorti en poche, j'espère que cela lui apportera de nouveaux lecteurs car ce livre est épatant, quel style !
Commentaire n°1 posté par Pascale le 25/11/2011 à 22h40
Très fort (même si mon avis n'est pas très objectif !)
Réponse de PhA le 25/11/2011 à 22h54
J'ai aimé cette phrase : "Un roman dont j'aurais oublié d'être l'auteur" : amnésie littéraire qui titre un haut degré.
Commentaire n°2 posté par Dominique Hasselmann le 26/11/2011 à 07h44
En réalité je suis l'auteur de tous les livres. C'est pour ça que je ne parle jamais de ceux que je n'aime pas : j'en ai honte.
Réponse de PhA le 26/11/2011 à 16h17
Je serais curieux de savoir comment peut-on lire autour de son nombril.
(Une collection poche chez Quidam? !! Formidable, les affaires vont bien!)
Commentaire n°3 posté par Depluloin le 27/11/2011 à 11h59
Comme ça ?

(Très jolis, qui plus est, ces petits livres.)
Réponse de PhA le 27/11/2011 à 19h12
Ha! ha! Monsieur a réponse à tout! :))
Commentaire n°4 posté par Depluloin le 28/11/2011 à 10h12
Le son de ma voix me parle.
...
Commentaire n°5 posté par tor-ups le 28/11/2011 à 12h42
Comme à moi ?
Réponse de PhA le 30/11/2011 à 19h34

dimanche 20 novembre 2011

et de papillons blancs la mer est inondée


Tiens, en voilà un, justement, souvent relu autrefois, de Nerval encore :
 
ERYTHREA
 
 
Colonne de Saphir, d’arabesques brodée
– Reparais ! – Les Ramiers pleurent cherchant leur nid :
Et, de ton pied d’azur à ton front de granit
Se déroule à longs plis la pourpre de Judée !

Si tu vois Bénarès sur son fleuve accoudée
Prends ton arc et revêts ton corset d’or bruni :
Car voici le Vautour, volant sur Patani,
Et de papillons blancs la Mer est inondée.

MAHDEWA ! Fais flotter tes voiles sur les eaux
Livre tes fleurs de pourpre au courant des ruisseaux :
La neige du Cathay tombe sur l’Atlantique :

Cependant la Prêtresse au visage vermeil
Est endormie encor sous l’Arche du Soleil :
– Et rien n’a dérangé le sévère portique.
 
 
que je préférais nettement à la version dite « A Madame Aguado » :


 
Colonne de saphir, d’arabesques brodée
Reparais ! Les ramiers s’envolent de leur nid,
De ton bandeau d’azur à ton pied de granit
Se déroule à longs plis la pourpre de Judée.

Si tu vois Bénarès, sur son fleuve accoudée
Détache avec ton arc ton corset d’or bruni
Car je suis le vautour, volant sur Patani,
Et de blancs papillons la mer est inondée.

Lanassa ! fais flotter tes voiles sur les eaux !
Livre tes fleurs de pourpre au courant des ruisseaux.
La neige du Cathay tombe sur l’Atlantique.

Cependant la prêtresse au visage vermeil
Est endormie encor sous l’arche du soleil,
Et rien n’a dérangé le sévère portique.
 
 
Et en les relisant je me souviens que cette préférence tenait essentiellement au dernier vers du deuxième quatrain : il était clair que les blancs papillons ne savaient pas me fasciner comme les papillons blancs. Heureusement je les retrouvais toujours plus cosmiques encore quand la neige du Cathay tombait sur l’Atlantique. Et je les retrouve encore parfois quand le hasard dépose entre mes pieds un minuscule papillon blanc sur le bitume.



Commentaires

Il faudrait prévoir des passages protégés spéciaux pour ces papillons comme pour certaines libellules urbaines...
Commentaire n°1 posté par Dominique Hasselmann le 21/11/2011 à 11h49
Hum ! Je ne sais trop. Les italiques sont bien nombreux dans la première proposition. Pour le troisième vers du premier quatrain, j'hésite. Le mot bandeau me plaît à moitié. Quant à blancs, je ne parviens pas à me décider non plus. 
Commentaire n°2 posté par Dominique Boudou le 21/11/2011 à 13h05
Ces préférences anciennes étaient très instinctives, je serais bien en peine de les expliquer.
Réponse de PhA le 21/11/2011 à 19h22

vendredi 18 novembre 2011

comment ne pas croire en la métempsycose


Le président avait un faux air de M. Nisard ; les deux assesseurs ressemblaient à M. Cousin et à M. Guizot, mes anciens maîtres. Je ne passais plus comme autrefois devant eux mon examen en Sorbonne. J’allais subir une condamnation capitale.
Sur une table étaient étendus plusieurs numéros de Magazines anglais et américains, et une foule de livraisons illustrées à four et à six pence, où apparaissaient vaguement les noms d’Edgar Poe, de Dickens, d’Ainsworth, etc., et trois figures pâles et maigres se dressaient à droite du tribunal, drapées de thèses en latin imprimées sur satin, où je crus distinguer ces noms : Sapientia, Ethica, Grammatica. Les trois spectres accusateurs me jetaient ces mots méprisants :
« Fantaisiste ! réaliste !! essayiste !!! »
 
Gérard de Nerval, Les Nuits d’octobre, XXV.
 
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/03/F%C3%A9lix_Nadar_1820-1910_portraits_G%C3%A9rard_de_Nerval.jpg/250px-F%C3%A9lix_Nadar_1820-1910_portraits_G%C3%A9rard_de_Nerval.jpg
 
(J’ai beaucoup lu Nerval autrefois. En fait non, je ne l’ai pas tellement lu – mais je l’ai beaucoup relu.)


