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vendredi 18 avril 2025

Pamoja ! de Jérôme Lafargue

Jérôme Lafargue encore. (Je dis « encore » parce que je viens de relire tous les billets tagués « Lafargue J. » sur ce blog ; il y en a un certain nombre.) C’est l’écrivain – le romancier, un vrai, un bon, comme il y en a peu – qui me fait respirer. Cette fois c’est moins l’air du large ou celui des forêts que celui des montagnes – même si mer et arbres ne sont pas loin : on est dans les Pyrénées, non loin d’une frontière clandestinement traversée par ceux qu’on appelle simplement migrants, un mot un peu débarras. Comme ses paysages, les personnages de Jérôme Lafargue sont épais d’un passé qu’on découvre parfois, comme celui de Gustavo ou d’Alberto, ou sur lequel on ne peut que se contenter de conjectures, comme celui de Nila, la petite fille à la peau sombre et aux yeux turquoise, dont le destin va donner un sens à la vie d’Anton, le jeune garçon sans parents, qui jusque-là n’avait pour compagnon que son chien Windy. Pamoja ! comme le dit son titre dans une autre langue que celle-ci, en plus d’un passionnant roman d’aventures, mâtiné comme souvent chez l’auteur d’une touche discrètement surnaturelle, est un éloge de l’amitié et de la solidarité qu’il fait vraiment bon lire par ces temps de repli sur soi.



dimanche 26 mars 2023

Lisière fantôme de Jérôme Lafargue

Jérôme Lafargue revient. Et avec Jérôme Lafargue, c’est aussi le retour du Roman avec un grand R ; et pour moi, qui ne suis pourtant pas grand lecteur de romans, c’est comme un grand bol d’air, un bol de grand air même, celui de l’océan tout proche puisque, comme presque tous les autres romans de son landais d’auteur, ce sont les Landes encore qui en sont le décor et même un peu plus que le décor : un quasi personnage (c’était le cas déjà par exemple de Dans les ombres sylvestres). Ça s’intitule Lisière fantôme, et ça vient de paraître ce mois-ci chez Quidam.

On y voyage aussi, dans l’espace (des Landes à l’Ukraine en passant par l’Afrique) et surtout dans le temps : un très contemporain XXIe siècle se laisse envahir par les traces d’un XVIIe qui s’insinue discrètement dans le présent. Il y a en effet dans ce roman, dont évidemment je ne révélerai surtout pas l’intrigue, une sorte de feuilleté temporel. Le passé, aussi bien ce XVIIe siècle que celui plus récent des parents et du grand-père d’Augustin Loeyna, le héros, est à la fois passé et d’une certaine manière encore présent.

C’est ce à quoi aura affaire Augustin dans sa quête et son enquête – il y a dans Lisière fantôme une dimension policière, avec crime et victime –, et cette enquête est aussi, pour Augustin, une quête essentielle qui l’amènera à s’interroger sur ce qu’il est vraiment, au prix d’un doute croissant, d’un tiraillement entre naturel et surnaturel – car, même s’il le fait en toute discrétion, Lisière fantôme est un authentique et très beau roman proprement fantastique, selon les termes employés naguère par Todorov.



vendredi 3 mars 2023

De la parution quasi concomitante de La Chambre fantôme et de Lisière à brouillard

Or voici que le lendemain de la sortie du nouveau roman de l’auteur par lequel, il y a un peu plus de vingt ans, je suis revenu à la lecture après plusieurs années d’empêchement (la Chambre à brouillard d’Eric Chevillard) paraît le nouveau roman de l’auteur dont la lecture du premier m’a convaincu de proposer mon travail à Quidam (Lisière fantôme de Jérôme Lafargue). (Pour les curieux, les deux autres titres en question sont respectivement les Absences du Capitaine Cook et l’Ami Butler.)



samedi 5 octobre 2019

Le temps est à l’orage


J’ai lu Le temps est à l’orage, le nouveau roman de Jérôme Lafargue. Une histoire de filiation, qui se passe maintenant et autrefois, entre la forêt et la mer, dans ces Landes qui lui sont chères. Je l’ai lu et maintenant j’attends la suite, impatiemment. Car nul doute qu’il y en aura une.



