Aux éditions Louise Bottu paraît aujourd’hui Tintin décolonial de François Huglo. On y lira Métamorphoses de Tintin, La dernière aventure de Tintin et d’Hergé : l’Alph-Art ou l’Art de l’inachevé, Faut-il brûler Tintin ?, Jo, Zette, et (surtout) Jocko, Hergé musicien ?, Les savants fous d’Hergé et enfin Tintin décolonial. François Huglo connaît vraiment bien Tintin (connaissant bien Tintin moi-même, je le soupçonne de le connaître par cœur). Il connaît bien aussi les livres écrits autour de Tintin (j’ai retrouvé avec bonheur des références au Tryphon Tournesol et Isidore Isou d’Emmanuel Rabu). Terminant ma lecture avec Tintin décolonial, je rêvais à cet apparent paradoxe : comment une œuvre peut-elle être raciste et anti-raciste en même temps, et sans contradiction apparente ? Quelle part ce paradoxe tient-il dans mon indéfectible attachement à cette œuvre ?
mercredi 2 septembre 2026
vendredi 6 mars 2026
Les livres de mars
C’est bien connu, demandez donc à Alice : le livre de mars est fou. De ces quatre-ci, je n’en ai à proprement parler lu aucun. Comme il y a toujours de la raison dans la folie, je les ai classés rationnellement : par ordre chronologique. L’Écriventure, signé, ou signée, Charles Pennequin, pousse la folie jusqu’à être paru en février, alors que c’est assurément un livre de mars, où le narrateur – je n’ai pas pu m’empêcher de lire le début – cherche une « sorte d’homme » à l’intérieur, et pour ce faire, cherche préalablement le « bon mot ». Aucun doute : ce livre a été écrit pour moi – et aurait dû paraître en mars.
Cela fait des années maintenant qu’Eric Chevillard, à son corps défendant, écrit tous ses livres pour moi ; nulle raison que Jaune soleil fasse exception à la règle – d’ailleurs il est bien paru en mars. D’autant plus qu’il commence par une taupe, laquelle, bifurquant « soudain, ouvrit une galerie verticale, repoussant avec énergie la terre devant elle, et risqua une tête à la surface pour vérifier enfin la persistante rumeur selon laquelle existerait tout un monde au-dessus » et grâce à quoi j’ai pu pour ma part vérifier encore une fois avant-hier dans mon jardin qu’il existe bel et bien tout un monde en-dessous, merci Monsieur Chevillard de me rappeler tout ce que je dois à Samuel Beckett : mes taupes.
Les Abécédaires du dimanche sont signés d’un obscur homonyme qui a proposé aux éditions Louise Bottu une série de cinquante-deux abécédaires précédemment publiés sur mon propre blog Hublots ; cet individu ne manque pas d’air – ni des vingt-cinq autres lettres non plus : car un abécédaire, selon la définition oulipienne, ne doit compter que vingt-six mots, dont les initiales suivent l’ordre alphabétique ; allez donc écrire un texte cohérent avec ça. Que dis-je ? Non pas un texte, mais cinquante-deux, si j’en crois la quatrième de couverture. Le livre sera disponible le 10.
Enfin, last but not least, les éditions DO, après avoir publié en 2024 un livres avec deux titres, deux couvertures mais sans nom d’auteur, en annoncent un, cette fois d’un certain Pierre de Valévoux : N’est-ce pas le livre en question ? La question en effet ne se pose-t-elle pas ? N’a-t-elle pas davantage d’importance que l’existence même de l’auteur ? N’êtes-vous pas vous-même le sujet du livre en question ? N’êtes-vous pas vous-même le livre en question ? N’est-ce pas vous-même que vous tiendrez entre les mains quand, le 20 mars prochain, vous croirez tenir N’est-ce pas le livre en question ?
vendredi 27 février 2026
« Louise Bottu va mettre sous presse un nouveau recueil »
Ceci est une authentique coïncidence, de celles qu’on trouve franchement un peu grosses pour en être mais qui n’en sont pas moins. Figurez-vous que, tandis que ce matin je lisais Monsieur Songe – curieusement j’ai peu lu Pinget et, tombant l’autre jour en librairie sur Monsieur Songe, je l’ai acheté en me disant « ce sera pour cet été » ; l’été est arrivé plus tôt que prévu, j’ai donc commencé Monsieur Songe et, tandis que je lisais Monsieur Songe, disais-je, je tombe ce matin même sur le passage suivant :
« Monsieur Songe au cours de sa promenade du matin rencontre un jour Louise Bottu la poétesse. Elle est toute déjetée, boiteuse et tremblotante. Mais sitôt qu’elle reconnaît Monsieur Songe elle a un sourire de petite fille et leur conversation, qu’ils ont interrompue depuis des lustres, est la même qu’autrefois. C’est ainsi qu’il apprend que Louise Bottu va mettre sous presse un nouveau recueil de poésie. Elle en parle comme de sa première communion, avec des accents pathétiques. Il n’y est question que de levers de soleil, d’oiseaux bleus, de fleurs et d’amourettes. Et à mesure qu’elle en parle elle prend des couleurs, elle en oublie de trembler, elle se redresse, regarde autour d’elle, bref ressuscite.
