Affichage des articles dont le libellé est Al dante. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Al dante. Afficher tous les articles

mercredi 11 décembre 2013

L’homme, qui n’est pas un animal, n’est pas un animal.


L’homme est ainsi fait qu’il passe son temps à inventer des choses qui ne lui servent strictement à rien. Disons plutôt qu’il ne se contente pas de se conformer à l’axiome un peu plan-plan reproduction + survie, autrement dit besogner maman et se bâfrer comme un goinfre. Ce serait à la longue un peu limité. L’homme n’est pas un animal. Raie de côté, collection de sous-bocks, travers de porc braisé au romarin et sa fricassée de petits légumes, césure à l’hémistiche, balles dum-dum, stradivarius et bain moussant, l’homme passe son temps à inventer des choses qui ne lui servent strictement à rien. Voilà, pourquoi, entre autres, l’homme, qui n’est pas un animal, n’est pas un animal.
Mais l’homme, qui n’est pas un animal, est pourtant capable – c’est trop bête ! – de se laisser mourir d’ennui dans un bureau huit heures par jour, cinq jours par semaine pendant quarante-deux ans aux seules fins de se payer une Mégane qui le conduira au bureau. Comme on le voit, pas toujours très malin. Mais c’est ainsi. Corriger le tir ou se donner du courage, amuser la galerie et se laver à l’eau chaude. L’homme n’est pas un animal. A la longue, pourtant, l’inutile finit par lui devenir indispensable. C’est le début de la résistance. En même temps que de l’aliénation.
Dans le catalogue des actions étrangères à l’axiome reproduction + survie, figure l’art de s’agiter tout seul dans son coin ou en bande organisée, pour pas grand-chose, et disons même pour trois fois rien. Par exemple, aller nulle part et en revenir, mais en se dépêchant, ou, pour le dire autrement, transpirer en faisant du surplace. Courir, en somme. Comme Zatopek.
Le fait est qu’un beau jour, un type, au fond des âges, « quand le temps n’avait pas encore de barbe » (Lichtenberg), un type donc se met à courir. Et à courir pour rien. Point de message urgent à remettre en main propre, aucune bestiole furibarde à mâchoire-cisaille lancée à ses trousses.
Il n’a pas même l’air d’être en retard vu que, de toute façon, en ces temps reculés, personne ne paraît très pressé d’inventer le rendez-vous. Non, un type un jour se met à courir, pour rien, tout seul comme un grand ; et il trouve ça absolument extraordinaire.
 
Jean-Michel Espitallier, L’invention de la course à pied (et autres trucs), Al dante, 2013, p. 3 à 5.
 
Couvrez-vous bien quand même avant de vous lancer car il y a quand même un léger risque de froid dans le dos au bout de la course.
 
http://al-dante.org/WordPress3/wp-content/themes/themeAl-dante/images/espitalliercouv.jpg


Commentaires

Certains félins et peut-être d'autres animaux jouent les prédateurs au-delà de leurs besoins. Alors, même si votre texte qui rhabille l'humain, idée à laquelle j'adhère, est très intéressant, ne sommes nous pas des animaux ?
Commentaire n°1 posté par Sabine le 16/12/2013 à 19h37
Ah mais moi je me sens en effet très animal (d'ailleurs ce texte, qui n'est pas de moi, joue aussi de la prétention de l'homme à n'être pas un animal).
Réponse de PhA le 16/12/2013 à 21h03

vendredi 23 août 2013

(ne pas) limiter un être à l’accident de sa naissance


DIMANCHE 20 NOVEMBRE
 
Ecoute… suppose que l’histoire commence ainsi : le cousin de Sarah est retardé de deux heures en plein milieu de son voyage… bloqué dans la ville où lui et Sarah sont nés… bloqué à l’aéroport… de nombreuses années après l’affreuse guerre qui a si profondément marqué les cousins quand ils étaient enfants… oui, suppose… cela lui donnerait le temps de penser… le temps de se préparer pour les retrouvailles en terre promise après des années de séparation… ça fait trente-cinq ans que les deux cousins ne se sont pas vus… oui, suppose… puis, quand aura pris fin le combat avec les mots, je me retirerai pour regarder les mensonges s’installer et donner forme à une vérité, ignoblement obtenue de haute lutte, en surface du papier
 
 
Voici comme je vois cette histoire… ses grandes lignes… sa géographie. D’un côté, une terre de fausse représentation où le cousin de Sarah vit depuis trente-cinq ans. De l’autre, une terre de fausses promesses, un morceau de désert plein de mirages, où Sarah vit son propre exil depuis le même nombre d’années. Et, entre les deux, comme mis entre parenthèses, le pays où les deux cousins sont nés et où s’est commise une impardonnable atrocité durant la guerre. Cet endroit restera encre crochets. Il se profilera à jamais au plus profond du passé des cousins. Après la guerre ils sont partis. Lui vers l’ouest, Sarah vers l’est.
 
 
Faut-il donner un nom à ce cousin ? Un nom, c’est si encombrant, si réductif. Ça limite un être à l’accident de sa naissance, ça lui impose une identité civique. Peut-être que pour l’instant on peut simplement dire le cousin de Sarah. Oui, c’est ça, LE COUSIN DE SARAH. Même si plus tard, son nom à elle aussi, il faudra l’effacer.
 
Raymond Federman, A qui de droit, Al dante, 2006, p. 11-12.
 
Voilà, c’est le début d’A qui de droit. Ce qu’il y a de bien avec les écrivains, c’est que même quand ils sont morts il nous reste des livres d’eux qu’on n’a pas encore lus, et que même quand on les a tous lus on pourra toujours les relire, ce sera forcément autre chose. Là quand c’est moi qui le lis forcément je réagis à « Un nom… ça limite un être à l’accident de sa naissance », et puis aussi comme en fait je ne le commence pas vraiment, ce livre, il y a parfois un peu de différé sur ce blog et en fait je l’ai déjà terminé, il y a aussi « regarder les mensonges s’installer et donner forme à une vérité » parce que ce matin j’ai ouvert Chalut de BS Johnson, et vous savez comme lui aussi se pose aussi (avec des réponses différentes) la question du mensonge dans l’écriture, ou bien peut-être que vous ne le savez pas, peut-être qu’il vous reste tout BS Johnson et tout Federman à découvrir, sacrés veinards que vous êtes*.
 
* Auquel cas vous pouvez regarder en bas à droite, par le hublot droit, et cliquer au hasard sur tous les liens Federman et Johnson pour vous mettre en appétit.
https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEjDf6v0iTuzcwywtTSINIFh7AXjvaSdRnMtdLCehoVvk9hEgvpLVYRSCksqaffO8IC2QCSsLZvZKNbL5QDJ3rtCcITvMG8sbh4l7bjrN2oR1fJLFeOCy2RWNjuO5B4TmuJzo2LXFZpvtNs/s400/federmanperso.jpg

lundi 15 août 2011

ça pourrait déborder


Raymond Federman, Quitte ou double, Al dante, 2004, p.18-19.
 
Que Federman nous ait quittés ne l’empêche pas de lire dans mes pensées.
(Cliquez pour lire.)
(Ceux qui ont envie de savoir de quoi il s’agit peuvent aller faire un tour sur Sitaudis.)
(Merci Lydia, le beau cadeau !)

Commentaires

Ah, oui, merci.
Commentaire n°1 posté par Moons le 15/08/2011 à 22h32
 

samedi 12 mars 2011

On dirait qu’ils viennent à l’instant même de s’inventer mutuellement.