lundi 29 mai 2017

Un souffle sauvage

J'ai lu Un souffle sauvage, de Jérôme Lafargue. Ce n'est pas un roman – car Jérôme Lafargue, pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, est un formidable romancier – c'est un récit autobiographique, plus autobiographique que narratif, d'ailleurs. Il est aussi court que l'auteur est secret. Et quand je l'ai refermé, je me suis rendu compte que je l'avais déjà lu. Je l'avais déjà lu entre les lignes de ses romans. Je l'avais déjà lue entre les lignes de ses romans, cette figure du père enracinée parmi les pins des Landes. Mais là, en lisant les lignes écrites entre les lignes, c'était bon de les avoir pour de vrai sous les yeux, les lignes entre les lignes, et ça m'a fait comme une tape discrète sur l'épaule. Et en effet je lisais assis sur un banc, sous un vieux catalpa, qui venait de laisser choir une gousse sèche sur mon épaule pour me faire signe. Et je me suis dit : on n'est jamais seul.


Cette photo, c'est le tronc du vieux catalpa. Je l'ai prise avant de m'asseoir sur le banc. Quant à Un souffle sauvage, il vient de paraître aux éditions du Sonneur.

jeudi 25 mai 2017

Au centuple

Toutes les cent histoires (lesquelles n'en sont pas toujours au sens strict du terme – mais certes tout n'est-il pas qu'histoires ?) composant ce huitième livre de Jérôme Lafargue qui, pour tout récemment paru (aux éditions de l'Attente) qu'il soit, n'est déjà plus le dernier (et cela nous rassure, vous allez comprendre pourquoi), comptent cent mots, ni plus ni moins. Aussi m'en faudra-t-il exactement le même nombre pour composer ce billet, lequel selon mon habitude ne parle pas du livre lui-même, mais informe son auteur imprudent que le voici condamné, pour une parfaite cohérence, à en publier encore quatre-vingt-douze autres.

Résultat de recherche d'images pour "jérôme lafargue au centuple"

vendredi 29 mai 2015

joyeux vendredi


Je sais où aller ce soir. Et maintenant vous aussi. Pour savoir tout le bien que je pense de ce roman, c'est ici.

lundi 6 avril 2015

En territoire Lafargue



La lecture des romans de Jérôme Lafargue est un rêve sans fin.
On se souvient peut-être que le mien a commencé sur la Nationale 10, tandis que j’allais faire reproduire le manuscrit de Liquide qui n’avait pas encore d’éditeur et qu’aux Mardis Littéraires de Pascale Casanova on présentait L’Ami Butler. (Mardis qui n’existent plus tandis que France Culture est toujours en grève et que demain sur la même route j’en serai réduit à Radio Nostalgie.) Après la lecture duquel j’ai décidé de proposer mon projet à Quidam – avec qui nous avons rendez-vous encore à l’automne prochain, nous en reparlerons. Car la Nationale 10, si on la continue un peu, nous amène tout droit à l’Atlantique, celui qui fait des rouleaux et la joie des surfeurs et qui, au moins depuis Dans les ombres sylvestres et l’Année de l’hippocampe, avec toute cette forêt derrière les dunes, fait bien plus que de servir de décor aux romans de Jérôme Lafargue.
Et plus encore En territoire Auriaba – car tel est le titre de celui qui vient de paraître. Vous me direz ce que vous en pensez mais moi, ce titre, quand je l’ai découvert, ce n’est pas du tout dans les Landes qu’il m’a transporté. L’Atlantique d’un coup franchi, je me voyais traverser des étendues sauvages habitées par quelque tribu indienne inconnue. Eh bien c’est peut-être le cas aussi, car chez Lafargue les lieux se superposent les uns aux autres sans contradiction au gré d’une sorte de cryptogéographie (outre en effet une Amérique d’autrefois la côte marocaine aussi est convoquée), comme les générations aussi se superposent aux générations. Les Auriaba y sont des hommes en effet, au patronyme d’une origine douteuse ou cryptée là encore, toute une généalogie d’hommes qui sur cent soixante années se sont reproduits presque sans femme comme s’ils étaient quasi le même – du moins leur initiale est la même ; et qui vivent là, entre la forêt qu’ils arpentent et l’océan où ils surfent quand ils ne courent pas les bois. Et qui cherchent. Archibald, le narrateur, cherche. Un récit alterné nous le montre d’ailleurs en compagnie de son ami La Serpe, à moitié indien bien qu’on soit dans nos forêts landaises à nous – mais le sont-elles ? c’est plutôt une mythologie que l’on traverse –, en pleine traque, dont on ne révèlera pas l’objet, tandis que son neveu Aupwean, un garçon de dix ans qui vient de perdre son père à l’autre bout du monde, cherche aussi. Savent-ils quoi ? Quel rôle jouent Arthur Rimbaud et Alphonse Allais dans cette histoire ?
Voilà que je me prends à imiter les quatrièmes de couverture des romans de notre enfance. C’est qu’à mes yeux (je vais encore dire je car ceci est un blog et je ne sépare pas mes lectures de mon propre travail) Jerôme Lafargue incarne merveilleusement l’écrivain que je ne suis pas. Un conteur – Archibald Auriaba lui-même est un merveilleux conteur, ce n’est pas Aupwean qui dira le contraire – qui me procure un plaisir comparable à celui qu’éprouvait autrefois le lecteur de Jack London que pourtant je ne suis plus, simplement parce que le temps a passé. Et c’est bien là que je sens quelque chose de vraiment étonnant. Lafargue joue avec le lecteur que nous avons été en nous proposant une aventure (car n’ayons pas peur des mots : j’entre avec lui en aventure comme adolescent je le faisais avec Hugo Pratt) tout en superposant à cette aventure une sorte de verre magique qui tient du rêve et nous fait délicieusement douter de ce qu’on lit, parce qu’on est déjà un vieux lecteur roué qui ne veut pas se croire dupe. La condition d’une nouvelle cure de jouvence.

