Un très bel article de Guillaume Contré dans le Matricule des Anges sur mes Nouvelles notes sur les noms de la nature et sur le Tombeau de Jules Renard d'Ivar Ch'Vavar. L'été commence bien !
jeudi 6 juillet 2023
mercredi 5 juillet 2023
mardi 4 juillet 2023
lundi 3 juillet 2023
dimanche 2 juillet 2023
l’inquiétude grandit en chacun de nous
Lorsque Crab perdit l’œil gauche, nul ne remarqua que la lumière soudain avait très légèrement baissé d’intensité. Lorsque Crab devint sourd de l’oreille gauche, nul ne remarqua que le volume sonore soudain avait très légèrement baissé. Lorsque Crab perdit l’usage du bras gauche, nul ne remarqua que le poids des choses soudain avait très légèrement augmenté. Lorsque Crab perdit l’usage de la jambe gauche, nul ne remarqua que la distance entre les choses soudain avait très légèrement augmenté. Mais lorsque Crab perdit l’œil droit, le monde soudain fut plongé dans les ténèbres. Et lorsque Crab devint sourd de l’oreille droite, le monde soudain fut plongé dans le silence. Et lorsque Crab perdit l’usage du bras droit, il fut impossible soudain de saisir et de soulever les choses. Et lorsque Crab perdit l’usage de la jambe droite, il fut impossible soudain d’avancer et de se déplacer entre les choses. Et maintenant que la vie même de Crab est menacée, l’inquiétude grandit en chacun de nous.
Eric Chevillard, Un fantôme, éditions de Minuit, 1995.
samedi 1 juillet 2023
court toujours (162)
Comme il manquait d’interlocuteurs, il décida de parler avec les mots : au moins ceux-là veulent toujours dire quelque chose.
vendredi 30 juin 2023
court toujours (161)
– Mais bien sûr que si on peut rire de tout !
– D’accord. On commence par quoi ?
jeudi 29 juin 2023
Au sujet de l’imagination et du hors sujet au brevet 2023
Abondance de hors sujet au brevet cette année pour le sujet d’imagination – et c’est bien l’imagination qui est en question. Il était pourtant fort classique, le sujet : à la suite d’une étude d’un extrait d’Histoire de ma vie de George Sand, où sont évoqués ses jeux d’enfance (une rivière imaginaire tracée à la craie dans la chambre de la narratrice qui devient un lieu formidable d’aventures), et alors même que les questions d’interprétation ont été plutôt bien comprises dans l’ensemble, on demandait aux candidats :
« Il vous est arrivé d’être pris dans un jeu qui vous a entraîné progressivement dans une aventure intense.
Vous raconterez cet épisode à la première personne.
Vous pourrez enrichir votre récit par des descriptions, l’expression des sentiments et des sensations. »
Rien que de très classique, donc ; tout le monde a déjà traité sensiblement ce même sujet (ma mémoire un peu spéciale me signale que, dans mon cas, c’était au début de la classe de cinquième, à l’automne 1975, avec Madame Germain). On imaginait que les candidats rendraient hommage à leur propre imagination, celle qui animait, celle qui anime encore leurs jeux d’enfants, ces jeux qui le plus souvent se jouent avec presque rien sinon, précisément, l’imagination. Et qu’a-t-on lu ? Des résumés plus ou moins maladroits de Jumanji (cette série de films où des ados sont précipités dans une sorte de jeu vidéo dont ils doivent parvenir à s’extraire avec les moyens fournis par le jeu). L’adaptation des jeux vidéo au cinéma donnent rarement quelque chose de bon ; l’adaptation de films en rédaction de troisième non plus. Il vaut toujours mieux travailler avec ce qu’on a en soi. L’imagination, la pratique du jeu vidéo (qu’il m’arrive de partager, les lecteurs de Vie des hauts plateaux le savent – ou le découvrent), pousse à la considérer comme quelque chose d’extérieur à soi, quelque chose qui nous est offert par la technique (on est loin du jeu des enfants pauvres). Dès lors, rien d’étonnant à ce que la phrase « Il vous est arrivé d’être pris dans un jeu qui vous a entraîné progressivement dans une aventure intense », relisons-la telle qu’elle est formulée, puisse être interprétée comme une invitation à raconter une nouvelle version de Jumanji. Hors sujet ? Ou bien sujet formulé par des concepteurs quelque peu coupés des pratiques contemporaines ? Car de l’imagination en rédaction, mes élèves de cette année (certes plus jeunes) ont bien su me montrer qu’ils n’en manquaient pas.
