jeudi 26 juillet 2012

lectures de saison


En fait c’est juste une petite pause dans la pause estivale : on entrouvre les hublots mais pas longtemps.
Relu Proust mais pas tout comme le veut le cliché – estival aussi ; faut pas charrier : juste Du côté de chez Swann, qui n’a pas tellement changé depuis la dernière fois ; il y a des persistances qui font plaisir. Le souvenir était assez net, seul l’ordre du récit restait était un peu flou dans la mémoire.
Relu le Conquérant de la planète Mars, aussi. John Carter, quoi (rappelez-vous). Qui doit être à peu près l’exact contemporain de Swann, d’ailleurs. Oui madame. Et tiens, mon souvenir de Dejah Thoris était à peu près aussi net que celui de Geneviève de Brabant. C’est fou d’ailleurs comment les noms des personnages se sont imprimés dans la mémoire (pourtant il n’y a vraiment rien à en dire sinon que Burroughs n’a pas dû consacrer plus d’une seconde à chacun d’eux). Bref. Oui, c’est l’impression qui en est ressortie : bref. Vite lu, le roman a rétréci avec le temps. Mais un petit gars de n’importe quelle époque peut aimer ça.
 
Profité aussi de ce qu’on est en pleine saison (estivale) pour lire Hors saison, de Sylvain Coher. Sylvain Coher, rappelez-vous, l’auteur de Carénage, paru chez Actes Sud à la rentrée 2011. L’éditeur a eu la bonne idée de rééditer en poche (Babel, donc) ce premier roman initialement paru chez Joca seria en 2002.
 
« Le premier jour de septembre, lorsque nous avons débarqué elle s’est rendu directement à l’agence. Au guichet elle n’a regardé aucune fiche, aucun catalogue. Elle a dit Bonjour, je voudrais louer une maison dans le quartier de la falaise. Elle a simplement donné l’adresse précise de la maison, le nom précis de la maison et lorsque la femme (qui sentait le chat et l’anis) lui a fait son petit signe approbateur de la tête en répétant la falaise puis Clair de lune, elle n’a pas retenu un long soupir de soulagement.
Ça sonnait comme un rendez-vous que je ne comprends pas. Bien sûr, tout cela ne veut rien dire, mais après un bon millier de kilomètres…
Elle n’a pas voulu visiter. Elle a prévenu qu’on partirait avant l’été. Elle n’a pas payé cher mais elle a refusé l’entreprise qui procède généralement au nettoyage des maisons trop sales.
Nous ferons cela tranquillement, a-t-elle dit. En passant sa main chaude sur ma tête. Nous avons tout notre temps. La femme de l’agence (qui sentait plus intensément le chat) me regardait, apeurée. »
 
Sylvain Coher, Hors saison, Joca seria 2002, Actes Sud Babel 2011, p. 44-45.
 
On a vite fait de deviner la nature du narrateur, prétexte à suivre le protagoniste (« Elia », une jeune femme) d’un point de vue assez inédit, à la fois externe et intime. Ainsi le personnage reste opaque, avec son mystère qui ne se dévoile que par indices épars, et en même temps il nous est donné à lire avec la plus grande tendresse.
http://remue.net/Images/Coher.jpg

Commentaires

... hors saison et hors les murs ?
Commentaire n°1 posté par Gilbert Pinna le 26/07/2012 à 11h35
C'est vrai, hors les murs et en d'autres murs. (Hors saison et aussi une histoire de murs, d'ailleurs.)
Réponse de PhA le 26/07/2012 à 15h03
En ce qui me concerne, Proust, c'est tous les six-sept ans. Je recommence à chaque fois par Du côté de chez Swann. J'aime bien aussi Sodome et Gomorrhe à cause du regard quasi cinématographique du Narrateur à travers les persiennes d'une fenêtre sur cour.... Mais je confesse que je passe trois mois à tout relire. Vous me culpabilisez avec l'histoire du cliché et je vais me casser la tête avec ça.
On ne compare pas un film à un livre, ce sont deux écritures différentes. Cependant, avez-vous vu Le Temps retrouvé de Raoul Ruiz?
J'essaierai Hors Saison.
Commentaire n°2 posté par Anonyme le 26/07/2012 à 12h08
Ne vous cassez pas la tête avec mon cliché estival qui n'est qu'une excuse à ma paresse ! Je crois que ça faisait plus de 20 ans que je n'avais pas relu Swann, j'étais surpris de m'en souvenir aussi bien. J'aimerais bien consacrer une saison à tout relire mais je manque de temps et j'ai aussi d'autres envies. (Et je n'ai pas vu non plus Raoul Ruiz.)
Réponse de PhA le 26/07/2012 à 15h09
... hors maison, en somme.
Commentaire n°3 posté par Gilbert Pinna le 26/07/2012 à 15h25
Ce que vous dites "à la fois externe et intime." (cf. Hors Saison) serait donc ce qu'on appelle un récit extime?
Commentaire n°4 posté par Ambre le 27/07/2012 à 10h07
Je vais demander à Michel Tournier.
Réponse de PhA le 28/07/2012 à 10h52
Pas la peine, je vais prendre contact directement avec l'auteur, il m'a fait un clin d'oeil sur la photo (0_~)
Commentaire n°5 posté par Ambre le 28/07/2012 à 11h43

dimanche 8 juillet 2012

La visibilité est mauvaise aussi à l’intérieur.


Une fois, je me suis coupé, sévèrement, à la cuisse. J’étais fasciné par la profondeur de la plaie, j’écartais les chairs pour observer l’intérieur de mon corps. C’est blanc, puis ça saigne et on n’y voit plus rien. Le sang trouble la découverte. J’ai l’impression de ne connaître que l’épiderme des choses.
 
Eric Pessan, N, éditions Les Inaperçus, 2012, p. 41.
 