jeudi 19 mars 2015

agenda



Alors ce soir il y a le lancement officiel de la revue la Moitié du Fourbi chez Atout-Livre,

Demain il y a une soirée consacrée à Sandra Moussempès et Sunny Girls à la librairie Texture,

Samedi à 16 heures Jérôme Lafargue sera En territoire Auriaba et en F80 au stand Quidam du Salon du Livre,

Et je regrette bien de ne pas pouvoir retourner le lendemain sur le même stand Quidam pour le très beau Cahier d’Alberto de Monique Rivet (mais j’en reparlerai).


dimanche 4 décembre 2011

Eric Chevillard lit Jérôme Lafargue


Tiens, voici que dans le Monde Eric Chevillard lit Jérôme Lafargue ! A moi qui lis les deux, forcément, ça me fait plaisir. D’autant plus que dans les deux cas, ce sont des lectures qui ont compté, ai-je déjà raconté ici (Chevillard) et (Lafargue).
Tiens, ça me fait penser que vendredi (le 9 décembre, donc, à 20 heures), il sera au MK2 (Quai de Loire - 75019 Paris, M° Jaurès ou Stalingrad), Jérôme Lafargue, pour parler de l’Année de l’Hippocampe, bien sûr, mais aussi de l’Ami Butler et de Dans les ombres sylvestres.
http://www.quidamediteur.com/imagenes/portadas/AnneHIppocampeG.jpg


Commentaires

je vous lis en sortant de chez Chevillard - et c'est une combinaison assez amusante.
(faudra que je ré-essaie pour voir...)
Commentaire n°1 posté par aléna le 05/12/2011 à 12h19
Oui, réessayez donc cette combinaison que vous portiez chez Chevillard, pour voir ; mais oui, elle vous va à ravir !
(Enfin, Aléna ! qu'allez-vous me faire écrire !)
Réponse de PhA le 06/12/2011 à 22h53
Bien envie de le lire cet "... Hippocampe". Et puis, l'auteur a un petit air fripon sur la photo, ça se voit qu'il est né en 68
@ Aléna : vous sortez de chez Chevillard??? Veinarde! Alors, il va le publier ou pas ce bouquin? Il hésite dit-il... d'un ton fripon:))
Commentaire n°2 posté par Ambre le 05/12/2011 à 20h05
Oui, cet hippocampe mérite la dégustation. (Fripon, tiens ; c'est aussi ce qu'on pourrait dire de son rapport à la fiction.)
Réponse de PhA le 06/12/2011 à 22h55
Ah, je n'en suis qu'au tiers mais je me délecte, je me délice, je me vautre. Et Butler qui m'avait tant réjoui. C'est grâce à vous, Philippe, merci encore !
Commentaire n°3 posté par R1 le 28/12/2011 à 18h44
Et vous n'êtes pas au bout de vos surprises...
Réponse de PhA le 29/12/2011 à 19h22

mercredi 14 septembre 2011

PLAN B


26 mai
PLAN B
The Defamation Of Strickland Banks
 
 
 
Aujourd’hui, j’ai pris les choses à bras le corps. Il était hors de question que la dernière journée soit aussi morose et crispée que celle d’hier.
Mes affaires sont prêtes depuis sept heures ce matin. J’ai vidangé la deuche. On pourra s’en servir le cas échéant, même si je subodore qu’elle m’attendra sagement. Un chauffeur vient me chercher à l’aube demain matin.
J’ai averti André que nous passerions prendre le petit déjeuner et qu’il valait mieux qu’il nous propose croissants et chocolatines. Nous avons testé la nouvelle théorie de Pablo sur les nuisances provoquées par les ondes. Selon lui, les ondes sont des fées qui, en nous cuisant lentement à l’intérieur, nous rendent service.
– Plus on crève jeune dans ce monde à la con, mieux on se porte.
– Charmant, a remarqué Cigale.
– Tu peux pas nous inventer une théorie sur la littérature ?
– La littérature ! Mais je ne lis pas.
– Et ça devrait te gêner ?
– Non, tu as raison. Je vais y penser.
Puis nous avons rejoint Laure et Aloïs pour disputer plusieurs parties de ping-pong. Le déjeuner a été expédié et Aloïs et moi avons réussi nos défis : apprendre aux deux sœurs à faire du skate ! Une bonne poilade avant de rentrer. Le reste nous appartient à Cigale et moi.
J’aime cette fille à la folie.
 
Jérôme Lafargue, L’Année de l’hippocampe, Quidam, 2011.
 
http://www.quidamediteur.com/imagenes/portadas/AnneHIppocampeG.jpgPas la peine que je vous dise ni de qui ni de quoi il est question : qui a lu l’Ami Butler  et Dans les ombres sylvestres sait qu’avec Jérôme Lafargue on n’est jamais certain de lire ce qu’on lit. Mon OCR foireux qui me traduit « remarqué » en « remariage » est quasi extralucide.
On peut lire une interview de l’auteur dans le dernier numéro du Matricule des Anges.

dimanche 18 octobre 2009

je sus aussitôt où je me trouvais

L’autre livre au fond de mon sac noir ce jour-là, c’était celui-ci, dont l’auteur était à mes côtés. Sa lecture, achevée il y a déjà quelques jours, résonne encore.
 
L’averse cessa. La station prolongée à plat ventre avait achevé de me rincer. La pluie avait transpercé les brodequins d’Elébotham, et c’est au son d’une armée d’éponges que je courus vers ma cabane. Je me donnai une bonne heure de course pour l’atteindre.
Il ne devait être pas loin de dix heures du matin à ce moment-là, et je m’arrêtai, figé par la stupeur : la nuit tombait. Une énorme chape de peinture noire semblait s’abattre sur la forêt, tandis que la pluie qui avait repris n’était qu’épines de glace, m’agressant sans ménagement. Je sortis de ma besace une lampe de poche que j’avais emmenée je ne sais trop pourquoi. Elle éclairait faiblement mais il allait falloir s’en contenter. Cette étrangeté climatique tombait au plus mal. Pour rejoindre la cabane, je devais bifurquer à travers bois et je n’étais plus du tout sûr de me repérer. Je pris le parti de m’orienter vers l’est, mais au bout de quelques mètres je dus avouer que je faisais fausse route : nulle trace de l’aulne solitaire qui me servait de borne. Je filai à l’aveuglette, priant pour que la torche ne rende pas l’âme. Alors que je commençais à désespérer de pouvoir retrouver mon chemin, la nuit s’esquiva aussi brutalement qu’elle était apparue, faisant place à une blancheur des plus énigmatique. Je sur­plombais alors un marais. Je sus aussitôt où je me trouvais.
Ce marais se situait aux confins du Bois du Loup Gris, proche d’un courant naturel qui de l’océan sinue loin dans les terres. Le courant est navigable, et la plupart du temps magnifique, les saules s’avançant au-dessus de l’eau, les pas­sages larges succédant à d’autres bien plus étroits et touffus. Il fait office de frontière entre deux grandes forêts. Le marais lui-même ne dépasse pas la douzaine de mètres de largeur. L’eau stagnante et grisâtre était couverte de feuilles et de nénuphars ; de temps à autre, la surface se troublait sous l’action de grenouilles entreprenantes. Tous les arbres autour de l’étang étaient morts, sans exception. Deux chênes fourbus penchaient exagérément, comme si le marais cher­chait à les avaler. Certaines de leurs branches mortes tou­chaient presque l’eau ; les brindilles blanches et sèches y étant encore attachées se rejoignaient pour former une chevelure de vieille dame épuisée et en pleurs. Plus loin, les premiers pins, chênes et autres aulnes se tenaient à distance, pour éviter d’être happés à leur tour. L’herbe sur la berge était jaunie par le soleil qui ici trouvait à s’activer sans relâche à la belle saison. La lumière froide et blanche renforçait l’atmosphère surnaturelle qui s’en dégageait.
Je ne pus m’empêcher de rire. C’était la mare de lou cade­toun ! L’idiot du village, le toujours dans la lune. Il y a long­temps, le pauvre gars d’un village voisin avait accompagné les gemmeurs dans cette zone. Pour se moquer de lui, ils lui avaient expliqué qu’il leur fallait un plan d’eau à proximité pour qu’ils puissent se désaltérer. La mare était donc un étang artificiel creusé par le type, après qu’il eut abattu les arbres qui le gênaient. Ça lui avait pris une dizaine d’années. Comme le courant n’est pas très loin, il avait pioché et pioché pour faire une tranchée reliant les deux, et voilà comment il avait rempli son trou !
Je continuai ma route, lorsque je distinguai une petite forme blanche à une dizaine de mètres devant moi. Je sus qu’il s'agissait de mon écureuil couvert de givre. Il ne parais­sait pas s’en émouvoir. Et il ne bougeait pas.
 
