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lundi 13 novembre 2023

On était le 13 novembre 2015.

Les premiers échos que je reçois sur Pas Liev confirment mon impression. Bien sûr ils sont aussi, plus ou moins, amicaux, mais quand même. Je ne vais pas faire la revue de presse, mais tout de même, quand j’apprends qu’Eric Chevillard va consacrer sa chronique dans le Monde à mon roman, c’est une vraie joie. Chevillard, pour moi, ça compte. J’ai fait allusion à l’incapacité de lire dont j’ai été frappé durant plusieurs années, celles qui ont précédé la publication d’Une affaire de regard, en 2001 ; je parle de « dépression spécialisée », pour simplifier. Tout avait mauvais goût, comme lorsqu’à un malade on propose son plat préféré. Bien sûr c’est la publication qui m’en a sorti – la lecture est vraisemblablement un sujet un peu plus que juste connexe à celui qui m’occupe ici. N’empêche : le livre qui a officialisé dans mon esprit mon retour à la lecture, ce sont les Absences du Capitaine Cook, trouvé sur les rayons de la librairie de Chartres. Flûte ! (juron exprimant chez moi l’admiration stupéfaite) il y a donc aujourd’hui quelque part quelqu’un pour écrire ça ! Donc, Pas Liev, mon meilleur livre à mes yeux, chroniqué dans le Monde par Chevillard, pas question que je boude mon plaisir.

Je me rappelle ce jour, le jour où cet article devait paraître. C’était un vendredi, forcément, et c’était aussi pendant le Salon de l’Autre Livre, à l’Espace Blancs Manteaux. J’y étais allé, j’avais notamment rencontré les éditrices des Grands Champs, avec qui j’avais en projet la publication de Notes sur les noms de la nature. Je crois bien que c’était une belle journée, en tout cas dans mon souvenir il faisait beau ; peut-être bien que c’était juste mon humeur mais c’est comme ça que je m’en souviens. Je me souviens que je suis rentré chez moi de bonne humeur, je me souviens que j’avais passé une bonne journée.

Pas Liev, ça faisait longtemps que je l’attendais. En janvier 1996, j’en avais écrit le résumé dans mon vieux Carnet vert. Vingt ans après, il devenait le roman que je voulais écrire, faire lire, et il était lu, et apprécié, et notamment par l’auteur par lequel j’étais revenu à la lecture.

Je suis arrivé assez tard chez moi. Sur les réseaux sociaux, j’ai compris qu’il se passait quelque chose. Les gens prenaient des nouvelles les uns des autres. J’ai regardé la presse, les titres. On était le 13 novembre 2015.



Bien sûr que oui : j’ai pensé que l’article de Chevillard, personne ou presque ne le lirait. Que la chance, vraiment, etc. Bien sûr que j’ai pensé à moi.



Et puis j’ai fait comme tout le monde : j’ai pris des nouvelles. Il était tard. Je n’en ai pas eu de tout le monde.



Le lendemain, j’ai appris que mon neveu, mon filleul, était à l’hôpital. Une balle lui avait fracassé la mâchoire.

Lui, et sa sœur jumelle, c’est avec eux que j’ai appris à changer une couche. C’est eux qui m’ont appris qu’à partir de quelques mois, les cacas de bébés peuvent être étonnamment conséquents, en terme de volume.

Les personnes qu’on a connues enfants restent toujours un peu des enfants dans notre cœur. En l’occurrence, mon neveu n’était déjà plus du tout un enfant mais un homme, qui a eu la lucidité – la chance aussi, bien sûr – de se lever au bon moment, sa mâchoire à la main, et de fuir au lieu d’attendre, d’arriver dans la rue, de trouver de l’aide. Il semble qu’on n’aide pas spontanément un homme la mâchoire en sang, obligé de la tenir parce qu’elle ne tient plus toute seule, et dans l’impossibilité de parler. À ce moment-là, les gens ne savaient pas encore ce qui était en train de se passer. Merci au jeune couple qui s’est chargé d’appeler les secours et de les attendre avec lui – mais il a su lui-même les retrouver pour les remercier de vive voix.

Quand il a pu. Car on n’a pas tout de suite su s’il pourrait parler de nouveau, ou même s’il pourrait simplement sourire.

Les mots, on les lui avait ôtés de la bouche, à la Kalachnikov.