Je laisse Claro sur son Clavier cannibale et Guénaël Boutouillet sur Remue.net vous en dire beaucoup plus, à propos d’N et aussi de cette toute nouvelle maison d’édition : Les Inaperçus.
A voir aussi sur Membrane, chez Romain Verger, quelques photos de Mikaël Lafontan, l’auteur photographique d’N – car tel est le concept.
http://lesinapercus.fr/wp-content/uploads/2012/05/n-0041-350x248.jpg 
Pause estivale derrière les Hublots.


Commentaires

Bonnes vacances!
Commentaire n°1 posté par chris le 08/07/2012 à 17h46
Merci !
Réponse de PhA le 08/07/2012 à 18h21
Une jolie pose pendant la pause (sur la photo).
Comme Chris, je vous dis bonnes vacances, je ne trouve pas mieux.
Commentaire n°2 posté par Anonyme le 09/07/2012 à 08h14
Et moi pas mieux que merci !
Réponse de PhA le 09/07/2012 à 09h30
A chaque fois que vous vous retrouvez du côté de la majorité, il est temps de faire une pause et de réfléchir.
A chaque fois que vous vous retrouvez du côté de la majorité, il est temps de faire une pause et de réfléchir. "A chaque fois que vous vous retrouvez du côté de la majorité, il est temps de faire une pause et de réfléchir" Mark Twain
Je vous taquine et vous souhaite de bonnes vacances Philippe.
Commentaire n°3 posté par Ambre le 12/07/2012 à 21h29
Merci Ambre, un beau soleil à vous !
Réponse de PhA le 24/07/2012 à 16h49

vendredi 6 juillet 2012

Lacets


Il imprimait
à son volant
les gestes lents
d’un homme las
 
montait
le bras
pour un virage
 
tirait
à droite
dans un soupir
 
et marmonnait
entre ses dents :
« demain
je n’y reviendrai pas
CREVEZ BORDEL
(et puis tout bas)
sauf la Josée
qui n’a rien dit ».
 
Et il reniflait
dans son coude
frottant son nez
dans la pliure
tandis que la lune
basse et lourde
foutait le feu
à un tronc d’arbre.
 
 
Anna de Sandre, Un régal d’herbes mouillées, Les Carnets du Dessert de Lune, 2012, p. 47-48.
 
https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEh3v6kLeu1OBi-R9D-eDZE2tdWOEQYwClrjd94_bh17qvP-_f2qd7s9WwWdyNSjXJLkO0wkeVfGSejQxJOjbYF3KUBjKs69pcnNoZMKlUL1jMoVwsjUd8JjVzT2u4XBD_7jmlRs7aCw23XY/s1600/Cover+blog.jpg

Commentaires

Ah! J'aime bien ces lacets-là!
Commentaire n°1 posté par Anonyme le 06/07/2012 à 21h53
N'est-ce pas ?
Réponse de PhA le 07/07/2012 à 11h49
Vous ne saviez  plus comment "emmerder Loïs", n'est-ce pas ? Je suis très touchée, merci.
Commentaire n°2 posté par Anna de Sandre le 06/07/2012 à 22h37
Voilà : j'emmerde Loïs et je touche Anna.
Réponse de PhA le 07/07/2012 à 11h51
Très bon recueil en effet !
Commentaire n°3 posté par Dominique Boudou le 06/07/2012 à 22h48
Je trouve aussi. Et bel éditeur.
Réponse de PhA le 07/07/2012 à 11h52
Merci Dominique, tu es chou :)
Commentaire n°4 posté par Anna de Sandre le 07/07/2012 à 17h54

jeudi 5 juillet 2012

dévisser

On s’accroche à un mot comme à une bonne prise, qui le plus souvent n’a plus de valeur dès lors qu’il a servi.

mercredi 4 juillet 2012

Lamont


Ce jour-là, le jour où trois champs brûlèrent, je vis une bête assez grosse traverser le chemin devant moi – une bête au poil sombre, moins trapue qu’un sanglier, et le museau très anguleux. Parfois les oiseaux chantaient et faisaient bruisser les branches ; à d’autres moments l’on ne les entendait plus, ni rivière, ni vent ; mais mon pas – et mon cœur – et d’autres bruits sourds qui semblaient venir du haut des collines, majeure et mineure. Puis à deux ou trois cents mètres après le passage de l’animal, je vis bouger la terre pâle du chemin. En me penchant – la rivière, plus calme à cet endroit, scintillant à travers les arbres, la calme rivière brune – je vis qu’était couchée sur le bord du chemin une chose vivante, longue peu près comme la main, et se tordant dans la poussière, gémissant – gémissant à. la façon d’un enfant ; cette chose, faite d’ailleurs comme un enfant – ayant deux jambes minuscules, et deux bras, et deux poings faibles aux doigts délicats – et la tête petite, ronde, au minuscule visage plissé, à la bouche ronde d’où sortait un gémissement horrible. Son corps était couvert d’un duvet rendu beige par la poussière.
A genoux et la touchant d’une branche, je dus la blesser, car elle cria plus fort, et son corps eut un grand tremblement. Il me vint la tentation de la toucher encore, pour entendre son cri, et celle aussi de lui écraser le crâne sous mon soulier de marche.
 
Anne-Sylvie Salzman, Lamont, « Sur la Thay », éditions le Visage Vert, 2009, p. 35-36.
 
Lamont est un beau recueil de huit nouvelles qui explore sur le mode fantastique les thèmes de la faute, la monstruosité, la disparition. Je l’ai terminé il y a déjà quelques jours et le texte persiste dans la mémoire. Il y a notamment une nouvelle, l’Invention de Brunel, terrible dans son oubli de dire – mais je ne n’en dis pas plus.
http://www.levisagevert.com/images/salzman_lamont.jpg

samedi 23 juin 2012

je suis le paysage

Un paysage que j’ai connu est menacé de disparaître et cette annonce me révolte comme l’annonce de ma propre mort ; car c’est ma vie en effet qui est rayée d’un trait et ne persistera que dans ma mémoire, comme je persisterai quelque temps dans la mémoire de ceux qui me survivront.
(En pensant au Cézallier de Pierre Jourde.)



