dimanche 14 juin 2026

Gynt d’Aubert

Je viens de finir Gynt (en dévalant la pente), trahison libre du Peer Gynt d’Enrik Ibsen, par Marion Aubert, qui vient de paraître chez Quartett.

Je vous montre un passage, pris au hasard, que vous voyiez un peu à quoi ça ressemble :


La reine des trolls

Oh my lord. My lord. « Troduljeke ». Bienvenue. Bienvenue chez toi, Peer. Tu tombes bien / à pic. Tu n’es pas mal. Pas très blond mais bon. Tu feras l’affaire. Laisse-moi te regarder, mon garçon. Hum. Lâchez-le. Tourne. Tourne-toi un peu. Oui. Bon. Tu as des questions ?


Peer

Oui. Euh. Non. Pas vraiment. J’ai pas préparé. Je… On m’a dit. On votre fille. Enfin. Laissé entendre. Que je pouvais. Que vous cherchiez. Un roi. Un roi dans mon genre. Je m’y connais en règne. Je me sens, comment dire. Prédisposé. Vous voulez voir ma bio ? J’ai une longue bio.


La reine des trolls

As-tu bien compris où tu mettais les pieds ?


Peer

Oui. Votre fille. Ta fille. Je ne sais pas. Ta fille m’a dit que si je l’épousais, je pouvais devenir roi, et… ça me tente ! Vous savez, je suis fils de reine moi aussi là-haut. Faut savoir sauter sur l’occasion. En haut, c’est un peu bouché, l’horizon. Et puis, tout le monde me fait un peu chier. Pour tout vous dire, je n’en peux plus. Y a des flics partout. Je suis poursuivi par toute une bande de bigots / des flics et des bigots. Et puis, Solweig m’a jeté. Alors au point où j’en suis. On est hyper nombreux. Huit milliards.


La reine des trolls

Pour tout te dire ça va pas tellement bien ici non plus. On est en plein déclin. Notre race est trop pure. Il nous faudrait abâtardir notre race avant de la transplanter.


Peer

Rien compris.


La reine des trolls

Troll ! Trolside. Trolusque.


(pages 73-74)


Ce n’est peut-être le passage le plus punk, en fait, mais ça me rappelle – toute cette lecture me rappelle des souvenirs. Car j’ai joué Peer Gynt, il y a longtemps. Et, si j’en crois ma mémoire, bien sûr ce texte est une trahison plus qu’une traduction, mais en même temps vraiment pas. Il y a déjà ça dans le Peer Gynt d’Ibsen (sauf qu’on est pas encore tout à fait au vingtième siècle, quoi, et donc pas non plus au vingt-et-unième). Et ça me rappelle d’autres souvenirs, encore plus lointains, où je jouais Don Diègue dans une réécriture du Cid. C’était mon amie Laure, surtout, qui était à l’écriture, que je n’ai pas revue depuis le siècle dernier, car le temps passe pour Peer Gynt et pour moi aussi, mais que je salue affectueusement au passage ; elle partage avec Marion Aubert cette créativité débridée dans l’adaptation.





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire