mardi 20 avril 2021

Les Singes rouges en Equipages

Dimanche 25 avril à 15 heures, les Singes rouges et leur auteur vous attendent à la librairie Equipages, 61 rue de Bagnolet dans le 20e arrondissement (métro Alexandre Dumas).



Brèves animales (43)

Pas plus de bec au lièvre que de nez à l’aigle. On nous raconte n’importe quoi.




dimanche 18 avril 2021

Brèves animales (41)

Se couche comme les poules qui ne se couche pas vraiment, car a-t-on déjà vu une poule vraiment couchée ?




vendredi 9 avril 2021

Le premier souper d’Alexander Dickow

Non : je ne vais pas vous dire ce qu’il y a dans le premier souper, le dernier livre d’Alexander Dickow, qui est aussi son premier roman – à moins que ce ne soit celui de Ronce Albène.

Plutôt : quelques pensées personnelles qui m’ont traversé, juste moi, à propos de la question quoi manger – qui est quand même le sujet, ou le ressort, du roman.

Car quoi manger, ça n’est pas simple. A fortiori quand on est huit milliards sur Terre (je ne parle pas du premier souper : je ne sais pas combien on y est ni même si c’est sur Terre, peu importe).

Je vois devant moi se décliner toute matière. Et toute matière n’est pas comestible à l’organisme humain. La matière minérale ne l’est pas, en tout cas pas directement, sauf l’eau et le sel qui ne nous nourrissent pas. Il nous faut nous repaître de matières organiques. Végétaux. Champignons. Animaux. La grande majorité des végétaux et des champignons sont non comestibles à l’organisme humain (à l’occasion toxiques, mais c’est presque anecdotique). Il nous reste les animaux, majoritairement comestibles. Mais nous sommes des animaux. Des animaux autour desquels la matière s’étend en cercles concentriques, de moins en moins mangeable en s’éloignant de nous. Mais nous sommes des animaux qui répugnons à nous manger nous-mêmes – et certains d’entre nous n’hésitent pas à élargir ce nous aux autres espèces. Alors manger des plantes, les quelques plantes qui sont mangeables ? Développer la culture des plantes comestibles – forcément au détriment des innombrables espèces incomestibles ? Non, vraiment, quoi manger est un sujet inconfortable.

Et Alexander Dickow nous en fait tout un roman – rassurez-vous : j’en dis le moins possible. Il en fait même un roman qui en est trois, et qui est en même temps l’évocation d’un autre dont on ne lit que deux brefs extraits ; car le premier souper est le titre du livre d’un certain Ronce Albène, dont on apprend que tardivement l’identité.

Le premier souper est publié aux éditions La Volte, spécialisées en science-fiction ; on se souvient du beau succès, très mérité, des Furtifs d’Alain Damasio. Je le dis car Alain Damasio est remercié à la fin, et Alexander Dickow est le traducteur américain des Furtifs. Le premier souper aussi est un roman de science-fiction. Mais Alexander Dickow, lui, c’est un poète (dont j’ai déjà eu l’occasion de parler ici, et ). Et maintenant, c’est un poète américain qui écrit un roman de science-fiction français. Qui écrit dans une langue et un genre qu’il fait siens – comme on fait sien ce qu’on mange.



mercredi 7 avril 2021

mardi 6 avril 2021

teaser

Chers amis du livre,


J’ai bien reçu toutes vos idées et, un peu à la manière de mon oncle Gustave, me propose de vous les rassembler en un dictionnaire dont vous me direz des nouvelles. Il devrait paraître avant la fin de ce printemps.

Bien à vous,


Philippe Annocque,

commis à la littérature contemporaine

lundi 5 avril 2021

Brèves animales (39)

Le chaud lapin ne craint pas le froid de canard – mais le froid de loup, peut-être.




jeudi 1 avril 2021

Brèves animales (38)

Le poisson ne mord à l’hameçon que dans l’espoir de planter son arête dans la gorge du pêcheur.




mercredi 31 mars 2021

mardi 30 mars 2021

vendredi 26 mars 2021

Marcel Cohen dans les détails

Qu’il évoque une exposition de photos d’anciens champs de bataille, ou bien la condition des marins philippins sur les porte-containers de toute nationalité, ou bien les considérations sur la chasse au gros gibier d’un officier de l’armée des Indes néerlandaises, ou bien l’exploitation touristique des sites des camps de concentration, ou bien l’inconfort de se voir désigné sans l’avoir voulu spécialiste en dératisation, ou bien encore tout autre sujet apparemment sans rapport évident, Marcel Cohen porte sur le monde et sur soi – qu’il n’appelle jamais « moi » mais « un homme » – la même attention, aussi objective que possible. Et cette attention, c’est la qualité essentielle, la seule qui vaille vraiment, chez un écrivain.