Commentaires

"Le jardin reste ouvert pour ceux qui l'ont aimé..."  Prévert: Spectacle.
Commentaire n°1 posté par Lza le 23/06/2012 à 15h01
C'est ainsi que la visibilité devient mauvaise. Même par temps clair. Je dirais même la lisibilité puisqu'en géographie, on apprend à lire des paysages et à les relier à leur histoire....
Commentaire n°2 posté par Anonyme le 23/06/2012 à 15h49
Absolument : pour aller plus loin encore que Pierre Jourde quand il justifie la présence de cet article sur son blog à vocation culturelle : les paysages sont des objets culturels même et y compris quand ils sont naturels. La montagne, par exemple, est un paysage récent, sur le plan culturel.
Réponse de PhA le 25/06/2012 à 16h21

jeudi 21 juin 2012

Vu de l’extérieur


Un petit lien vers un article d’Ouest-France à propos du festival Ecrivains en bord de mer à la Baule en juillet, si j’étais dans le coin j’irais bien y faire un tour ; ce qui me fait réagir c’est le commentaire (facétieux ?) du rédacteur de l’article : « Vu de l’extérieur, ces Rencontres sont celles des écrivains inconnus. Ni Marc Lévy, ni Florian Zeller, ni Amélie Nothomb à l’affiche. » En effet, il y aura Claro, Marie Cosnay, Arno Bertina, Yves Pagès, Mathias Enard... qui me font comprendre, si je ne le savais pas déjà, que je ne vois pas les choses de l’extérieur – même si je n’ai pas vraiment l’impression de les voir de l’intérieur. Il est possible cependant, il est même probable que je voie les choses de l’intérieur sans bien me rendre compte que je suis à l’intérieur. Il y a peut-être les écrivains de l’intérieur et les écrivains de l’extérieur. Les écrivains de l’extérieur, ce sont Marc Lévy, Florian Zeller et Amélie Nothomb. Qui ne sont que des écrivains de l’extérieur. Car de l’intérieur, je peux vous le dire puisque Ouest-France me fait comprendre que c’est sûrement là que je suis (maintenant que j’y pense, je me soupçonne même d’être à l’intérieur de l’intérieur, voire à l’intérieur encore de cet intérieur à l’intérieur de l’intérieur. Vous me suivez ? Fermez donc la porte derrière vous, qu’on reste bien à l’intérieur) ; de l’intérieur, donc, Marc Lévy, Florian Zeller et Amélie Nothomb ne sont probablement pas des écrivains. Et ce n’est que justice, une justice géographique, en quelque sorte : ils ne vont tout de même pas être à la fois les écrivains de l’intérieur et de l’extérieur ? En tout cas je ne les ai jamais lus. Il est même probable que, du fond de mon intérieur à l’intérieur de l’intérieur, je n’aurais jamais entendu parler d’eux si, de temps en temps, une voix venue de l’extérieur n’avait prononcé leur nom. C’est vrai, monsieur, que vous écrivez des livres ? Ma mère elle aime beaucoup Guillaume Musso. Vous connaissez Guillaume Musso ? Non, je ne connais pas Guillaume Musso. Vous devriez le lire. Tu sais, j’ai déjà beaucoup de livres à lire. Par exemple, je n’ai lu qu’une dizaine de livres d’Antoine Volodine. Tu te rends compte de la lacune ? (Inutile de préciser qu’entre temps le dialogue est passé en mode off.) Bref. C’est un problème d’homonymie, quoi. Guillaume Musso et moi pratiquons des activités sans aucun rapport mais qui, bêtement, portent le même nom. Un peu comme l’agent de police et l’agent immobilier, quoi. Ça prête à confusion. On s’étonnera après que la visibilité soit mauvaise.

 

 

Commentaires

Vous me donnez envie de rouvrir La littérature sans estomac. Vous êtes un Pierre Jourde, vu de l'intérieur!
Commentaire n°1 posté par Depluloin le 21/06/2012 à 21h10
Ah non, lui il lit les auteurs qu'il critique ; je ne suis pas si fou.
Réponse de PhA le 22/06/2012 à 10h57
Tiens, Depluloin est de retour et il ne me l'avait pas dit !
Commentaire n°2 posté par Pascale le 21/06/2012 à 23h14
C'est Depluloin du bois mesdames.
Réponse de PhA le 22/06/2012 à 11h00
Ironie : vous n'allez pas me croire mais il a fallu que je vous lise pour que, de l'intérieur de mon igloo, j'entende (ce n'est pas le bon mot, je n'en ai pas d'autre) parler de Guillaume Musso....
Commentaire n°3 posté par Anonyme le 22/06/2012 à 08h32
C'est signe que votre igloo est bien isolé - ce qui est la qualité principale qu'on attend d'un igloo.
Réponse de PhA le 22/06/2012 à 11h02
Lorsque j'étais donneuse de voix, j'ai du enregistrer deux Marc Lévy et un Amélie Nothomb. Heureusement, je n'ai pas enregistré que ce genre de...disons ... produits. Mais il faut bien faire plaisir à tous les lecteurs, quitte à se détendre après  avec d'autres nourritures plus substancielles.
Commentaire n°4 posté par Lza le 23/06/2012 à 15h11
En réalité je n'ai rien contre ces auteurs et encore moins contre leurs lecteurs ; ce qui est gênant, c'est la confusion des genres - et là on même bien au-delà d'une différence de genre. A ce titre je trouve quand même que les couvertures de Musso et Lévy annoncent clairement la couleur, c'est déjà ça - mais ce n'est pas forcément le cas pour d'autres livres pas tellement plus littéraires.
Réponse de PhA le 25/06/2012 à 16h15
J'aime beaucoup tes considérations géographiques, Philippe, autre manière de dire que le hublot marque la différence entre l'intérieur et l'extérieur : question de survie que j'approuve. Cela dit, Marc Levy s'écrit sans acent aigu, comme Zeller ou encore Nothomb : leur signe de reconnaissance, en quelque sorte. J'ai lu le premier livre de Marc Levy : cela m'a fait penser à du Jacques Abeille, moins le bourdonnement, phrases vides et narration invraisemblable. C'est dire au fond – au fond – que seul le hublot compte, sa densité, son cercle plus ou moins rond, ses points de rouille, la mobilité de son loquet, (son étanchéité ?), bien plus que le côté où l'écrivain se trouve. Il me semble.          
Commentaire n°5 posté par David Marsac le 29/06/2012 à 09h54
Bien sûr que Levy n'a pas d'accent, où avais-je la tête ?
Réponse de PhA le 01/07/2012 à 10h18
 