Une fois, sur l’ardoise qu’on lui avait donnée pour s’exprimer, il a écrit : « Le monde a changé. »

Au moment où j’écris ces lignes, il est rétabli, il va bien, il vit, et je l’en remercie.

Parce que là, écrire et publier ou pas, franchement…



lundi 9 mai 2022

Écouter Liev

C’est aujourd’hui : grâce à Multisonor, Pas Liev, paru à l’automne 2015 chez Quidam, connaît une nouvelle vie, et une vie sonore ! Il est désormais disponible en audiolivre, lu – et c’est peu dire que la chose me ravit – par Christophe Brault. Écoutez !



mercredi 16 février 2022

Pas Liev sur Rue Poivre

Grâce à Thomas Màsp et Julie Renauld, me voici au micro de Rue Poivre. J'y parle surtout de Pas Liev, mais aussi de Monsieur Le Comte au pied de la lettre, de Liquide, des Singes rouges, de Vie des hauts plateaux... Cliquez donc !


vendredi 27 mars 2020

Écrire et publier ou pas (29) (janvier 1996 à janvier 2006 – en attendant octobre 2015)


Si je n’avais pas noté ce qui suit dans mon vieux Carnet vert, j’aurais juré que tout ce que je vais recopier maintenant est beaucoup plus récent. Ce sont plusieurs notes, espacées dans le temps mais de moins en moins, et qui annoncent ce que peut-être j’ai fait de mieux (je préférerais dire : ce qui s’est fait de mieux par mon intermédiaire car c’est comme ça que je vis les choses).

Vendredi 12 janvier 1996
Pourquoi ne pas écrire une pièce de théâtre autour d’un personnage qui se croirait engagé comme précepteur dans une famille riche, mais que l’absence de l’enfant ou des enfants obligerait à assumer la fonction en principe temporaire de sous-intendant. Il pourrait y avoir, comme personnages, les parents, un fils presque adulte et apparemment amical, une fille qui lui ferait des avances qu’il repousserait ou feindrait de repousser par crainte – elle pourrait d’ailleurs être fiancée à un propriétaire du coin passionné pour la chasse –, un intendant, son chef, qui réclamerait le titre de gestionnaire, une servante en bas de l’échelle qu’il séduirait, d’autres domestiques, des invités à une partie de campagne ; le tout dans une atmosphère parfois assez proche du Château de Kafka.

Mardi 12 septembre 2006
Dans l’histoire du précepteur-intendant : ce qui compte pour lui, c’est la considération. Il aura, à un moment, le sentiment d’avoir été considéré, puis de ne plus l’être : d’être déconsidéré.

Mardi 9 janvier 2007
Dans un récit en point de vue interne (histoire du précepteur), celui-ci pourrait au préalable aller au cinéma, avant de se rendre là où l’attend son emploi. La fin du film serait muette. Un spectateur parlerait de remboursement mais on ne saurait pas s’il est sérieux ou non.
Plus tard, le précepteur doutera de l’existence des enfants.
Plus tard, il pourrait imaginer qu’ils sont morts, qu’ils ont été tués. On n’en saura jamais rien.

Mercredi 10 janvier 2007
Hier, puis à l’instant, jeté premières lignes d’un récit de ce genre. (De « Quand il sortit de la gare... » à « … Liev a pris un billet. »

Voilà, avec la dernière note même le nom du héros y est. Mais tout y était déjà presque, en tout cas la distribution des personnages, dès janvier 96 (alors que j’écrivais le début d’Une affaire de regard), pour un roman sur lequel je travaillerai jusqu’en 2015. Tout y est sauf l’essentiel, car l’essentiel n’est arrivé qu’au moment même où je l’écrivais vraiment, en direct. Mais c’est trop tôt pour en parler.
Le chapitre introductif avec le cinéma n’est plus dans le roman, il n’y servait à rien. Mais ça a été un bon lanceur. On peut encore le lire ici même, en un, deux, trois, quatre, cinq épisodes.
Et il n’est pas bien difficile a posteriori d’appliquer à l’auteur le commentaire du 12 septembre 2006, juste après la déception de la publication de Par temps clair.



