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mardi 17 décembre 2024

Derek Munn à St Margaret’s Road

Il y avait longtemps, trop, que je n’avais pas lu un livre de Derek Munn. Je viens de le croiser de nouveau, à St Margaret’s Road, qui est paru tout récemment aux éditions L’ire des marges. Le sujet en est au prime abord d’une simplicité extrême : « Un homme, veuf depuis peu, devient auxiliaire de nuit dans un hôpital psychiatrique. Il y rencontre Clare, une jeune patiente. Dans la nuit de l’hôpital, ils se parlent. » (Oui : je recopie la quatrième.)

S’il y a beaucoup de non-dit dans ce roman, c’est parce que tout ne peut pas être dit ; il n’est pas possible de saisir tout. C’est le cas pour le narrateur, qui peine à trouver du sens à ce qu’il fait, et dont on suit la pensée au gré d’une phrase qui se rallonge, se rallonge encore, dans une extrême simplicité, tout simplement parce que le temps continue de passer avec elle. Ça l’est sans doute encore davantage pour Clare, son interlocutrice nocturne, au discours souvent marqué d’un blanc qui n’est pas que typographique – il est aussi typographique. Leur dialogue se confondrait presque ; l’auteur évite de préciser qui parle, gomme la ponctuation traditionnelle du dialogue ; seul le retour à la ligne guide encore le lecteur. C’est qu’il y a entre ces deux-là une sorte d’élection réciproque : pour chacun d’eux quelque doit advenir, issu de ces échanges pourtant si lacunaires. Dire quoi serait trop dire ; on s’en abstiendra. Ce qui est clair (ce qui est Clare), c’est que St Margaret’s Road est la scène d’une muette tragédie.



dimanche 30 mars 2014

les paysages de Derek Munn


A n’avoir devant soi qu’un paysage ordinaire on ne remarquerait rien mais Derek Munn si. Ce recueil de nouvelles tout récemment paru aux non moins récentes éditions Christophe Lucquin nous fait traverser des maisons pas tout à fait finies déjà presque abandonnées, mais aussi des musées, des prés, des chantiers, d’autres maisons encore, des trottoirs, un théâtre, des sièges d’entreprise, des endroits ordinaires où quelque chose se passe qu’on ne verrait pas, des lieux parfois qui ne disent pas même leur nom. On les regarde à peine, sans doute les traverse-t-on tous les jours ; ce qui s’y passe ne peut être que le quotidien le plus banal et le voilà qui pourtant relève soudain de la pure tragédie. Mais cela reste une tragédie quasi invisible, discrète, qui n’embête personne, ou à peine. D’ailleurs parfois elle n’est pas vraiment triste, elle a même ses moments de grâce mais il faut savoir les voir : une trace de peinture rouge sur un petit débris en plâtre qu’éclaire la lumière du soir et qu’on glisse dans la poche avant de quitter le chantier, ou la trace de rouge à lèvres sur un sandwich abandonné qui évitera d’avoir trop faim ce soir-là. Le genre veut que souvent la nouvelle se close sur une chute. Il n’y a pas assez à raconter dans tous ces paysages ordinaires pour se livrer vraiment à cet exercice trop attendu ; alors Derek Munn, plutôt qu’une chute, nous désigne un vide et d’un discret coup de coude nous pousse dedans : ce vide, c’est l’histoire qui n’a pas été racontée et dont on découvre d’un coup qu’on vient de la vivre.
http://www.christophelucquinediteur.fr/wp-content/uploads/2013/09/couv_un-paysage-ordinaire_300.jpg

Commentaires

Je suis en train de le lire.
Commentaire n°1 posté par Anna de Sandre le 18/04/2014 à 20h31
Tu ne seras pas déçue. (Je ne sais plus si je dis tu ou vous alors on va dire tu, hein ?)
Réponse de PhA le 18/04/2014 à 20h34
Tu as raison, je ne suis pas déçue.
Commentaire n°2 posté par AdS le 18/04/2014 à 22h34
Je le savais.
Réponse de PhA le 22/04/2014 à 16h37