Affichage des articles dont le libellé est Bégout. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bégout. Afficher tous les articles

lundi 11 mai 2026

Commencer d’écrire à douze ans (en lisant Rêve cette nuit, d’Anne Serre)

Je viens seulement de terminer Rêve cette nuit, d’Anne Serre – le temps me manque pour lire comme je voudrais. Incroyable comme la lecture de ces notes procure une étrange intimité – une intimité étrangère. On a (j’ai) l’impression de me retrouver face à une sorte d’autre moi-même. Un moi-même, mais autre : avec une autre vie, un autre corps, un autre sexe, d’autres lectures (mais pas toujours : j’ai ressorti les Propos de table de Coleridge publiés chez Allia et postfacés par Bruce Bégout : je crois bien avoir omis de lire la postface). Je ne peux m’empêcher de me demander si j’aurais éprouvé le même sentiment, si je n’avais pas moi-même été écrivain.

Je recopie encore ceci :

« J’ai essayé de penser aujourd’hui à l’époque où je n’écrivais pas encore, à ce que c’était que de vivre sans écrire (ce qui remonte à mes douze ans), et je n’ai rien trouvé d’autre qu’une sorte d’inquiétude vague, une impression d’images et de perceptions disparates, et l’attente de quelque chose qui réunirait tout cela et lui donnerait un sens. » (p. 167)

Ce qui me frappe c’est cet âge, « douze ans ». Je crois deviner qu’Anne Serre venait de perdre sa mère (rien à voir avec moi ; je viens seulement de perdre la mienne). Sauf que c’est à douze ans aussi que j’ai commencé à écrire. Avant douze ans, comme je n’arrivais pas à imaginer mon avenir, je pensais que je mourrais à douze ans. Ce n’était pas vraiment triste, ça ne me faisait pas peur ; c’était juste comme ça. Et en fait, au lieu de mourir, j’ai commencé à écrire.

La mort et l’écriture se donnent la main.


(Cliquez ici et là pour accéder aux deux autres billets inspirés par cette lecture.)




jeudi 6 février 2014

la noirceur de Bégout : un monde sans


Allez, je vais essayer de mettre quelques mots sur, non, pas sur le livre de Bruce Bégout comme j’allais maladroitement l’écrire, mais juste sur ma lecture de l’Accumulation primitive de la noirceur. Ce sera donc un billet sous le signe du manque car figurez-vous qu’étrangement c’est la première fois que je lis un livre de Bruce Bégout – mais assurément pas la dernière. Il me manque donc tout ce qu’il a déjà écrit et qui pourrait, qui devrait déjà résonner dans ma lecture. Le manque lui-même cependant déjà y résonne. Car ce livre, qui ressemble à un recueil de nouvelles, ou qui se présente comme un recueil de nouvelles si vous voulez, paraît reposer sur ce qui n’est pas dit, ce qui peut-être n’est pas dicible, ou bien peut-être tout simplement ce qui n’est pas. Allez savoir.
Comme l’écrit Claro sur son Clavier, pas de chute à la fin des nouvelles de Bégout ; en effet on n’est pas là pour faire des pirouettes. Pas de chute, c’est vrai, mais souvent, quand même, un trou. On ne peut pas tout vous dire, bien sûr, vous risqueriez de ne pas tomber dans le trou et ce serait dommage, mais tout de même, puisqu’il y a une table des matières à la fin, est-ce vraiment spoiler que d’attirer l’attention sur le titre de la nouvelle (mais est-ce à proprement parler une « nouvelle » ?) dont je vous citais l’autre jour un minuscule extrait, à savoir Figures de Lichtenberg ? J’étais content en lisant ce texte de me souvenir, certes assez vaguement, de ce qu’est une « figure de Lichtenberg » sans avoir fait jusque là le rapprochement avec le fameux « couteau » du même. Voilà qui est fait.
Ainsi sont donnés comme des réalités des objets, des événements qui attendent une explication, laquelle nous est refusée, ou remplacée par quelque chose que nous nous refuserions à accepter comme une explication alors que voilà, c’est comme ça. Mince. C’est le cas par exemple dans la nouvelle (mais encore une fois, est-ce une « nouvelle » ?) intitulée Déportation, une exagération. Mais non je ne vais pas vous raconter la fin de ce récit qui n’est pas une nouvelle mais très clairement autre chose – c’est écrit dans le titre et annoncé dans le paragraphe liminaire : une exagération. Genre nouveau à ma connaissance dont Bruce Bégout devrait réclamer le brevet, ça donne envie d’en écrire.
C’est bien du monde que Bégout nous fait le portrait et nous le reconnaissons soudain pour ce qu’il est : un monde sans. Une nothing box qu’on finit par admettre. Une jeune fille au pair qui n’en est pas une. Un monde où certains se livrent à d’étranges pratique, tel le Suiveur, qui suit les gens et fait de cet exercice un art (au point qu’à un moment je me suis surpris à lire écrire au lieu de suivre). Un monde sans élucidation, donc. Elle nous est refusée. La noirceur serait-elle aussi obscurité ? L’élucidation n’est pas cachée à proprement parler, ce qui supposerait qu’elle existerait hors de notre compréhension ; c’est comme ça qu’on se consolait autrefois. Non : elle nous est refusée sans que l’on sache si oui ou non elle existe. La noirceur est plus noire que l’ombre. C’est comme ça et c’est pour ça que tout se termine dans un monstrueux éclat de rire – mais le titre de l’ultime récit nous le dit : cette hilarité sans cause n’aura pas d’autre nom que la Maladie du rire.
 
L’Accumulation primitive de la noirceur de Bruce Bégout est parue en janvier 2014 chez Allia.
http://www.editions-allia.com/files/book_666_image_cover.gif

mardi 4 février 2014

en dehors de votre esprit

J'ai lu vos retranscriptions.
Et alors ?
Alors ? Je suis quelque peu déçu.
Cela se comprend. Vous voulez mettre la main sur quelque chose qui n'existe pas, qui n'a jamais existé en dehors de votre esprit.
 
Bruce Bégout, L'accumulation primitive de la noirceur, Allia, 2014, p. 74
 
Bon, ça ne va pas être facile de trouver les mots pour parler de ce livre. D'ailleurs je ne l'ai pas encore terminé. Mais je reviendrai.

Commentaires

Dans le même temps, c'est justement ce que fait l'écrivain, de mettre le doigt sur ce qui n'existe que dans son esprit. 
Même lorsqu'il imagine l'esprit ou le corps d'un autre. 
Ca n'existe que dans votre esprit donc ça existe au moins pour quelqu'un, même si c'est faux faudrait-il dire...
Commentaire n°1 posté par pradoc le 06/02/2014 à 01h10
Au moment où l'on écrit ce qui existe et ce qui n'existe pas se tiennent comme siamois.
Réponse de PhA le 09/02/2014 à 10h42