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jeudi 27 septembre 2018

un peu d'auto-satisfaction


Je me suis offert un peu d'auto-satisfaction. En cette rentrée est paru aux éditions de la Baconnière Feuilleton, d'Eric Chevillard, qui rassemble 153 de ses 270 chroniques littéraires, que le Monde des Livres a publiées de 2011 à 2017. Les plus croustillantes sont sans doute les plus à charge, c'est l'occasion de les relire. Les autres sont l'occasion – trop rare dans la presse littéraire – de faire de belles découvertes, car notre auteur est convaincu, à l'encontre de l'opinion trop courante pour qu'on lui prête foi sans vérifier par soi-même, « qu'il y a autant d'excellents écrivains aujourd'hui qu'aux époques les plus glorieuses de notre littérature ». Je ne vais pas dire le contraire, puisque sa chronique sur Pas Liev fait partie des 153 sélectionnées. Je vous l'ai photographiée si vous avez envie de vous casser les yeux à la relire (c'est aussi faisable ici). J'ai aussi fait un gros plan sur la date de parution dans le Monde, vous comprendrez pourquoi.







mercredi 14 février 2018

Joyeuse Saint-Valentin à vous aussi !

Car elle avait regardé par la fenêtre, elle aussi, Magda. Elle avait même dit : « Mademoiselle Sonia est revenue à Kosko ».
Ou peut-être Magda ne regardait-elle plus par la fenêtre parce qu’elle était occupée. Elle était occupée par Liev, dont Magda comme si elle s’était ravisée venait prestement de dégrafer le pantalon qu’elle avait soigneusement boutonné quelques instants plus tôt, Liev qui maintenant était gros et dur à l’intérieur d’elle Magda, et qui par la fenêtre regardait Mademoiselle Sonia, Sonia, Mademoiselle Sonia qui venait juste de rentrer à Kosko après avoir terminé les préparatifs de ses noces, ses noces avec Liev ; c’était pour ça qu’en la regardant Liev était gros et dur à l’intérieur de Magda qui avait eu à cœur de s’occuper de Liev en l’absence de sa maîtresse ; c’était pour ça qu’elle était tout le temps si occupée, Magda, parce qu’en plus de tous les travaux ménagers dont elle avait la charge à Kosko il fallait aussi qu’elle s’occupe de Liev, surtout en l’absence de sa maîtresse ; c’était pour ça qu’encore maintenant, alors que Mademoiselle Sonia venait juste de rentrer à Kosko, Magda était encore tellement occupée par Liev ; elle ne cessait d’aller et venir autour de Liev tout droit et immobile, Liev qui était si gros et si dur à l’intérieur de Magda que c’était comme s’il occupait tout l’intérieur de Magda, et pourtant elle était grande, Magda, plus grande que Liev même, et son nez aussi était grand, et ses narines aussi au-dessus du visage de Liev étaient grandes, et Liev était tout entier à l’intérieur.


Pas Liev, Quidam éditeur.