Jérôme Lafargue, Dans les ombres sylvestres, Quidam éditeur, p. 145-147.



Commentaires

Je savais que ces photos ne venaient pas d'une seule promenade. Si je me laisse prendre, je vais finir entre l'écorce.
Commentaire n°1 posté par Depluloin le 19/10/2009 à 00h20
Ah, je vois qu'il y a ici une haute concentration d'hommes vers lesquels on doit se déplacer si on veut les voir, parce que dans l'autre sens, hein? On les voit pas beaucoup et pour certains même, jamais. Depluloin, ramenez votre burette, j'ai ma porte qui grince. Philippe, zallez bien ?
Commentaire n°2 posté par Frédérique M le 19/10/2009 à 00h34
@ Depluloin : Eh bien, si ! (L'appareil est tout récent, c'était sa première sortie en forêt.)
@ Frédérique : Pas mal, Frédérique, mais l'emploi du temps de Spiderman est un peu surchargé ces derniers temps ; Peter Parker a du mal à honorer tous ses rendez-vous !
Commentaire n°3 posté par PhA le 19/10/2009 à 08h47
Eh bien bravo! Pour un coup d'essai, ça vaut le coup de naître! (Mes à-peu-près datent un peu!)
Commentaire n°4 posté par Depluloin le 19/10/2009 à 11h55
Je suppose, Annocque, que vous vous doutez de ce que vous faites à Loïs ?
Commentaire n°5 posté par Anna de Sandre le 19/10/2009 à 14h07
Certes (mais je n'ose l'écrire).
Commentaire n°6 posté par PhA le 19/10/2009 à 15h59
Philippe, je tiens à vous signaler un abus sur le blog de François M... mais vous êtes sûrement au courant. Voilà ce que c'est d'être bien coiffé!
Commentaire n°7 posté par Depluloin - décoré de la Francisque le 19/10/2009 à 17h17
Ce dessinateur m'envie parce que j'ai tous les Tifs Tondus et pas lui.
Commentaire n°8 posté par PhA le 19/10/2009 à 17h54

mardi 6 octobre 2009

Qu’est-ce que vous faites, vendredi soir ?