Détails, II Suite et fin est paru tout récemment aux éditions Gallimard.



mercredi 24 mars 2021

Les Singes rouges se font entendre

Les Singes rouges de nouveau se font entendre, mais avec la voix mélodieuse de Carole Zalberg chez Ernest – cliquez donc – ou la mienne au micro de Radio Sensations.



dimanche 14 mars 2021

Alexander Dickow déblaie pour nous.

À la page 69 de Déblais (qui vient de paraître aux éditions Louise Bottu), Alexander Dickow écrit :


« Tout comme le livre, le fragment aspire à parler de tout. »


C’est une bonne façon de dire, en peu de mot et d’autant mieux, aussi bien l’ambition de ce fragment que celle du livre entier.

Il n’est pas étonnant dès lors que j’y trouve dit ce que par ailleurs j’ambitionne pour moi-même, par exemple :


« Ce narrateur peu fiable a raconté un récit qui en cache un autre. »


« Le livre ouvert ressemble assez à une gueule ouverte. Quand vous l’aurez refermé, ce livre, quelle part de vous aura-t-il engloutie ?


voire, tout simplement, ce que je pense :


« La plupart des romanciers écrivent comme on creuse une ornière. »


ou encore :


« La mode est à la production sérielle. Au ressassement. Trouver un truc, creuser l’ornière, l’exploiter jusqu’à son érosion totale. Nous admettons la répétition comme conséquence nécessaire de l’unité de vision. Nous avons perdu le sens de l’embardée. L’artiste se résigne à n’être pas plusieurs. Nous assumons l’identité qu’on nous assigne. Mais il faut faire autre chose. »



samedi 13 mars 2021

Mon petit DIRELICON (3)

 

Adjectif :

Se méfier des écrivains qui utilisent des adjectifs.


Adultère :

Excellent sujet, qui traverse les siècles (voir Sujet). Il suffit pour s’en convaincre de lire les œuvres immortelles de Gustave Flaubert (voir Flaubert Gustave), Theodor Fontane, ou Valérie Trierweiler.


Adverbe :

Se terminent tous par -ment. La présence d’adverbes dans un texte est un signe grave d’incompétence stylistique. Pires que les adjectifs.


Mon petit DIRELICON (Petit dictionnaire des idées reçues sur la littérature contemporaine mais quand même un peu à la manière de Flaubert)




vendredi 12 mars 2021

Mon petit DIRELICON (2)

 

Acheté :

Acheté aujourd’hui, à jeter demain.


Achevé d’imprimer :

Toujours à la fin, parce que c’est plus poli d’attendre que l’auteur ait d’abord achevé d’exprimer.


Actualité littéraire :

Sujet de la presse littéraire. C’est important qu’elle soit actuelle.


Mon petit DIRELICON

(Petit dictionnaire des idées reçues sur la littérature contemporaine mais quand même un peu à la manière de Flaubert)




jeudi 11 mars 2021

Mon petit DIRELICON (1)

 

Absorbé :

État du lecteur heureux. Et c’est ainsi que tous ses lecteurs, absorbés par leur lecture, disparurent à tout jamais. Vous voilà prévenus.



Académie Française :

Institution qui rassemble les académiciens. Les académiciens vivent sous un dôme. Ils sont immortels, verdoyants et épéistes. Ce sont aussi des écrivains : Valéry Giscard d’Estaing était membre de l’Académie Française. Xavier Darcos l’est encore.



Académie Goncourt :

Ne pas confondre avec l’Académie Française. Le risque est d’autant plus grand que l’Académie Goncourt est aussi française – mais un peu moins que l’autre quand même. Elle est aussi un peu moins académique car ses membres sont rarement appelés « académiciens ». N’en est pas moins prestigieuse pour autant, surtout depuis l’arrivée d’Éric-Emmanuel Schmitt.