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samedi 14 octobre 2017

Mon 13 novembre

Je suis en train de lire le livre d'Erwan Larher, Le Livre que je ne voulais pas écrire que je ne voulais pas lire. Ça me prend du temps parce que je n'arrête pas de penser. Alors quand même je vais peut-être raconter deux ou trois choses ici, pour m'arrêter de penser un peu, si c'est possible.
Erwan, d'abord. On ne se connaît pas très bien mais sur Internet depuis un bout de temps quand même ; vers 2009-2010 on allait faire les justiciers sur le blog de Wrath, il y avait aussi Philippe Jaenada ; quelques blogueurs doivent s'en souvenir ; je ne sais pas trop pourquoi on faisait ça ; moi c'est parce que j'aime bien les gens qui ont tort, ça leur donne un surcroît d'humanité. Et puis on s'est lus, lui Liquide moi Qu'avez-vous fait de moi ?, je crois bien que c'est par moi que tu as connu Quidam Erwan, et lu Jérôme Lafargue suite à un billet sur ce blog ; tu me diras si je me trompe ; finalement c'est bien les blogs. Et rencontrés aussi, à la Fête de l'Huma et peut-être ailleurs aussi. Et puis on s'est perdus un peu de vue, et de temps en temps un livre d'Erwan sortait et je me disais qu'il faudrait que je le lise, j'avais trouvé le premier drôle et intelligent, et puis le temps passait et puis voilà.
Et puis on est arrivé au 13 novembre 2015. Moi je savais depuis la veille que ce jour-là il allait se passer une chose incroyable, une chose qui allait changer le monde. C'est un peu montrer ses fesses que de raconter ça mais tant pis. J'avais réussi à écrire Pas Liev et c'était le grand livre de ma vie même s'il n'est pas très long, bien plus grand que moi tellement que j'avais peur (j'ai toujours peur) de l'après. Et il y avait des gens qui avaient l'air d'être d'accord. J'attendais un article dans Libé notamment et ailleurs aussi et le 13 novembre je savais depuis la veille que j'en attendais un très spécial. Pas très spécial seulement parce que c'était dans le Monde et que je n'avais encore jamais eu d'article dans le Monde mais parce qu'il serait signé Eric Chevillard et Chevillard je l'aime comme un frère inconnu dont j'aurais été séparé à la naissance (c'est par lui que je suis revenu à la lecture en 2001, j'ai déjà raconté ça, bref).
Alors le 13 novembre c'était forcément le plus beau jour de l'année 2015. J'étais à Paris ce jour-là, notamment au Salon de l'Autre Livre, j'y avais vu notamment mes éditrices des Grands Champs (oui, vous avez bien lu « mes » : un petit livre de poésie scientifique illustrée intitulé Notes sur les noms de la nature va paraître incessamment). Et puis je suis rentré, je ne me souviens plus, je me souviens juste que le soir je suis allé faire un tour sur Facebook et j'ai compris qu'il se passait quelque chose. Tout était étrange, étrange. Chez moi tout le monde était couché, personne à qui parler. J'ai envoyé quelques messages pour prendre des nouvelles, je n'en ai reçu que de rassurantes. Est-ce que je me suis dit que personne ne lirait le bel article de Chevillard ? Sûrement, mais je ne m'en souviens plus. Plus tard je me suis rappelé que quelques jours après la sortie de mon premier roman au Seuil, deux avions percutaient les tours du World Trade Center. Oui, j'étais sûrement encore plein de moi-même.
Le lendemain matin, je m'inquiétais de ne pas avoir de nouvelles de ma sœur. J'ai réussi à avoir mon frère. C'est lui qui m'a dit. Il m'a dit que Frédéric était au Bataclan et qu'il s'était pris une balle dans la mâchoire.
C'est un homme, il a trente ans, il est grand et mince, sportif, il a une compagne, un métier.
C'est, avec sa sœur, le premier bébé dont j'ai changé les couches. C'est lui qui m'a appris quelle étonnante quantité de caca un petit bébé est capable de produire. C'est peut-être à ce moment-là que je suis devenu adulte.
Il était pas loin d'eux, il les a vus avant. Ils étaient comme tout le monde. Lui aussi, il a cru à des pétards. A un moment où ils se sont arrêtés de tirer pour recharger, il en a profité pour s'enfuir par l'autre côté, la petite rue, pour s'éloigner le plus possible. En tenant sa mâchoire à la main car elle ne tenait plus. Il s'est retrouvé dehors et il s'est passé du temps, longtemps avant que dans un café il ne trouve de l'aide. On n'aide pas facilement un gars qui a la gueule en sang et qui ne peut pas parler. C'est un couple, des gens de son âge, qui se sont occupés de lui, et qui n'ont pas osé monter dans le camion des pompiers parce qu'ils ne le connaissaient pas vraiment. Et qui ne savaient pas s'il avait survécu jusqu'à ce qu'il les retrouve pour les remercier et les rassurer. Car cette histoire se finit bien – à la manière dont les histoires se terminent bien dans la réalité.
Car pendant un temps, on ne savait pas s'il pourrait reparler. On ne savait pas s'il pourrait sourire.
C'est peut-être parce que pendant un temps on lui a ôté la parole que j'ose parler de ça aujourd'hui.
Sa mère, sa sœur et sa compagne (l'ordre est juste celui dont moi j'ai fait leur connaissance) ont été avec lui tout le temps ; mais c'est lui aussi, lui d'abord qui, en se sauvant – en se sauvant la vie – a sauvé la leur, et a sauvé la nôtre. Merci à tous ceux qui ont survécu.
J'ai écrit un truc comme ça, sur Facebook, juste ça, en quelques mots. Je pensais que les gens ne comprendraient pas, souvent on ne comprend pas tout ce que je dis, c'est normal. Mais tout le monde a compris.
Et Erwan, pendant ce temps, j'ai appris qu'il était à l'hôpital (mais pas le même que Frédéric, du coup je n'ai pas eu le courage d'aller le voir), j'ai appris à peu près en même temps qu'il publiait chez Quidam, Marguerite n'aime pas ses fesses ; c'était bizarre d'apprendre ça en même temps, et j'ai vu tout le monde autour de lui, et qu'il allait s'en sortir alors je l'avoue, je n'ai pas tellement pensé à lui. Le chagrin est un sentiment égoïste. N'empêche, c'est un peu tard mais je l'embrasse.

Voilà, pour une fois j'ai été un peu long mais je crois qu'il me fallait bien ça pour pouvoir continuer tranquillement ma lecture.

dimanche 2 juillet 2017

inplicit

Hier j'ai inventé un nouveau jeu. C'est rigolo. J'ai appelé ça l'inplicit parce que ça consiste à prendre l'incipit et l'explicit d'un livre et à les coller l'un à l'autre. Ça nous fait l'économie de la lecture de tout le reste et c'est souvent très révélateur. J'ai commencé avec la Recherche et évidemment je suis tombé sur le très joli
« Longtemps, je me suis couché dans le Temps. »
Comme ça me disait quelque chose, j'ai fait une recherche et je me suis rendu compte que Genette l'avait déjà trouvé ; c'est dans Palimpsestes mais je n'ai pas relu tout le passage, j'ai envie de refaire mes petites trouvailles tout seul si vous voulez bien.
L'inplicit rendant le contenu du livre implicite son nom lui va bien je trouve. A notre époque du tout économique on a tout à y gagner, la Recherche en huit mots est vite lue et somme toute, qui sait, il reste l'essentiel. D'ailleurs taire est une tendance de la littérature, mon système a du bon.
Dans la foulée, j'ai inplicité quelques classiques que vous reconnaîtrez sans peine :

« Nous étions à l'Étude, quand le Proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait la croix d'honneur. »

« Le 15 mai 1796, le Général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur : Ernest V adoré de ses sujets qui comparaient son gouvernement à celui des grands-ducs de Toscane. »

« Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui changeait pour lui l'aspect de la société. »

« Le rêve est une seconde descente aux Enfers. »

« Je venais de finir à vingt-deux ans mes études à l'université des remords aux regrets et des fautes aux souffrances. »
(De qui est celui-ci, hein ? On fait moins les malins.)

« C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar.
Les soldats qu'il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour avoir touché au manteau de Tanit. »
(L'une des difficultés, pour certains romans, consiste à ne pas trop remonter l'explicit si celui-ci a le malheur de dire explicitement quelque chose du dénouement, afin de ne pas gâcher le plaisir des lecteurs qui auraient encore l'idée incongrue de lire le roman dans son intégralité.)

J'ai même essayé avec un recueil de poèmes (illustre) :
« La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau ! »
(Un inplicit qui me parle de ma sottise à trouver du nouveau dans l'inconnu – en l'occurrence ce jeu de l'inplicit : on est toujours renvoyé à ce qu'on fait.)

Puis je suis revenu au XXe siècle :

« Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit, qu'on n'en parle plus. »
« Nous voici encore seuls, mon oncle. »
(Oui, c'est le même auteur.)

« C'est le moment de croire que j'entends des pas dans le corridor », se dit Bernard. « Je suis bien curieux de connaître Caloub. »
(Facile, je le reconnais.)

« Aujourd'hui, maman est morte avec des cris de haine. »
(Mais hier, non. Demain non plus. Il n'y aura pas d'histoire. Pas de meurtre. Ou, s'il y a meurtre, il n'y aura pas de procès.)

Evidemment, cet auteur-ci ne pouvait échapper :
« Le voyage de Mercier et Camier, je peux le raconter si je veux, car l'ombre se parfait. »
« Je serai quand même bientôt tout à fait plus rien »
« Où maintenant continuer. »
(Remarquez comme ces trois derniers mots résument bien le problème qui se pose à Beckett après avoir terminé l'Innommable – car évidemment c'est lui.)

« Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre et vous quittez le compartiment. »

« Il tenait une lettre à la main, abandonnée, inutilisable, livrée à l'incohérent, nonchalant, impersonnel et destructeur travail du temps. »
(Un de mes inplicits préférés. C'est la Route des Flandres de Claude Simon – et c'est aussi la littérature.)

