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jeudi 2 janvier 2025

Là où je n’écris pas Christiane Veschambre

Christiane Veschambre écrit Là où je n’écris pas – le livre est paru récemment aux éditions Isabelle Sauvage.


« qu’écrit-on lorsqu’on n’écrit pas ? »


(Je me pose souvent la question, car depuis quelque temps, je n’écris plus tellement – j’écris ici que je n’écris plus tellement.)


« à ceux auxquels ont peu confier cela »


(car, oui : il ne sont pas si nombreux)


« on écrit « je n’écris pas »

et on l’écrit ici. »


Ici, étant, en l’occurrence, ce livre : Là où je n’écris pas.

Il y a quelque chose, sans doute, toujours, là où on n’écrit pas. Chez Christiane Veschambre, on devine un « petit accident nucléaire » au « territoire blanchi » après lequel « elle avance entre les mots » et « entre ces mots : « entre les mots » ».

J’avance entre les mots de Christiane Veschambre. C’est un paysage un peu secret, un peu familier.




samedi 15 octobre 2022

Avis aux rêveuses et aux rêveurs

Julien ne sait « rien » faire, c’est ce qu’il répond au conseiller « polemploi » cravaté en face de lui – mais Julien sait rêver tandis que tant d’autres ne savent plus, ne savent pas. Alors pourquoi ne pas rêver pour autrui ? lui suggère sa voisine écrivaine publique.

Julien le rêveur est l’histoire de Julien qui envisage de faire profession de son principal talent.

Julien le rêveur est aussi l’histoire de la narratrice de Julien le rêveur qui raconte comment Julien envisage de faire profession de rêveur public, ou plutôt de conseiller onirique, car quand il s’agit de faire profession, les mots comptent. La narratrice de Julien le rêveur écrit mais ne fait pas non plus profession de romancier, quiconque a déjà lu Christiane Veschambre (les Mots pauvres, la Maison de terre, Versailles Chantiers…) sait déjà qu’elle non plus. Ses personnages sont moins des personnages que des personnes. Le « cahier de rêves » qui vient naturellement s’insérer est vrai comme le sont les rêves. Et ce n’est pas la narratrice qui décidera ce qu’il adviendra de Julien et de ses rêves.

Julien le rêveur, de Christiane Veschambre, est paru cette année aux éditions Isabelle Sauvage.

(A noter, concernant l’auteur de cette note, le plaisir d’y croiser dans les remerciements en fin d’ouvrage sa très chère Danielle Auby.)



mercredi 28 janvier 2015

Veschambre Chantiers



Versailles Chantiers est une gare de l’Ouest parisien où je passe assez souvent, il m’arrive même d’y descendre ou d’y monter. Versailles Chantiers est aussi un livre de Christiane Veschambre qui vient de paraître aux éditions Isabelle Sauvage, un beau livre illustré par des photographies de Juliette Agnel qui vont aussi changer mon regard la prochaine fois que je descendrai à cette gare. Christiane Veschambre est un écrivain dont je n’ai pas lu assez de livres, juste les Mots pauvres paru chez Cheyne en 1996 et la Maison de terre publié par le Préau des collines en 2006.
Nulle fiction dans ces lignes. Christiane Veschambre ne feint pas de raconter une histoire, mais en raconte une quand même, aussi vraie que la gare de Versailles Chantiers existe, qui mêle la grande et la plus petite, ou pour être plus juste l’Histoire partagée et l’histoire personnelle. Une prose juste à la limite des vers (mais des vers tout en retenue et une écriture au couteau) fait passer devant nous les silhouettes de personnages disparus dont on n’a que les prénoms et l’initiale des patronymes, Joséphine T., Robert V. et quelques autres que personnellement je ne peux m’empêcher de voir en noir et blanc comme sur des films de famille en 9,5 mm. C’est que même si je ne l’ai pas lu je sais que Christiane Veschambre est aussi l’auteur d’un autre livre encore intitulé Robert et Joséphine. Et puis je me souviens des dernières pages de la Maison de terre et du coup je restitue les lettres derrière les initiales. Le début de la vie commune et les années de séparation se nouent autour de la gare des Chantiers juste en face du café où Robert travaille, Versailles Chantiers où on l’envoie attendre une collègue inconnue qui deviendra sa femme, histoire personnelle, dont l’Histoire le séparera durant cinq ans – car la première rencontre a lieu en décembre 1938.
Des traverses comme sur les voies du chemin de fer marquent la résidence de Christiane Veschambre – car les écrivains ont parfois des résidences, mais en durée limitée (celle-ci : d’octobre 2011 à mars 2012). Ce sont des choses qu’elle n’avait pas prévu d’écrire mais que la vie lui impose. On ne choisit pas ses sujets.
Les résidences d’écrivain sont l’occasion de chantiers d’écriture. On ne pouvait pas mieux tomber. L’histoire de Versailles Chantiers est aussi l’histoire de ces chantiers enfouis sous la gare et sous les siècles qui nous séparent de la construction du château voisin.
Pour écrire ces lignes je rouvre le livre au hasard et je tombe sur un certain Marcel C., qui de sa fenêtre « peut voir la rue du Gros-Caillou, ainsi nommée parce qu’y travaillèrent ceux qui en taillèrent les pierres. » Christiane Veschambre nomme trois livres écrits par Marcel C. qui avec quelques autres font de lui l’un de mes auteurs contemporains préférés. Celui qui représente l’un de mes pôles d’attraction en matière d’écriture : se débarrasser de tout ce qui n’est pas essentiel. C’est aussi ce vers quoi tend l’écriture de Christiane Veschambre.