lundi 3 mai 2021

Mon petit DIRELICON

Aujourd’hui paraît Mon petit DIRELICON. J’aurais pu l’appeler plus sobrement « Petit dictionnaire des idées reçues sur la littérature contemporaine mais quand même un peu à la manière de Flaubert », mais ça manquait de concision pour un livre aux dimensions modestes – il dépasse de peu les cent pages. Soufflée par ma vie d’auteur dans une oreille, par mon ami Gustave dans l’autre, l’idée m’en a traversé il y a des années, je ne saurais dire combien ; je crois bien que quelques articles ont été publiés sur ce blog, enfin sur son ancienne plateforme. Parce que parmi tout ce que j’entends, tout ce que je lis depuis des années sur la littérature, il y a de quoi soit vraiment se faire de l’urticaire (je connais, c’est pénible), soit rire à gorge déployée et en bonne compagnie. C’est plus agréable – et puis c’est peut-être aussi plus utile, car parmi les éclats de rire je me suis surpris à dire vraiment deux ou trois choses ; vous verrez.

Merci pour leur confiance aux éditions Lunatiques.


« Édition indépendante :

(…) Les livres sont plus difficiles à trouver, ce qui garantit à l’auteur des lecteurs vraiment motivés. » (p. 34)



dimanche 2 mai 2021

Bien sûr ça n’est pas que pour moi.

Je viens de terminer la lecture du dernier roman de Gabriel Josipovici paru tout récemment chez Quidam : Hotel Andromeda. La relecture, plutôt, car je l’avais déjà lu dans sa version originale ; il se trouve que j’étais à Londres au moment de sa sortie en Angleterre, je n’allais pas rater l’occasion. Je ne rate jamais une occasion de lire Gabriel Josipovici depuis que Pascal Arnaud, notre (Quidam) éditeur commun, m’a mis Moo Pak entre les mains, en me disant « ça, c’est pour toi ». En effet. Depuis, Gabriel Josipovici, c’est pour moi. Au point même de le relire en français, dans la traduction de Vanessa Guignery, après l’avoir lu en anglais. Est-ce à proprement parler une relecture ?

Deux mots quand même pour vous dire non pas de quoi mais plutôt comment ça parle – ce qui chez Josipovici revient peut-être un peu au même. Ça a l’air très simple a priori – c’est d’ailleurs très facile à lire – simple comme une maison à quatre étages, avec un appartement à chaque étage. C’est l’histoire d’elle, qui ne tarde pas à s’appeler Helena, et qui essaie d’écrire un livre sur l’artiste américain Joseph Cornell, lequel ne serait pas une biographie, ne serait pas un essai non plus, ne serait pas mais quoi être d’autre ? oui, un peu comme ce texte que j’écris ne serait pas une critique ; Helena qui heureusement a la vieille dame du dernier étage comme interlocutrice privilégiée de ses interrogations, tandis que Tom, au rez-de-chaussée, n’est pas tout à fait son amoureux, puisque le mot n’y est pas. C’est aussi l’histoire d’Helena qui pense sans cesse à sa sœur absente, Alice, laquelle œuvre dans un orphelinat en Tchétchénie, et ne lui donne jamais de nouvelles. Alice pour qui, croit-elle, elle n’existe pas. Sauf qu’arrive « il », qui se nommera lui-même « Ed », qui arrive de Tchétchénie où il a eu l’adresse d’Héléna par Alice. Il est reporter, tchèque et parle un anglais très correct mais aussi pauvre que les deux lettres par lesquelles il se désigne.

Ce qui me fascine chez Josipovici, c’est précisément ce qui me rebute chez la majorité des romanciers : les dialogues. On n’entend qu’eux, et si l’on connaît les préoccupations d’Helena parce qu’elle parle aussi bien avec Tom qu’avec Ruth qu’avec Ed, de ce dernier on n’entend que ce qu’il dit, et c’est peu. On devine que son anglais lacunaire l’arrange bien ; « pas de problème » devient sa réponse principale. « Pas de problème » comme une provocation intellectuelle à Helena, à nous, à moi, à tous ceux pour qui aller au bout de quelque chose en est un qui, au moins pendant un temps, paraît insurmontable.

Bien sûr, Josipovici, c’est pour moi. Bien sûr que ça n’est pas que pour moi.