Comme mon ami Didier da Silva me disait le bien qu'il pensait de ce jeu (c'était sur Facebook, au fait – un terrain de jeu, quoi), je lui ai répondu :
« C'est à peine s'il somnole doucement dans le vent. », et vous, lisez donc Hoffmann à Tokyo si ça n'est pas déjà fait, à quoi il m'a répondu :
« Une autre brindille encore apparaît, au moins comme ça enfin c'est fini. »
J'avoue que cédant au narcissisme propre à la profession, j'avais déjà inplicité :
« C'était en plein milieu des champs. Il n'y avait pas de relief à la surface du monde. »

D'ailleurs j'avais bien envie de faire un sort aussi aux auteurs contemporains, par exemple à Pascale Petit :
« J'aime quand elle me dit On retrouvera nos corps recouverts de suçons et deux cents tonnes de cailloux inconnus sur Terre. »
C'est l'inplicit de Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir, un inplicit assez explicite je trouve ; quelque chose comme le faisceau minuscule et circonscrit d'une lampe torche dans la pénombre.

(Bon, ceux qui chercheraient des réponses peuvent regarder dans les libellés au pied de ce billet.)

lundi 20 février 2017

Elise et Lise et compagnie

Ce blog a été un peu délaissé ces derniers temps, Carcassonne notamment en est la cause, et franchement quelle bonne cause, quelle belle cause ça a été ! Encore merci décidément à Valérie et Mehdi et à la belle librairie Mots & Cie. Jeudi 23 ce sera à Paris cette fois, à la Librairie Charybde que nous vous attendrons nombreux ; et cette soirée aussi je la sens bien : lisez donc la très belle recension que Monsieur Charybde 2 consacre à Elise et Lise. Déjà les libraires s'enflamment, on en oubliera les grands incendies de Londres, de Rome et de Pontypandy : "Philippe Annocque sème une fois de plus le trouble avec ce fascinant conte moderne, où Elise et Lise évoluent, non sans rappeler Elisabeth et Alma, magnétiques héroïnes de Persona de Bergman, au cœur d’une manipulation démoniaque, subtile mise en abyme des contes de Grimm et Perrault. Elisez, lisez Elise et Lise!" écrit Julie de la librairie Le Square, à Lourdes ; tandis que David Goulois du Cultura de Chambray-lès-Tours s'enthousiasme : "Deux femmes se rencontrent par le hasard de la vie. L’une s’appelle Elise, l’autre Lise, une lettre qui change tout pour le lecteur mais pas pour elles… Mimétisme, usurpation, l’une prend les affaires de l’autre, toutes deux rencontrent Luc… Entrecoupé par une réflexion sur le conte qu’une certaine Sarah mène de son coté comme une mise en abyme ce que nous sommes en train de lire. Génial !"
Sites et blogs littéraires ne sont pas en reste : Deux filles sur un iceberg, titre Guillaume Contré dans un très bel article sur Politique des Havanes, pour qui "le style d’Annocque, d’une trompeuse simplicité (la vraie simplicité, celle qui en bon iceberg, préfère la subtilité du récit – ce qu’on raconte et ne raconte pas, comment on le fait, sur quel ton – plutôt que les lanternes et vessies d’un style pompier), en apparentant une certaine naïveté (perverse, l’air de rien), se permet surtout des délices d’ambiguïté", tandis que Marie-Laure Vanier me rassure : "Philippe Annocque avait mis la barre tellement haut avec l’excellent Pas Liev (chez Quidam) qu’il doit être dans ses petits souliers pour la  sortie d’Élise et Lise : qu’il se rassure ! C’est encore un très bon texte qu’il nous offre là, de ceux sur lesquels on peut avancer différentes interprétations, proposer des lectures plurielles (n’est-ce pas le signe d’un grand texte ?) et comme j’adore débattre sur ce que j’ai lu, alors c’est parfait ! Parce qu’il y a de quoi faire…" - et cette inquiétude de l'après-Pas Liev, je l'avais en effet. Pas Liev, on en parle encore, d'ailleurs, lisez Penvins, lisez Au pouvoir des mots.

mercredi 28 décembre 2016

Magie de Noël

Bon alors Noël, je vous raconte les cadeaux. Comme je prends toujours un peu de temps pour ouvrir les paquets, ça a commencé le 23 décembre avec un très beau billet à propos de Liquide sur le blog Emplumeor, cliquez donc ; ça a continué le 24 décembre avec cet excellent article de Frédéric Lacoste dans le Courrier de Gironde, cette fois à propos de Mémoires des failles, cliquez aussi pour agrandir ;
et enfin le 25, un émouvant petit billet à propos de Pas Liev, sur le blog Touchez mon blog monseigneur, on ne va pas se gêner pour cliquer.
Tout cela étant bien encourageant, Elise et Lise ont décidé de pointer leur joli nez pour la traditionnelle séance de dédicaces des services de presse pendant que Quidam me racontait des blagues.

jeudi 10 novembre 2016

Dimanche nous serons le 13 novembre.