lundi 18 juin 2012

je suis ce point qui ne cesse de fuir


La plupart du temps, je suis seul. Je ne sais plus qui a dit qu’entre le transfert et la solitude, il fallait choisir. Eh bien moi, je n’arrête pas de transférer et pourtant je suis seul. Par exemple, mon vélo est à l’évidence non seulement une partie de moi-même mais moi-même quand je suis sur mon vélo, car il ferait beau voir que je finasse à ce propos en pleine course sur une nationale surembouteillée où les conducteurs ne font pas plus cas de vous que d’un hérisson, et il ferait beau voir également, lorsqu’un conducteur me passe et donc ne fait pas plus cas de moi que d’un hérisson, que je ne sois pas illico l’arbre qui se présente et qui risque de brutalement me rencontrer, pour tout aussitôt devenir, au moment même de l’impact, le pauvre moucheron qui s’est précipité dans mon œil, le chauffe et le rougit, puis le petit chien qui s’accroche à mon bas de pantalon en jappant, comme je comprends qu’il veuille jouer : je joue avec lui tout en faisant mine de secouer ma chaussure ; c’est, en tant que grande personne, l’attitude que j’attends de moi ; alors, un peloton de cyclistes m’encadre (voir supra) et je suis cycliste, le peloton s’éloigne et je suis orphelin, mon papa est mort et maman m’a abandonné quand j’avais quatre ans, j’ai été placé en famille d’accueil, les services sociaux se sont trompés dans mon dossier et ma mamy de substitution n’a pas touché sa pension, je mange des omelettes aux petits pois tous les jours mais je suis entouré d’affection, mes vêtements sont achetés sur le marché et à l’école les camarades se moquent de moi en se montrant leurs Nike et en me criant jeusdouit, jeusdouit, pendant toute la récréation, alors je me réfugie dans la classe près du cochon d’Inde et la maîtresse m’asticote : allez, il faut pas se laisser faire, va de l’avant, retourne dans la cour, c’est là que ça se passe ; je retourne dans la cour pour lui faire plaisir et je m’appuie au mur en attendant la sonnerie ; le lendemain j’ai une crise d’eczéma, mes joues sont rouges et pleines de croûtes, je suis obligé de me soigner au Mercryl Laurilé qui est un liquide qui pique, à ce moment j’évite un trou, et je suis, bien entendu, le temps que je le borde, ce trou, ce défaut de voirie dans un continent sans argent, à la pensée continentale, vieille et dévoyée, et je suis moi-même cette pensée fripée, ce goût nouveau pour la pierre de raille, le vin rouge et les allocations familiales, puis, tout au bout de la route, il y a ce point qui ne cesse de fuir et je suis ce point qui ne cesse de fuir et reste égal à lui-même le temps que je pédale.
 
Nathalie Quintane, Cavale, POL, 2006, p. 127 à 129.
http://www.sitaudis.fr/Source/GF/cavale-de-nathalie-quintane.jpg 
La lecture de Guillaume Fayard sur Sitaudis.


Commentaires

Ah ! Après Tomates - c'est ça? - j'ai comme dans l'idée que je vais retrouver la Nathalie Quintane que je préfère. 
Commentaire n°1 posté par Depluloin le 18/06/2012 à 19h01
Avant Tomates, plutôt, mais déjà en cavale.
Réponse de PhA le 18/06/2012 à 19h06
Magnifique ! On pense à l'écuyer "surexistant" du chevalier inexistant de Calvino...
Commentaire n°2 posté par Fiolof le 20/06/2012 à 00h44
Finalement l'existence n'est qu'une longue hésitation entre sur-existence et sous-existence.
Réponse de PhA le 21/06/2012 à 11h20