Et Monsieur Songe en rentrant chez lui pense ah ces femmes n’ont pas fini de nous étonner ! »
Et voici que, passant sur les réseaux sociaux, j’aperçois cette photo, postée le même matin : mais bon sang, bien sûr ! Louise Bottu est passée à l’action et voici, en avant-première, mes Abécédaires du dimanche imprimés ! Je ne les ai pas encore entre les mains, mais vous pouvez déjà les commander sur le site de l’éditeur. Louise Bottu n’a pas fini de m’étonner.
mardi 14 octobre 2025
Les machines à faire résonner la poésie de Bruno Fern
Depuis des années, Bruno Fern fait résonner la poésie. Et pour ce faire, il invente, il invente des machines à faire résonner la poésie. La poésie qu’il fait ainsi résonner peut être signée par d’autres noms que « Bruno Fern » ; ainsi l’on trouvera dans des tours ceux aussi bien ceux de François Villon ou Pierre de Ronsard que ceux de Christian Prigent ou Jean-Christophe Bailly, en passant par Rainer-Maria Rilke ou John Updike. On peut ne lire que les tours de Bruno Fern ; c’est ce par quoi j’ai commencé, dans notre manque commun de temps, et ça marche. Mais dès lors que la première lecture est terminée, on se rappelle que, par exemple :
la robe fouettée sous les projos
les paumes s’y baladent sy
métriques leur pâleur nickel intégralement
zoomable de bas résille en haut bâillon
gardé le temps qu’il faut en te
nue légère à l’œil et d’où jaillit
(Francis Ponge,
« L’œillet »,
in La Rage de l’expression)
Qu’est-ce donc que ce déshabillage ? On a compris en lisant la « FABRIQUE » liminaire que « d’où jaillit la robe fouettée » sont les mots empruntés à Ponge, et que si les paumes symétriques de Bruno Fern s’y baladent, c’est aussi pour hâter le strip-tease : un retour à la ligne en milieu de mot et voici la tenue légère « nue (…) à l’œil et d’où jaillit » le désir irrépressible d’ouvrir de nouveau cet œillet : depuis combien de temps ne l’avait-on pas relu ? Et me voici donc relisant tout l’œillet, retrouvant à la section 9 le dernier vers amplifié par Bruno Fern, me rappelant que tiens, cette section 7, je la savais autrefois par cœur. Mais ce n’est pas tout ça : il faut maintenant que je relise la Première Elégie de Duino. On l’aura compris : lire ce petit livre de moins de cent pages peut prendre beaucoup de temps, et prendre ce temps c’est se rappeler qu’on n’écrit pas tout seul et que la poésie, la littérature, n’est que notre œuvre commune.
mardi 9 septembre 2025
Révol bricole
Et toi, demande Karl ? Je traduis un livre fuyant, un livre qui vous file entre les doigts, Soulages a dit que dans sa forme il y a l’inattendu, l’imprévisible, l’insaisissable, comme dans la toile en train de se faire, tu ne devinerais pas de quoi il parlait et crois-moi, il en connaissait un rayon, il était peintre et ancien troisième ligne, il parlait de la forme, du rebond déroutant du ballon de rugby qu’il comparait à la création. La peinture j’y connais que tchi mais le rugby, j’ai joué troisième ligne moi aussi, j’ai dû arrêter, les affaires…
Et toi, demande Karl ? Je traduis un bouquin vagabond qui saute du pope aux mouches, des mouches à l’étiquette, de l’étiquette à elle, d’elle à la libraire, de la libraire à la vieille femme, un livre sur les livres, sur la traduction, la phrase de Soulages je l’ai reprise dans mon dernier article, si je dis traduction tu penses quoi, comme ça, sans réfléchir, tu penses trahison, bien sûr, or elle ne trahit rien, la traduction, elle rebondit d’une langue à l’autre, d’un rien à l’autre, comme le ballon elle rebondit où personne ne l’attend, elle surprend elle distord, elle déforme elle reforme, elle fait voir les choses autrement, les lettres et les mots, le monde, autres signes autres formes, autre univers, elle crée, recrée, innove, mais je m’emballe, je pousse un peu, excuse-moi si je t’ennuie avec mes histoires. Laisse-moi deviner, tu parles plusieurs langues, trois? cinq peut-être ? Pas besoin de connaître la langue pour traduire. Tu plaisantes ! les livres tu les lis comment ? Je ne les lis pas vraiment. Alors tu inventes ? Ah non, je n’invente rien ! je n’ai aucune imagination.
