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dimanche 5 mai 2019

Noirs cafés 10 11 12 13


Une petite note épinglée au mur précise : « Nous vous informons qu'après 15h nous servons uniquement des double cafés. » N'allez pas vous aventurer à commander autre chose.



Tout tombe : la nuit, la pluie, les feuilles. Les cheveux. Les seins. Les dents. Les ongles. Les oreilles. Les doigts. Le nez. Les bras. Les têtes.
J'irai tomber dans ma tombe.



Alors si je comprends bien je suis la cause principale de ma propre mort ?



Il ne faut pas le laisser tout seul dans un café trop longtemps. Il serait fichu d'écrire un roman.



dimanche 10 février 2019

Noirs cafés 9


Le cliché de l'écrivain trouvant l'inspiration à la terrasse d'un café est une tromperie. Je suis assis à la terrasse d'un café, le bloc-notes sur la table ; rien ne me vient, hormis un café – encore me faut-il payer pour le boire.



lundi 28 janvier 2019

Noirs cafés 8


Tant que tu n'as pas tué quelqu'un à mains nues, c'est comme si tu n'avais rien fait. Ta vie n'a pas de sens.
Non, les coups de poing, les coups de pied, ça n'est pas la meilleure méthode. Ça manque trop de contact. Préfère l'étranglement. L'étranglement à mains nues, c'est ce qu'il y a de mieux. C'est plus vrai.
Après, essaie sur toi-même. Saisis-toi à la gorge. Serre. Mais serre donc !



mardi 22 janvier 2019

dimanche 6 janvier 2019

Noirs cafés 6


Et avec cette surpopulation galopante il devient immoral de faire plus d'enfants qu'on est soi-même. Deux c'est même déjà trop : ça maintient le nombre, puisqu'on s'y met à deux pour les faire. A la naissance d'un troisième enfant, pour équilibrer, on devrait exécuter l'un des parents. A la naissance d'un quatrième, on devrait exécuter les deux.
Ah non, il y a un truc qui cloche, mathématiquement parlant.



vendredi 28 décembre 2018

Noirs cafés 5


Parfois il y a des fourches. Il faut prendre à droite ou à gauche. Un choix s'impose. On a l'impression qu'il est capital. Aller à droite, ça n'est pas du tout la même chose qu'aller à gauche. Tout sera différent. Tout sera différent.
La bonne blague.

On peut aussi choisir de monter ou de descendre. Autre illusion. Même quand tu montes, tu descends. Mais si : tu descends. La seule différence, c'est que comme tu te fatigues un peu, tu crois que tu fais quelque chose.



samedi 22 décembre 2018

Noirs cafés 4


On est trop. Beaucoup trop. Autrefois, on disait : « il faudrait une bonne guerre ». On ne le dit plus. On sait bien que ça ne sert à rien : on a déjà essayé, on est toujours beaucoup trop. On est même encore plus. On fait toujours la guerre, mais maintenant c'est surtout par habitude, sans conviction. On sent bien que le cœur n'y est plus.



jeudi 13 décembre 2018

Noirs cafés 3


Il a rendez-vous avec sa vieille maîtresse. Il se demande s'il va la reconnaître. La dernière fois, ils ont bien failli se rater. Il lui semblait pourtant qu'elle avait des cheveux, et puis finalement non. Elle non plus d'ailleurs, elle ne le reconnaissait pas. Il n'avait plus de cheveux non plus, il faut dire, mais il lui semblait pourtant que ça faisait longtemps. Il n'était même pas certain d'en avoir jamais eu. Peu importe, elle n'avait jamais eu une très bonne vue. Encore un point commun entre eux. D'ailleurs, il lui était resté un doute, à lui, après cette dernière rencontre. Était-ce vraiment sa vieille maîtresse ? Si ça se trouve, c'était une autre vieille maîtresse qui l'avait pris pour son vieil amant à elle. Elle avait peut-être un vieil amant elle aussi. Ça n'a pas tellement d'importance. Il ne lui demandera rien, quand elle arrivera. Il n'essaiera pas d'éclaircir la situation. Ça changerait quoi ?



lundi 3 décembre 2018

Noirs cafés 2

Il tient sa main droite dans sa main gauche. Il n'a pas de poche où la mettre. Il ne voit pas comment la tenir autrement, et il ne veut pas s'en défaire. Il a pensé la donner à son chien, qui saurait bien quoi en faire, mais il n'a pas pu s'y résoudre. Alors il la garde dans sa main droite. Ça lui fera un souvenir de lui-même.



dimanche 2 décembre 2018

Noirs cafés 1


Parfois le squelette se désolidarise du reste. C'est étrange. Il se défait dans un cliquetis gracieux et tombe en petit tas, tandis que l'amas des chairs et des organes joue les coussins informes à côté. C'est là qu'on regrette que la fourrure humaine soit si pauvre.

Je commence à poster ici deux ou trois petites choses que j'ai écrites avant-hier dans un café, devant un café (oui : noir). Il n'y en a que quelques-unes mais si je retourne prendre un café, on ne sait jamais, il y en aura peut-être d'autres.