lundi 20 janvier 2014

Bip-bip-bip


Rien de tel qu’une bonne gueule de bois pour vous faire rempiler dans les responsabilités. Les miennes consistaient essentiellement en un jeu d’épreuves que j’avais omis de brosser dans le sens de la coquille. Après un laborieux savonnage des gencives et une franche bolée de Guronsan, je décidai avec enthousiasme de mériter mon salaire.
Introuvable. Le manuscrit que m’avait confié Vergegen n’était ni dans le bac à légumes du réfrigérateur, ni sous le tapis à franges du salon, ni entre le matelas et les lattes du parquet, ni même sur mon bureau de fortune. Il avait dû profiter d’une faute d’inattention mienne pour s’en aller crever dans le lointain et mythique cimetière des manuscrits.
J’essayai de remonter mentalement le cours des événements afin de situer l’instant précis où il m’avait faussé compagnie. Je me revoyais l’emporter au bistroquet j’avais voisiné avec mes deux tortionnaires, j’avais la vague impression de l’avoir ramassé dans le caniveau après notre altercation, je croyais même me souvenir que le pharmacien l’avait posé sur son comptoir avant de m’autopsier, mais tout ça demeurait plutôt confus. Est-ce que, par hasard, Nina la kiosquière…
Le téléphone bêla, interrompant une réflexion qui commençait déjà à s’émousser (et à m’épuiser).
C’était Vergegen en personne ! O, sublime coïncidence des âmes destinées à s’entre-sponsoriser dans le malheur !
– Mon petit Edme, c’est vous ?
– Quasi, monsieur Vergegen. Je comptais justement vous appeler à propos du travail que vous avez cru judicieux de me confier, mais qui…
– Brûlez-le, Edme, brûlez-le immédiatement. Vous vous rappelez ce que je vous ai dit en vous le remettant ? Les choses ont pris une certaine tournure depuis et… bon, brûlez-le sans attendre. Vous allez recevoir par coursier un nouveau jeu d’épreuves, avec les corrections qui s’imposaient, si je puis dire. C’est entendu ? Je compte sur votre concrétion. Vous êtes affilié, vous saurez gérer tout ça sans dérapage émotionnel ni double-bind scrupulaire.
– Euh… oui, bien sûr… Je comptais justement descendre acheter des allumettes.
– Interaction articulatoire : je savais que vous étiez le pivot de la situation. Allez, à bientôt, Edme !
Au revoir, monsieur Vergeg…
Bip-bip-bip.
 
Claro, les Souffrances du jeune ver de terre, Babel noir, 2013.
 
Voilà, comme ça le ton est donné. C’est le début des ennuis et le dernier Claro sauf que pas tout à fait puisque initialement paru en 1996 chez Fleuve noir et que notre homme qui a déjà été légèrement passé à tabac quelques chapitres auparavant a lui aussi corrigé son titre. (Comment ça ce roman n’est pas autobiographique ?) Donc ça a beau être en noir avec une tête de mort dessus, c’est quand même la franche rigolade assurée, les plaisirs de la langue en sus. Mercredi (après-demain, donc) à 19h, Claro est l’invité de l’indispensable librairie l’Alinéa, hélas un peu loin de ma forêt puisque sise au 227 rue de Charenton dans le XIIe (métro Dugommier), franchement allez-y si vous pouvez.
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