mercredi 13 juin 2012

De la soupe


« Mange ta soupe ! » dit la mère, ou parfois le père, mais plus souvent la mère, comme dans toutes les questions de vie et de mort. Et l’enfant rechigne. Bouche cousue. Pas une cuillérée n’y entrera, pas un mot n’en sortira. « Regarde ton frère (ou ta sœur, ou ton père pour l’enfant unique, ou ton chien pour l’orphelin), regarde comme il la mange avec plaisir, la bonne soupe. » La bouche est close, pas un mot n’en sortira, car les mots sont déjà là pour défendre la cause de l’enfant : manger sa soupe, non, vraiment, il y a quelque chose qui ne va pas. C’est contre-nature. La soupe, c’est liquide, et un liquide, on le boit. Inutile d’agiter la cuiller, argumentatif ustensile, pour tenter de faire croire le contraire : le chocolat du matin, maman le fait tellement chaud, justement, qu’on préfère le boire à la cuiller. Le boire à la cuiller. Alors pourquoi irait-on manger de la soupe ? Vous croyez sérieusement que vous la mangez, vous, la soupe ? Non, la soupe, ça ne se mange pas. Et ça ne se discute pas non plus.
Ça ne se mange plus, plutôt. Car ça s’est mangé. Autrefois, tout enfant vous le dira pourvu que parveniez à lui faire desserrer les lèvres, les gens mangeaient la soupe. Car la soupe, c’est – ou du moins c’était – du pain qui trempait dans le bouillon. Pas de la baguette parisienne fraîche du jour, non ; du pain bien rassis ramolli par le bouillon. C’était ça, la soupe, et ça se mangeait, puisque c’était un aliment solide. Un aliment tellement solide quand il s’appelait encore pain (ou plutôt quand il ne s’appelait plus pain depuis longtemps tant il était dur) qu’il fallait le tremper pour qu’il redevienne comestible sous une forme et une consistance qui ne méritait plus le nom de pain, et qu’on appelait soupe parce qu’il lui fallait bien un nom, à cette chose redevenue mangeable. Et comme on n’avait pas grand-chose à manger, on était bien content de la manger.
Et puis, comme le pain est devenu de plus en plus frais, il a déserté le bouillon, qui ne lui était plus nécessaire. La soupe a déserté la soupe. Mais son nom est resté, lui. Le nom de la soupe est resté à tremper dans la soupe, fantôme de cette soupe d’autrefois qu’on ne mange plus. Où est-elle, la soupe, maman, dans la soupe que tu me donnes ? Comment veux-tu que je la mange alors qu’il n’y a pas de soupe dans cette assiette ? Ce que tu appelles de la soupe n’en est pas. Ce que tu appelles de la soupe, c’est tout juste ce qui reste de la soupe quand on a déjà mangé la soupe. Pourquoi donc me demandes-tu de manger une soupe qui l’est déjà ? Pourquoi me demandes-tu de manger ma soupe alors que tu ne manges pas la tienne, puisque ce que tu prétends manger et ingurgites à la cuiller, c’est très exactement de la non-soupe ? C’est, dans l’ensemble des éléments contenus par les limites de ton assiette creuse, la partie strictement complémentaire de la soupe – et d’une soupe que nos ancêtres ont déjà mangée, il y a bien longtemps, puisqu’il n’en reste rien.
Je me demande si tu es prête à entendre ces explications. L’expressivité singulière de tes arguments – pour grandir, pour devenir fort comme papa… hein mon trésor…elle est pas bonne la soussoupe ? – tend à me faire penser le contraire. Alors je préfère garder la bouche close. Rien ne passera, ni dans un sens, ni dans l’autre.

Commentaires

... de cette impossibilité absolue d'avaler en effet la moindre soupe... Car ça s'est mangé ( J'aime tout particulièrement dans votre beau texte cette formulation durassienne et j'ai pensé à ces lignes où il est écrit que "S'il n'y avait pas de soupe prête, il n'y avait rien du tout. S'il n'y avait pas une chose prête, c'est qu'il n'y avait rien, c'est qu'il n'y avait personne.", La maison in La vie matérielle, p.49, P.O.L.)
Commentaire n°1 posté par Gilbert Pinna le 13/06/2012 à 16h31
Merci ! (Il faudra que je goûte à cette soupe-là, tout de même.)
Réponse de PhA le 14/06/2012 à 17h19
C'est bien. Vu votre assiette vide, vous avez fini par la manquer votre soupe! (Et pas de panique, on va y revenir à la soupe, populaire ou non!;)
Commentaire n°2 posté par Depluloin le 13/06/2012 à 18h22
Absolument, désormais, on ne mange plus la soupe, car la soupe manque. (Entre autres.)
Réponse de PhA le 14/06/2012 à 17h20
Mais il y en a tant, par les temps qui courent, qui vont à la soupe... Ils y trouveront sans doute à boire et à manger....
Commentaire n°3 posté par Anonyme le 13/06/2012 à 18h25
C'est que la soupe est devenue n'importe quoi.
Réponse de PhA le 14/06/2012 à 17h21
Complètement manqué, oui ! :))
Commentaire n°4 posté par Depluloin le 14/06/2012 à 17h29
En Bretagne quand on se baigne dans une mer tiède (chez nous on la trouve tiède à 19° (0_0)) on dit : qu'est-ce qu'elle est bonne, c'est de la soupe. Je me demande pourquoi? Hum! En ce moment, je n'y mettrai même pas un orteil, elle avoir la température d'un gaspacho!
Commentaire n°5 posté par Ambre le 14/06/2012 à 18h09
C'est vrai, même moi je le dis - mais quand elle approche des 30° - à quelque distance de la Bretagne, donc.
Réponse de PhA le 15/06/2012 à 09h02
Oui, ben en Bretagne, à certans endroits, c'est vraiment de la soupe...à la verdure...
Commentaire n°6 posté par Lza le 16/06/2012 à 09h13
Je me rappelle en effet y avoir pris d'étranges bains de laitue confite.
Réponse de PhA le 18/06/2012 à 18h36

samedi 9 juin 2012

L’Héroïne de roman


L’héroïne de roman est toujours en crise, la bourgeoise distille son ennui, la fille du peuple veut s’élever, cocotte à macarons, etc…
Comment sortir de cette dépression ?
Le nez un peu lourd, la bouche trop grande, elle ne brade pas ses émotions, au moins un amant par jour lorsque les femmes réelles désirent un amoureux pour la vie.
Dans un roman, la femme inquiète, alors que la jeune fille n’inquiète jamais complètement. Elle rougit facilement, c’est tout. Jamais vous ne pourrez fixer le visage d’Emma qui n’a pas de visage (même pas celui d’Isabelle Huppert).
Les visages romanesques ne vieillissent pas comme les vrais, dans un livre, vous vieillirez brusquement.
 