Mon petit DIRELICON

(Petit dictionnaire des idées reçues sur la littérature contemporaine mais quand même un peu à la manière de Flaubert)




dimanche 7 mars 2021

Finir les restes

Ce n’est pas facile de parler de Finir les restes – sauf déjà à dire que c’est le nouveau livre de Frédéric Fiolof dont j’avais beaucoup aimé La Magie dans les villes, rappelez-vous. Ce n’est pas facile parce qu’il touche à ce qui nous touche tous un jour où l’autre, et dont il est si difficile de parler, d’ailleurs je répugne un peu à en dire le sujet – disons juste que c’est sensiblement le même que celui du beau livre d’Anne Pauly, Avant que j’oublie, dont déjà je n’avais dit que trois mots ici, et pour les mêmes raisons. Moins narratif, le livre de Fiolof se concentre sur l’état – appelons-le par son nom : colère – dans lequel ne se reconnaît pas celui qui s’appelle tantôt « l’homme très en colère », tantôt « l’orphelin », puisque c’est bien de ça qu’il s’agit. Très en colère, le voici prêt à en découdre avec Denis Morelle, son ennemi d’enfance, le seul qu’il parvient à se trouver car d’ennemis on sent bien que cet homme-là n’en saurait avoir. Mais Denis Morelle bien sûr a depuis des lustres disparu des radars, et voici notre homme avec sa colère dans le cœur et dans les mains l’urne funéraire à qui il doit trop tôt faire traverser la France.

Finir les restes vient de paraître tout récemment chez Quidam éditeur.



mardi 2 mars 2021

Brèves animales (34)

On a du mal à croire que la peau de la vache ait tant en commun avec celle du hareng.




lundi 1 mars 2021

Brèves animales (33)

Mais que dire de la queue du caïman qui n’est rien d’autre que la tête du manchot ?




dimanche 28 février 2021

Brèves animales (32)

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la queue du lapin est aussi le bec du pingouin.





samedi 27 février 2021

Cacher le trou avec sa traîne

Sorti du dehors le trou salué en pleine lumière

Esquisse de princesse prise de malaise reçoit le trou en secret


Ce détail de la solitude inséré entre les pages

Un morceau d’intériorité le transforme en silencieux automatique


En ce qui concerne le tableau de cette femme il manque encore des éléments du visage

Un nuage noir coupe une partie de ce portrait dont le modèle est un miroir de trop



p. 60 « Ciseaux & ciel nocturne »



Aujourd’hui je suis contente d’être moi

Buvant une tasse de thé vert

Lisant des poèmes coréens bien traduits

Contrariée par d’autres choses réduites en cendres


La contrariété fait partie du réel m’avait-on dit

J’ai vu pire que la contrariété

Les os d’un revenant dans un bol de nouilles


Le trou noir qui traîne sur le sol

M’envahit comme une tristesse passagère

La fête des arbres est déjà devenue un défilé de mode

« You are so great ! » au milieu de la forêt la mondanité prend le pas sur la pulsation


La mariée finale en robe de dentelle

Est une nonne qui entre en scène et cache le trou avec sa traîne



p. 95 « La maison des phrases liquides »



Ce sont deux extraits de Cassandre à bout portant, de Sandra Moussempès, qui vient de sortir dans la collection Poésie des éditions Flammarion.




mercredi 24 février 2021

samedi 20 février 2021

la pelle

la pelle


si ma femme m’appell’

c’est que ma mèr’ m’appell’

alors j’y vais


si ma mère m’appell’

c’est que grand-mèr’ m’appell’

alors j’y vais


quand ma femme m’appell’

elle me demand’ la pell’

alors j’amèn’ la pell’

et puis j’y vais


si ma mère m’appell’

elle me demand’ la pell’

alors j’amèn’ la pell’

voici maman la pell’

et puis j’y vais


si ma femme me rappell’

alors que j’y’ai donné la pell’

c’est que la mèr’ m’appell’

pour que je chanj’ de pell’

c’était un’ autre pell’

mais s’il pleuvait ?


je lui reprends la pell’

c’était pas la bonn’ pell’

grand-mèr’ me le rappell’

ramèn’-moi donc un’ pell’

je ne veux pas d’icell’

– ah tu voulais du sel ?