Dimanche nous serons le 13 novembre et je serai rue du 11 novembre au Salon des Essarts-le-Roi, c'est facile à trouver vous ne pourrez pas vous tromper.
Dimanche nous serons le 13 novembre et je serai au Salon des Essarts-le-Roi qui a été annulé l'année dernière.
Dimanche nous serons le 13 novembre.
Dimanche nous serons le 13 novembre et égoïstement une partie de moi-même sera heureuse. Une partie de moi-même sera heureuse comme l'année dernière à la même date égoïstement une partie de moi-même ne l'était pas. « Egoïstement » parce que quand il y a des morts à votre porte c'est con mais ça touche plus que quand ils sont loin. « Egoïstement » parce que quand il y a une personne qui vous touche de près parmi les victimes c'est con mais vous vous sentez comme si tout était dévasté.

Mais « égoïstement » dimanche une partie de moi-même sera heureuse parce que le jeune homme cher à mon cœur qui était étendu là s'est relevé on se demande bien comment et dans quel état je vous passe les détails, et on se demande bien comment a sauvé sa vie et sans le savoir celle de toutes les personnes qui l'aiment. Et donc grâce à lui et « égoïstement » dimanche 13 novembre une partie de moi-même pourra se réjouir en se rappelant qu'il y a juste un an, le 13 novembre 2015, paraissait dans le journal le Monde un très bel article à propos de Pas Liev, qui plus est signé par l'un des écrivains contemporains que je tiens en plus haute estime ; et de pouvoir partager ce plaisir je remercie encore tous les vivants.

vendredi 21 octobre 2016

Pas Liev au bout de l'an

Il y a juste un an paraissait Pas Liev.
Je me souviens que, quand j'ai commencé à l'écrire, je n'étais sûr de rien. (J'ai même écrit dans l'intervalle un autre livre pour me convaincre de l'écrire, qui paraîtra peut-être, ou peut-être pas.) Je me souviens que, en écrivant Pas Liev, j'avais la sensation d'écrire quelque chose de plus fort que moi. Pendant que j'écrivais la fin, surtout, les dernières pages, vous savez ; eh bien cette impression-là, elle était terrible. Je me disais que je ne saurais plus faire aussi bien après – et c'est bon, de pouvoir se dire une chose pareille, même si ça fait peur.
Et puis j'ai commencé à lire des avis, de lecteurs, professionnels ou non. Des libraires qui connaissaient mon travail, d'autres qui le découvraient. Et les blogs. Et la presse. Comme je n'en avais jamais eu. Le Monde, Libération, L'Humanité, Le Temps, Le Matricule des Anges... Et la pertinence des articles – tous ces articles, vraiment, papier ou sur le Net, professionnels ou non. Quel auteur, franchement, peut prétendre avoir été aussi bien lu ? (Les curieux peuvent regarder là.)

Alors qu'il se soit vendu moins de cinq cents exemplaires de Pas Liev, c'est bien sûr à peu près incompréhensible, terriblement frustrant et même franchement rageant. Mais, en même temps, comment dire ? puisque c'est comme ça, je ne peux empêcher que ça participe pour moi à une sorte de paradoxal plaisir.


mercredi 12 octobre 2016

Avis à la population (meudonaise, alto-séquanaise, parisienne ou même plus lointainement francilienne)