Moinous demande : quel nom vous m’avez donné dans votre histoire ?
Sucette hésite. J’ai inventé un nom. Je vous ai appelé Moinous. Oui, c’est le nom que je donne à mon personnage français.
Moinous ? C’est un drôle de nom. Enfin, c’est un joli nom. Mais c’est pas un vrai nom, n’est-ce pas ?
Non, je l’ai fabriqué. Je suppose que son sens est évident ? En fait, c’est l’héroïne de mon histoire qui invente ce nom pour le jeune Français qu’elle rencontre à Washington Square. Elle lui dit, après qu’ils sont tombé amoureux l’un de l'autre : Je vais t’appeler Moinous pour bien avoir le sens de l’intimité que nous partageons. A sense of togetherness.
Oh je vois. Et ils se rencontrent à Washington Square, comme nous. C’est vraiment fabuleux. Moinous ? J’aime ce nom de Moinous. Il me va comme un gant, vous ne trouvez pas ?
Oui, c’est vrai, approuve Sucette.
Vous savez, dit Moinous après un moment de réflexion, je m’aperçois que nous ne nous sommes pas présentés. Mais maintenant, vous pouvez m’appeler Moinous. En fait, il ne faut jamais nous dire nos véritables noms.
Alors, comment est-ce que vous allez m’appeler ? demande Sucette.
Je ne sais pas. Moinous porte la main à sa bouche. Voyons voir… laissez-moi réfléchir un moment. Puis, il demande : quel est le nom de la jeune fille dans votre nouvelle ?
Susan, Susan Wakefield.
Ça y est ! s’écrie Moinous joyeusement. Je vais vous appeler Sucette.
Sucette ? Pourquoi Sucette ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
Vous savez un peu de français, n’est-ce pas ? Une sucette en français, c'est un… un lollipop, un sucre d’orge. Cela vient du verbe sucer.
Est-ce que vous trouvez que j’ai l’air d’une sucette ? s’enquiert Sucette qui se demande si Moinous est sérieux ou s’il plaisante.
Non, ça n’a rien à voir avec l’apparence. C’est le premier nom qui m’est venu à l’esprit quand vous avez dit : Susan. C’est un délicieux petit nom, vous ne trouvez pas ?
Oh, je le trouve délicieux. Adorable. Sincèrement, je l’aime bien, J’en aime bien la consonance. Surtout quand c’est vous qui le prononcez. Sucette. Oui, en vérité, ça me plaît. Su-cette. Su-CETTE. Elle répète le nom à plusieurs reprises, en jouant avec les syllabes, les tournant dans sa bouche comme des bonbons. Okay, d’accord. Vous serez Moinous et je serai Sucette.
Ils se mettent à rire comme des enfants en répétant leurs noms, en les reliant l’un à l’autre : MOINOUS & SUCETTE. SUCETTE & MOINOUS. On dirait qu’ils viennent à l’instant même de s’inventer mutuellement.
Vous savez, dit Sucette, toujours riant, nous devrions ne rien imaginer de nous au-delà de ces deux noms. Aucun passé. Aucun avenir. Faire comme si nous nous étions inventés l’un l’autre ici, sur place, ici et maintenant.
 
Raymond Federman, Moinous et Sucette, p. 119-120, Al dante, 2004.
 
La rencontre est tant espérée, jouée et rejouée en esprit, jusqu’à ce qu’on atteigne l’incrédulité nécessaire à sa réalisation.
(Huitième billet sur Federman, ça vaut bien une petite rétrospective. Et ce n’est pas fini…)



Commentaires

Deux noms seuls suffiraient peut-être à un livre : celui de l'auteur et celui de l'éditeur.
Le titre serait encombrant.
Commentaire n°1 posté par Dominique Hasselmann le 13/03/2011 à 12h30
Ce sont plutôt les deux que j'effacerais de tous les livres, si je pouvais.
Réponse de PhA le 13/03/2011 à 21h32
Merci pour la friandise. Et même pas mal au dents.
Commentaire n°2 posté par quotiriens le 13/03/2011 à 14h11
Jamais de carie avec Moinous !
Réponse de PhA le 13/03/2011 à 21h33
enfin à toutes les dents...
Commentaire n°3 posté par quotiriens le 13/03/2011 à 14h11
Surtout, n'indique pas ton nom sur ton prochain livre, un quidam pourrait se méprendre.
Commentaire n°4 posté par Dominique Hasselmann le 13/03/2011 à 22h37

lundi 28 décembre 2009

un nom pour la carrière

Billy the Kid n’est pas le vrai nom de Billy the Kid. Il est en fait le fruit d’une greffe entre The Kid, le surnom qu’on lui donnait enfant, et Billy, son prénom.
 
Billy n’est pas le vrai prénom de Billy. Billy est en fait le dérivé hypocoristique de Bill.
 
Bill n’est pas non plus le vrai prénom de Billy mais le diminutif de William.
 
Billy the Kid était en fait connu sous le nom de William H. Bonney.
 
Mais William H. Bonney n’est pas le vrai nom de Billy the Kid. William H. Bonney est un des pseudonymes de Billy the Kid. Un cryptonyme, en fait.
 
Billy the Kid avait plusieurs pseudonymes dont William H. Bonney, le plus connu, à partir duquel fut créé son pseudonyme le plus connu Billy the Kid.
 
