Cette joyeuseté-là sort d'une Vie et opinions parue aux éditions
Le Quartanier et signée d'un certain Gottfried Gröll dont
Christophe Manon a décidé d'assumer l'identité depuis que le texte
est joyeusement reparu en 2017 au Dernier Télégramme.
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vendredi 6 juillet 2018
mercredi 16 novembre 2016
Je vous aurais bien recopié un petit passage de Récit d'un avocat
Je
vous aurais bien recopié un petit passage de Récit d'un avocat
d'Antoine Brea parce que j'ai la flemme d'écrire moi-même quelque
chose. En plus c'est composé de petits chapitres très courts, ça
devrait être facile d'en extraire un. Mais en fait non, ça ne va
pas trop, ils ne se laissent pas bien extraire, ces petits
chapitres ; ce n'est pas comme ça que je vous donnerai envie –
puisque tel est le but. L'écriture d'ailleurs n'est pas celle de
Brea tel que je l'ai lu ailleurs, par exemple dans Roman dormant,
dans Petites vies d'écrivains du XXe siècle ou dans Simon le Mage. Quoique tiens, paradoxalement, c'est peut-être les vers
de Simon le Mage qui fassent le plus écho, du moins dans mon
oreille, à ce Récit d'un avocat. Je dis « paradoxalement »,
parce que Brea, dans l'idée très vague que je me fais de la poésie,
c'est plutôt un poète ; alors que dans Récit d'un avocat,
dans l'idée très vague que je me fais de la littérature, on est
clairement dans la prose, ou dans le roman, voire dans le thriller,
judiciaire, et même politique ; sauf que tiens, il paraît
qu'il est avocat Brea, dans la vraie vie, c'est écrit en quatrième
de couverture, et que « peu de choses » (ça y est, là,
je recopie) « sont entièrement imaginaires ». Du coup ça
fait un peur, finalement. En tout cas ça mériterait bien que
j'écrive un petit billet dessus, si j'avais le courage.
Et au
fait quand même c'est paru tout récemment aux éditions Le
Quartanier.
vendredi 1 mai 2015
Seigneur écarte-nous de la géhenne et des commissariats.
Si le rêveur entre de lui-même
dans la géhenne on peut penser qu’il va bientôt mourir. Pour tout dire c’est un
mauvais signe. Car il est dit dans le Livre des Rigueurs : Seigneur écarte-nous
de la géhenne et des commissariats. Les tourments y sont perpétuels. Les températures
importantes. Ce sont de mauvais lieux pour s’arrêter et se reposer. Seigneur
aide-nous à reconnaître les flics lorsqu’ils se promènent en civil. Ou bien se
tournent en belles brunes. Car il est dit dans le Livre : Seigneur parfois
les flics s’essuient la suie du visage et leur image se trouble. On ne
distingue plus la mort figée dans leurs prunelles comme dans celles de
mannequins de cire. C’est là que leur répression est la plus terrible. Seigneur
parfois les flics sont de belles à brunes avec un large derrière. De grandes
brunes à cul de jument. Elles se parfument et se roulent dans la myrrhe qui
suinte des murs des cimetières pour ; que l’on sente moins la mauvaise
odeur qui se dégage comme du sulfure de leur derrière. C’est là que leur répression
est la plus terrible. Elles sont en panne d’amour et leurs conduits intérieurs jamais
débouchés accumulent la myrrhe qui se condense dans la partie sur laquelle
elles s’assoient. Seigneur un jour la misère faisait rage dehors et m’a fait
entrer de moi-même dans un commissariat pour y occuper un emploi. J’ai cru que
je pourrais m’y arrêter et m’y reposer. A présent je suis mort sous la terre et
j’ai chaud. J’ai fondu comme cire au soleil. Je suis entré dans un commissariat
on m’a lavé et parfumé à la myrrhe des cimetières. On m’a appris la langue des
chiens on a voulu me forcer à cogner un suspect comme on cogne dans la cire
fusible d’un mannequin. Comme j’ai refusé je suis mort. J’arrivais rien à
aboyer et je suis mort. On a voulu me forcer à faire l’amour avec des hommes
tournés en brunes qui en avaient après l’odeur de suif de ma fourrure et
cherchaient à se l’engloutir dans le derrière. A faire la chose d’amour avec
des juments-flics dont la répression fut terrible. Seigneur à présent je sais j’ai
eu tort. La misère n’était pas une excuse. C’est bien fait si j’ai brûlé tout
mon suif.
Antoine Brea, Roman Dormant, Le Quartanier, 2014, p. 96-97
Roman dormant prétend nous rapporter la voix d’Abû
Bakr (654-728), interprète des rêves dans le monde musulman. « Roman Dormant
est le nom du livre (…), car il est d’or mais par endroit il ment. » La
lecture du livre nous le confirme : qui dort ment et en mentant parle d’or. Ce n’est pas moi qui dirai le contraire.
Et les avis de Guillaume Contré, Romain Verger,
Philippe Chauché, Paul Kodama.
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