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vendredi 6 mars 2015

trois prés (ou trois carrés) de Joël Baqué



Quand Joël Baqué ne joue pas au trader – je recommande encore son tout récent roman La Salle, chez POL – il entreprend d’aménager l’espace. Entre mots et motifs. Trois extraits (ou trois pages) (ou trois carrés) (ou trois prés) :







L’inondation maîtrisée des rizières fournissant le modèle d’un acte bricolé d’innombrables minuties





nous engageons volontiers l’infinitif aux côté d’élémentsG plus ou moins hasardeux.





G. bestiaire austère, espèces végétales peu décoratives











L’arasement contrôlé de la couche arable permet de réduire l’action au système de transcription,



les tables des matières donnant l’exemple d’une vigueur enviableH.





(nous refusons le paysagisme bien que l’apport d’éléments meublants procure un confort appréciable)





(tout choix se renforce au fur et à mesure des incompréhensions qu’il suscite)





H. suffisamment rigoureuse, une table des matières dispense d’inventer des lecteurs









L’appel à des éléments extérieurs





(héron,





joncsI)





– termes d’une débauche minimale –





permet d’importer une certaine fraîcheur dans une suite acceptable d’oublis, approximations et autres désistementsJ.





I. plastrons végétaux appréciés pour leur encombrement conciliant



J. le bâclé favorise l’évidence recherchée









Pré ou carré, de Joël Baqué,  vient de paraître chez Eric Pesty Editeur.

mercredi 25 août 2010

admettre de devoir s’aventurer

 
http://www.ericpestyediteur.com/scan/infinitif_couv.jpg25. S’il y a un espoir de délivrance dans l’idée d’aller sans noms, ce n’est pas celui d’arriver à une plus grande pureté, mais plutôt celui d’échapper à certains filtres d’épuration à travers lesquels on pense habituellement. Evidemment pour le comprendre, il faut avoir vécu l’usage des substantifs comme une somme de contraintes et de normes qui nous sont imposées : les noms donnent d’avance, préjugent, présupposent, obscurcissent, unifient, simplifient, trahissent, assujettissent, déterminent, limitent, réduisent, séparent, déforment, endorment… Ils enchantent aussi.
(…)
17. Notez qu’ils sont bien commodes, les substantifs de paraître définitifs. Au moins ils nous laissent penser d’eux ce que nous voulons. J’ai mis longtemps à le comprendre. Ils nous laissent libres de les penser comme nous le voulons. Mais les verbes ? Ne nous contraignent-ils pas à penser comme ils veulent dès lors que nous les empruntons ?
 
Emmanuel Fournier, L’infinitif complément, Eric Pesty éditeur, 2008, p. 13 et 15.
 
Emmanuel Fournier, philosophe, imagine pour penser autrement une langue à l’infinitif qui croise les préoccupations de l’écrivain – notamment de celui qui pour tenter de rendre compte d’un certain sentiment de soi-même a expérimenté l’effacement de la personne grammaticale, sans savoir bien sûr quelle aventure le langage lui promettait.
 
Craindre de croire en avoir fini, avoir réussi. Craindre de se conduire comme en sachant. Sans le vouloir ni le savoir. Craindre de ne plus avoir à transformer.
 
Désirer se tendre pour recevoir et vibrer. Se laisser traverser, se laisser agiter. Désirer n’apparaître qu’en écoutant et en éprouvant.
 
Ne pouvant connaître qu’en modifiant, admettre de devoir s’aventurer.
 
Emmanuel Fournier, Mer à faire, Eric Pesty éditeur, 2005, p. 55.
 
On ne sera pas surpris qu’il soit publié par un éditeur de poésie. 



Commentaires

Sur la grève, pendant les vacances, relire Grévisse : poésie à la page !
Commentaire n°1 posté par Dominique Hasselmann le 25/08/2010 à 08h46
Il m'est arrivé autrefois d'être ému aux larmes (j'exagère à peine) à la lecture de certains passages de la Systématique de la langue française, de Gérard Moignet.
Réponse de PhA le 25/08/2010 à 10h13
Consentir à se laisser écrire. (J'ai bon ?)
Commentaire n°2 posté par Gilbert Pinna, le blog graphique le 25/08/2010 à 09h08
(Tout bon - en ce qui me concerne.)
Réponse de PhA le 25/08/2010 à 10h14
Ouessant, c'est dépaysant : sur mon blog aujourd'hui, l'ambiance est très dunkerquoise. Je ne connaissais ni cet auteur, ni cet éditeur : merci pour cette double découverte.
Commentaire n°3 posté par Marianne Desroziers le 25/08/2010 à 09h39
Eric Pesty est un très bel éditeur de poésie, j'avais déjà fait un bref billet en hommage à Une ligne, d'Anne Parian.
Réponse de PhA le 25/08/2010 à 10h11