Commentaires

Nerval, je pense "à son spectre gelé au-dessus de poubelles"
Commentaire n°1 posté par Zoë Lucider le 18/11/2011 à 19h55
La nuit du 26 janvier.
Réponse de PhA le 19/11/2011 à 09h50
Tiens, je te signale ces liens très intéressants sur Nerval :
http://www.sylvie-lecuyer.net/reperesbiographi.html
et puis ce site né cette semaine (ce n'est donc qu'embryonnaire) qui contiendra des textes de Nerval (de Lécuyer toujours) :
http://www.gerard-de-nerval.net/
Commentaire n°2 posté par Romain le 18/11/2011 à 21h04
Merci Romain !
Réponse de PhA le 19/11/2011 à 09h47
C'est un épisode sanglant de la Commune de Paris?
Commentaire n°3 posté par Thaddée le 19/11/2011 à 00h24
Un rêve prémonitoire.
Réponse de PhA le 19/11/2011 à 09h50

mardi 15 novembre 2011

il n’y a que les cimetières et les cinémas qui ne changent pas


à la hauteur du stade j’ai dit
je vais te montrer une dernière chose
quand nous sommes arrivés devant la falaise
qui tombe à pic dans la mer
j’ai dit ce sont les tombes d’élégie 2
les tombes phéniciennes
creusées dans le roc
à ciel ouvert
elles étaient remplies d’eau de pluie
les nuages s’y reflétaient
en fin d’après-midi
ça faisait des rectangles
brillants argentés à la surface de la roche
elles non plus
n’ont pas changé
il n’y a que les cimetières et les cinémas qui ne changent pas
pourquoi
nous sommes rentrés par la casbah
la nuit tombait les murs avaient de jolies couleurs
des fillettes rentraient de l’école
elles étaient insouciantes gaies
il faut qu’elles le soient ai-je pensé
c’est sur elles que repose l’avenir de cette foutue ville
c’était quoi
que tu étais venu chercher
c’était ça
ce que j’ai vu
bien que je ne sache pas exactement ce que j’ai vu
même pas
écoute
il y avait une jeune fille
qui habitait rue Quevedo
en face du terrain de gym
on la voyait sur son balcon
une jeune fille de notre âge
très jolie
je crois qu’elle aidait ses parents dans leur magasin
nous la croisions tous les jours dans la rue
à la sortie des classes
ou bien nous la retrouvions sur la plage
je n’oublierai jamais son visage ses yeux sa voix
il y a deux ans à Paris
nous nous étions retrouvés
quelques anciens du lycée
pour dîner dans un restaurant
quelqu’un a dit elle viendra aussi
après le dîner au moment de nous séparer
j’ai dit est-ce qu’elle ne devait pas venir
elle était là mon vieux tu lui as même parlé à table
je ne l’ai pas reconnue
sans doute a-t-elle beaucoup changé
mais non mon vieux elle n'a pas tellement changé
eh bien ce que j’ai vu ici
ça doit être pareil
le lendemain nous avons repris le bateau
 
Emmanuel Hocquard, Deux étages avec terrasse et vue sur le détroit, Echo & Co à Royaumont, 1989, p. 35 à 37.


Commentaires

C'est superbe! merci Philippe! 
Commentaire n°1 posté par Depluloin le 16/11/2011 à 16h41
Et merci à notre amie commune qui m'a offert cette petite merveille.
Réponse de PhA le 16/11/2011 à 17h43
Mais où sont partis le Novéac, l'Eden, l'Empire, le Familia, le Majestic... ?
Le Père-Lachaise est toujours là, lui, éternel.
Commentaire n°2 posté par Dominique Hasselmann le 17/11/2011 à 07h55
Au pays des étoiles.
Réponse de PhA le 18/11/2011 à 08h10
Hey, man !!! On parle de Tanger !!! Je reconnais ma ville !!! Merci Philippe !!!
Et quelle belle phrase, celle que vous relevez dans le titre... (si vraie, en plus)
(mes excuses aux lecteurs : nous, tangérois, sommes fous d'amour pour cette ville, que d'alleurs personne n'aime (sauf nous), tant elle sait ouvrir à nos regards un détroit où le même et l'autre peuvent encore confondre, paisiblement, leur altérité, voire même devenir, de temps en temps, délicieuse brume...  à bas marrakech...)
Commentaire n°3 posté par F le 17/11/2011 à 22h21
C'est bien Tanger en effet, vu par son "privé". (Vous donnez envie d'y aller !)
Réponse de PhA le 18/11/2011 à 08h14
@ F : cela peut me faire penser à autre chose...
Commentaire n°4 posté par Dominique Hasselmann le 17/11/2011 à 22h29
@DH : Cela peut aussi me penser faire autre chose... (allez, la musique - Lautréamont)
Commentaire n°5 posté par F le 17/11/2011 à 23h57

jeudi 10 novembre 2011

fruits de saison


fruits-de-saison.jpg
« Et les Fruits d’Or, est-ce que vous aimez ça ? »
« Très bon, l’article de Brulé sur les Fruits d’Or. De tout premier ordre. Parfait. »
« … je l’avoue, ces Fruits d’Or dont on parle tant… eh bien il n’y a rien à faire… je m’y suis reprise à dix fois… C’est rigide, c’est froid… »
« Les Fruits d’Or, ma chère amie… je pense que notre bon maître, ici, sera de mon avis… c’est une œuvre d’art pourquoi ? D’abord parce qu’elle est vraie. »
« … Ah, sûrement, Jean Laborit n’aime pas du tout les Fruits d’Or. J’en suis certain, je suis prêt à le parier. »
« Les Fruits d’Or, c’est le meilleur livre qu’on a écrit depuis quinze ans. »
« Les Fruits d’Or, c’est le meilleur livre qu’on a écrit depuis quinze ans. »
« Les Fruits d’Or, vraiment, c’est un pur chef-d’œuvre… Cela vivra dans trois cents ans… Non, vraiment, les Fruits d’Or, c’est quelque chose de tout à fait à part. Une sorte de miracle. »
« Les Fruits d’Or, c’est le meilleur livre qu’on a écrit depuis quinze ans. »



