mardi 13 septembre 2016

vendredi 9 septembre 2016

A/OVER

Les éditions A/OVER publient des livres d'artistes (je mets un s parce qu'en général il y en a plusieurs, des artistes ; au moins deux par livre). Et moi je viens juste de recevoir FLAMANT ROSE, de Kenny Ozier-Lafontaine et Claire Morel ; et c'est beau. (Cliquez donc pour mieux voir.)





mercredi 7 septembre 2016

le même miel dans son souvenir

Je viens de terminer la lecture du dernier livre de Frédéric Fiolof, La Magie dans les villes. Non, pardon : c'est son premier livre à lui, et c'est le dernier que moi je viens de lire. Je pourrais essayer d'écrire un article dessus, pour vous expliquer combien est beau son art du décalage, comme un pas de côté dans le caniveau qui borde la réalité ; mais on pourrait me dire que c'est parce que moi-même j'ai du goût pour le décalage, que c'est pour ça que j'aime son livre comme il aime les miens, tiens donc, et que finalement tout ça n'est qu'une histoire d'amour ou d'amitié, voire de copinage. Pourtant j'avoue avoir éprouvé un instant d'appréhension avant d'ouvrir cette Magie dans les villes, car on peut aimer la personne sans forcément apprécier l’œuvre. Mais tout va bien. Et puisqu'on parle d'aimer, c'est peut-être moins l'étrangeté que l'immense tendresse qui se dégage de ce livre qui m'a retenu, dont les pages m'ont parfois évoqué Robert Walser avant même que le nom apparaisse dans le texte ; l'anonyme protagoniste de La Magie dans les villes le voit comme une sorte de compagnon, et moi je le vois un peu comme un Walser qui aurait eu le temps de vieillir, de se marier, d'avoir des enfants. Femme et enfants, ainsi qu'un ange et une fée quelque peu empêchés sont les autres personnages récurrents de ce roman qui est moins un récit qu'un portrait, fragmenté juste pour que je puisse sans lui faire mal en extraire un morceau, sans la famille celui-là, mais non sans la tendresse, lisez plutôt :

Il y a longtemps, il est tombé très amoureux d’une femme qui est tombée très amoureuse de lui. Vraiment, ils ne l’avaient pas fait exprès. Dès qu’ils se regardaient des bancs de sardines leur traversaient le corps à la vitesse de la lumière. Quand leurs doigts s’effleuraient, quelque chose les plongeait la tête la première dans un océan de neige bleue. Au moindre baiser chacun voulait aspirer l’autre tout entier, ce qui se produisait parfois et ils disparaissaient dans un ultime filet de salive. Il leur fallait s’attacher les mains dans le dos et se mordre les lèvres jusqu’au sang, seulement pour ne pas forniquer (mais ils appelaient ça autrement) dans tous ces endroits bizarres pas prévus pour. D’ailleurs, ils ont arrêté de prendre le bus et de dîner au restaurant. Ils se sont cloîtrés, ils ont maigri ensemble. Ils ont éprouvé l’incroyable brûlure de faire toujours deux plutôt qu’un. Et puis un jour la femme est repartie dans son pays. Parfois, les pays ça fait ça. Il est resté tout nu, allongé par terre, à maudire le vide, le manque. S’est frappé le front contre le plancher — il en garde encore la marque. Il s’est dit : Ah, si l’on pouvait choisir ses brûlures ! Et il s’étonne que l’absence comme la présence de cette femme fassent pourtant le même miel dans son souvenir.