Toute femme est un roman en puissance, toutes veulent imiter ce qu’elles ont lu dans les livres, consultent des agendas, écrivent des listes, s’adressent à des micros miniatures.
Dans un roman, il doit se passer quelque chose sinon on quitte le livre, une chose meilleure que dans la vie doit se produire.
La femme romanesque doit exciter le destin, s’habiller en poupée, on lui fait dire des choses qu’elle pense vraiment.
 
Prenez un grand roman, suivez sa progression, et maintenant, une histoire vous arrive, cette histoire commence, elle vous concerne… vous voyez une différence ?
Ignorant le moment propice pour vous déclarer, vous savez que cet amour est taillé pour vous comme dans un livre.
Alors ? Vous faites quelque chose ou rien ?
Ce roman était le vôtre, le saviez-vous ?
Quand le quotidien devient une aventure et que vos nerfs sont à vif que faites-vous ?
 
Certaines composent un numéro ou apprennent ce numéro par cœur, d’autres écrivent des poèmes.
Laisser faire les émotions n’a rien d’héroïque.
Surveillez votre poids, votre tenue, faites des efforts, ajustez vos vêtements.
Si on compare le désordre du réel à la structure d’un roman, on comprend que l’amour est arbitraire, qu’une fois cette aventure terminée, vous ne la relirez pas.
Comment refaire votre destin au propre ?
 
 
Véronique Pittolo, Toute résurrection commence par les pieds, éditions de l’Attente, 2012, p. 119-120.
http://www.editionsdelattente.com/site/www/images/livre/couverture/123.jpg 
Véronique Pittolo dans les micro-fictions de France-Culture : De tout temps les couples n'ont pas formé un tout.


Commentaires

Je ne rate jamais les "micro-fictions" de F.C. à l'heure du déjeuner (une savoureuse mise en bouche en guise d'apéritif) sauf que, zut, j'ai raté celles-là (j'étais en vacances:))
Ce texte est excellent!
Commentaire n°1 posté par Ambre le 11/06/2012 à 13h43
Dommage ! (D'autant que la série suivante est nettement moins convaincante.)
Réponse de PhA le 11/06/2012 à 17h45
oh! oui! (soupir)
Commentaire n°2 posté par aléna le 11/06/2012 à 14h03
Moi j'ai de la chance : je suis un héros.
Réponse de PhA le 11/06/2012 à 17h47

mercredi 6 juin 2012

Comment vivre à deux quand soi-même on est trois ?


CLAUDE 18h30
Tu veux savoir quoi ? Il y a soixante-deux jours aujourd’hui je suis parti au bureau le matin, j’ai passé une journée ordinaire, ni pire ni meilleure que les autres journées, il n’est rien advenu d’extraordinaire dans le monde ce jour-là, ni même dans l’espace : tu te souviens ? On a regardé des sites d’astrophysique pour savoir s’il n’y avait pas eu un événement cosmique, un alignement particulier de planètes ou l’explosion d'une supernova.
Ma journée de travail achevée, je n’ai pas regardé l’heure, j’étais fatigué, je suis rentré chez moi. Je suis arrivé à 18h30 précises, et je suis tombé nez à nez avec moi-même, un autre moi-même, arrivé à 18 heures précises.
 
CLAUDE 19h
Et une demi-heure après je débarquais.
 
CLAUDE 18h30
Et une demi-heure après nous étions tous les trois à regarder la porte, terrifiés à l’idée de voir un quatrième nous-même arriver, accrocher ses clés au clou comportant déjà trois trousseaux et nous regarder d’un air stupide.
 
CLAUDE 19h
Pourquoi ça s’est arrêté ? Pourquoi seulement trois ?
 
CLAUDE 18h30
Pourquoi ça s’est passé ? Pourquoi trois fois ? Des questions, on en avait tellement dès le premier soir qu’aucun de nous n’est allé consoler Monika.
 
Eric Pessan, les Inaboutis, Théâtre Ouvert, 2011, p. 39.
 
Comment vivre à deux quand soi-même on est trois ? Une de ces situations décalées et mystérieuses chères à Eric Pessan, riches en questions – et au théâtre cette fois.
Un article de Laurence Cazaux dans le Matricule des Anges.
http://www.theatre-contemporain.net/images/upload/thumbs/L255-H353/f-adc-4e9bde5cbafaa.jpg
Eric Pessan a récemment fait paraître Dépouilles, aux éditions de l'Attente ; et, encore plus récemment, N, aux éditions les Inaperçus.


Commentaires

Ah, c'est génial... (Le délire des cellules-oeuf se prenant pour des morula est très répandu, tout de même. C'est le syndrome de diffraction des miroirs en mouvement de Fraunhofer, connu aussi comme la metempsychose blastocyste totale)
Commentaire n°1 posté par Axolotl le 07/06/2012 à 20h12
Combien de jumeaux avez-vous ?
Réponse de PhA le 09/06/2012 à 15h03
Oui.
Commentaire n°2 posté par Anonyme le 08/06/2012 à 13h30
La vie suppose de composer.
Réponse de PhA le 09/06/2012 à 15h04
Chouette ! (Tellement fou que j'ai cru que c'était de vous.)
Commentaire n°3 posté par Depluloin le 08/06/2012 à 13h45
Mais c'est de moi. Tous les livres qui paraissent et même ceux qui ne paraissent pas sont de moi. Je m'en vante rarement parce qu'il y en a certains dont je ne suis pas fier.
Réponse de PhA le 09/06/2012 à 15h06
"Quelquefois, je rève que j'ai deux Papas: un qui est gentil avec moi, qui me fait rire, qui m'emmène en promenade.L'autre qui me fait peur, qui se met en colère pour rien, qui est injuste. Et je ne sais jamais quand l'un va remplacer l'autre."
                                          Une petite fille.
Commentaire n°4 posté par Lza le 09/06/2012 à 14h42
Est-ce un rêve ?
Réponse de PhA le 09/06/2012 à 15h15
un très bon souvenir (et j'ai texte pour raffraichir) et pourtant un jour où j'étais malaaaade
Commentaire n°5 posté par brigitte Celerier le 16/06/2012 à 10h23
pardon, n'ai rien dit - reconnu ton, et j'ai confondu avec un autre texte - bon me faut celui là alors
Commentaire n°6 posté par brigitte Celerier le 16/06/2012 à 10h25
(Il faut dire que c'est un auteur donc l'actualité foisonnante demande au lecteur un vrai talent de pisteur.)
Réponse de PhA le 18/06/2012 à 18h38

lundi 4 juin 2012

une confidence

Je dois bien reconnaître qu’une chose et une seule de tout temps m’a été claire, limpide, évidente : la grammaire. Tout le reste n’est qu’extrême confusion. Parfois je vois cette tension comme une injonction, d’autres fois comme une crampe.