mercredi 28 juin 2023
Nouvelles notes chez Liragif
Vendredi à 19h, la librairie Liragif (15 square de la Mairie, à Gif-sur-Yvette) me fait le plaisir de m’inviter à l’occasion de la parution de mes Nouvelles notes sur les noms de la nature, aux éditions des Grands Champs.
mardi 27 juin 2023
Ma lecture des Grands Singes, de Will Self
Je viens de terminer la lecture des Grands Singes, de Will Self. C’est l’histoire de Simon Dykes, un chimpanzé qui se prend pour un humain. Un artiste de renom, par ailleurs. La première partie est extrêmement déroutante : racontée du point de vue de Simon Dykes, on le suit dans les préparatifs de sa prochaine exposition, dans son histoire d’amour avec Sarah, et surtout lors d’une sortie au Sealink, un bar branché londonien où Simon et ses amis boivent et se droguent. Quoi d’étonnant, me direz-vous ? C’est que tout est raconté comme si les personnages étaient vraiment des humains, comme si le monde entier était peuplé d’humains civilisés et que cela était parfaitement normal, parfaitement dans l’ordre des choses. Ce n’est qu’au bout d’une trentaine de pages, après une nuit d’amour avec sa compagne Sarah – laquelle jusque-là avait toujours été présentée comme une humaine –, qu’à son réveil Simon la voit enfin sous sa forme chimpaine, mais sans pour autant sortir de son délire : il se prend toujours pour un humain, il a des souvenirs de sa vie antérieure sous une forme humaine, il se meut (ou plutôt tente de se mouvoir) comme un humain, il ne comprend plus ce qu’on lui signifie, etc. Le roman est l’histoire du parcours de Simon en quête de sa propre chimpanité, aidé par le docteur Busner. La plongée dans les méandres du délire parfaitement organisé de Simon Dykes amène très finement le lecteur à questionner sa propre chimpanité (davantage encore que dans la Planète des hommes, le roman de Pierre Boulle, auquel il est parfois fait indirectement allusion, par l’intermédiaire de la série de films que ce roman a inspirés). C’est d’ailleurs sous cet angle que je comprends le titre un peu mystérieux choisi par Will Self, les Grands Singes (Great Apes en version originale), lequel sans doute renvoie aussi bien aux hommes qu’aux chimpanzés. Après tout, les hommes ne sont-ils pas nos plus proches parents ?
PS : Coïncidence, qui n’en est pas vraiment une. Je partage avec Will Self un intérêt certain pour l’espèce humaine, et c’est sans doute ce qui nous a tous deux amenés à préfacer un étrange et fascinant roman où les singes n’existent pas et où l’on voit les hommes dans un état, certes encore marqués par la sauvagerie, mais sur le chemin d’en sortir : j’ai nommé Enig Marcheur, de Russell Hoban, chez Monsieur Toussaint Louverture (la préface de Will Self est dans l’édition grand format, la mienne dans l’édition de poche).
lundi 26 juin 2023
94 singes rouges
C’est aujourd’hui l’anniversaire de l’héroïne des Singes rouges, un âge qui s’ajoute à tous ceux qu’elle a déjà eus, et qu’elle a dans le livre : la jeune fille de Martinique, la petite fille de Guyane.