Commentaires

Je préfère la vache qui rit.
Commentaire n°1 posté par tor-ups le 10/11/2011 à 16h32
Celle dont on parle tant ? qui a raflé tous les prix ?
Réponse de PhA le 11/11/2011 à 19h35
Les fruits d'or ? C'est Sarraute,non ? Faudrait le relire aussi. Je l'ai beaucoup aimé il y a longtemps.
Commentaire n°2 posté par Dominique Boudou le 11/11/2011 à 14h00
Sarraute bien sûr, à relire régulièrement, surtout en cette saison.
Réponse de PhA le 11/11/2011 à 19h36
- Dommage que La Sensibilité des chataîgnes soit passé à côté du Goncourt...
- Eh oui, le jury a dû être rebuté à cause de l'âge de l'écrivain.
- Pourquoi ?
- Onze ans (une sorte de Minou Drouet au masculin), c'est un peu juste !
- Non, je crois qu'ils ont été perturbés par l'histoire racontée...
- C'est quoi ?
- Un type qui balance des marrons à tour de bras à tous ses interlocuteurs, et ceux-ci finissent par se révolter contre l'auteur...
- Une allégorie ?
- Non, un alligator qui, à la fin, dévore l'écrivain (le narrateur) sur une plage du Sénégal où il est parti chercher l'inspiration.
- C'est triste.
- Oui, surtout pour Jean-Raymond de L'Escarpolette, le jeune candidat : il paraît que son papa, qui est ambassadeur, n'est pas content.
- Bof, il n'a qu'à le priver de dessert et lui supprimer les macarons Ladurie (voir le dernier article de Paris Match) !
Commentaire n°3 posté par Dominique Hasselmann le 11/11/2011 à 19h46
C'est peut-être parce qu'on confond parfois les châtaignes et les marrons, c'est un domaine où la confusion est bien organisée.
Réponse de PhA le 11/11/2011 à 23h06
Une de vos poules a des dents. Bravo. C'est rare.
 
Commentaire n°4 posté par Depluloin le 11/11/2011 à 19h59
Des oeufs d'or ? Où donc ?
Réponse de PhA le 11/11/2011 à 23h07
J'ignorais que les fruits d'or ont du piquant...
Commentaire n°5 posté par Thaddée le 14/11/2011 à 15h11
J'en ai choisi exprès d'apparence comestible - qui ne le sont pas.
Réponse de PhA le 14/11/2011 à 18h54

lundi 7 novembre 2011

allez les verts arbrisseaux


http://www.eric-chevillard.net/images/actualite/iguanesetmoines180.jpg 
Et c’est le but bravo et maintenant on range le ballon dans le sac à ballon la boîte à ballon le placard à ballon puis on brûle la maison du ballon au moins le dégonfle-t-on le perce on le met en pièces parce qu’à la fin on en a marre de ces trajectoires et de ces tirs courts ou longs j’ai des graines pour relever la forêt amazonienne dans le chaudron de Saint-Etienne allez les verts arbrisseaux germez sortez de terre en chandelles transpercer la défense adverse par les ailes à moi à moi je renverse le jeu j’erre dans la lande de Gerland à petits pas j’ensemence le parc des princes d’essences exubérantes lianes minces feuilles géantes puis voici l’animal j’introduis l’ocelot le puma le coati la mygale les bêtes rampantes qui passent entre les jambes grand pont de l’anaconda et quel crampon le gardien dans sa cage n’en mène pas large la forêt envahit quatre-vingts terrains par seconde de par le monde à ce qu’on dit et maintenant les enfants j’aimerais revoir l’ours blanc sur la piste noire.
 
Eric Chevillard, Iguanes et moines, Fata Morgana 2011, p. 38.


Commentaires

"...j’ai des graines pour relever la forêt amazonienne dans le chaudron de Saint-Etienne." ... comme un gadget de Pif gadget ?
Commentaire n°1 posté par Gilbert Pinna le 07/11/2011 à 19h51
Mince, un numéro de Pif que j'ai raté.
Réponse de PhA le 09/11/2011 à 15h41
 

mardi 1 novembre 2011

entre chagrin et néant


Tandis que je lis Entre chagrin et néant, ce constat terrible de Marie Cosnay sur la violence qu’une justice transformée en mécanique dont les différentes parties en dépit de leur humanité ne sont plus que des rouages fait subir aux "sans papiers",
 
http://www.decitre.fr/gi/02/9782913388802FS.gif 
… Un Angolais, résidant depuis très longtemps au Portugal, sans visa Schengen, il faisait un aller retour pour un enterrement. Alors qu’il rentrait, il a été arrêté. Il ne sera pas au travail lundi. Il n’a pas pu prévenir sa femme. Il a une petite fille de quelques mois. Il n’imaginait pas que, régulier au Portugal, il ne pouvait pas faire un aller retour en France. Il montre sa carte de sécurité sociale, un récépissé des impôts. Première prolongation…
 
voici qu’elle tient, depuis quelques semaines, un site complétés par des articles à lire ici.
(Et sur ces Hublots, on sait qu’il faut lire aussi l’œuvre romanesque de Marie Cosnay.)
 
Entre chagrin et néant, publié initialement chez Laurence Teper en 2009, est maintenant disponible aux éditions Cadex, sur le site desquelles vous trouverez plus de détails.