 
MARIA SOMBRANO
de Timon Lunoilis
 
Par lassitude, espièglerie ou simple défi, des auteurs se mesurent par­fois aux périls qui les guettent, ceux-là mêmes qu’ils s’évertuent à nier le reste du temps. Ils s’installent alors confortablement à leur table de travail, ou à une ter­rasse de café, ou sous les arbres de leur vaste jardin, et, sur un ton qui se veut dégagé, répertorient puis commentent les idées de romans, de poèmes ou de contes qu’ils ont eues, et qu’ils se sentent incapables de mettre en forme pour diverses raisons (paresse, incompétence, manque de temps ou d’intérêt). Dans le meilleur des cas, ils parviennent à façonner un livre échelonné de débuts, d’es­quisses, de bouts de premières phrases. Ces jolis instruments de subversion littéraire sont autant de modestes cailloux dans la gravière des aphasies en tous genres. Je ne sais si ces auteurs dispersés dans le monde et le temps ont au moins une fois au cours de leur vie en­tendu parler de Maria Sombrano : les troubles révélés en négatif dans leurs livres furent pour cette pauvre femme d’une cruelle réalité, une malédiction.
A ses dépens, cette Chilienne est devenue la muse terrifiée et malheureuse de nombre d’auteurs latino-américains de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe. Alors qu’elle aurait pu deve­nir l’une des premières femmes écrivains de renom issues de cette partie du globe, avant Silvana Ocampo et Lydia Cabrera, elle est restée confinée dans les mémoires friables de ceux qui ont recueilli ses idées avec un brin de malice. Mais, comme on le verra, en les lui filoutant, ils lui rétrocédaient simultanément ses facultés physiques et un minimum de santé mentale. (…)
 
Jérôme Lafargue, L’Ami Butler, Quidam, 2007, p. 11-12.
 
C’est comme ça que ça commence. Je veux dire : c’est comme ça que commence l’Ami Butler de Jérôme Lafargue, et c’est comme ça que commence mon aventure avec Quidam. C’était un mardi, comme aujourd’hui (j’essaie d’avoir toujours mon mardi libre, c’est devenu quasi rituel), et je roulais dans ma non moins rituelle Chamade bleu marine ; j’étais en panne d’éditeur, le dernier ayant fondu comme neige au soleil ; j’allais faire reproduire quelques manuscrits de Liquide. (En fait je crois bien avoir déjà raconté ça, je radote un peu, c’est le(s) métier(s) qui veu(len)t ça. Ceux qui connaissent peuvent sortir discrètement, sans claquer la porte.) C’était donc un mardi et à la radio j’écoutais les Mardis, précisément, littéraires bien sûr, de Pascale Casanova (qui ne sont plus le mardi, d’ailleurs). Je ne me souviens plus bien de ce qui s’est dit dans le détail mais ce dont je me souviens, c’est de mon envie immédiate de lire l’Ami Butler. Le lecteur y a trouvé son bonheur, il en a glissé deux mots à l’auteur qui, après quelques autres lectures, a décidé d’aller vers Quidam (« aller » c’est une façon de parler, j’y suis allé par la Poste, comme d’habitude), convaincu qu’il faudrait dans l’avenir compter avec cette petite maison (j’ai déjà gagné des paris plus improbables). C’est pourquoi je suis vraiment content d’être invité vendredi par la librairie Atout Livre en même temps que Jérôme Lafargue, qui y présentera son nouveau roman Dans les ombres sylvestres. En plus il y aura aussi Jacques Jouet, François Beaune et Jean-Michel Guenassia ; c’est un peu viril comme plateau mais ça ne manque pas de qualité. 


Commentaires

Texte terrible... Je me sens soudain gravillon dans la gravière. Il y a un proverbe à inventer pour me rassurer - un peu.
Commentaire n°1 posté par Depluloin le 06/10/2009 à 18h53
Oui, il y a quelque chose de vertigineux dans ce roman. (Pour le coup, avec Lafargue, le mot roman, dont personnellement je ne suis pas grand fan, prend une nouvelle noblesse.) Je sens bien le nouveau aussi (entre pinède et océan) (je viens juste de l'acheter).
Commentaire n°2 posté par PhA le 06/10/2009 à 19h00
"Les petits graviers font les grandes gravières", tel était le poème censé me rassurer. Ah oui, la seule mention "roman" suffit à me rendre méfiant. Peut-être un peu moins maintenant.
Commentaire n°3 posté par Depluloin le 07/10/2009 à 12h31
Errata : "le poème", quelle prétention, c'est "le proverbe" qu'il fallait entendre.
Commentaire n°4 posté par Depluloin le 07/10/2009 à 12h32
Roman, car précisément, il faut voir ce que Jérôme Lafargue fait de la fiction.
Commentaire n°5 posté par PhA le 07/10/2009 à 13h52