lundi 3 décembre 2012

Quidam pour moi – pour vous (2)


Voilà, c’est la suite d’hier. C’est toujours Quidam, c’est toujours aussi beau, et c’est toujours bientôt Noël et peut-être la fin du monde pour un des éditeurs les plus engagés qui soient pour la littérature contemporaine.
Le catalogue de Quidam, c’est aussi de la littérature étrangère. C’est là que j’ai découvert B.S. Johnson, à qui Laure Limongi consacre l’une des quatre parties de ses Indociles, B.S. Johnson dont ni les trous dans les pages d’Albert Angelo (« pour voir le futur de la fiction ») ni la boîte dans laquelle peuvent être mis dans n’importe quel ordre les différentes sections des Malchanceux ne doivent faire oublier à quel point ces apparents artifices sont d’abord l’expression d’une tentative aussi belle qu’impossible d’atteindre l’homme lui-même, dans son humanité la plus immédiate. R.A.S. infirmière-chef et Christie Malry règle ses comptes, formellement très construits (R.A.S. infirmière-chef est une succession de huit monologues intérieurs – ceux des pensionnaires d’un hospice pour vieillards – parfaitement simultanés : même les pages se correspondent ; et pour Christie Malry règle ses comptes , cliquez donc dessus, vous allez voir), sont aussi les plus drôles et les plus acides ; quant à Chalut, s’il n’a pas encore sa place dans ces Hublots, c’est tout simplement pour faire durer encore un peu la perspective d’avoir un autre livre de B.S. Johnson à découvrir. En revanche, j’ai lu la passionnante biographie (moi qui ne suis pas du tout porté sur les biographies) que lui a consacrée Jonathan Coe : BS. Johnson, Histoire d’un éléphant fougueux. L’idée en soi (une biographie de B.S. Johnson vous savez par qui ? par Jonathan Coe !) est déjà suffisamment insolite ; quant au résultat, il se lit comme j’imagine que se lit un thriller.
Mais j’en vois qui commence à sauter des lignes, alors je vais peut-être accélérer. Dans le domaine anglais aussi, mais complètement contemporain cette fois, Gabriel Josipovici a été un plus récent coup de cœur, aussi bien la foisonnante promenade parlée de Moo Pak , ce livre qui évoque un livre sans être vraiment ce livre (je ne sais pas si ça vous fait envie, ça ; mais à moi – et à l’auteur en moi – ça parle terriblement) que cet autre livre qui est presque stylistiquement son contraire,  Tout passe, à l’épure quasi beckettienne (même si personnellement je vois aussi quelque chose de beckettien dans la réalisation de Moo Pak).
Oui, vous avez raison, un écrivain est un lecteur un peu particulier, notamment quand il commence à lire des livres à travers le prisme de son propre travail. N’empêche, il n’est pas tout à fait indifférent qu’en lisant le Son de ma voix, de Ron Butlin, j’ai cru retrouver des accents de mon Par temps clair : c’était à mes yeux l’un des signes que ma présence dans le catalogue de Quidam avait une réelle signification. Le sujet premier pourtant l’en distingue : c’est l’alcoolisme. Mais précisément : la destruction de la personnalité qui en résulte est un thème qui m’est cher.
Si je serai plus bref sur le domaine allemand, c’est surtout parce que le chef-d’œuvre (c’est comme ça qu’on dit pour certains livres, mais à celui-là je trouve que ça ne va pas mal) de Reinhard Jirgl, Renégat, roman du temps nerveux, malheureusement pour vous, est épuisé, ainsi que son autre roman chez Quidam, les Inachevés, que je n’ai pas encore lu. Le but de ce billet, comme du précédent, comme du prochain, c’est aussi tout simplement de rendre leur réimpression possible. Mais il reste une autre somme, plus ancienne, un autre OLNI comme on ne disait pas encore à l’époque (surtout en allemand), c’est Rome, regards, de Rolf Dieter Brinkmann, cet étrange anti-journal écrit lors de la résidence de l’auteur à Rome, et contre cette résidence en même temps, et qui mêle à son texte furieux photos et cartes postales. Et puis, plus contemporain, très contemporain même, et délicieusement déroutant par la manière dont l’auteur évite le sujet dont on ne redécouvre qu’à la fin, longtemps après le titre, qu’il est vraiment l’essentiel, il y a aussi Mourir de mère, de Michael Lentz.
J’avoue que je n’ai pas lu les autres auteurs étrangers. Mais je me suis laissé dire que les Grecs du catalogue étaient très « abordables », je dis ça parce que je sais qu’il y a des lecteurs timides, qui ne se font pas assez confiance et qui croient – à tort – que certains livres sont trop difficiles pour eux, alors que pour les aborder il faut juste admettre qu’ils sont un peu différents de ce à quoi on a été habitués.
Je reviens bientôt sur les autres auteurs du français du catalogue.

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