Commentaires

Je l'ai lu chez Laurence Teper, à sa sortie. Souvenir fort de lecture.
Commentaire n°1 posté par Pascale le 01/11/2011 à 18h41
Une manière de laisser les choses parler par elles-mêmes. Terrible.
Réponse de PhA le 02/11/2011 à 17h46
merci Philippe
aujourd'hui - ces jours ci - ici à Bayonne comme ailleurs on ne sait plus comment faire - tant de familles déboutées de l'asile, dehors, sous des tentes, aucune solution, sauf particulières, intenables longtemps...
Albanie, Russie, Arménie, Géorgie...
Découragement...
Il y aurait tant à dire, à montrer...
On peut faire ? On peut dire ?
Oui on le peut. Mais au lieu de m'y mettre, je le sens, il monte, l'état comateux...
Je t'embrasse
Commentaire n°2 posté par marie cosnay le 04/11/2011 à 12h14
Il faudrait que beaucoup de gens lisent ce livre.
(Bon, on a peut-être le droit d'espérer que d'ici quelques mois les choses s'arrangeront un peu de ce côté-là, sinon ailleurs.)
Réponse de PhA le 04/11/2011 à 16h09
 

vendredi 28 octobre 2011

Qu’on se le dise : les prix littéraires font vendre – hélas.

Dans la République des Livres, Pierre Assouline a écrit un billet sur la dernière sélection du Goncourt. C’est un billet à valeur informative : j’y ai appris quels titres y figurent encore, quels autres ont été écartés. Que parmi ceux qui restent, chacun avait ses chances. Et puis aussi, j’y ai appris, chiffres à l’appui, que les prix littéraires font vendre. Il me semblait bien aussi que c’était le cas, mais il paraît qu’une idée reçue prétend le contraire (encore une chose que j’y ai apprise, tiens).
Eh bien, ce n’est pas une bonne nouvelle. C’est exactement ce que je leur reproche, aux prix : de faire vendre. De propager l’illusion que la littérature, ça se vend et ça s’achète, comme ça, par dizaines de milliers d’exemplaires. (Des dizaines de milliers de lecteurs en train d’aimer le même livre en même temps ! Quand j’y songe, j’en ai froid dans le dos.) D’encourager des auteurs à faire tout bien comme il faut pour l’avoir, le prix – d’ailleurs il y en a qui boudent quand ils ne l’ont pas. (Cette idée qu’il faille se conformer…) D’encourager les éditeurs à traiter différemment (litote) leurs titres primables et les autres. De faire croire qu’il n’y a que cinq ou six maisons qui publient des livres bons à primer – ce qui n’est pas tout à fait faux : il n’y a en effet que cinq ou six maisons en mesure de faire imprimer fissa la quantité suffisante de livres qui devront s’empiler sur les étalages des libraires le lendemain de l’heureuse nouvelle.
Enfin, ce que j’en dis, c’est juste l’opinion d’un auteur sans prix, hein.

Commentaires

Certains ouvrages sont créés pour leur public. Certains autres créent leur public.
Paul Valéry

Commentaire n°1 posté par Pascale le 28/10/2011 à 12h12
Nous ne passerons pas notre vie entière dans des préfabriqués.
Réponse de PhA le 28/10/2011 à 22h55
... vous êtes hors de prix.
Commentaire n°2 posté par Gilbert Pinna le 28/10/2011 à 16h22
C'est vrai qu'on ne m'achète pas facilement.
Réponse de PhA le 28/10/2011 à 23h00
Si au moins ils faisaient lire ce serait toujours ça de gagné
Commentaire n°3 posté par L'employée aux écritures le 29/10/2011 à 14h45
Parce qu'il faut les lire, en plus ?
Réponse de PhA le 29/10/2011 à 17h27
Oui, vous êtes sans prix, et je ne revendrai vos livres pour rien au monde, non mais.
Commentaire n°4 posté par Sophie K. le 29/10/2011 à 15h24
Vous avez raison : d'ici quelques années les collectionneurs se les arracheront à prix d'or.
Réponse de PhA le 29/10/2011 à 17h29
j'allais dire que vous n'avez pas de prix, mais d'autres (y comprix vous) l'ont déjà dit... primé, imprimé, comprimé?
Commentaire n°5 posté par aléna le 29/10/2011 à 18h17
Exprimé, je préfère !
Réponse de PhA le 29/10/2011 à 18h25
Pas déprimé, surtout. Parce que hein bon.
Commentaire n°6 posté par Sophie K. le 30/10/2011 à 11h20
Supprimons la déprime !
Réponse de PhA le 30/10/2011 à 11h33
Prafaitement. (Et déprimons les subprimes.)
Commentaire n°7 posté par Sophie K. le 30/10/2011 à 11h36
Celui qui est couronné : l'épris littéraire.
Celui qui est goncouré : le marathon rouge (en voie de disparition).
Celui qui est renaudotisé : a décroché le fromage de maître Corbeau.
Celui qui est féminisé : question de genre, après tout.
Commentaire n°8 posté par Dominique Hasselmann le 30/10/2011 à 12h33
N'as-tu donc pas envie d'être une "idée cadeau" ?
Commentaire n°9 posté par tor-ups le 03/11/2011 à 15h27
C'est-à-dire que je crains que le ruban me donne un air d'oeuf de Pâques.
Réponse de PhA le 04/11/2011 à 16h04
 

