mardi 27 janvier 2009

Seul à voir (le Musée du Mètre)

Mais les beaux jours reviennent, c’est sans doute pourquoi l’idée nous est venue d’aller visiter le Musée du Mètre : nous y voici.
Je l’avais déjà imaginé, ce musée, auparavant, sans jamais avoir eu l’occasion de le visiter. J’en avais même une idée très précise, je m’en rends compte à présent que je suis sur les lieux. Or les lieux, précisément, sont étonnamment conformes à l’idée que j’en avais ; je ne peux m’empêcher de m’en faire la remarque. Il y a une vaste cour goudronnée encadrée de bâtiments bas. A droite c’est un préfabriqué blanc, au mur parfaitement rectiligne ; il n’est pas certain qu’il y ait lieu de le visiter, on n’y voit pas d’accueil pour le public. A gauche un bâtiment en dur, également blanc, plus petit, affectant une certaine modernité architecturale, doit probablement contenir les collections.
Nous voici dans la queue, pour acheter nos tickets. Le tarif est de cinquante euros par personne. Ça me paraît tout de même excessif. Je ne veux pas paraître trop près de mes sous, non je ne veux pas, personne ne veut paraître trop près de ses sous ; mais tout de même, vous en conviendrez, cinquante euros pour visiter le Musée du Mètre, c’est franchement déraisonnable ! Je regarde toutefois dans mon porte-monnaie, de mauvaise grâce, comme par acquit de conscience. Je suis sûr de ne pas disposer d’une telle somme : depuis le passage à l’euro, je n’ai presque jamais d’espèces sur moi, à peine quelques pièces. Je suis d’ailleurs un peu surpris d’y trouver, après un temps, un billet de dix euros ; je ne l’aurais pas cru. Je suis assez content qu’il soit insuffisant : je renonce à la visite, je l’annonce clairement ; me voilà soulagé, presque radieux.
 
M et moi descendons maintenant la rue piétonne en pente, aux larges marches. Il fait si beau, autant nous promener ! Elle me montre des arbustes, plantés le long du mur ; elle déplore que le gel ait flétri les fleurs de ces genêts. Je rectifie : ce sont des spirées – à moins que ce ne soient des sorbaires ; il est vrai néanmoins que la blancheur de leurs fleurs a été altérée par les récentes intempéries.
 
 Nous continuons notre promenade et, dans cette même rue en pente, j’aperçois à quelque distance une forme vert vif et furtive qui disparaît prestement dans un massif d’arbustes. J’ai cependant eu le temps de reconnaître les pattes arrière et la queue d’un reptile d’une taille inhabituelle pour la région. Je pense à un lézard vert ; je suis un peu surpris, car il n’y en a guère, par ici ; et je m’élance pour voir l’animal de plus près. A peine ai-je approché qu’il ressort du massif pour s’enfuir en sens inverse. Cette fois j’ai bien le temps de le voir, et de près. Ça valait le déplacement ! Il s’agit manifestement d’un petit dinosaure, approximativement de la taille d’un gros chat, dont je ne peux préciser l’espèce ; cependant, à sa démarche bipède, je suppose un peu rapidement qu’il fait partie du groupe des théropodes.
L’animal semble blessé : sa course, légèrement bancale, n’en est pas moins extrêmement rapide. Pourtant, il me semble, pendant une fraction de seconde, ne distinguer qu’un seul membre postérieur, sur lequel la bestiole réaliserait un extraordinaire et vertigineux cloche-pied. Cependant je continue la poursuite, bien décidé à ne pas laisser disparaître cette petite merveille effrénée.
Nous arrivons enfin au bas de la rue, qui en rejoint une autre perpendiculaire et plus passante. Cette fois, le petit dinosaure s’arrête près de moi : mes efforts ont porté leurs fruits. Bien sûr il s’attaque à ma jambe, il referme sur mon mollet ses impressionnantes mâchoires, mais c’est en réalité le jeu d’un petit animal nerveux qui cherche à se préserver une relative autonomie. Tout cela est de bonne guerre. D’ailleurs voici notre ami F qui justement passait par-là, et tandis que nous bavardons, c’est à ses chaussures maintenant que s’attaque affectueusement mon petit dinosaure.
 
C’est à ce moment-là, alors que nous bavardons, que deux dames d’un certain âge, élégamment vêtues, nous interrompent pour nous dire d’un ton rieur que si nous voulons dévaliser la poste, c’est le moment : elles viennent tout juste de l’attaquer il y a quelques minutes, nous pouvons encore aller nous servir.




Commentaires

Eh bien ! Ce Musée du Mètre dépasse toute mesure... (tu n'as plus de règles ?)
Commentaire n°1 posté par Didier da le 27/01/2009 à 08h28
On voit en effet de ces choses, parfois... Moi-même, je n'en reviens pas.
Commentaire n°2 posté par PhA le 27/01/2009 à 08h40
On regrette rarement de renoncer in extremis à la visite d'un musée ou d'une exposition pour aller se promener. On regarde alors le monde avec l'attention soutenue qu'on se serait d'efforcé d'avoir dans le musée pour des vieilleries ennuyeuses. C'est tout bénef.
Commentaire n°3 posté par François Matton le 28/01/2009 à 16h46
Et autant ce Musée du Mètre est tristement conforme à l'idée que je m'en faisais (sauf pour ses tarifs), autant ses parages, a priori si ordinaires, recèlent de merveilles cachées ! Vous n'imaginez pas combien je suis heureux avec mon petit dinosaure !
Commentaire n°4 posté par PhA le 28/01/2009 à 17h11
Ah oui, en effet drole de coincidence. Ce n'est pas très loin de mon musée du nuage, un lieu étrange et poétique.
Commentaire n°5 posté par Thibault Balahy le 02/02/2009 à 16h50


 

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