– non je voulais un’ pel’

si tu préfèr’s j’y vais


te déranj’ pas ma bell’

c’est comm’ ça que j’l’appell’

pour une simple pell’

moi ton enfant fidèl’

j’suis ton anj’ gabriell’

c’est comm’ça qu’elle s’appell’

ma mèr’ non pas la pell’

j’attrap’ le manch’ de pell’

celui d’la mauvaiz’ pell’

j’ui dis j’reviens ma bell’

avec un’ autre pell’

et puis j’y vais


je rapporte la pell’

dans la caban’ à pell’s

y’a des milliers de pell’s

des râteaux et des pell’s

il y en a à la pell’

parmi le tas de pell’s

j’en choisis un’ nouvell’

ne prends pas la plus bell’

n’empoign’ pas la plus frêl’

ses mots j’me les rappell’

ma cervell’ en est plein’

ma mémoir’ a des ail’s

je remercie le ciel

et s’il pleuvait ?


avec tes mots de fiel

tu f’rais venir la grêl’

tu vois bien samaël

c’est comm’ça qu’ell’ m’appell’

pas un nuaj’ au ciel

dit-ell’ sous son ombrell’

ah tu m’apport’s la pell’

enfin c’est la bonn’ pell’

je la poz’ devant ell’

et puis j’y vais


mais grand-mèr’ me rappell’

que je rest’ auprès d’elle’

à lui tenir l’ombrell’

j’aperçois la dentell’

sur ses cuisses de miel

comm’ si ell’ montait en sell’

elle enfourch’ la pell’

comm’ un balai


si ma femme m’appell’

à cheval sur la pell’

tout là-haut dans le ciel

alors j’y vais


quand ma mèr’ m’ensorcell’

je deviens raphaël

il me pousse des ail’s

et avec ou sans pell’

je la rejoins au ciel


voilà maman

mémé ma bell’

les fill’s chéries

j’y vais



Ce poème est extrait de nique, d’ana tot, qui paraît ces temps-ci aux éditions Louise Bottu. Si je savais, je le chanterais.

Ana Tot sur Hublots.




mardi 16 février 2021

La Folie de ma mère

« Une dame me propose un yaourt. Elle a l’air gentille. Je plonge la petite cuillère dans dans le pot. La dame m’arrête : on dit merci maman. »

Ainsi commence le nouveau roman d’Isabelle Flaten, récemment paru au Nouvel Attila, et dont je viens de terminer la lecture. Il s’intitule La Folie de ma mère. C’est un titre immédiat, qui dit crûment et sans détour ce qu’il a à dire ; on n’est pas trompé sur ce qu’on va lire : « folie », mais aussi « mère », et plus encore : « ma ». Il y a trois parties, qui correspondent à des prises de conscience successives de la narratrice (à ce titre je me félicite de n’avoir pas lu la quatrième de couverture avant de commencer ; elle en dit un peu trop à mon sens et je me suis pris un coup au ventre à la troisième partie, qui tient à la proximité qui s’est instaurée entre le lecteur et la narratrice ; ce serait dommage que vous ne vous le preniez pas vous aussi). Car le talent d’Isabelle Flaten tient précisément au caractère im/médiat de son récit. Il n’est pas anodin qu’il soit entièrement mené au présent. On voit ce qui se passe par les yeux de la petite fille, de l’adolescente, de la jeune fille, de la femme, avec les yeux qui sont les siens à ce moment-là. Avec ses yeux qui ne voient pas tout, d’une part parce qu’elle essaie déjà de vivre sa propre vie (qui n’est pas le sujet du livre ou ne l’est qu’en creux), qui ne voient pas tout surtout parce qu’ils sont empêchés de tout voir : la fillette, l’adolescente, la jeune fille a grandi dans un silence concerté, dont elle ne prend conscience et dont elle ne devine le sens qu’au fil des années. Un beau récit, très fort, dont on ressort secoué.



lundi 15 février 2021

Un jour fait de mille jours

 C’est un jour

fait de mille jours. Une fois encore, je caresse doucement l’écorce aux profondes gerçures, toute tigrée de mousse et de lichens.


Sous l’arc des aulnes, peut-être couvert de quelque plante grimpante – du lierre ou bien ? – le ruisseau se brise. C’est comme si cela devait se produire quand on descend dans l’obscurité. Je retrouve un lieu sans mémoire, absent et familier tout ensemble.


Ici

le dépliement des premières feuilles du tilleul. Là-bas la terre et les arbres imprégnés d’humidité – le ciel froid, bleu pâle. Une cascade éparse sur la pente du feuillage. Une touche de soleil un peu trop vive et le blanc absolument pur de quelques fleurs. Seules les plus hautes feuilles cèdent à la brise.