jeudi 27 octobre 2011

tous les volumes du Littré


http://www.decitre.fr/gi/12/9782868535412FS.gif 
Il se hisse sur la pointe des pieds pour les photos. C’est comme ça depuis toujours. Sur la photo de classe, à l’école, déjà. L’institutrice voulait qu’il soit assis, au premier rang, avec les petits, mais lui ne voulait jamais. Il préférait être debout, et pour qu’on le voie mieux, il avait même, une fois, réussi à cacher un dictionnaire dans sa veste pour le glisser sous ses pieds juste avant la photo, ni vu ni connu. A partir de ce jour-là les autres l’avaient surnommé Littré, parce qu’ils disaient qu’il aurait fallu tous les volumes du Littré pour le hisser à la hauteur des plus grands. Seulement lui n’aimait pas les livres, à part pour grimper dessus. Seulement lui n’avait pas beaucoup d’amis, parce qu’il essayait toujours d’amadouer les maîtresses d’école, pour leur faire oublier qu’il n’était fort ni en orthographe ni en langue française, leur ramenant toujours un bouquet de fleurs au printemps ou de glands en automne. D’ailleurs souvent il se faisait traiter de gland aussi. Parce qu’il essayait toujours de capter l’attention en disant n’importe quoi, comme par exemple qu’un jour il serait roi et les ferait tous mettre en prison, les moqueurs et les institutrices, ça leur apprendrait. (…)
 
Cécile Beauvoir,  Ce vieil air de blues, « Petit garçon », p. 25-26, Le temps qu’il fait, 2011.
 
Un recueil de récits d’instants qui ne prennent chacun qu’un instant à lire – mais qui résonnent encore un peu plus d’un instant.

mardi 25 octobre 2011

– Qu’est-ce qui vous énerve exactement ?


http://www.sitaudis.fr/Source/GF/hannibal-tragique-de-joseph-mouton.jpg?1279012925 


Je reviens sur Hannibal tragique suivi de Hannibal domestique, dont mon précédent billet aurait pu donner une image par trop réductrice (et maintenant que je l’ai terminé et que je sais de quoi l’auteur est capable, je me tiens à carreau).
 
– Qu’est-ce qui vous énerve exactement ?
– Beaucoup de contes cités par Vladimir Propp contiennent une lutte de type « David contre Goliath », et ce genre de combats finalement gagnés par un héros donné perdant a priori fait sans doute partie du plaisir de la narration depuis les temps plus anciens. Nous nous attendons donc à retrouver cette victoire paradoxale dans les œuvres qui gardent un rapport avec le conte ; nous l’acceptons comme nous acceptons, par hypothèse, les conventions d’un genre. Cependant, j’ai noté chez moi un certain agacement lorsque le paradoxe de la victoire est poussé par l’auteur jusqu’à l’invraisemblance la plus extravagante alors que dans le même temps il tient à nous expliquer le miracle par des raisons empruntées au réalisme le plus technique. Je ne saurais dire exactement ce qui me contrarie dans ce mélange, mais le fait est qu’au lieu de souhaiter la victoire des bons, je me mets alors à souhaiter la victoire des méchants, c’est-à-dire la victoire du nécessaire et du vraisemblable. C’est en lisant une des victoires paradoxales de L’Epée de Darwin (qui sont toutes composées comme je viens de le dire : avec autant d’invraisemblance que de réalisme arrogant) que j’ai songé au procédé du renversement : il consisterait à renverser le sens du combat à même l’écriture du roman, c’est-à-dire en se coulant le mieux possible dans le style narratif de l’auteur. Si j’avais vraiment les moyens de faire ce que je veux, je me proposerais de publier beaucoup d’œuvres ainsi corrigées par un renversement. Certaines de ces œuvres pourraient prendre une forme ridiculement et délicieusement réduite (par exemple 14 p au lieu de 536), à cause que le renversement interviendrait très tôt dans l’action et ne laisserait aucun héros en vie pour la poursuivre ; d’autres pourraient au contraire se développer au-delà de leur format initial, non pas parce que le renversement n’aurait pas accompli son travail de destruction, mais parce que nous suivrions le destin de personnages que l’auteur considérait pour sa part antipathiques, ou pour d’autres raisons à inventer…
– Et donc, dans L’Epée de Darwin
– Vous avez raison, Sgaldo, je parle, je parle, et nous n’avons pas toute la nuit devant nous. (…)
 
Bref de la théorie à la pratique, voilà un très bref échantillon de ce que ça donne à la fin :
 
Quand Tony s’engagea sous les pins Douglas en contrebas de la prairie, la bouillie sanglante en quoi il avait transformé le visage de Darwin Minor lui revint à l’esprit dans un flash, et il se sentit bizarre. De toute son existence, il n’avait jamais rien connu qui approchât la dépression nerveuse, même de loin : il ne comprit donc pas qu’il était déprimé.
Et sans doute ne reconnut-il pas en lui-même l’âme de Joseph Mouton, laquelle désormais l’animait d’une humanité qui jusque là lui était interdite.
Les deux extraits cités sont respectivement aux pages 284 à 286 et 293 d’ Hannibal tragique suivi de Hannibal domestique, publié par Jérôme Mauche, l’un des protagonistes du livre, dans la belle collection Les Grands Soirs, aux Petits Matins évidemment.

lundi 24 octobre 2011

depuis le temps

– Toujours rien.
– … ?
– Je dis : toujours rien.
– Et alors quoi ?
– Rien, quoi. Depuis le temps, toujours rien, quoi.
– Et alors quoi ?
– …
– Ah.
 