Frédéric Fiolof, La Magie dans les Villes, p. 33-34, Quidam, 2016.

lundi 5 septembre 2016

libraire d'un soir

Tiens, encore une occasion de m'entendre bafouiller. C'était le 11 décembre dernier à la librairie Charybde, où je faisais le libraire d'un soir. L'orateur est confus mais les livres valent le détour : j'évoque Doucement de Gabriel Bergounioux un peu avant la deuxième minute, à 6 minutes 45 je parle de l'Ironie du sort de Didier da Silva, à 16 minutes 26 c'est Le Parfum du jour est fraise de Pascale Petit, à 22 minutes 50 La Botanique parallèle de Leo Lionni, à 31 minutes 25 les Saisons de Maurice Pons et à 39 minutes le Château de Kafka. A 43 minutes 50 c'est Marianne Loing qui parle de Pas Liev, dont je lis un court extrait vers 48 minutes et des poussières.

samedi 3 septembre 2016

Beckett écrit (3)

Suite de mes glaneries beckettiennes,

« Un vieux rentre affolé, sa femme vient de tomber, fracture du col du fémur. "Elle ne tenait déjà pas debout" dit-il, "et maintenant..." Il cherchait une voiture pour la transporter, pour ne pas avoir à payer l'ambulance. On sentait qu'il aurait voulu l'abattre d'un coup de fusil. »
(C'est ce qu'il voit près de chez lui, en Seine-et-Marne.)


« Je suis très content que vous ayez envie d'arriver rapidement à l'Innommable. Comme je vous l'ai dit, c'est à ce dernier travail que je tiens le plus, quoiqu'il m'ait mis dans de sales draps. J'essaie de m'en sortir. »
(Moi aussi, c'est à ce dernier travail que je tiens le plus, quoiqu'il m'ait mis dans de sales draps. En plus ce n'est même pas moi qui l'ai écrit.)


« Laissez-moi vous dire encore combien je suis touché par l'intérêt que vous portez à mon travail et par le mal que vous vous donnez pour le défendre. »
(Bien sûr il écrit à Lindon, son éditeur. J'en ai autant pour le mien.)


« Je pense beaucoup à ses dernières peintures, miracles d'impuissance forcenée, ruisselantes de beauté et de splendeurs comme un naufrage de phosphorescences, on est littéraire décidément pour la vie, avec d'énormes voies par où tout fuit et tout rentre, et le calme écrasé des très grands fonds. »
(C'est à propos de Bram Van Velde, que j'ai découvert grâce à lui.)


« Vivement L'Innommable, c'est tout ce qui m'intéresse un peu encore. »

« Je me suis laissé dire qu'un journaliste du Figaro Littéraire, chargé d'enquêter sur les écrivains de Seine-et-Marne, avait découvert mon adresse malgré toutes nos précautions et, sa conscience professionnelle l'emportant sur toute considération de sécurité personnelle, menace de me rendre visite. Suivez donc attentivement les faits divers dans les semaines qui viennent, il y aura peut-être deux emmerdeurs en moins dans l’Île de France. »

« Mon cher Maurice Nadeau
J'ai lu avec émotion votre article sur L'Innommable dans Les Lettres Nouvelles. Dans un moment où mon travail ne valait plus rien. A vous lire l'envie renaît d'essayer encore. Elle n'ira peut-être pas loin. Mais comprenez ce que cela signifie pour moi et la mesure de ce que vous me donnez. Le il a été devient il sera, avec moi jusqu'à la fin. Je ne peux même plus vous remercier. Je peux seulement vous envoyer mon affectueuse amitié.

Samuel Beckett »

vendredi 2 septembre 2016

Deux cannes dans le Fillon de François

Non : François Fillon n'est pas un homme ennuyeux. Il tient même parfois des discours passionnants, à tomber raide. Par exemple récemment à Sablé-sur-Sarthe, où il a déclaré que le but de la colonisation française était de faire partager sa culture. Si si, cliquez donc, c'est là.