Samedi de 14 à 18h, je serai à l’Orangerie de Meudon en compagnie de Frédéric Fiolof, avec Quidam en personne et tout son catalogue. C'est au 28, rue de la République 92190 Meudon ou en traversant le parc de l’Observatoire en haut de l’avenue du Château.
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lundi 5 septembre 2016

libraire d'un soir

Tiens, encore une occasion de m'entendre bafouiller. C'était le 11 décembre dernier à la librairie Charybde, où je faisais le libraire d'un soir. L'orateur est confus mais les livres valent le détour : j'évoque Doucement de Gabriel Bergounioux un peu avant la deuxième minute, à 6 minutes 45 je parle de l'Ironie du sort de Didier da Silva, à 16 minutes 26 c'est Le Parfum du jour est fraise de Pascale Petit, à 22 minutes 50 La Botanique parallèle de Leo Lionni, à 31 minutes 25 les Saisons de Maurice Pons et à 39 minutes le Château de Kafka. A 43 minutes 50 c'est Marianne Loing qui parle de Pas Liev, dont je lis un court extrait vers 48 minutes et des poussières.

mardi 30 août 2016

En parlant de Pas Liev

Au printemps dernier, je m'entretenais avec Jean-Marc Josse sur RVE à propos de Pas Liev. On peut désormais réécouter - voire écouter - cette interview en cliquant ci-dessous.

mercredi 24 août 2016

promotions d'été

Comme je disais l'autre jour c'est la rentrée littéraire alors que c'est en été que les gens ont le temps de lire et même parfois la bonne idée d'en parler, comme Marie-Laure Vanier à propos de Pas Liev et Sandrine Petit à propos de Liquide, que je remercie sans les connaître.
Tiens, je ne résiste pas au plaisir de recopier quelques passages de l'article de Marie-Laure Vanier sur mon dernier en date (lisible sur Libfly ou sur son blog) :
« Pas Liev est un texte fascinant parce que nous voyons le monde du point de vue d’un homme qui lui est étranger (Meursault n’est pas loin). Il ne comprend pas les signes que lui renvoie ce monde, ne déchiffre pas les mots qui lui sont adressés, ne semble pas connaître les conventions qui le régissent. Il se heurte à un réel de plus en plus opaque et brutal. Il se débat dans ses questions, ses interrogations, émet des doutes, essaie d’analyser, d’interpréter tant bien que mal des scènes comme s’il avait l’image mais pas le son.
Il demeure « en dehors, « à côté ». « Il est rare que la réalité coïncide parfaitement avec l’idée que l’on s’en fait. » se dit-il très justement. Et qui s’en fait une idée juste de cette réalité ? Liev ou les autres ? Existe-t-il d’ailleurs une « idée juste de la réalité », une façon d’appréhender de façon objective la réalité ?
Je pense aussi avec émotion à la scène sublime où il tourne sur lui-même sous le soleil éclatant de blancheur, dans la cour, ivre de bonheur à la pensée de Sonia, la fille de ses maîtres.
Fou, Liev ? Enfermé, s’inventant un univers qui n’existe que dans son imagination, contemplant, halluciné, le monde à travers la fenêtre d’un asile, entouré d’infirmiers psychiatriques chargés de calmer sa démence ? Peut-être ou peut-être pas. Peu importe d’ailleurs.

Pas Liev est un texte essentiel, mythique, dont l’écriture, à travers des structures répétitives, traduit de façon très expressive l’enfermement de l’homme dans sa terrible folie ou son immense lucidité, sa volonté de percer le réel, d’y voir clair somme toute. »

jeudi 23 juin 2016

Pas Liev, le monde et moi au Salon du Livre de Rambouillet

Dimanche aura lieu le 1er salon national du livre de Rambouillet, parmi les mérinos de la Bergerie Nationale (c'est une race locale, je ne blague pas). Ce sera un salon très mondain, comme vous pourrez vous en rendre compte en cliquant ici, or il se trouve que, à ce qu'il semble, je vis moi-même dans le monde, Pas Liev aussi, même Liev peut-être qui sait - du coup nous y serons, quoi.
Les infos pratiques sont .

lundi 20 juin 2016

écouter Pas Liev dans la nuit et les champs

C'est Odile Lafond qui me fait le plaisir de lire quelques pages de Pas Liev, dans les champs et la nuit. C'est sur Trilles et mordants, et c'est beau : cliquez donc

dimanche 19 juin 2016

Le faire avec la voix.

Donc hier j'ai profité de La Nuit remue pour lire un peu de Vie des hauts plateaux, un peu de Mémoires des failles, un peu de Pas Liev. La lecture orale, plus ça va, plus j'aime ça. Je sens bien qu'il se passe quelque chose, même si je ne sais pas quoi. Toutes les occasions sont bonnes, qu'on se le dise.

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