Commentaires

Quand tu dis une seule chose, c'est toutes matières confondues ? Cela voudrait-il dire que tu ne comprends pas : les femmes, ta déclaration d'impôts, la musique dodécaphonique, la peinture contemporaine, le vote bleu marine, la logique de la signalisation routière, la poésie kirghize, les trous noirs ?
Moi non plus !... je vais m'acheter un Bled tiens !
Commentaire n°1 posté par Mme de K le 04/06/2012 à 17h13
Voilà.
Réponse de PhA le 05/06/2012 à 20h19
Pour ma part, je me cramponne.
Commentaire n°2 posté par Depluloin le 04/06/2012 à 17h44
A vos sujets ?
Réponse de PhA le 05/06/2012 à 20h23
Est-elle si fixe que ça, la grammaire, est-elle fixée une fois pour toutes? Il me semble que les manuels de grammaire les plus pointus ont parfois recours à la tolérance, qu'ils fournissent exemples et contre-exemples... N'a-t-on pas autorisé récemment la fin des zaricots? Que dites-vous à vos élèves?
Commentaire n°3 posté par Anonyme le 04/06/2012 à 21h51
Oh non, elle n'est pas fixe du tout, bien heureusement - mais je ne crois guère à la tolérance en cette matière (et j'en ai assez peu à l'égard de certains manuels, d'ailleurs). (Mes élèves ? Eux-mêmes me parlent souvent de cette rumeur à propos de vos zaricots - à quoi je leur réponds qu'il ne faut pas prêter foi aux rumeurs.)
Réponse de PhA le 05/06/2012 à 20h30
et puisque tous les problèmes du monde sont grammairiens...
Commentaire n°4 posté par aléna le 04/06/2012 à 21h58
Alors comme ça vous trouvez que j'ai la carrure pour être le maître du monde ? (Remarquez une fois j'ai bien rêvé que j'étais Bonaparte.)
Réponse de PhA le 05/06/2012 à 20h32
ou depluloin? :)
Commentaire n°5 posté par aléna le 06/06/2012 à 18h56
Moi j'ai de plus en plus de crampes avec les conjugaisons!
Commentaire n°6 posté par Ambre le 06/06/2012 à 20h27
Un doigt de bescherelle ?
Réponse de PhA le 09/06/2012 à 14h55
Mon père était agrégé de grammaire (il paraît que c'est un jeu d'enfant).
Conjuger : le conjugal n'y échappe même pas !
Commentaire n°7 posté par Dominique Hasselmann le 07/06/2012 à 14h00
C'est que l'agrégation de lettres modernes n'existait pas encore. On se trouve aujourd'hui dans l'étrange situation d'avoir plus de grammaire - française - au programme de l'agrégation de lettres moderne qu'à celle de grammaire. Mais ce sentiment chez moi remonte à la toute petite enfance - aussi bien pour la grammaire que pour le reste.
Réponse de PhA le 09/06/2012 à 15h00
 

mardi 29 mai 2012

le corps réfléchissant, en autorégulation automatique


Pour un confort comportemental maîtrisé, en plus du stretch qui vous procure un confort de surface, enduisez-vous d’une membrane, un film synthétique très fin, très performant. Votre organisme ainsi constitué de façon composite se préservera et deviendra un modèle du genre : une des meilleures manières de survivre dans cet univers.
 
Il ne faut pas oublier, l’ultime modèle : le corps réfléchissant, en autorégulation automatique.
 
« Le corps réfléchissant, l’expérimentation qui invite à l’essentiel ! » Sans effet de surface indésirable.
 
C’est entrer dans une logique évolutive.
 
Il faut veiller aussi à aller vers un minimum d’opérations : Ne superposer les couches qu’en ayant une connaissance rationnalisée du ZONING HUMAIN.
 
Notre géométrie est variable.
 
Conçus à partir d’une cartographie du corps humain, cette collection de sous-vêtements chauffants destinés à l’outdoor (Warm X) est alimentée par un micro-régulateur. Leur matière textile est composée de fibres d’argent aux propriétés conductrices et antimicrobiennes. Délimitation stricte de l’intimité. A NE PAS DEPASSER.
 
 
Virginie Poitrasson, Il faut toujours garder en tête une formule magique, éditions de l’Attente, 2012, p. 103.
 
(Une découverte, quoi.)
(Demain de 13 h à 14 h 30  elle sera en compagnie de Véronique Pittolo, pour qui Toute révolution commence par les pieds – ça y est, je suis déjà convaincu – et d’Elizabeth Jacquet qui ne raconte pas Quand j’étais petite mais le dit quand même, à l’auditorium du Petit Palais. Et si je me console de ne pas pouvoir y être c’est que j’ai eu la chance récemment de pouvoir les écouter au Comptoir des mots, le jour même des vingt ans des indispensables éditions de l’Attente.)
https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEiWfJTPxHZT32PtutAEcg0RVo5aqa17iWxKJW_XJ2iJzOEPR6kI3kosky9hHcbYfS3rFP4SpUw2nRYZcBdFYXn2keQbHwtG7rT15LF0cpyRawDu4GHEFL9wx1ZHcXp15EHPBn7VWpqRY9Q/s1600/417100_3208535537930_1402440178_33286284_1544918650_n.jpghttps://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEgp_5XWQlljueeWTn9CzGVWOgLGbVzdkAzjPu715jtEP9uVOV8_Rf3HoK8Vc_OM2BtxNiFr3qE7_ThcCHEG1-jgG9tEbcyDRnGY1NDlok2al9u1JUObZSMqEx4ZAK6SLDOaTkd6VnE_8Ig/s1600/402634_3208564138645_1402440178_33286285_1097392185_n.jpg

Commentaires

Une pellicule sur tout le corps? C'est ce qu'on a fait à deux enfants, dorés pour les transformer en angelots , à la Renaissance. Le problème, c'est qu'ils sont devenus de vrais anges: ils sont morts asphyxiés.
Commentaire n°1 posté par Lza le 30/05/2012 à 10h00
C'est à ce prix qu'on connaît le prix des anges.
Réponse de PhA le 30/05/2012 à 12h14
Il y aurait donc encore de la pellicule quelque part ?
Très belle, la couverture de droite : les mots broyés.
Commentaire n°2 posté par Dominique Hasselmann le 31/05/2012 à 10h29
Ou les mots en pelote.
Réponse de PhA le 01/06/2012 à 20h51
Sur son blog, elle dit : puisque nous sommes invisibles, essayons d’être sonores, puisque nous sommes inaudibles, essayons d’être visibles.
Réfléchissant...
Commentaire n°3 posté par tor-ups le 31/05/2012 à 11h57
Très tactile aussi.
Réponse de PhA le 01/06/2012 à 20h52

dimanche 27 mai 2012

Les mains gamines, d’Emmanuelle Pagano.


Un recueil de nouvelles d’Emmanuelle Pagano aperçu l’autre jour me rappelle qu’entre deux paquets de copies j’avais griffonné ceci sur l’un de ses précédents romans, c’était encore une fois peu de temps avant l’ouverture de ces Hublots. Et c’était bien. (Le livre, hein ; parce que pour le billet déjà le temps manquait aux mots.)
 
 
Sa façon de ne pas dire
 
http://emmanuellepagano.files.wordpress.com/2011/06/mains.jpeg 
N’ayant pas lu les Adolescents troglodytes ni ses romans précédents, c’est avec les Mains gamines que je découvre l’univers et l’écriture d’Emmanuelle Pagano. Un sujet fort (il est bon peut-être de préciser qu’à mes yeux, ce pourrait facilement être une réserve) heureusement servi par une écriture authentique. Un traumatisme, comme on dit. Victime et bourreaux sont des enfants, de la même classe, CM2. Une année entière, peut-être ; plusieurs mois en tout cas, ça a duré. Etaient des enfants, plutôt, les bourreaux ; aujourd’hui ce sont des hommes faits, car cela appartient au passé. Au passé, mais toujours présent dans la mémoire collective. Le roman compte quatre parties, on change de narrateur – de narratrice – à chacune. Ce sont des proches des bourreaux, proches d’une manière ou d’une autre, qui parlent. Mais de tous les âges. Qui savent, sans savoir, comme on sait de l’extérieur ; qui n’en sont pas moins habitées, rongées. La victime est là aussi, présente, omniprésente et pourtant si discrète, « aux petits soins » même, mais opaque, ou presque – j’aime cette façon de traiter ce personnage. J’aime aussi le suspens du récit, dans le temps, un temps d’automne (Emmanuelle Pagano ancre son récit dans un terroir, dans un tissu social où les plus riches le sont grâce à la vigne, tandis que d’autres vivent des châtaignes). Et sa façon de ne pas dire.
 
2008
 
Emmanuelle Pagano vient de faire paraître Un Renard à mains nues, toujours aux éditions POL.


Commentaires

Oui, c'est un très bon texte.
Commentaire n°1 posté par Anna de Sandre le 27/05/2012 à 19h01
Nous sommes d'accord.
Réponse de PhA le 28/05/2012 à 20h44

samedi 26 mai 2012

paysage au serpent

http://meaxylon.files.wordpress.com/2010/10/poussin1.jpg
 
L'un des premiers tableaux que j'ai vraiment aimés. Je n'ai pas envie de chercher à savoir pourquoi. Mais vous pouvez cliquez sur l'image pour l'agrandir un peu.




Commentaires

J'adore!!
Commentaire n°1 posté par chris le 26/05/2012 à 18h46
Mais pour le voir en vrai, il faut aller à Londres.
Réponse de PhA le 27/05/2012 à 17h49
(... ce qui se trame sous les bosquets, une épouvante)
Commentaire n°2 posté par Gilbert Pinna le 27/05/2012 à 08h17
Une épouvante cachée et pourtant sous nos yeux.
Réponse de PhA le 27/05/2012 à 17h50
Quelle belle lumière! Mais ne serait-ce pas Orphée courant au secours d'Eurydice piquée par un serpent?
Commentaire n°3 posté par Lza le 27/05/2012 à 09h50
Je ne le connais que sous le titre indiqué - ou plutôt Landscape with a snake puisqu'il est à la National Gallery ; a priori la victime du serpent est un homme. Du même Poussin il y a aussi le paysage avec Orphée et Eurydice :

Réponse de PhA le 27/05/2012 à 17h57
Je n'avais pas remarqué le serpent dans le coin. Et je viens de raconter l'histoire à une fillette prénommée Eurydice.
J'ai appris récemment que Poussin avait été atteint de polyarthrite!
Commentaire n°4 posté par Lza le 28/05/2012 à 16h15
J'aime beaucoup ce fait qu'on ne remarque pas de prime abord la cause de la panique alors qu'elle est au premier plan.
Réponse de PhA le 28/05/2012 à 20h44