jeudi 31 janvier 2013

un nouveau prix du livre


J’ai trouvé un exemplaire de Liquide d’occasion à 1 euro, alors je l’ai acheté. Normalement il était à 5 euros (au lieu de 15), mais comme c’était les soldes il était à 1 euro. Je dis « d’occasion » mais il était comme neuf, hein ; ça m’étonnerait qu’il ait été lu. S’il avait été tout seul il faudrait peut-être que je me pose des questions ; mais il n’était pas tout seul, pas du tout. Il y en avait bien dix mètres de rayon, du sol à 2m20 environ, de livres à 1 euro. Alors il faudrait vraiment que nous nous posions des questions. C’étaient des livres de tout le monde. Beaucoup de livres d’auteurs que j’aime, au moins j’étais en bonne compagnie. Et pas que des presque inconnus.
Bien sûr, ces livres sont des services de presse. Les services de presse, j’ai déjà dit un peu là ce que j’en pensais. Alors après il faut bien qu’ils s’en débarrassent, ceux qui reçoivent tous ces services de presse, ça les encombre forcément à force ; et voilà. Bon. C’est déjà un problème mais ce n’est pas celui qui me tracasse aujourd’hui.
Non. Ce qui me tracasse, c’est le de voir tous ces livres à 1 euro. Allez après ça essayez de vendre un livre à son prix, franchement. C’est aussi un problème. Mais ce n’est même pas non plus ce qui me tracasse aujourd’hui.
Ce qui me tracasse, disais-je, c’est le spectacle de tous ces livres à 1 euro ; une véritable aubaine pour le lecteur, surtout pour le lecteur en voie de paupérisation ; sûr que ça existe. Donc l’aubaine est là, sans doute certains en profitent-ils, mais franchement ce n’est pas la cohue. Ça a beau être tout à 1 euro, même Liquide, les gens restent calmes. D’ailleurs à la caisse, pour donner mon euro, je n’ai pas fait la queue. Même à 1 euro, la littérature, ça ne se vend pas tellement. Je devrais plutôt dire ça ne se donne pas tellement, parce que je ne crois pas que ce soit le prix, cet euro, qui freine les acheteurs. Ce marché du livre dit « d’occasion » fait du tort, sans doute, mais même pas tant que ça.
Tout ça se comprend très bien. Outre le fait qu’évidemment, les lecteurs ne sont pas si nombreux, un livre, ça prend du temps. A lire. On ne peut pas en lire plus que la nature ne nous y autorise. On ne peut pas tout lire. Moi-même, très souvent, je me dis, ce livre-là, tiens, je le lirais volontiers, je l’aimerais sûrement, mais non, je ne le lirai pas. Ce n’est pas possible. Alors les livres, même à 1 euro, même ceux qu’on aurait envie de lire, on les laisse parce qu’il y en a tant qui nous attendent déjà.
Alors voilà, à publier toujours plus, et souvent sans d’autres raisons que d’alimenter la cavalerie éditoriale, on se retrouve avec une offre si considérable que le lecteur n’a même plus connaissance de ce qui paraît puisque le critique littéraire souvent n’est pas mieux informé. Surtout, on se retrouve dans une telle surabondance que même gratuit le livre a du mal à trouver preneur. Un sacré gâchis.
Vous me pardonnerez de ne pas vous donner cette adresse à 1 euro.


 

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