Heureusement qu’il y avait mes frère et sœurs avec moi pour voir aussi : d’un certain étage de la maison, par la fenêtre, on voyait très bien, et de tout près, des mammouths. Bien sûr on ne les voyait pas parfaitement, la mise au point avait du mal à se faire ; on sentait qu’ils étaient tentés de passer à la couleur mais qu’ils n’y parviendraient pas. Ils n’étaient pas en noir et blanc non plus : ils étaient transparents. La lumière du petit matin passait à travers et, pour tout dire, c’était assez beau. Cela dit l’image était assez nette, suffisamment pour que l’on puisse constater que ces mammouths étaient beaucoup moins velus qu’on ne les représente habituellement – et pourtant c’étaient bien des mammouths. Ils étaient gigantesques, aussi, même pour des mammouths ; j’ai du mal à me rendre compte mais, pour vous donner une idée, je dirais qu’ils mesuraient plus de quinze mètres de haut. Ils n’étaient d’ailleurs pas que transparents : ils n’avaient aucune densité, du moins en ce monde. D’ailleurs ce monde ne les concernait pas, ils se livraient paisiblement à leur activité, que je ne pourrais définir davantage, sans se soucier de ce qui nous entourait et qui ne les entourait pas : ce qu’ils faisaient était sans effet sur nous, sur la maison, sur l’extérieur de la maison, et d’ailleurs était sans rapport avec nous. Nous ne risquions absolument rien : ils étaient là et ils n’étaient pas là.
Un peu plus tard, j’ai voulu les revoir. Je n’étais pas sûr de que je les reverrai : j’étais à l’étage inférieur – et en effet, je ne les ai pas revus. Je me doutais que, vraisemblablement, ils n’étaient visibles que sous un certain angle. Il était probable que, comme je me trouvais plus bas, un phénomène comparable à la réfraction de la lumière m’empêchait de les voir. Mais quand je suis remonté à l’étage pour les montrer à mon frère, on ne les voyait plus de l’étage non plus.

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