mercredi 10 septembre 2014

mon jeune grand-père (50)



Le 17 juillet 1917 Mes chers parents.
Les journaux allemands nous ont appris ce matin que la mesure de représailles concernant les colis était levée. Voilà. C’est de ça que parlait Edmond dans la carte ou plutôt la lettre manquante précédant celle du 7 juillet. Nous ne sommes pas encore (je n’arrive pas à lire, on dirait « avires ») mais nous le serons sans doute ce soir ou demain. Avisés. Ce doit être « avisés ». « Avisés » devait faire partie du vocabulaire d’Edmond. C’est un officier, fils d’officier. Ce doit être exact car la nouvelle est donnée dans les journaux comme officielle. Donc inutile de vous dire de reprendre l’envoi (un mot court et raturé) mal des colis, en forçant un peu pendant quelque temps pour rétablir l’équilibre. Forcez surtout sur la graisse, car je n’en ai pas du tout en réserve, et si cela avait duré un peu j’aurais dû manger mes nouilles à l’eau. Enfin tout est bien qui finit bien. Voilà encore un 14 juillet passé dans des conditions pas très gaies espérons que l’année prochaine nous le fêterons ensemble. J’avoue que je suis tenté de regarder dans le paquet les cartes de juillet 1918. Et en même temps, non. Comme courrier j’ai reçu les cartes de papa des 28-19-29-30 juin et 2 juillet la lettre de maman du 1er j et une lettre de Wallard du 23 juin. Wallard. Oui, correspondant déjà nommé le 26 février et le 2 mai. Je n’en sais toujours rien. Comme colis je n’ai reçu que le cake n°1 en bon état. Comme il y a des chances pour que nous passions encore l’hiver ici – alors qu’en février de la même année il espérait du nouveau –, il est temps de prendre des dispositions. Papa serait donc bien gentil de voir s’il peut avoir au dépôt 2 manteaux de cavalerie de la plus grande taille pour moi et Daussy, et de les envoyer le plus tôt possible – on est pourtant en juillet – pour que nous ayons le temps de les faire rectifier. Qu’il y joigne pour moi une culotte de troupe très grande. Je sais qu’Edmond était grand mais ce n’était tout de même pas un géant. Il doit y avoir une raison pratique. Vous pourrez mettre les lames de rasoir dans un prochain colis. Présentez mes remerciements à ma Tante et à Tante Marie pour leurs cadeaux. La température est assez fraîche en ce moment. Les fortes chaleurs de l’autre jour ne sont plus revenues, tant mieux ! Je vous quitte mes chers parents en vous embrassant bien fort tous les deux ainsi que Geneviève et Louis Madeleine et Jean et toute la famille. Votre fils qui vous aime de tt son cœur. EA

2 commentaires:

  1. Je suis un peu comme vous, avec l'envie de voir plus loin..... Et pourtant, ce n'est pas mon grand-père....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ne pas y aller voir, superstition légère.

      Supprimer