C’est un extrait du très beau livre de Deborah Heissler Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe ; je me suis senti autorisé par le titre à le découper pour vous. Il est paru chez Cheyne éditeur en 2010.



dimanche 14 février 2021

Le citronnier de Samantha

Samantha Barendson n’est pas un homme et n’a pas écrit un livre en écoutant les souvenirs de sa mère. C’est une femme et elle a écrit un livre sur son père qu’elle n’a jamais pu écouter : elle avait deux ans quand il est mort, loin de l’autre côté de la « flaque », dans l’Argentine originelle. Mon citronnier. Mon citronnier, c’est lui – sauf que non, c’est juste un arbre. Cette absence du père, dont finalement elle ne sait pas vraiment qui il était, Samantha Barendson en fait un livre, un livre-enquête, souvent émouvant, où le portrait du père perdu, celui d’un homme éternellement jeune, trente-deux ans, et beau, apparaît peu à peu, comme caché sous la poussière, surtout celle des non-dits – car il y en a.


« Le départ prématuré de mon père m’a toujours fait penser que l’histoire pouvait se répéter et longtemps j’ai cru ne pas dépasser l’âge de trente-deux ans.

Je me souviens de cet anniversaire au cours duquel, sans aucune malédiction, je suis passée de l’autre côté de la barrière, du côté des vivants et j’ai senti un soulagement, une respiration, le bonheur d’être vivante pour ma fille, pour mon mari, pour moi. »



mercredi 10 février 2021

Monique Rivet

Les écrivains un jour arrêtent d’écrire, mais on peut toujours continuer à les lire. Monique Rivet nous a quittés mais elle est toujours là. J’ai quelques bons souvenirs, c’est l’occasion de les partager.

En 2005, je n’avais encore publié que deux livres. À l’occasion de la parution du deuxième, la Médiathèque Florian de Rambouillet (à l’époque La Lanterne n’existait pas encore) m’avait invité à présenter mon travail. C’était l’époque où l’on pouvait encore organiser des rencontres. Il y avait dans le public une dame au regard clair dont les questions m’avaient alerté par leur pertinence et avec qui j’avais bien discuté. Nous avions bien discuté mais elle ne m’avait pas « tout » dit : ce n’est que par un tiers que j’ai appris qu’elle avait de bonnes raisons de savoir de quoi elle parlait si bien, puisqu’elle avait elle-même publié plusieurs titres chez Flammarion puis Gallimard – dans les années 50 et 60. Je ne me suis pas gêné pour la questionner sur le sujet quand nous nous sommes rencontrés de nouveau. La vie, familiale, professionnelle, l’avait par la suite éloignée de la publication ; quand elle avait tenté de renouer avec, les contacts avaient disparu – or dans dans ce métier, pour que précisément ça en devienne un, les contacts sont indispensables. Son autre métier, c’était l’enseignement, dans le lycée même où mes propres élèves encore aujourd’hui vont en me quittant – autre point commun. Je sais que là aussi elle a laissé de beaux souvenirs. Nicole Garcia elle-même évoquait Monique Rivet, le professeur qui avait marqué sa vie ; c’était tout récemment, lors de l’hommage à Samuel Paty.

Elle m’avait offert une version auto-publiée du Cahier d’Alberto, à propos duquel, à la date du 26 décembre 2005, j’écrivais dans mon vieux Carnet vert « Plus forte impression encore : le Cahier d’Alberto, de Monique Rivet, qui n’a même pas d’existence officielle. Ou comment faire vivre un personnage qui, même pour le narrateur, n’est en fait qu’une fiction. Comment un tel texte peut-il ne pas avoir trouvé d’éditeur ? » Je m’en étais ouvert avec elle à notre rencontre suivante. Elle m’avait répondu qu’elle n’avait plus envie de prendre la peine de chercher un éditeur, et je savais trop bien combien cette peine est réelle pour ne pas la comprendre (c’était avant que moi-même je ne rencontre Quidam). L’édition, non ; mais la littérature, écrire. C’était se recentrer sur l’essentiel.

Et puis, quelques années plus tard, il y a eu le Glacis. Monique m’a raconté comment, voulant auto-publier encore une fois ce roman de jeunesse, que Flammarion en son temps lui avait refusé par frilosité politique (ce sont mes mots, pas les siens, mais c’est comme ça que j’interprète ses termes plus doux), elle était allée chez son imprimeur habituel, lequel, habitué à parcourir ces textes souvent indigents que les gens lui donnent à imprimer pour l’illusion d’avoir leur livre entre les mains, lui a fait remarquer que, quand même, c’était vraiment dommage qu’un éditeur ne s’en charge pas, afin que le livre rencontre son public ; d’ailleurs à trois cents mètres de là il y avait les éditions Métailié, pourquoi n’irait-elle pas leur proposer ? Trois cents mètres, la peine cette fois n’était pas grande, Monique y était allée, avait déposé son manuscrit entre les mains d’une dame pressée et moyennement aimable qui l’avait rappelée deux jours plus tard : c’était Anne-Marie Métailié en personne, elle était enthousiaste, d’autant plus que Sidi Bel Abbès, c’était sa jeunesse aussi. Le livre est paru, en plein cinquantenaire de la guerre d’Algérie, bien servi par son éditeur ; il a fait un beau succès, je me rappelle notamment un bel article de Philippe Lançon dans Libération, parmi plein d’autres : une belle histoire.

Quelque temps plus tard, Monique passe me voir au Salon du Livre de Paris où je signais sur le stand de Quidam. Je lui demande où elle en est du Cahier d’Alberto. Maintenant, le succès du Glacis devait permettre la publication du Cahier d’Alberto. Le Glacis est un très beau roman de jeunesse et le reflet sans concessions d’une époque, mais j’avoue que ma préférence va au Cahier d’Alberto qui, d’un point de vue littéraire, notamment par le jeu sur la fiction, me paraît encore supérieur. Je ne l’avais pas caché à Monique qui m’avait répondu que c’était aussi son avis (nous étions souvent du même avis, même sur les livres que nous n’avions pas écrits), mais qu’elle doutait fort que les éditions Métailié la suivent. En effet, elles le lui avaient refusé. Après son départ, je raconte son histoire à Pascal Arnaud, mon éditeur, non sans arrière-pensée : je sais que le Cahier d’Alberto a des chances de le séduire, il y a à mes yeux des affinités avec certains titres du catalogue, ceux de Jérôme Lafargue, notamment. Mais mes arrière-pensées, je les garde pour moi ; j’ai un éditeur qui fait ses propres choix tout seul, et c’est très bien. C’est donc lui qui me dit de lui demander de lui envoyer son manuscrit, et c’est ainsi que le Cahier d’Alberto a enfin connu une existence éditoriale officielle, chez Quidam. C’est difficile de vendre un roman sur ses seules qualités littéraires, fussent-elles largement au-dessus de ce qui se publie couramment (ça n’engage que moi et je le dis comme je le pense) ; le livre n’a pas à ce jour connu le succès que nous espérions. Mais bon, s’il faut bien malheureusement qu’au bout de la vie les personnes nous quittent, les livres, eux, restent bien vivants.

Merci Monique, je n’ai pas fini de te lire.



mercredi 3 février 2021

Brèves animales (28)

Choisis bien le bout à retirer au marabout, cet échassier africain, et tu obtiendras le mara, lièvre des pampas argentines.




mardi 2 février 2021

lundi 1 février 2021

Isola de Joëlle Varenne

Elle commence je. Durant tout un « Pâle septembre », entendez une première partie, elle est tout simplement « je ». Un « tu » y répond un temps, un amour possible, ou impossible – en tout cas « je » finit par prendre la fuite. Puis « tu » n’est plus un amant ; c’est une mère, une mère qui n’est plus tout à fait là et à qui il faut aller dire au revoir, car « je » n’est que fuite. Elle embarque, elle voyage, elle vague plutôt, d’île en île ; dès lors, elle est Isola.

Le roman de Joëlle Varenne est un chant de solitude. Pourtant les rencontres y sont nombreuses et parfois belles, mais Isola est seule comme on l’est quand on y pense vraiment. Sa solitude est une fuite, avec quelque chose au bout. Un beau mélange assez troublant de désespoir et de chaleur humaine.