jeudi 1 avril 2010

rencontres complément

Le Salon, c’est fini (mais pas les conseils de classe ni les paquets de copies…). Il manque de fauteuils, tout de même, ce Salon. On en a plein les jambes. De canapés, plutôt, car c’est un Salon : on y rencontre du monde, on y discute – et ça vraiment, c’était bien, même si souvent c’est un peu court.
Le Salon est fini, mais pas les rencontres. Hier soir, Frédéric Forte, dans le cadre de sa résidence à la librairie le Comptoir des Mots, accueillait pour la septième fois déjà (je crois) un auteur et son éditeur, cette fois-ci c’était Emmanuel Fournier, philosophe dont le travail rencontre la poésie, non, philosophe dont on peut aussi lire le travail comme de la poésie, peut-être, et Eric Pesty – éditeur – et vraiment c’était une belle rencontre. Je ne vais pas parler des livres que je n’ai pas lus mais tout de même, l’infinitif comme langue (Emmanuel Fournier), ça ne peut qu’alerter l’auteur d’un livre où la personne grammaticale s’efface : « Pour ma part, je préfère voir les règles de grammaire non comme des contraintes mais plutôt comme des possibilités de libération qui nous sont données. Peut-être de délivrance, mais surtout de libération. » Voyez : je tombe complètement au hasard sur ces phrases d’Emmanuel Fournier, dans L’infinitif complément, publié dans la même belle collection agrafée qu’Une ligne d’Anne Parian – je suis reparti avec les deux, sans oublier la Mer à faire.


Commentaires

oui je vais lire cet "infinitif" d'Emmanuel Fournier bien alléchant. je suis aussi une fan de l'infinitif , mode du langage du corps dit-on ... Et je t' enverrai bientôt la réédition enrichie de mon "Question de style" (CFPJ 2007) - mais il faut d'abord que je la réenrichisse !!!! boulot boulot ....
je continue à être hallucinée par tout ce que tu trouves le temps de faire ...
Dane
Commentaire n°1 posté par Dane Cuypers le 01/04/2010 à 21h28
Merci ! (le temps, je cours après ; mais il est bien entraîné, le bougre !)
Réponse de PhA le 02/04/2010 à 09h36
1) Oui, le Salon manque de fauteuils... même quand on achète une boissson "liquide" (of course) on ne trouve pas d'endroit pour s'asseoir, ou, s'il y en a, on est éjecté! C'est nul, archi nul!
2) Oui, les rencontres sont trop courtes, même quand on a le temps (la timidité face à l'inconnu que l'on croit connaître; c'est terrible. Frustration, de mon fait, bien entendu).
 
Commentaire n°2 posté par Ambre le 02/04/2010 à 17h39
N'empêche : même court, c'était bien sympathique. Merci d'être passée !
Réponse de PhA le 02/04/2010 à 18h13
Me rappelle un beau livre de P. Alferi, Faire une phrase, je crois.
Commentaire n°3 posté par albin le 02/04/2010 à 18h00
Chercher une phrase, sans doute (c'est facile pour moi de chercher : j'ai mes Jumelles à portés de main !)
Réponse de PhA le 02/04/2010 à 18h11
... oui, n'empêche...
(et merci pour la dédicace "personnalisée" (+_+))
Commentaire n°4 posté par Ambre le 02/04/2010 à 19h36
 

mardi 23 juin 2009

entre vous et moi il y a ce texte

Je ne vais pas assez vite. Parlant de vous, je m’éloigne. Je dis « mon âme », je m’éloigne. Le livre interrompu nous sépare. « A vous continûment adressé » cependant, je le continue. Je l’avais repris. Je disais qu’il nous rate. Et, parce qu’entre vous et moi il y a ce texte, je ne vous rejoins pas, mon âme. Alors que je ne vous aurai pas rejoint, il y aura eu ce texte entre vous et moi. Supposons-le.
 
Anne Parian, Une Ligne, Eric Pesty éditeur, 2008.
 
C’est en bas d’une page gauche. Les pages de gauche ne commencent qu'en bas. Les pages de droite, entières, sont en vers. C’est grâce à l’initiative de Frédéric Forte que j’ai découvert cette belle collection agrafée d’Eric Pesty, et acquis notamment cette ligne, qui me touche.
La lecture de Nathalie Quintane sur Sitaudis, et celle d’Anne Malaprade sur Poézibao. 


Commentaires

"il y aura eu texte entre vous et moi" : quelle profondeur, quelle étendue !.... Peut-on envisager plus belle supposition ?
Commentaire n°1 posté par Gilbert Pinna, le blog graphique le 23/06/2010 à 18h28
Mince, j'ai fait une faute, et c'est grâce à vous que je la vois : c'est bien ce texte - même si ça marche ausi sans ce (pourtant mon extrait n'est pas bien long !). Mais oui, le texte qui relie et qui sépare - et tout naturellement nous parle d'amour.
Réponse de PhA le 23/06/2010 à 18h47
Ce texte qui fait miroir, qui fait barrière.
Commentaire n°2 posté par Gilbert Pinna, le blog graphique le 23/06/2010 à 19h21
Les éditions Cent pages proposent également des originalités de mise en page, assez agréables je dois dire.
Commentaire n°3 posté par Anna de Sandre le 23/06/2010 à 19h42
Cent pages, il y a longtemps longtemps que j'ai envie de regarder.
La mise en page, dans ce cas précis, est le fait de l'auteur, je pense. N'empêche que cette collection est vraiment très belle.
Réponse de PhA le 23/06/2010 à 20h26
Ah non ! N'en rajoutez pas à mes remords! Toutes ces pages que je pourrai tenir entre mes mains, j'ai les mains dans une autre farine. Je ne devrais pas vous rendre visite. Je ne sais pas résister. La forme ronde des hublots sans doute.
Commentaire n°4 posté par Zoë le 23/06/2010 à 22h15
N'ayez pas peur ; des pages, il n'y en a pas beaucoup, d'où les agrafes. (Ne résistez pas : moi grand hypnotiseur. Lisez, je le veux.)
Réponse de PhA le 23/06/2010 à 22h29