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mercredi 10 septembre 2025

Mon classique du mercredi : L’Odyssée, d’Homère (chant XI, la prédiction de Tirésias)

J’ai déjà dit, à l’occasion des funérailles d’Hector, l’importance de mon frère aîné Francis dans mon intérêt pour la mythologie grecque en général et pour le cycle troyen en particulier. Peut-être est-ce à Francis aussi que je dois d’éprouver une sympathie très relative à l’égard du héros aux mille ruses, laquelle s’entend un peu quand Tirésias, depuis les Enfers, prédit par ma voix son avenir à Ulysse – et encore, je m’arrête avant le pire. La traduction est de Philippe Jaccottet.




mercredi 26 mars 2025

Mon classique du mercredi : L’Iliade, d’Homère (chant XXIV, les funérailles d’Hector)

Le goût que j’ai depuis toujours pour la mythologie grecque et pour le cycle troyen en particulier, je le tiens de mon frère Francis. Il s’est fait par transmission orale, car je ne savais pas lire encore, et je ne savais pas lire que déjà je connaissais les exploits d’Achille, d’Ajax, de Diomède, de Patrocle. Belliqueux sans doute comme le sont les petits enfants, j’étais clairement du côté des Achéens. C’est avec l’âge, et en continuant d’échanger avec mon grand frère, qu’Hector – ainsi que Patrocle du côté achéen – m’est apparu tel qu’il le méritait. Je vous lis l’explicit – et un peu plus, disons les derniers vers – de l’Iliade, dans le livre qui fut ma première édition, et dans la traduction d’Eugène Lasserre.



vendredi 30 décembre 2022

Pour Francis, encore.

J'ai aussi lu ce texte-ci, car je sais bien que c'est en pensant à Francis que Homère l'a écrit.


    Ainsi parla-t-il, et les Troyens attelèrent à leurs chars des bœufs et des mulets, et se hâtèrent ensuite de se rassembler aux portes de la ville. Pendant neuf jours, ils amenèrent une indicible quantité de bois. Mais quand parut, pour la dixième fois, l'Aurore qui apporte la lumière aux mortels, ils transportèrent le corps de l'intrépide Hector, en versant des pleurs ; ils le placèrent alors au faîte du bûcher, et y mirent le feu. 

    Et, lorsque apparut la fille du matin, l'Aurore aux doigts de rose, le peuple se rassembla autour du bûcher du glorieux Hector. Puis, une fois rassemblés et groupés, ils éteignirent d'abord avec du vin couleur de feu toutes les parties du bûcher qu'avait envahies l'ardeur du brasier. Ses frères et ses amis recueillirent ensuite ses blancs ossements ; ils pleuraient, et de grosses larmes descendaient sur leurs joues. Prenant ensuite ces restes, ils les placèrent dans une urne d'or, qu'ils recouvrirent de voiles souples, couleur de pourpre. Aussitôt après, ils les déposèrent dans une fosse profonde, sur laquelle ils étendirent et tassèrent de gros blocs de pierre. En toute hâte, ils se mirent ensuite à entasser un tertre, après avoir songé à poster tout autour des sentinelles, dans la crainte que les Achéens aux belles cnémides ne passent à l'attaque avant le temps fixé. Lorsqu'ils eurent amoncelé le tertre, ils se retirèrent. Avec ordre ensuite s'étant tous assemblés, ils festoyèrent à un festin d'honneur, dans le palais de Priam, roi nourrisson de Zeus. 

    Et c'est ainsi qu'ils eurent soin d'accomplir les funérailles d'Hector dompteur de chevaux.


mardi 3 mars 2009

mythologie

Il arrive que lectures personnelles et lectures professionnelles (ces dernières concernant mes élèves de 6e) se croisent – voire qu’elles riment (en -ias).
   
Herbert Tobias, votre premier frère en désastre, avant de disparaître on ne sait où, eut le temps de vous baptiser.
Petite sœur, la vie est courte, tu es là pour marcher sur la tête des rois ! À une femme telle que toi, il faut nez qui saignent et couronnes fendues. Tu vas adopter le nom de ce Grec, Nico Papatakis, qui prend le temps de produire le premier long métrage très confus d’un certain Cassa­vetes (un certain Shadows, des histoires de nègres dans des rues en noir et blanc) et ne jette jamais un seul regard sur moi. Tu vas prendre le nom du seul homme qui ne m'a jamais trahi, qui n’a jamais prétendu m’aimer, qui ne sait même pas qui je suis. Quelle promesse ! Tu t’appelleras Nico désormais. Tu porteras mon désespoir sur les scènes du monde, tu lui donneras son sens secret. Cet homme si droit, si juste, cette incarnation de la mesure et du bon goût, tu vas d’abord faire porter des robes à son nom, le couvrir de crèmes et de colifichets.
Et quand viendra ta chute – car je ne t’ai donné tous ces conseils de prudence que pour qu’ils t’exaspèrent, afin que tu te jettes plus vite par-dessus bord et en croyant n’obéir qu’à ton seul instinct –, quand viendra la chute après la gloire, tu traîneras son nom dans les articles les plus sordides de la presse à scandale.
Dès à présent, pas un muscle de ton visage ne doit plus bouger quand on prononce ton ancien nom. Jamais en­tendu Christa Päffgen, jamais vu : tu ne sais pas ce que c’est. Christa Päffgen : corps mort, dépouille pour biographes. Marche Nico, marche, car c’est la fin du monde en avançant !
 
Alban Lefranc, Vous n’étiez pas là, p. 69-70, Verticales, 2009.
 
 
 
Bientôt l’âme du Thébain Tirésias arriva, son sceptre d’or à la main. Il me reconnut et me dit :
– Malheureux ! Pourquoi quitter la lumière du soleil et venir chez les morts en leur triste pays ? Mais écarte-toi que je boive le sang et te dise la vérité !
Il dit ; je m’écartai et remis au fourreau mon épée à clous d’argent. Il but le sang noir et ce devin irréprochable me dit :
– Tu désires un doux retour, illustre Ulysse, mais un dieu te le rendra amer. Je ne crois pas que Celui qui ébranle la terre te pardonne en son cœur d’avoir aveuglé son fils. Pourtant, il se peut que vous arriviez, au terme de longues souffrances. Mais il te faudra savoir contenir ton cœur et retenir tes hommes lorsque ton solide navire abordera l’île du Trident. Vous y verrez paître les bœufs et les gras moutons du Soleil, le dieu voit tout, entend tout. Si tu les laisses sains et saufs, si tu songes au retour, alors vous rentrerez tous à Ithaque; mais si tu les blesses, je te prédis la perte de ton navire et de tes compagnons. Tu en réchapperas seul, et, comme un misérable, ayant perdu tous tes compagnons, tu reviendras sur un navire étranger pour souffrir encore en arrivant chez toi. Tu y verras des hommes gas­piller tes richesses et courtiser ta femme. Mais sans doute te vengeras-tu à ton retour. Voilà, j’ai dit et c’est la vérité.
 
Homère, L’Odyssée.




Commentaires

Art poétique

Voir que le fleuve est fait de temps et d'eau,
Penser du temps qu'il est un autre fleuve,
Savoir que nous nous perdons comme un fleuve,
Que les destins s'effacent comme l'eau.

Voir que la veille est un autre sommeil
Qui se croit veille, et savoir que la mort
Que notre chair redoute est cette mort
De chaque nuit, que nous nommons sommeil.

Voir dans le jour, dans l'année, un symbole
De l'homme, avec ses jours et ses années ;
Et convertir l'outrage des années
En harmonie, en rumeur, en symbole.

Faire de la mort sommeil, du crépuscule
Un or plaintif, voilà la poésie
Pauvre et sans fin. Tu reviens, poésie,
Comme chaque aube et chaque crépuscule.

La nuit, parfois, j'aperçois un visage
Qui me regarde au fond de son miroir ;
L'art a pour but d'imiter ce miroir
Qui nous apprend notre propre visage.

On dit qu'Ulysse, assouvi de prodiges,
Pleura d'amour en voyant son Ithaque
Verte et modeste ; et l'art est cette Ithaque
De verte éternité, non de prodiges.

Il est aussi le fleuve interminable
Qui passe et reste, et reflète le même
Contradictoire Héraclite, le même
Mais autre, tel le fleuve interminable


Borgès, L'Auteur
Commentaire n°1 posté par Fayçal le 03/03/2009 à 11h47
Merci Fayçal. Je me rends compte, un peu honteux, que je n'avais jamais lu ce poème !
Commentaire n°2 posté par PhA le 03/03/2009 à 19h33
Un peu honteux... !? Mais vous avez une sacré chance de pouvoir découvrir, d'avoir un regard neuf, enfant...
Félicitations !
Commentaire n°3 posté par Fayçal le 03/03/2009 à 21h07
Chanceux grâce à vous, Fayçal ; mais vous avez raison : il m'arrive souvent, à la lecture d'un chef d'oeuvre ancien, d'avoir envie de crier au chef d'oeuvre, et de me taire parce que tout le monde est déjà au courant ; mais ce plaisir, cette bonne nouvelle que je garde pour moi reste un trésor.
Commentaire n°4 posté par PhA le 03/03/2009 à 21h15