jeudi 4 février 2016

Simplifions-nous la vie en réformant l'orthographe, ce sera plus simple.

La réforme de l'orthographe, vieux marronnier des cours d'école, est le nouveau sujet à la mode. Allons-y donc.
L'orthographe française présente des aberrations. L'autre jour, Ulysse brandissant devant mes élèves de sixième son épée aiguë, j'avais bien du mal à défendre le tréma sur un e qui n'est jamais que la marque du féminin. Personnellement je trouve qu'il irait mieux au u, je le reconnais volontiers.
Par ailleurs, l'orthographe est un facteur de discrimination sociale. C'est vrai. Il faut réformer ça. On va donc autoriser de nouvelles orthographes, sans bien sûr interdire les anciennes, heureusement. Il y a encore des élèves qui écrivent événement, je me vois mal les pénaliser. On va donc organiser la coexistence de deux orthographes. Une sorte de vivre-ensemble orthographique, quoi. Il y aura l'orthographe des lettrés anciens, et l'orthographe des plus ou moins lettrés modernes. On aura soin de choisir soigneusement entre le nénuphar et le nénufar selon la personne à qui on l'offre. Le choix même de l'orthographe d'un mot aura désormais un sens. Qui sait, peut-être même un sens politique. Il faudra enseigner tout ça aux jeunes générations. C'est sûr que ça va nous simplifier le travail.
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15 commentaires:

  1. D'abord je vais m'empresser d'afficher demain dés l'aube à l'heure où blanchit la campagne cette chronique dans ma salle des profs (même si je ne suis qu'un modeste instit')... Et je ne peux m'empêcher de citer l'immense Eric Chevillard. Ceci me semble aller avec cela : "Nous nous alarmons à juste titre des menaces qui pèsent sur la culture des Dogons, des Indiens ou des Aborigènes, mais quiconque s’avise d’exprimer la moindre inquiétude concernant l’avenir de la nôtre passe aussitôt pour un nationaliste étroit, réactionnaire et possiblement xénophobe. Nous avons si peur de penser mal que nous finirons par cultiver l’ignorance et l’illettrisme comme des vertus civiques". (blog l'autofictif du 03/02/2016)

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    1. Ah oui, j'ai lu ce billet, un des petits plaisirs du jour !

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    2. Chevillard, un ange tombé du ciel chaque jour !

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  2. À ce propos, je viens d'écrire ceci ailleurs, je me permets de le partager ici également puisque le sujet est le même :

    Si j'ai bien compris, l'accent circonflexe, à la base, est lui-même issu d'une réforme de l'orthographe, et nénuphar s'écrivait nénufar pendant des siècles. En fait, c'est plutôt que tous les changements nous font bizarre, ça s'appelle l'attachement aux choses qu'on connaît par rapport aux choses nouvelles ou qu'on ne connaît pas ou dont on n'a pas l'habitude. Les premiers qui ont écrit « enfants » au lieu d'« enfans » ont certainement eu droit aux remarques que je lis aujourd'hui concernant ognons et nénufar.

    Bref dans 500 ans certains ne pourront pas accepter qu'on n'écrive plus comme on écrira dans 200 ans.

    L'homme est ainsi fait qu'il s'attache à ce qu'il connaît et voit le plus souvent d'un mauvais œil les changements. Une sorte d'instinct de survie. Et j'ajoute que je n'ai rien contre cet instinct. Disons que personnellement, avoir d'autres façons d'écrire des mots ne me dérange pas.

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    1. Concernant ce bulbe d'alliacée, ce qui est drôle c'est que tout le monde l'a écrit "oignon" pendant des lustres sans se poser de questions et que maintenant ça va soulever des vagues de perplexité.

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    2. Je dois avouer que je m'en posais des questions les premières fois que j'ai dû l'écrire. (j'étais assez mauvais en orthographe, à l'école) Les premières fois, je l'écrivais "ognon" voire "ognion" (quand j'ai appris qu'il fallait l'écrire avec un "i"). Mais maintenant que c'est bien rentré (non pas de jeu de mot, trop scabreux), je vais, je crois, l'écrire ainsi toute ma vie : oignon. Mais si un jour je rencontre un ognon, ça ne me choquera pas.

      Tiens, j'apprends à l'instant ceci :

      "La graphie ognon est ancienne, peu usitée, et la réforme de l'orthographe de 1990 tente sa réintroduction."

      Mais alors, qui a été y foutre un "i" ???

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    3. Si j'osais je dirai qu'il devait probablement être homosexuel celui qui a été foutre un "i" dans l'oignon...

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    4. Je rectifie un peu la phrase :

      Il était probablement sodomite, celui qui, le premier, a été foutre un « i » dans l' « ognon ».

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    5. Bon, je me rappelle quand même l'avoir écrit "augnon" à l'école primaire (ainsi d'ailleurs que "bonney" au lieu de "bonnet") ; et du coup je me sens un peu oublié dans cette réforme.

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  3. "Je vais commencer un jeûne" dit l'ascète.
    "Je vais commencer un jeune" dit l'ogre ou (au choix)

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    1. Heureusement celle-ci on pourra toujours la faire !

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  4. Encore? Et bien voilà! Je vais faire des fautes maintenant! C'était bien la peine! Je m'étais donné un mal de chien quand j'étais petite et tout d'un coup, crac, on abat ce qui faisait ma fierté... La fin des z-haricots, quoi... L'horreur!
    L'orthographe est sacrément ambiguë. Celle que nous avons apprise n'a été fixée que fort tard, au XIXème siècle, elle doit avoir gardé le goût de l'évasion, de l'école buissonnière....

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    1. Encore, pas vraiment ; ça n'est qu'un vieux marronnier qu'on avait un peu oublié.

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  5. Au delà des prises de positions de chacun, le problème, c'est ça (je vous cite) : "Le choix même de l'orthographe d'un mot aura désormais un sens. Qui sait, peut-être même un sens politique"...

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    1. C'est en effet ce que je retiens d'essentiel dans tout ça, et qui fait peu parler.

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