Je viens seulement de terminer Rêve cette nuit, d’Anne Serre – le temps me manque pour lire comme je voudrais. Incroyable comme la lecture de ces notes procure une étrange intimité – une intimité étrangère. On a (j’ai) l’impression de me retrouver face à une sorte d’autre moi-même. Un moi-même, mais autre : avec une autre vie, un autre corps, un autre sexe, d’autres lectures (mais pas toujours : j’ai ressorti les Propos de table de Coleridge publiés chez Allia et postfacés par Bruce Bégout : je crois bien avoir omis de lire la postface). Je ne peux m’empêcher de me demander si j’aurais éprouvé le même sentiment, si je n’avais pas moi-même été écrivain.
Je recopie encore ceci :
« J’ai essayé de penser aujourd’hui à l’époque où je n’écrivais pas encore, à ce que c’était que de vivre sans écrire (ce qui remonte à mes douze ans), et je n’ai rien trouvé d’autre qu’une sorte d’inquiétude vague, une impression d’images et de perceptions disparates, et l’attente de quelque chose qui réunirait tout cela et lui donnerait un sens. » (p. 167)
Ce qui me frappe c’est cet âge, « douze ans ». Je crois deviner qu’Anne Serre venait de perdre sa mère (rien à voir avec moi ; je viens seulement de perdre la mienne). Sauf que c’est à douze ans aussi que j’ai commencé à écrire. Avant douze ans, comme je n’arrivais pas à imaginer mon avenir, je pensais que je mourrais à douze ans. Ce n’était pas vraiment triste, ça ne me faisait pas peur ; c’était juste comme ça. Et en fait, au lieu de mourir, j’ai commencé à écrire.
La mort et l’écriture se donnent la main.
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