Je ne sais pas trop de quelle culture il voulait parler. Moi, quand on me parle de culture et de colonisation, j'ai tendance à penser à la canne à sucre ; un truc de famille. Et d'un coup, avec ma manie de jouer avec les lettres, Fillon, je ne peux plus m'empêcher de le voir comme un fion avec deux belles cannes bien enfoncées au milieu.

jeudi 1 septembre 2016

Lettre éthylique

Mais non : les femmes russes ne sont pas nécessairement des femmes rousses qui ne boivent pas d’o.


mercredi 31 août 2016

Blog

Blog :
N’est quand même pas la même chose qu’un livre. Permet surtout à l’auteur de pratiquer l’autopromotion éhontée. Par exemple : Hublots, le blog de Philippe Annocque, ISSN : 2266-324X, http://hublots2.blogspot.fr/


mardi 30 août 2016

En parlant de Pas Liev

Au printemps dernier, je m'entretenais avec Jean-Marc Josse sur RVE à propos de Pas Liev. On peut désormais réécouter - voire écouter - cette interview en cliquant ci-dessous.

lundi 29 août 2016

Beckett écrit (2)

J'ai terminé hier le deuxième tome de la correspondance de Beckett. J'en ai fait durer la lecture. J'ai passé une partie de l'été en bonne compagnie. Je vous en mets un peu aujourd'hui, et j'en garde encore un peu pour une autre fois.

« Les nouvelles de France sont très déprimantes, en tout cas elles me dépriment. Tout ce qu'il ne faut pas faire, tout dans le mauvais sens. »

« L'erreur, la faiblesse tout au moins, c'est peut-être de vouloir savoir de quoi on parle. »

« J'irai vous serrer la main et vous souhaiter bon voyage et bon repos demain en fin d'après-midi, sauf contre-avis. Je dois maintenant m'atteler à la fastidieuse toilette de ma pièce qui s'appellerait probablement En attendant Godot. Il faut surtout bien dégager l'anus. »

« Hier nous avons surpris dans le bois de Meudon un énorme pivert vert et jaune (naturellement). Il s'est agrippé au tronc, l'a mis vivement entre lui et nous, puis est monté en courant, je le suppose, jusqu'aux branches supérieures. Une absurde joie m'a rempli. »

« J'ai fait une chose qu'il ne m'était jamais arrivé de faire, j'ai écrit la dernière page du livre en cours, alors que je n'en suis encore qu'à la 30e. Je n'en suis pas fier. Mais l'issue fait déjà si peu de doute, quels que soient les tortillements, ce dont je n'ai qu'une idée des plus vagues, qui m'en séparent. »

« J'ai signé un contrat avec les Éditions de Minuit pour tous travaux. Ils me font un contrat spécifiquement pour les trois "romans" déjà écrits. Le premier, Molloy, devrait sortir en janvier. Bordas, au bord de la faillite (pas entièrement ma faute), m'a laissé partir. »

vendredi 26 août 2016

jeudi 25 août 2016

A l'attention de Madame Audrey Azoulay, ministre de la Culture

Chère Madame,

J'ai l'honneur de solliciter modestement une place de conseiller culturel en charge de la littérature. Pour la France, quoi. Et la culture, accessoirement.

mercredi 24 août 2016

promotions d'été

Comme je disais l'autre jour c'est la rentrée littéraire alors que c'est en été que les gens ont le temps de lire et même parfois la bonne idée d'en parler, comme Marie-Laure Vanier à propos de Pas Liev et Sandrine Petit à propos de Liquide, que je remercie sans les connaître.
Tiens, je ne résiste pas au plaisir de recopier quelques passages de l'article de Marie-Laure Vanier sur mon dernier en date (lisible sur Libfly ou sur son blog) :
« Pas Liev est un texte fascinant parce que nous voyons le monde du point de vue d’un homme qui lui est étranger (Meursault n’est pas loin). Il ne comprend pas les signes que lui renvoie ce monde, ne déchiffre pas les mots qui lui sont adressés, ne semble pas connaître les conventions qui le régissent. Il se heurte à un réel de plus en plus opaque et brutal. Il se débat dans ses questions, ses interrogations, émet des doutes, essaie d’analyser, d’interpréter tant bien que mal des scènes comme s’il avait l’image mais pas le son.
Il demeure « en dehors, « à côté ». « Il est rare que la réalité coïncide parfaitement avec l’idée que l’on s’en fait. » se dit-il très justement. Et qui s’en fait une idée juste de cette réalité ? Liev ou les autres ? Existe-t-il d’ailleurs une « idée juste de la réalité », une façon d’appréhender de façon objective la réalité ?
Je pense aussi avec émotion à la scène sublime où il tourne sur lui-même sous le soleil éclatant de blancheur, dans la cour, ivre de bonheur à la pensée de Sonia, la fille de ses maîtres.
Fou, Liev ? Enfermé, s’inventant un univers qui n’existe que dans son imagination, contemplant, halluciné, le monde à travers la fenêtre d’un asile, entouré d’infirmiers psychiatriques chargés de calmer sa démence ? Peut-être ou peut-être pas. Peu importe d’ailleurs.