Camille Révol, bricolage[s], éditions Louise Bottu, p. 202-203
Et ça vient tout juste de sortir. Tu sais pourquoi je vous recopie ce passage ? Bien sûr, c’est parce que le temps me manque, et aussi parce que la fièvre ne veut pas me lâcher. Mais surtout, c’est parce que ce passage, c’est une excellente présentation de bricolage[s]. Évidemment, comme ça, vous ne pouvez pas vérifier, vous devez juste me faire confiance. N’empêche, lisez-le et vous verrez bien que j’ai raison.
vendredi 5 août 2022
Protag
L’auteur s’appelle Barrault. Il a écrit un livre qui s’appelle Protag. L’auteur a un lecteur qui s’appelle Annocque. Annocque lit Protag et se marre car Protag (car le protagoniste s’appelle Protag) a une manière bien à lui de massacrer les hommes-grenouilles à laquelle Annocque n’avait pas pensé. Pourtant Tentru réprouve cette façon de massacrer les hommes-grenouilles pendant qu’elle est toute seule à ramer, et Barrault a décidé que Tentru ressemblait à Emma Peel dans the Avengers, et aussi à. Mais Annocque est resté bloqué sur Emma Peel dans the Avengers parce que la voiturette de golf imaginaire de Sous-Sol, le supérieur de Protag qui a un sourcil droit, est tombée en panne. Sacré Sous-Sol ! se disent Protag et Annocque. Ce n’est pas comme ça qu’on va retrouver les dix-huit scientifiques hongrois qui ont disparu.
samedi 25 juin 2022
Quélen = enqulé
Quélen = enqulé, le nouveau livre de Dominique Quélen qui paraît aux éditions Louise Bottu, est d’une drôlerie qui n’a d’égale que sa violence, à moins que ce ne soit l’inverse. Je vous recopie juste un passage du deuxième texte (il y en a quatre), « Remember », sans vous en dire un mot ; les attentifs comprendront pourquoi.
Eh, mère, emmerderesse, ne t’énerve ! Je m’empresse et me dépêche ! Ne me tente ! Je te prends tête-bêche ! Enchevêtrement de membres empêtrés ! Je me tends, membré tels les brèles des Berbères, vers cette mère édentée, ventre et fesse vergetés : le temps s’est mêle de te léser, mère. Je cesse d’errer et me recentre vers le tertre de Vesper, selve de ténèbres emmêlée. Ce sexe sec, j’espère le retremper ; en pensée je m’en lèche les lèvres. Je me penche et mets le nez : eh, cette fente empeste les crevettes, le chester et les pertes de règles ! Elle sent le renfermé ! Le derme en est telles des pêches blettes. Les lèvres béent : j’entre. En elles j’exerce des pesées vengeresses, et j’engendre les spectres de frères : je règle mes dettes envers le frère décédé.
dimanche 26 décembre 2021
j’aurai été
rencontré monsieur songe à la page 135 qui faisait sa promenade du matin retrouvai mon sourire de petite fille en le reconnaissant lui dis émue que j’allais mettre sous presse un nouveau recueil poétique en oubliai de trembler il me dévisage étonné comme si j’avais ressuscité
j’aurai été
Louise Bottu
C’est le quinzième « j’aurai été » de j’aurai été, de Marc-Emile Thinez, ou plutôt de j’aurai été ceux que je suis, car il aura été aussi bien Bernardo Soares, Joseph K, Julien Sorel, Bartleby, Louis de Funès, Gargantua ou même Fou trop poli (car nous avons quelques références en commun) ainsi que beaucoup d’autres et c’est paru dans la collection Contraintes des éditions… Louise Bottu évidemment.
dimanche 14 mars 2021
Alexander Dickow déblaie pour nous.