samedi 22 octobre 2011

L’Art de la comédie


http://elartedelacomedia.files.wordpress.com/2009/12/eduardo20de20filippo.jpg 
L’Art de la comédie d’Eduardo de Filippo n’est pas l’essai sur le théâtre que par son titre il feint d’être mais plutôt sa transformation : le théâtre même – et il n’y est nullement question de ce sport dont l’actualité vient malgré moi de contaminer mes métaphores puisqu’il y est question disais-je du théâtre même, non pas seulement à la manière de l’écrivain (Filippo en est un assurément) qui pourrait faire de son art son sujet (esquivons d’emblée les soupçons à la mode d’intellectualisme dont est par principe victime toute œuvre tant soi peu autoréférentielle, d’ailleurs la pièce n’est ni française ni contemporaine) mais plutôt à la manière du comédien qu’il fut d’abord et du coup : c’est une vraie comédie. Une vraie comédie, franche et drôle, et justement montée comme telle par Philippe Berling et ainsi interprétée par une sacrée belle compagnie de comédiens. Il faut dire qu’il y a matière pour un comédien à prendre du plaisir. Non contents de donner corps à une jouissive mise en abyme pirandellienne (la référence à Six personnages en quête d’auteur est explicite et assumée), c’est aussi leur propre métier que les comédiens d’Orestia Campese et ceux de Philippe Berling sont invités à défendre. C’est pourquoi la première partie pourrait paraître un peu longue sans le talent des comédiens, Clotilde Mollet et Jacques Mazeran en tête : c’est aussi que Filippo a quelque chose à dire sur la condition des comédiens qui depuis cette Italie de 1965 sonne encore très actuel. Mais la deuxième partie surtout est un vrai festival dont on ne saura jamais (et cette indécidabilité, forcément, j’adore) s’il s’agit ou non d’un spectacle dans le spectacle : les nouveaux personnages qui interviennent nous sont donnés comme des deux-en-un : Christian Caro, Lyes Salem et Cécile Le Meignen notamment interprètent-ils un prêtre, un médecin ou une institutrice ou un acteur jouant un prêtre, jouant un médecin, jouant une institutrice ? C’est L’Art de la comédie – et ça se joue aujourd’hui et demain encore au Théâtre de l’Ouest Parisien à Boulogne, avant de continuer la tournée ailleurs (la troupe d’Orestia Campese aussi est itinérante).
 

dimanche 16 octobre 2011

Ce billet ne parle pas de la Belgique ni de l’Europe.


Le samedi 3 septembre 2005. Le milieu de la poésie en France est un petit milieu. N’ayant pas moi-même évolué dans beaucoup de milieux différents, j’aurais du mal à juger de sa petitesse relative, mais je gage qu’il est beaucoup plus étroit que celui des surfeurs (qui n’ont pas besoin de traductions en anglais pour hanter avec leur planche les rouleaux des Caraïbes ou de la Californie, et constituent donc de ce fait une fraternité internationale), négligeable par rapport à celui des joueurs de squash, ridicule au prix de celui du théâtre, peut-être comparable à certaines spécialités de la philatélie, quoique cette passion draine sans doute un peu plus d’argent et beaucoup moins d’amateurisme éteint (je veux dire : pas éclairé). Or une personne entièrement étrangère à ce petit milieu pourrait estimer que, eu égard à la quasi-inexistence du lectorat et considérant le caractère non-lucratif des entreprises qui n’y prospèrent pas, tous les membres de la communauté doivent sûrement se traiter entre eux un sur le pied de la tolérance et de la solidarité. Notre Candide serait donc très surpris d’apprendre qu’au contraire, le milieu de la poésie ressemble à la noblesse d’Ancien Régime pour ce qui est des hiérarchies fines et des quartiers, et que là où un désaccord apparaît sur le point de savoir qui doit la préséance à qui, c’est simplement la guerre la plus féroce qui fait rage (pas de quartiers) ; si bien qu’à moins d’avoir blanchi sous les honneurs d’époques et d’idéologies diverses, presque personne n’est à l’abri de l’excommunication (ou de quelque fatwa, dirais-je pour me faire comprendre des jeunes lecteurs) et tout le monde doit souffrir les insultes ou les calomnies d’une grosse minorité du clergé poétique (tant du bas que du haut). Pour expliquer ce paradoxe, je hasarderais que, lorsque les hommes se battent pour un certain pouvoir, ils ne regardent pas comme désirable le seul symbole du pouvoir, mais visent avec lui une foule de commodités, d’avantages, d’obligations, de servitudes et de grandeurs, qui sont inextricablement réelles et imaginaires. Par conséquent, supposé que leur combat soit le plus terrible du monde, toutefois, il ne donnera presque jamais lieu au pire, parce que la réalité du pouvoir, complexe et partageable, exige des accommodements et des trêves, même de la part de lutteurs qui se détestent de tout leur âme. Enlevez à présent cet enchevêtrement réel et imaginaire de jouissances dans lequel ordinairement se tisse le pouvoir : il vous restera une puissance purement symbolique, à laquelle cent dix ventes au lieu de soixante-quinze, quelques compliments peut-être hypocrites, la ferveur d’une poignée de culturels ou l’édition prochaine d’un DVD ne fourniront pas plus de consistance qu’elle n’en a sèchement par elle-même. C’est selon moi la raison pour laquelle les poètes sont aujourd’hui des gens capables du pire ; l’anéantissement ne menace en effet aucune réalité ; un « suicide » n’entraînera pas plus de conséquences que l’annulation du « prochain DVD » ; et nous irons potentiellement vers « la guerre de tous contre tous » pour autant que les auteurs de poésie devront s’arracher les uns aux autres les débris d’une pénurie de réalité accablante.
 
Joseph Mouton, Hannibal tragique, suivi de Hannibal domestique, les Petits Matins, collection les Grands Soirs, 2010, p. 55 à 57.
 