Isola fait partie de ces livres qui paraissent dans des moments compliqués pour toute la chaîne du livre, des auteurs jusqu’aux libraires. Il paraîtra aux éditions Médiapop le 19 février prochain.



dimanche 31 janvier 2021

Les Singes rouges, par Nikola Delescluse

Nikola Delescluse me lit depuis 2009, depuis Liquide. Il connaît bien ma façon de redire complètement différemment complètement la même chose. Il a lu Les Singes rouges. Sa lecture, sa chronique (sur Radio Campus Lille et Paludes), sont belles tout simplement, à l’oreille de l’auteur. Ecoutez.



samedi 30 janvier 2021

Brèves animales (26)

Le chien de faïence est réputé davantage pour son calme que pour l’intelligence de son regard.




mercredi 27 janvier 2021

Brèves animales (25)

Le pigeon, le faucon, le héron, le pinson, le frelon, l’argon, le néon : autant de volatiles.




lundi 25 janvier 2021

Brèves animales (24)

Les gazelles qu’on capture sont toutes des femelles : on laisse toujours échapper le gaz.




mercredi 20 janvier 2021

Viens donc derrière la gare.

Je viens de terminer la lecture de Derrière la gare, d’Arno Camenisch, que Quidam a publié juste avant le premier confinement, en même temps qu’Ustrinkata du même Arno Camenisch dont je vous avais recopié quelques lignes ici. (Le confinement en effet en veut à Arno Camenisch dont Quidam a encore plus récemment aussi publié Sez ner, que je n’ai pas encore lu – pendant le deuxième confinement.)

Derrière la gare, donc. Je n’aime pas beaucoup faire des comparaisons entre les livres, mais comme évidemment je m’apprête à en faire, je vais faire preuve d’un peu de malhonnêteté intellectuelle et décider que ce sont plutôt des plaisirs de lecture que je m’apprête à comparer. Car le plaisir que j’ai pris à la lecture de Derrière la gare m’a rappelé le plaisir non moindre que j’avais éprouvé à celle de Mailloux, d’Hervé Bouchard, rappelez-vous. Et aussi un autre plaisir, plus ancien, ressenti à la lecture de Couma aco, d’Edmond Baudouin, attendez, peut-être que j’en parle aussi dans ces Hublots, je ne sais plus, je cherche, ah non, je ne fais que le citer ici, allez je mets le lien quand même.

Car ces trois livres ont en commun d’évoquer un lieu qui n’existe tel qu’il est décrit que dans la mémoire de l’auteur (l’arrière-pays niçois dans Couma aco, l’arrondissement de Chicoutimi au Québec dans Mailloux, et le pays romanche en Suisse dans Derrière la gare), et à travers le regard d’un enfant, que l’auteur, on pourrait dire le porte-parole, retranscrit par un travail sur la langue, essentiel et succulent et, dans le cas de Derrière la gare, merveilleusement, miraculeusement traduit du suisse allemand par Camille Luscher, tiens, un extrait :


« Le Gion Bi fait sûrement des poesias pour une femme, dit Silvana, ma maman a dit que les hommes font des poesias pour les femmes, pour leur dire qu’ils aiment bien se promenader avec elles et jouer à la boccia. Les femmes doivent mettre les poesias dans un coffret et quand le coffret est plein, ils ont le droit de se marier et de faire des enfants. Moi aussi je veux faire des poesias pour Silvana, ou bien je vais lui faire un dessin avec des lappis dessus et des tourne-les-vis. Et sur d’autres feuilles, je vais dessiner la deuschvo orange de l’Oncle, les ramures du cerf et le carpostal de l’Alfons. Je vais dessiner le Boulan avec sa pellapan, le Gionclau avec sa hache à côté du Rhin, et le Fatre et le Giacasepp qui se bastonnent. Je vais dessiner tout le village sur plein de pages et je les offrirai à Silvana, alors j’en aurai sûrement assez pour remplir son coffret et elle voudra m’épouser. Mais d’abord, je dois fabriquer un coffret pour Silvana dans l’atelier du Nono, pour qu’elle puisse y mettre les dessins. Un beau coffret en bois avec un cadenas. »


Arno Camenisch, Derrière la gare, p. 62-63.


Bien sûr je n’ai pas choisi ce passage tout à fait au hasard. Je ne peux m’empêcher de le lire comme la réalisation d’un souhait. Car ces dessins des scènes du village, avec ces gens qui nous sont devenus si familier, c’est en fait ce qu’a réalisé Arno Camenisch dans Derrière la gare et sa « Trilogie des Grisons ». Je me demande si Silvana a su que c’était d’abord pour elle. En tout cas, maintenant, c’est pour nous.