Ma mère est une héroïne que je peux serrer dans mes bras.
dimanche 25 juin 2023
jeudi 22 juin 2023
mercredi 21 juin 2023
mardi 20 juin 2023
court toujours (158)
Parfois, tu te tournes vers la fenêtre pour te distraire en regardant le paysage, et sur la vitre c’est ton reflet que tu vois.
lundi 19 juin 2023
Une visite à notre si chère vieille dame auteur
Je crois bien que je risque d’aimer tous les livres d’Anne Serre – et que peut-être je ne saurai jamais bien dire pourquoi. Je n’en ai lu que trois : Petite table, sois mise ! (Verdier 2012), Grande Tiqueté (Champ Vallon 2020) et je viens de terminer Notre si chère vieille dame auteur (Mercure de France, 2022). J’y voyage de mystère en mystère mais en bonne compagnie. Les personnages m’y parlent – à moi qui souvent ne les aime pas tellement. Dans Notre si chère vieille dame auteur ils se tiennent comme à des barreaux différents de la même échelle : ils ne marchent pas tous exactement sur le même sol. Peut-être avez-vous l’impression de ne pas bien comprendre ce que j’essaie de vous dire : tant mieux, c’est sans doute que vous avez senti quelque chose d’un peu mystérieux et de terriblement séduisant. Vous avez le droit d’y rajouter un peu de tendresse aussi, et quelque chose comme l’épaisseur du temps, lequel ne nous empêche pas de voir un peu à travers lui.
dimanche 18 juin 2023
samedi 17 juin 2023
C’est bien moi.
Un commentaire sur l’un de mes récents billets m’enjoignant à nommer le dessinateur, en voici deux autres du même. Mais oui, c’est bien moi (cliquez sur le tag « Hublot graphique » si ça vous dit).
vendredi 16 juin 2023
Pierre Bayard, le docteur Strange de la critique littéraire
« On n’arrête pas d’encenser les chefs-d’œuvre, sans prendre la mesure des dégâts qu’ils provoquent. »
Tel est l’incipit un peu provoc de Et si les Beatles n’étaient pas nés ?, le dernier-né de Pierre Bayard, paru l’an dernier aux éditions de Minuit.
Parmi les tags que vous n’avez peut-être pas remarqués mais qui accompagnent la plupart de mes billets, il en est un que j’affectionne (même si je le sers assez mal, par la rareté des billets le concernant et par la pertinence relative de ceux-ci) simplement parce qu’il a le mérite d’exister – et donc de questionner la motivation de son existence : c’est « représentation de la littérature ». On en parle vraiment trop peu, je trouve. On parle – parfois – de littérature, mais guère de sa représentation. Bayard ne parle que de ça, et ça rend sa lecture à peu près indispensable à qui s’intéresse tant soit peu à la littérature, puisqu’il n’y a guère qu’à travers le prisme de sa représentation qu’on y a accès.
« La notion d’éclipse, qui est au centre de cet essai, ne renvoie pas seulement à celles d’ombre ou de clandestinité. Elle suggère aussi, dans le champ esthétique, l’idée qu’une œuvre, par son excès de présence, en occulte d’autres, parfois au point de les faire disparaître, en particulier par le type de sensibilité qu’elle promeut et présente comme naturelle pour une époque donnée. »
Et en Docteur Strange de la critique littéraire, Bayard convoque une petite collection d’univers parallèles sans Kafka, sans Proust, sans Louise Labbé, sans Shakespeare, sans les Beatles… pour vous donner une idée du vilain désordre dans lequel j’ai lu ce livre, dont l’un des mérites est de nous expliquer pourquoi la visibilité est mauvaise, comme le disent ces Hublots depuis une quinzaine d’années, dont un autre est de multiplier l’envie de lire (me concernant, notamment Ben Jonson, qui patiente depuis trop de siècles dans ma bibliothèque), et dont un autre encore de pousser à continuer soi-même l’expérience : il existe tant de mondes sans.






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