mercredi 19 février 2014

demain sort l’Ironie du sort


Didier da Silva sort un nouveau livre. Pour avoir lu dès leur parution les précédents et même certains un peu avant car confessons-le il arrive qu’une estime d’abord toute littéraire vire à la franche amitié je vous le clame en toute subjectivité : c’est à chaque fois un événement. Sauf que cette fois-ci c’est différent, rendez-vous compte : Didier da Silva sort un nouveau livre ! Et ça change tout : vous avez bien compris que ce nouveau livre est un livre nouveau. On y retrouve bien sûr le Didier da Silva que vous aimez déjà – mais oui vous l’aimez, même si vous ne l’avez pas encore lu ; vous êtes sensible à sa langue sinueuse et élégante, à sa manière toute musicale de tenir le ton sur la distance, à son goût de la promenade quotidienne soudain vertigineuse. Vous reconnaîtrez donc votre auteur notamment si vous avez l’habitude de fréquenter ses blogs puisque notre homme en tient deux* : dans l’Ironie du sort aussi il est question de littérature, de cinéma, de musique – d’hécatombes et de crimes : c’est le début de la nouveauté.
C’est comme ça en effet que ça commence mais s’il y a vraiment meurtre en effet et d’horrible façon on notera que le plouf dans l’eau qui vous aura alerté est celui d’une machine à écrire : on est bien en littérature. C’est dans le vrai monde cependant que le meurtre a eu lieu et tous les protagonistes de l’Ironie du sort sont des personnages réels, comme on dit un peu vite : Leopold et Loeb furent d’authentiques assassins de même que Clarence Darrow fut leur avocat avéré ; Erik Satie, Stevenson, Benjamin Constant, Ryōkan, Philip K. Dick, Nicholas Ray, et même les frères Bogdanoff ont laissé de leur existence des traces différentes peut-être mais tout aussi incontestables (je n’efface pas Igor et Grichka : je les ai vus pour de vrai) que celles déchiffrées par Champollion ; on aurait de la peine d’avoir oublié Cortázar et Marcel Schwob, Morton Feldman et  Léon Bloy, sans parler de Henry Howard Holmes auprès duquel notre Francis Heaulme national passerait presque pour un enfant de chœur, d’ailleurs il est seul parmi les précités à ne pas l’être dans l’Ironie du sort, encore que, potentiellement infinie, celle-ci soit propre à contenir l’univers entier.
Je n’ai pas oublié Alfred Hitchcock, sa Corde d’emblée vous dit comment se nouera sans fin votre lecture : l’illusion du plan unique cependant y est moins convaincante, c’est mon avis, que le toboggan spatio-temporel de Didier da, où la coïncidence est le bumper de flipper qui renvoie le lecteur le même jour de l’autre côté de l’océan, où bien cent ans en arrière au même endroit. Car c’est ainsi que se trame la trame narrative de l’Ironie du sort. La lecture devient vertigineuse mais le lecteur heureusement est bien accroché à son livre qui le mène dans un labyrinthe dont il se demande s’il n’est pas construit selon les plans – démoniaques – du World’s Fair Hotel de Holmes mais non, il est clair que cette tentative de faire tenir l’infini en cent cinquante pages doit tout en réalité aux Vexations d’Erik Satie, on pourra lire l’Ironie du sort huit cent quarante fois de suite, indique sans l’ordonner une note de l’auteur, Didier nous parle-t-il vraiment d’Erik ? L’excitation est à son comble, la bille d’acier (c’est vous), s’affole entre bumpers, kickers et slingshots (mais qu’ai-je donc à vouloir faire entrer mon flipper dans ce livre où il n’a que faire), je veux dire par là que les coïncidences s’accélèrent, ça n’est pas mieux dit mais tant pis, les œuvres évoquées deviennent l’œuvre elle-même jusqu’au moment où tout se résout dans un instant de grâce que jalousement je garde encore pour moi.
 
Ce sont les excellentes éditions de l’Arbre Vengeur qui ont eu la belle idée et la bonne fortune de publier l’Ironie du sort.
 
http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/local/cache-vignettes/L207xH300/arton4944-d5c77.jpg

Commentaires

Tu m'as convaincu, je vais le lire.
PS Moi aussi j'ai vu Igor et Grichka pour de vrai. Deux fois, même.
Commentaire n°1 posté par Sissi le 19/02/2014 à 13h44
Deux fois même et deux fois le même - ou presque. (En même temps, même "pour de vrai" on a un doute.)
Réponse de PhA le 19/02/2014 à 14h45
Convaincue.
Commentaire n°2 posté par Sissi le 19/02/2014 à 13h46
J'ai tendance aux vertiges. Vais-je pouvoir le lire sans faire une crise (0_0)?
(Beau billet Pha)
Commentaire n°3 posté par Ambre le 19/02/2014 à 22h36
Ce vertige-là est délicieux.
Réponse de PhA le 20/02/2014 à 14h49
Ah mais au fait, cher Philippe, ton flipper n'est pas du tout importun puisqu'il y en a un noir sur blanc page 139. (D'un coup, ça m'a fait tilt.)
(et merci !)
Commentaire n°4 posté par Didier da le 20/02/2014 à 05h05
Quand je disais "potentiellement infini" !
Réponse de PhA le 20/02/2014 à 14h50
C'est un livre éblouissant : je me suis laissé emporter dans le tourbillon et n'ai pu le quitter. Je mettrai un mot sur le blog de Didier da Silva. Emue aussi par la dédicace à Dominique Chaussois.
Commentaire n°5 posté par Michèle le 08/03/2014 à 21h59
J'espère (et je crois) que ce livre fera connaître davantage le très beau travail de Didier.
Réponse de PhA le 09/03/2014 à 21h13

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire