lundi 17 novembre 2008

Seul à voir (je ne suis pas le roi)

Cependant ma situation, comme souvent, est assez inconfortable. Pourtant le décor est somptueux : c’est une vaste salle richement décorée. Osons clairement proférer cette évidente réalité : je suis visiblement dans un palais. (Peut-être même mon costume est-il en accord avec ce décor ancien : de vastes pans de tissu brodé me recouvrent.)
Cependant je ne suis pas le roi ; en effet le voici, et sa tenue indiscutablement est plus riche que la mienne. D’ailleurs il est très entouré, et tout le monde l’écoute. Il souhaite charger quelques gens de lettres, dont naturellement je fais partie, d’un travail : la mise en forme, la rédaction d’un morceau littéraire, dont il nous fournirait l’argument. C’est plutôt une bonne nouvelle, de se voir confier une telle tâche par un personnage aussi important (même si, au fond de moi, je préfèrerais mener à son terme un projet entièrement personnel).
Et voici que notre souverain nous remet, directement sur le papier, la matière première de notre travail, en nous faisant part de ses dernières recommandations. Je suis plutôt surpris : j’ai entre les mains une liasse de papier vraiment imposante, couverte d’une écriture serrée. Le roi a dû se rendre compte de mon étonnement : le voici à présent qui donne quelques explications, qui présente même de vagues excuses formelles. En effet, cette masse de texte est assez considérable, il le confirme ; elle est même à son avis nettement excessive. C’est pourquoi notre tâche devra exclusivement consister à retrancher de cette production tout ce qu’il sera possible. En aucun cas nous ne sommes autorisés à rajouter quoi que ce soit de notre propre cru.
Me voici bien déçu et bien frustré, d’autant plus que le roi nous fait comprendre que les tâches qu’il nous confiera dans l’avenir seront de la même nature, cela ne fait aucun doute. Je ne peux m’empêcher de lui faire savoir que tout de même, j’aurais bien aimé avoir la possibilité, au moins une fois, d’écrire quelque chose entièrement par moi-même. Vous me comprenez sûrement. Il me répond directement cette fois, en me toisant de son regard empreint d’un dédain un peu amusé : « Ainsi vous avez l’ambition d’écrire un pamphlet ? » Il me semble même qu’il m’a appelé Molière.

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