Le vrai nom de William H. Bonney dit Billy the Kid était Henry McCarthy.
 
Mais plus personne ne connaît Henry McCarthy sous son vrai nom d’Henry McCarthy, un patronyme qui, de prime abord, ne rappelle en rien le nom Billy the Kid, contrairement au pseudonyme William H. Bonney qui peut, éventuellement, nous évoquer Billy.
 
Pourtant, ce devait être l’enfant répondant au prénom d’Henry que sa mère ou ses amis surnommèrent The Kid, c’est-à-dire Le Gosse mais également Le Chevreau.
 
Il existe, en anglais, un dérivé hypocoristique de Kid, Kiddy. Toute­fois, le pseudonyme de Billy the kiddy n’a pas été choisi comme sobriquet principal.
 
The Kid n’était pas le seul surnom donné à Henry. Il était également connu comme El Cabrito, c’est-à-dire la chèvre, en anglais the Kid.
 
Ce ne devait pas être un surnom donné par son père. La seule chose que celui-ci semble lui avoir léguée reste son nom qu’il tenait lui-­même de son père. Son patronyme était donc McCarthy.
 
Henry a décidé de se faire un nom, mais sous un autre nom. N’ayant presque pas connu son père, il n’a pas fait carrière dans le crime sous son patronyme.
 
Ainsi, il n’a pas, par ses crimes, déshonoré le nom des McCarthy. Toutefois, le nom des Bonney fut couvert d’opprobre sans qu’aucun Bonney d’Amérique n’ait commis de crime notoire.
 
Premières pages de Pas billy the kid, de Julien d’Abrigeon, Al Dante, 2005.
 
Ou pour être fidèle aux titres :
Pas Billy the kid
Alias Le roman avorté de Lew Wallace
Alias L’arme à gauche
Le genre du texte comme son titre comme le nom de son héros / son sujet / son objet bref s’échappe se fait remplacer par un autre qui s’échappe aussitôt et bien sûr ceux qui ont suivi ce blog comprennent pourquoi dès ses premières pages je ne pouvais qu’être sensible à ce projet.
J’ai hésité pour l’extrait à citer, ce n’est pas mon fort les choix d’extrait ; j’aurais pu prendre aussi les pages 40-41 où l’auteur se rend compte que son livre lui-même lui échappe, ce n’est pas une coquetterie : un autre l’a écrit avant lui, coup dur, et comment il arrive à continuer quand même ; mais bon, ce début aussi parle de moi.
J’ai vu que Julien d’Abrigeon venait de faire paraître un nouveau livre, le Zaroff, dans la collection LaureLi, et ça me fait trois bonnes raisons (d’Abrigeon, Zaroff, LaureLi pour ceux qui ont des difficultés en arithmétique) d’avoir envie de le lire, ce que je ferai sûrement avec au moins quelques mois de retard, comme tout ce que je fais (Pas billy, j’ai dû le lire un an après sa parution) ; alors autant en parler avant de le lire (bien content de retrouver Pas billy dans mon bazar pour m’y aider) – mais attention toutefois à ne pas en faire une habitude. Claro, lui, encore une fois, l’a lu.




Commentaires


Je ne suis pas d'accord : Bonney and Clyde ont laissé quelques cadavres derrière eux... (Et je reprendrais bien un verre de dérivé hypocoristique avec un glaçon!) Philippe, ce billet est démoniaque mais tellement savoureux! Merci!

Commentaire n°1 posté par Depluloin le 28/12/2009 à 13h45
Bonney and Clyde ? Gare au Bonney d'âne !
Réponse de PhA le 28/12/2009 à 14h09
Ah, je ne l'ai pas volée celle-là!