Si le roman est à la littérature ce que les Etats-Unis sont au monde entier – enfin, c’est l’ex-bibliothécaire qui le dit à Monsieur Le Comte à la page 54 du livre ainsi titré ci-contre (et plus engagé qu’on a bien voulu le lire), à vous de voir s’il faut le prendre au pied de la lettre –, la poésie contemporaine ne serait-elle pas plutôt à la littérature ce que la Belgique est à l’Europe ? – entendez, un laboratoire selon l’expression journalistique consacrée où l’on peut observer à l’avance et en miniature ce qui ne manquera pas d’arriver très vite à la littérature dans son ensemble et d’ailleurs quasi à la même échelle : on ne va pas pavoiser parce qu’on vend trois ou quatre fois plus qu’un rien qui continue gaillardement de tendre son asymptote vers zéro. Allez, restons optimiste : zéro plus. C’est d’ailleurs peut-être à l’optimisme qu’il faut attribuer les mœurs d’Ancien Régime rapportées ci-dessus par Joseph Mouton et qui à mon oreille de Candide résonnent un peu comme un « Tant qu’y a d’la vie… » Que ce soit l’occasion en tout cas l’occasion d’adresser nos affectueux encouragements à nos confrères de première ligne, tenez bon les gars on est juste derrière et pas trop fiers – et puis surtout parce qu’on aime les lire, quoi.
(Voilà un billet qui si l’on s’en contentait pourrait donner une image très réductrice des enjeux d’Hannibal, tragique et domestique ; pour en avoir une idée plus juste je ne saurais trop vous recommander de lire cet article de Véronique Pittolo sur Sitaudis.)
 
PS : Billet complémentaire.


Commentaires

ya comme un malentendu dans le fait d'assujettir la poésie aux principes qui régissent le secteur marchand; en fait, ceux que la poésie nourrit réellement s'en tapent complètement de ces sketches où la pavane déroule ses tapis. un poème, ça vous cause ou ça ne vous cause pas, et si ça vous cause, à vous de voir ou pas pourquoi, c'est comme la magie. dans la poésie, le lectorat a sa vie et l'auteur la sienne, chacun son truc, inutile d'inventer des pseudos passerelles de communication. l'un écrit pour des raisons qu'ils discerne ou pas; l'autre lit pour d'autres raisons, quelquefois les mêmes, qu'il discerne ou pas, c'est selon. entre les deux, quelques vagues rapports, quasiment aucun en fait, peut-être un si on y réfléchit, mais pas plus.
l'écriture, un acte solitaire.
la lecture, un autre.
(nb: votre post suscite la curiosité, pas l'article de véronique pittolo^^, comme quoi...)
Commentaire n°1 posté par gmc le 19/10/2011 à 09h44
Oh, je ne sais pas si la poésie nourrit vraiment qui que ce soit - en tout cas le malentendu que vous soulignez s'applique parfaitement à la littérature dans son ensemble (il y a encore régulièrement des industriels qui investissent dans l'édition - cette édition sans éditeurs dont parle André Schiffrin -, ce qui me laisse toujours rêveur) ; et cela lui cause un tort considérable.
Réponse de PhA le 19/10/2011 à 15h38
Je me demande s'il faut pas refaire tous les calculs.
Commentaire n°2 posté par tor-ups le 19/10/2011 à 10h00
Refaisons tous les calculs : tous les calculs sont toujours à refaire.
Réponse de PhA le 19/10/2011 à 15h39
ça donne envie d'écrire...
Commentaire n°3 posté par aléna le 19/10/2011 à 17h15
N'est-ce pas ?
Réponse de PhA le 19/10/2011 à 21h48
ho si, ça nourrit, au moins autant que l'oxygène^^
Commentaire n°4 posté par gmc le 20/10/2011 à 09h18

jeudi 13 octobre 2011

pour une gestion plus intelligente des trucs


Oui, je sais, je m’en plaignais déjà hier soir, aujourd’hui ce n’est pas mieux, de tous ces trucs, toute cette abondance de trucs, cette invasion de trucs partout, partout, plein, plein de trucs partout, des trucs à foison, toute une profusion de trucs dont on n’a que faire.
Autrefois, oui ma bonne dame, il n’y avait pas tant de trucs. Bien sûr, je sais, ça fait un peu passéiste, de dire ça, un peu réac même ; mais quand même, je m’en souviens bien, vous ne me ferez pas dire le contraire : autrefois, il n’y avait pas tant de trucs.
Autrefois, mais oui, il y avait bien quelques machins, par ci par là, un peu éparpillés ; mais c’était presque une distraction, quoi. Pareil pour les trucs. On ne peut pas dire qu’il n’y en avait pas ; mais ce n’était pas l’invasion comme maintenant.
Autrefois, certains trucs étaient même recherchés. Il y a longtemps – c’était avant ma naissance – mes parents, une fois, je crois que c’était pendant les vacances, ils sont partis chercher un truc. Ils ont embarqué dans la voiture tous mes frères et sœurs (mais pas moi, je n’étais pas encore né), tous mes frères et sœurs qui étaient encore tout petits, et ils sont partis chercher un truc, pas n’importe quel truc, le Truc, que ça s’appelait ; ils avaient envie de voir ça, le Truc, on les comprend, moi aussi j’aurais bien aimé voir le Truc, mais je n’étais pas né, pas encore. Enfin, je n’ai pas trop de regrets à avoir, car ils ne l’ont jamais trouvé, le Truc. Pourtant ça valait la peine, il paraît, il y a des gens qui le leur avaient dit, « allez donc voir le Truc, ça vaut le coup ». Mais vous savez comment les trucs sont indiqués, ils ont cherché, cherché, ils se sont perdus un peu, il y avait tous mes frères et sœurs qui devaient pleurer dans la voiture (moi je n’étais pas encore né), enfin bref ils ne l’ont jamais trouvé, le Truc.
Tout ça pour dire que c’était vraiment une autre époque. Qui donc aurait l’idée d’aller chercher un truc, maintenant ? A peine t’es-tu levé de ta chaise que déjà tu buttes sur quatre ou cinq trucs dont tu te demandes bien ce qu’ils font là. Tu ne sais même pas d’où ils viennent. Ils sont là, partout, au travail évidemment, mais chez toi aussi, il y en a plein le garage mais pas seulement, dans ta chambre c’est pareil, et regarde un peu de près sous ton lit, et même dedans, tu verras (sans parler de la salle de bain !). Et quand tu sors de chez toi, dans ce monde encombré de trucs, tu fais comme si de rien n’était, tu marches d’un air dégagé des trucs, pour faire comme tout le monde, pour faire comme si les trucs n’étaient pas là, parce qu’on n’en finirait plus, si on devait se préoccuper de tous les trucs et tous les machins – et pourtant, pourtant, on ne peut pas le nier, aucun truc n’est totalement dépourvu d’intérêt, tous méritent l’attention, si seulement il n’y en avait pas tant, tant de trucs, trop, trop de trucs vraiment.
Il faudrait faire quelque chose. Eh bien oui, on ne va rester comme ça, à se laisser envahir par les trucs. Ecologiquement, c’est évidemment une catastrophe : la menace des trucs sur notre environnement est telle qu’elle ne mérite même plus d’être appelée la menace des trucs sur notre environnement mais plutôt la menace des trucs sur les trucs qui constituent désormais notre environnement (dont on sait qu’ils menacent eux-mêmes d’autres trucs qui constituent notre environnement, enfin, vous voyez ce que je veux dire). Et les nécessités écologiques ne sont pas en contradiction avec une économie bien comprise : il est bien évident que cette inflation des trucs est économiquement néfaste aux trucs eux-mêmes, chaque truc se trouvant dévalué dans sa singularité par l’inutile concurrence des autres trucs. Enfin bref, je lance l’idée : il est temps aujourd’hui de faire quelque chose pour une gestion plus intelligente des trucs. Il ne sera pas dit que je ne suis pas un écrivain engagé dans son époque.



Commentaires

Il est beau ce rivage des turcs.
Commentaire n°1 posté par Dom A. le 13/10/2011 à 20h00
Ah ! Ne me parlez de tous ces trucs qu'on trouve sur les rivages, sur les visages, dans les virages et dans les images.
Réponse de PhA le 13/10/2011 à 21h41
... ah oui, Philippe, ça c'est de l'engagement, quoi. (Et je propose un slogan pour ce combat :  "On ne naît pas truc, on le devient.")
Commentaire n°2 posté par Gilbert Pinna le 13/10/2011 à 20h04
Mais si l'on devient truc, notre cause est désespérée.
Réponse de PhA le 13/10/2011 à 22h36
Si jamais vous retrouviez le mien - il était en plumes - vous seriez bien aimable de me le rapporter
Commentaire n°3 posté par L'employée aux écritures le 13/10/2011 à 23h49

Encore un peu de patience...
Réponse de PhA le 14/10/2011 à 19h42
ah! j'adore! (pas les trucs, mais ce texte)
 
C'est madame sauvage qui va être contente.
Commentaire n°4 posté par Aléna le 14/10/2011 à 10h16
Hélas, j'ai bien peur que ce texte soit encore un truc de plus.
Réponse de PhA le 14/10/2011 à 19h38
On pourrait éviter l'invasion des trucs par un troc généralisé.
J'ai vu que Gonzague Truc était un écrivain (de droite) qui la baillait belle à un de ses lointains épigones, Gonzague Saint-Bris.
J'échange un vieux Samsung U 600 contre un iPhone 4S, me contacter à l'adresse : dominique.hasselmann@wanadoo.fr
 
Commentaire n°5 posté par Dominique Hasselmann le 14/10/2011 à 14h53
En effet, le troc est un bon moyen de limiter la prolifération des trucs ; ça fera partie du programme.
Réponse de PhA le 14/10/2011 à 19h44
Comme Aléna : j'adore ce truc, euh ce texte!
En ce moment, je cherche un truc, pour ne plus avoir besoin de faire mes vitres (0_0)! Non, pas de femme de ménage svp.
Commentaire n°6 posté par Ambre le 17/10/2011 à 11h51
J'ai ce truc-là, c'est très efficace.

Réponse de PhA le 17/10/2011 à 17h36
Ah! j'ai adoré ce texte, Philippe!!
On peut le copiercoller sur FB?
Franchement: mérite une large diffusion!!
 
Commentaire n°7 posté par chris le 17/02/2012 à 15h59
Avec le lien, pourquoi pas ? Merci !
Réponse de PhA le 17/02/2012 à 16h28

lundi 10 octobre 2011

le centre de tout


on est chez soi partout
au milieu d’un trou
qu’il soit vaste ou étroit
peu importe l’endroit
tout centre d’un trou
est le centre de tout
 
Aurelio Diaz Ronda, L’O de trOus, Le grand os, 2010, p. 49.
 
La lecture d’Eric Clemens sur Sitaudis.

Commentaires

on est chez soi partout
au milieu d’un trou
qu’il soit vaste ou étroit
peu importe l’endroit
tout centre d’un trou
est le centre de tout

Bon, revenons aux choses sérieuses...

Commentaire n°1 posté par espace-holbein le 11/10/2011 à 10h10
N'empêche, c'est de l'art.
Réponse de PhA le 11/10/2011 à 17h38
Un trou rond donc? Je n'y avais jamais pensé... (Voir à se faire enterrer debout, comme un brave!)
Commentaire n°2 posté par Depluloin le 11/10/2011 à 11h33
N'est-ce pas que c'est une perspective encourageante ?
Réponse de PhA le 11/10/2011 à 17h40