lundi 10 novembre 2008

un miaulement de chat fol

Et lors, sautant du rempart comme Vipère-d’une-toise le savoit faire, un freluquet nommé Brucelet, s’accro­chant de son poids sur un arbre qui plie et le relance, part les pieds devant, roide et long comme un estoc volant, en plein sur la teste du bastard. Icelui, déjà navré la veille, affaibli, gicle des estriers et s’abat lour­dement à six pas de son cheval, tremblant la terre. Brucelet va pour le prendre quand sortent comme de taupinières, dix hommes armés de la garde rapprochée du bastard, le cernant orains entour du corps de leur capitaine.
Brucelet ne s’effroye, ne s’affole. Tourne sur ses pieds, lentement, jauge les hommes. Pousse le bastard assommé qui roule par en bas, dégage la place. Par ensuite, emmi les dix qui le bordent, oeilz dans les oeilz, il ôte surcot et chemise et ainsi se tient-il, en chausses noires, nu torse et vides les poings devant les armes défeurrées des dix hommes couverts de cuir. Les mains par devant, ouvertes et tenues, les cinq doigts comme des griffes. Sa membrature est ferme et blanche, ses épaules roulent sous sa peau. D’emblée un homme par derrière lui s’élance, lame levée. Brucelet se ramasse, arme son coude et le lasche fort dans l’esto­mach de l’attaquant, au fois du corps, icelui tombe d’un coup, souffle court et coupé. Lors Brucelet fait un petit bond d’avant et sautillant devant les aultres bouches bées, à petits pieds, lance un miaulement de chat fol, échaudé, de sorcerie de bûcher qui résonne sur les murs et dresse tous poils. Quand le cri retombe, trois devant lui se lancent ensemble à la charge, deux coups de pied, tendus levés, un coup de poing, ils roulent à terre. Deux aultres aux costés, demi-tour sauté, ung par ung, genou sur la face, écrasée, manchette au haterel puis enchaînés sur ce gros qui ne tombe mais recule, coups de pied au ventre, au foie, à l’aine, crochet sous le nez. Brucelet bondit en sault d’arrière enroulé, esquive une épée, bloque le bras qui la tient et force un coup sec. On entend craquer l’os. L’homme hurle. Vipère-d’une-­toise depuis le rempart hoche le chef et commande :
– Kung-fu du thé !
Brucelet se met en garde basse, puis s’appuie sur la main et jette en cercle autour de lui ses jambes tenues roides, ce faisant, frappe aux genoux deux hommes qui s’effondrent. Lors le gros se relève, la bouche en sang, furyeux, charge à corps perdu lance par devant. Brucelet la dévie de son torse par un coup d’avant-braz. Elle s’en va ficher à vingt pas. Et lors :
– Paume de sagesse !
Lançant sa main ouverte sur le poitrail de son ennemy, il prend un élan qui le porte droit, et souffle la grosse masse de l’homme désarmé, long de chemin, deux pieds en sus du sol. Et s’éboule à la fin le gros homme qui tape, toujours debout, sur un tronc de chêne, lequel d’abord encaisse, puis craque, et tous deux s’abattent dans un grand bruit de branches. Brucelet en deux bonds est à nouveau dans la place. Accroche l’air de ses doigts et du haut en bas, tire vers lui la force du ciel en miaulant derechef. Les deux gardes du bastard encor sur pieds, entendant cela et voyant le reste, jettent les armes et talonnent dans la plaine, plus vitement se peut-il que cerf chassé à courre poursuivi par les veautres.
 
Céline Minard, Bastard Battle, (LaureLi Léo Scheer), p. 99-100.
 
Si j’étais un lecteur plus sérieux, je devrais me fendre d’une fine analyse plutôt que de recopier un passage ; mais pas possible : quand je lis ça, j’ai huit ans – et rangez vos bibelots fragiles !
 
Les premières pages, on peut les lire ici.Et ici, écouter l’auteur (on peut essayer d’abord sans le son – pour apprécier son air sage – puis avec…)
Paraîtrait qu’il existerait de ce livre une édition "bizarre" (et rare)...
(Et je profite de mon soudain rajeunissement pour remercier Laurent de m’avoir tenu la main pendant ces premiers pas sur la toile – alors qu’il en a bien d’autres à tenir, plus mignonnes que la mienne.)



Commentaires

Je ne suis quand même pas le premier à faire un commentaire ? si ? Félicitations, cher Philippe. Je t'ai mis à l'instant dans mes liens. Longue vie à ces hublots ! Montjoie !
Commentaire n°1 posté par Didier da le 11/11/2008 à 10h04
Mais oui, Didier - plus rapide que l'éclair -, tu es bien le premier ! Ce chantier (naval) nécessitant à mes yeux encore quelques aménagements, j'avais bien pris soin de n'avertir personne. Las ! on n'échappe pas à ton regard perçant. Considérons dès lors ton message comme sorti de la bouteille brisé contre la coque !
Commentaire n°2 posté par PhA le 11/11/2008 à 10h50
De rien. Ravi de voir le résultat ! Bonne continuation ! :)
Commentaire n°3 posté par Laurent le 13/11/2008 à 14h26

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