Après le désopilant (mais oui, vraiment) Survies minuscules (aux éditions du Sous-sol), le ton change encore avec Chagrins, le très beau triptyque d’Infernus Iohannes que publient les éditions de Minuit – pour lesquels Retour au goudron marque en effet un retour au post-exotisme, puisque Antoine Volodine y publia Lisbonne, dernière marge, Alto solo, le Nom des singes et le Port intérieur. C’était au millénaire dernier, car le temps passe, et le passage du temps, en siècles, en millénaires, est l’un des sujets en question dans tous ces livres, et notamment dans Chagrins.
Ce sont trois deuils qui constituent ce livre, et en écrivant ceci je prends le mot « deuil » comme un genre littéraire à part entière. Le premier, « Le chagrin s’affronte la peau nue », est explicite, et quiconque a dû accompagner un proche reconnaîtra à quel point ce récit, sous son apparente étrangeté, n’est qu’une exagération (l’exagération est un procédé d’écriture extrêmement fertile) d’une réalité à peine plus soutenable. Mais au moins, c’est beau.
« Fin de ressac », au centre du triptyque, est une merveille d’économie. Avec presque rien, puisque l’on est mort (ou morte, plutôt), on nous brosse le tableau épuré d’un début d’éternité posthume. Or l’inconcevable s’y produit ; le titre nous le dit : le ressac, ce bruit du bord de mer perpétuel comme les battements du cœur, s’arrête. Quel est le sens de cet arrêt ?
Enfin vient « Dragons », qui fait écho à « Le chagrin s’affronte la peau nue », puisque la mort y sépare non plus deux sœurs mais deux frères, et à ceci près, qui est beaucoup plus qu’un détail, que c’est plutôt la vie qui les a séparés et la mort qui les réunit ; je ne vous dirai ni comment ni, surtout, à quel point.

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