À la page 69 de Déblais (qui vient de paraître aux éditions Louise Bottu), Alexander Dickow écrit :
« Tout comme le livre, le fragment aspire à parler de tout. »
C’est une bonne façon de dire, en peu de mot et d’autant mieux, aussi bien l’ambition de ce fragment que celle du livre entier.
Il n’est pas étonnant dès lors que j’y trouve dit ce que par ailleurs j’ambitionne pour moi-même, par exemple :
« Ce narrateur peu fiable a raconté un récit qui en cache un autre. »
« Le livre ouvert ressemble assez à une gueule ouverte. Quand vous l’aurez refermé, ce livre, quelle part de vous aura-t-il engloutie ?
voire, tout simplement, ce que je pense :
« La plupart des romanciers écrivent comme on creuse une ornière. »
ou encore :
« La mode est à la production sérielle. Au ressassement. Trouver un truc, creuser l’ornière, l’exploiter jusqu’à son érosion totale. Nous admettons la répétition comme conséquence nécessaire de l’unité de vision. Nous avons perdu le sens de l’embardée. L’artiste se résigne à n’être pas plusieurs. Nous assumons l’identité qu’on nous assigne. Mais il faut faire autre chose. »
samedi 20 février 2021
la pelle
la pelle
si ma femme m’appell’
c’est que ma mèr’ m’appell’
alors j’y vais
si ma mère m’appell’
c’est que grand-mèr’ m’appell’
alors j’y vais
quand ma femme m’appell’
elle me demand’ la pell’
alors j’amèn’ la pell’
et puis j’y vais
si ma mère m’appell’
elle me demand’ la pell’
alors j’amèn’ la pell’
voici maman la pell’
et puis j’y vais
si ma femme me rappell’
alors que j’y’ai donné la pell’
c’est que la mèr’ m’appell’
pour que je chanj’ de pell’
c’était un’ autre pell’
mais s’il pleuvait ?
je lui reprends la pell’
c’était pas la bonn’ pell’
grand-mèr’ me le rappell’
ramèn’-moi donc un’ pell’
je ne veux pas d’icell’
– ah tu voulais du sel ?
– non je voulais un’ pel’
si tu préfèr’s j’y vais
te déranj’ pas ma bell’
c’est comm’ ça que j’l’appell’
pour une simple pell’
moi ton enfant fidèl’
j’suis ton anj’ gabriell’
c’est comm’ça qu’elle s’appell’
ma mèr’ non pas la pell’
j’attrap’ le manch’ de pell’
celui d’la mauvaiz’ pell’
j’ui dis j’reviens ma bell’
avec un’ autre pell’
et puis j’y vais
je rapporte la pell’
dans la caban’ à pell’s
y’a des milliers de pell’s
des râteaux et des pell’s
il y en a à la pell’
parmi le tas de pell’s
j’en choisis un’ nouvell’
ne prends pas la plus bell’
n’empoign’ pas la plus frêl’
ses mots j’me les rappell’
ma cervell’ en est plein’
ma mémoir’ a des ail’s
je remercie le ciel
et s’il pleuvait ?
avec tes mots de fiel
tu f’rais venir la grêl’
tu vois bien samaël
c’est comm’ça qu’ell’ m’appell’
pas un nuaj’ au ciel
dit-ell’ sous son ombrell’
ah tu m’apport’s la pell’
enfin c’est la bonn’ pell’
je la poz’ devant ell’
et puis j’y vais
mais grand-mèr’ me rappell’
que je rest’ auprès d’elle’
à lui tenir l’ombrell’
j’aperçois la dentell’
sur ses cuisses de miel
comm’ si ell’ montait en sell’
elle enfourch’ la pell’
comm’ un balai
si ma femme m’appell’
à cheval sur la pell’
tout là-haut dans le ciel
alors j’y vais
quand ma mèr’ m’ensorcell’
je deviens raphaël
il me pousse des ail’s
et avec ou sans pell’
je la rejoins au ciel
voilà maman
mémé ma bell’
les fill’s chéries
j’y vais
Ce poème est extrait de nique, d’ana tot, qui paraît ces temps-ci aux éditions Louise Bottu. Si je savais, je le chanterais.
mardi 9 avril 2019
Un conseil de votre conseiller
samedi 8 décembre 2018
Discernement de Guillaume Contré : le lieu par où ça pense
dimanche 2 septembre 2018
Albin 2, 2 Albin
mercredi 13 juin 2018
demande de crédit
vendredi 11 mai 2018
Bienvenue à Clonck

samedi 7 avril 2018
Vers Quélen
mercredi 25 janvier 2017
du kaki sur la langue

