Pas Liev est un texte essentiel, mythique, dont l’écriture, à travers des structures répétitives, traduit de façon très expressive l’enfermement de l’homme dans sa terrible folie ou son immense lucidité, sa volonté de percer le réel, d’y voir clair somme toute. »

mardi 23 août 2016

Beckett écrit (1)

Alors cet été, j'ai surtout lu la correspondance de Beckett, en fait.
J'ai recopié des citations que j'ai collées sur Facebook, je vais essayer de les retrouver pour en mettre ici aussi. Je n'ai noté ni les dates ni les destinataires. Pardon.
Tiens, ceci. Ce n'est pas de Beckett, c'est adressé à lui. C'est drôle.

« Mon cher Beckett,
Herbert Read et moi-même avons tous deux lu WATT, et je dois avouer que nous sommes tous les deux très partagés sur ce livre et dans une extrême perplexité. Pour être tout à fait franc, je crains qu'il ne soit le plus souvent trop extravagant et inintelligible pour avoir la moindre chance d'être publié avec succès ici pour le moment... »

J'ai lu Watt, bien sûr. Je l'ai même relu il y a un an ou deux. Ces deux éditeurs ont parfaitement raison : c'est bien « trop extravagant et inintelligible pour avoir la moindre chance d'être publié avec succès ici pour le moment... » Je suis sérieux, évidemment.

Beckett lui-même écrit par exemple ceci :

« Je suis fatigué, probablement d'avoir trop écrit. Un livre de nouvelles, deux "romans" et une pièce en moins de deux ans. Ils surgissent dans le vide habituel et je n'en entends plus beaucoup parler. »

Ça rassure.
Ah oui, ceci aussi :

« Molloy est un livre long, l'avant-dernier de la série commencée avec Murphy, si on peut dire que c'est une série. »
Voilà. J'aimerais qu'on arrête de parler de la "trilogie" de Beckett. Six livres, et peut-être même plus, ça ne fait pas une trilogie.
Bon, c'est vrai que par la suite, au moment où il écrit l'Innommable, Beckett parle de ses trois derniers livres (Molloy, Malone meurt, L'Innommable) comme formant un tout, un seul livre en fait.
Mais il n'emploie pas le mot de trilogie, et l'Innommable fait explicitement référence aussi à Murphy, Watt et Mercier et Camier.

J'aime beaucoup celle-ci :

« Pardonne tous ces détails sur mes ouvrages. Ma vie semble ne pas être grand-chose d'autre. »


J'ai d'autres citations mais c'est encore les vacances alors je les garde pour demain ou un autre jour.


lundi 22 août 2016

Rentrée littéraire

Rentrée littéraire :
Grande fête du livre. Ne pas se demander pourquoi on appelle ça « rentrée » alors que les livres sortent. Ne pas se demander non plus pourquoi on l’organise juste au moment de l’année où les gens ont le moins de temps pour lire.

(Extrait du Petit dictionnaire des idées reçues sur la littérature contemporaine)


Les Hublots aussi, fidèles à l'incohérence générale, font leur rentrée. Et inaugurent avec ce billet un nouveau feuilleton, tiens.

samedi 9 juillet 2016

immersion imminente




























Les Hublots vont s'immerger quelque temps - celui d'une pause estivale qu'on vous souhaite belle.

mardi 5 juillet 2016

lettre ornithologique (2)

Quoi d’étonnant à ce que le manchot, qui n’a pas d’l, ignore les r et préfère son o ?