Commentaire n°2 posté par Depluloin le 28/12/2009 à 14h20
Là, j'ai tout compris!Et surtout votre processus personnel pour ce blog qui "fait "rien que" déstabiliser. Impossible de s'endormir ici.
Commentaire n°3 posté par Ambre le 28/12/2009 à 14h56
Je me méfie en effet beaucoup des marchands de sommeil - et même des marchands de sable.
Réponse de PhA le 28/12/2009 à 15h20
Calamity Jane n'est pas le vrai nom de Calamity Jane. Il est en fait le fruit d'une greffe entre Jane de Martha Jane Canary ( dont le Jane est douteux) et la calamité qu'elle est et.....(    )..... et le canari dont......(    ).....
Commentaire n°4 posté par Gilbert Pinna, le blog graphique le 28/12/2009 à 18h32
Et chez Jd'A, vous trouverez aussi une petite digression sur Buffalo Bill - il y a de quoi faire - et même sur Buffalo Grill !
Réponse de PhA le 29/12/2009 à 10h05
C'est bath !
Albin Bis, double d'Albin journalier, qui n'est pas journalier, dont le nom n'est pas Bis, le prénom pas vraiment Albin... 
Commentaire n°5 posté par albin le 28/12/2009 à 20h44
M'étonne pas que ça vous parle !
Réponse de PhA le 29/12/2009 à 09h57
Comment s'appelle Philippe Annocque déjà? De son vrai nom veux-je dire.
Commentaire n°6 posté par Depluloin le 28/12/2009 à 23h37
Réponse de PhA le 29/12/2009 à 10h01
C'est sûr que Riri the Kitty, ça t'a pas la même gueule.
Commentaire n°7 posté par Anna de Sandre le 29/12/2009 à 16h58
Riri the Kitty, c'est très mignon ; je le verrais bien pour la prochaine réincarnation d'Anna de Sandre.
Réponse de PhA le 29/12/2009 à 20h45
Depluloin c'est pas non plus son vrai nom hein?
Commentaire n°8 posté par L......................................................uC le 30/12/2009 à 17h25
On m'a raconté la cérémonie : il paraît qu'il s'est échappé des bras de sa marraine pour plonger de lui-même, au péril de son crâne, dans les fonts baptismaux...
Réponse de PhA le 30/12/2009 à 17h51
Pas très catholique çà!
Commentaire n°9 posté par L......................................................uC le 30/12/2009 à 18h03
Vous avez raison ; d'ailleurs, à ce que je me suis laissé dire, Billy the kid lui-même n'était qu'un enfant de choeur en comparaison.
Réponse de PhA le 30/12/2009 à 18h13

samedi 3 janvier 2009

fédérons les federmaniaques

Allez, encore quelques orteils de Federman pour la route :
 
 
Bon, eh bien maintenant je vous raconte mes orteils. Je vous raconte la découverte vachement intéressante, et déconcer­tante, que j’ai faite hier soir en me coupant les ongles des doigts de pied.
Vous voulez que je vous raconte ma découverte ?
 
Eh bien voilà. Je portais mes lunettes. Donc je voyais mes ongles de plus près. Je porte toujours mes lunettes quand je me coupe les ongles, aussi bien ceux des mains que ceux des pieds, pour ne pas faire d’accident.
 
J’étais à poil. Faut préciser. Vous allez me dire Féderman vous charriez. On s’en fout que vous soyez nu ou tout habillé quand vous vous coupez les ongles des orteils. Pourvu que vous ayez enlevé vos chaussures et vos chaussettes, cela suffit.
 
D’accord. Oublions le fait que j’étais complètement nu.
 
J’avais un pied sur le rebord de l’évier. Donc je pouvais me voir dans le grand miroir au-dessus de l’évier en train de me couper les ongles. J’avais, si on peut dire, une image de ce que je faisais. Je me voyais en train de me couper les ongles des orteils.
 
Bon, je sais que vous allez me dire, Féderman, nous emmerdez pas avec votre dédoublement narcissique et racontez votre histoire.
 
OK ! Je continue. Quand je me coupe les ongles des orteils, je commence toujours par le petit doigt du pied gauche, et j’avance, si on peut dire, chrono-onglement, jusqu’au gros orteil.
 
Eh bien hier soir j’ai découvert que chacun de mes doigts de pied ont un caractère particulier.
 
Je sais qu’il y a une faute de grammaire dans ce que je viens de dire. Oui, je sais que chacun ne peut pas prendre un verbe au pluriel. Mais j’ignore la grammaire quand je raconte. La grammaire me ralentit. Elle m’handicape.
 
Mon corps en neuf parties, Al dante, 2004 ; p.37-38
 

Et toujours à propos de Federman, ou Féderman ; signalons 
le blog de Marie Delvigne, maîtresse en federmania chez Argol et sur la Toile.