Écrire est une fiction. Sophie Loizeau écrit L’île du renard polaire de To Kirsikka (publié chez Champ Vallon) qu’on peut aussi lire comme L’île du renard polaire, de To Kirsikka ou même L’île du renard polaire de To Kirsikka, puisque To Kirsikka a une île. To Kirsikka, dont un je liminaire, dès « l’avant-poème », se présente comme la traductrice – un je fictif, comme la traduction elle-même est fictive, est présentée comme une poétesse finlandaise – de mère française, oui. C’est, disons, une forme d’hétéronyme assumé pour Sophie Loizeau qui lui permet d’écrire autrement, qui lui permet, par exemple, d’écrire ceci (j’ouvre au hasard, j’aime le hasard, et d’ailleurs j’ai raison) :
sur une coupe rase au pied du seul arbre
valide
une plumée de chouette
épervière
des empreintes avaient marqué la neige autour
j’étais penchée là-dessus en raquette
penchée sur cette scène de crime sans le sang
uniquement de plumes
du duvet répandu ailleurs au milieu d’éventails
trempés
par la neige [éventails de rachis]
j’aime le gel plutôt que le dégel
le gel affermissant et dur
les gens figés
les grands bonshommes tués par le gel
qui que ce soit le gel le fige et pas le dégel qui signe
la reprise des agissements
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